vignette|320x320px|Bryozoaires sp. du miocène inférieur, Hérault, France. Taille réelle 3 millimètres. Collection Max Rouger. Les Ectoproctes (Ectoprocta, du grec ektós « dehors » et prōktós « anus », ce néologisme manifestant un aspect de l’anatomie de certains individus), également appelés (Bryozoa, du grec brúon « mousse » et zōon « animal ») ou Polyzoaires (Polyzoa), sont des animaux coloniaux et sessiles (à une espèce près.). Quelques espèces (de la classe des Phylactolaemata) vivent en eau douce (dont Pectinatella magnifica, qui, importée d'Amérique, est devenue localement envahissante en France, Allemagne, Autriche, etc.), ou saumâtre, mais ils sont en majorité marins..

Ces métazoaires (pluricellulaires) sont dits triploblastiques (c'est-à-dire qu'ils sont constitués de trois feuillets : endoderme, mésoderme, ectoderme) et cœlomates (cavité interne). Ils forment un groupe de Lophotrochozoaires apparu à l'Ordovicien.

Chaque individu, appelé zoïde ou zoécie, forme une petite loge chitineuse, sécrétée par le mésoderme et vit le plus souvent fixé au sein d'une colonie, le zoarium. La plupart des espèces produisent une matière carbonatée qui constitue ces loges, et plusieurs espèces contribuent à la construction des récifs coralliens.

Quelques espèces (dont P. magnifica) ne produisent aucune calcification, mais développent des structures mucilagineuses ; elles sont en majorité marines. Certaines espèces sont parfois confondues avec les coraux. Elles contribuent avec ces dernières, au même titre, au puits de carbone océanique.

Anatomie et biologie thumb|Planche des Bryozoa, d'Ernst Haeckel (Kunstformen der Natur, 1904). Les colonies prennent des formes très variées, mais propres à chaque espèce. Cette forme est l’un des critères d'identification des espèces. Chez les centaines d'espèces observées, entre autres dans des faluns miocènes tourangeaux, il est avéré que nombre d'entre elles peuvent constituer des colonies de formes différentes selon le niveau bathymétrique de vie. Certaines espèces ont toujours la même forme. Et donc la forme de la colonie ne constitue pas une preuve d'identification certaine : on se repère dans le doute des colonies multiformes pour une même espèce possible, à la forme de la zoécie et surtout son ouverture, partie la plus facilement visible et identifiable. La colonie se présente sous de nombreux aspects ; en baguette, en disque, en éventail ou en croûte (dite alors encroûtante). Elle est souvent étendue à plat, tapissant un substrat, d’où le nom bryozoaire, littéralement « animal mousse », mais elle forme également des monticules, ou bien se dresse en lamelles, en branches ramifiées et même en forme de tire-bouchon.

Le zoïde, animal élémentaire de taille millimétrique, a grossièrement l'aspect d'un énorme estomac replié en « U » dans sa loge, avec d’un côté la tête entourée d’un panache de tentacules appelé lophophore, au milieu duquel s'ouvre la bouche. L’œsophage prolonge la bouche vers l’estomac qui remonte de l’autre côté vers le rectum. L’anus s’ouvre à l’extérieur des tentacules, d’où le nom ectoprocte.

Le lophophore crée un courant d'eau qui assure la nutrition et la respiration à travers les tissus, mais aussi le nettoyage et la dispersion des œufs, pour les ovipares. La sortie du lophophore sur sa tige s’effectue progressivement et lentement, mais un muscle contractile puissant, lui permet de se rétracter rapidement, en fermant l’orifice par un opercule ou une membrane élastique.

Le zoïde est également connecté à tous ses congénères, depuis son ganglion cérébroïde situé près de la bouche, par un réseau qui passe d'une zoécie à l'autre par des pores dans la paroi appelés pores à rosette et constitués d'un groupe de cellules en forme de diabolo. C’est également par ces pores que circulent les éléments nutritifs.

Polymorphisme Le zoïde présente un polymorphisme caractéristique (encroûtante, dressée ou arbustive), plus ou moins accentué et plus ou moins diversifié selon les espèces. Certaines colonies regroupent des individus identiques, d’autres des individus spécialisés dans une fonction (reproduction, ventilation, défense, nettoyage et alimentation . ). L’autozoïde, la zoécie standard, semble en effet capable de se spécialiser et de changer de forme au cours de son existence, pour s’adapter à diverses fonctions telles que la fixation, le nettoyage ou bien encore la défense de la colonie.On la désigne alors sous le terme d'hétérozoïde :

Les plus évidents sont les autozoïdes, appelés gastrozoïdes dans leur spécialité, grands consommateurs de microorganismes, principalement de phytoplancton. Les microalgues et diatomées, les bactéries et autres débris organiques sont aspirés et filtrés par les cils vibratiles des tentacules. Les aviculaires en forme de bec d'oiseau, basculent pour ôter les corps étrangers tombés sur la colonie, prédateurs compris ; essentiellement des oursins et certains poissons. Les vibraculaires dotés d'une longue tige, se balancent comme des essuie-glaces, pour faire circuler l’eau, chassant les limons et autres particules. Les cénocystides dépourvus de polype, semblent s’occuper de la fixation de la colonie sur le substrat. Les gonozoïdes, spécialisés dans la reproduction, sont hermaphrodites, c’est-à-dire à la fois mâle et femelle, mais ils n’ont pas besoin de s’accoupler. Ils assurent leur propre fécondation et pondent des œufs. Les ovicelles, de forme ronde, assurent parfois l’incubation de ces œufs. L’œuf donne enfin une larve planctonique ciliée, qui se métamorphose à son tour et donne naissance à l'ancestrula, loge fondatrice d'une nouvelle colonie.

Le principal mode de reproduction des ectoproctes reste toutefois le bourgeonnement. Les nouveaux bourgeons, dotés d'un flotteur et d'un crochet, sont parés pour se fixer au substrat et assurer la pérennité de l'espèce. Cette méthode assure également la prolifération et l’extension de la colonie, de même que la survie des fragments qui se brisent.

Les zoïdes sont capables de communiquer entre eux . à travers des plaques poreuses situées sur leurs parois.

Écologie vignette| Janolus cristatus est un mollusque prédateur de bryozoaires marins. vignette|Schizoporella japonica (A : observation en microscopie optique) qui encroûtent les rochers (B, C et D). vignette|Une situation de commensalisme est celle des balanes fixés sur la coquille de la moule commune, et des colonies de bryozoaire, du type Conopeum reticulum, qui l'encroûtent.. Diversité biologique : Les ectoproctes sont les plus nombreux et les plus diversifiés dans les eaux tropicales chaudes, avec des patterns de biodiversité et d'endémisme encore mal compris, mais on les rencontre dans toutes les mers du globe. Quelques espèces se sont adaptées aux eaux douces.

Substrats : on retrouve des colonies sur tous les types de supports ; sur la roche, en milieu détritique côtier ou au large, sur des grains de sable, cailloux où coquillages (exemple : Conopeum reticulum sur des coquilles de bivalves comme les moules), sur le bois, le métal des épaves, ou encore sur d'autres organismes vivants comme les éponges, des algues ou les gorgones.

Mobilité : quelques colonies sont capables de ramper et certaines espèces « non-coloniales » se déplacent entre les grains de sable. Cependant, la plupart sont sessiles, c'est-à-dire définitivement fixées à leur substrat

Alimentation : les bryozoaires se nourrissent de diatomées et d’autres micro-organismes planctoniques au moyen d’une couronne de tentacules ciliés (lophophore) entourant la bouche. Cette couronne leur permet également de respirer.

Prédateurs : leurs principaux prédateurs sont des poissons, des crustacés, des gastéropodes, des oursins et des étoiles de mer..

Absorption du dioxyde de carbone : des études conduites au pôle sud suggèrent que la fonte de glace par réchauffement local entraîne une augmentation de la masse des Bryozoa, laquelle à son tour génère une plus grande capture de CO et un effet puits de carboneSouthern ocean removing carbon dioxide from atmosphere more efficiently, American Geophysical Union, 10 septembre 2015.Scientist has found melting ice caps have led to increase in bryozoans who absorb CO2, news.com.au, 22-09-2015..

Potentiel invasif Quelques espèces, probablement transportées de port en port par les navires, sont en train de coloniser les ports et les littoraux européens.

Par exemple, Tricellaria inopinata d'Hondt & Occhipinti ambrogi, 1985, bryozoaire cheilostome originaire du Pacifique Nord-Est, pullulait déjà à Venise en 1982F. André, J.-P. Corolla, B. Lanza et G. Rochefort, Les carnets du plongeur : Bryozoaires d’Europe, Éditions Neptune Plongée, Gargas, 2014, p. 150.. Il a continué à s'étendre dans la lagune durant 15 ansOcchipinti Ambrogi, 1991 ; Occhipinti Ambrogi & d'Hondt, 1994. avant de régresserA. Occhipinti Ambrogi, 2000.. On l'a ensuite signalé en mer Adriatique en 2000Dyrynda , 2000. puis sur la façade ouest-européenne (En Espagne tout d'abord, dans la ria de Ribadeo (Galice) E. Fernandez-Pulpeiro, J. César-Aldariz et O. Reverter-Gil, "Sobre la presencia de Tricellaria inopinata d'Hondt & Occhipinti Ambrogi, 1985 (Bryozoa, Cheilostomatida) en el litoral gallego (N.O. Éspana)", dans Nova Acta Cientifica Compostelana (Bioloxia), 2001, n°11, p. 207-213. et depuis dans le port du HavreG. Breton et J.-L. d'Hondt, "Trice//aria inopinata d'Hondt et Occhipinti Ambrogi, 1985 (Bryozoa: Cheilostomatida) dans le port du Havre (Manche orientale)", dans Bu//. Soc. géo/. Normandie Amis Mus. Havre, vol. 91, n°2, 2004(2005), p. 67-72.. Elle est suspectée depuis à Dunkerque. L'exemple de Bugula neritina montre que la capacité invasive des ectoproctes est liée à la fois à la capacité de s'implanter dans de nombreuses régions du globe sauf les régions polaires et subpolaires et de se fixer massivement sur des substrats rocheux ou artificiels des littoraux avec des eaux riches en particules via un réseau de filaments très élaboré..

En eau douce On a identifié dès les années 1850Allman, GJ (1856) A Monograph of the Fresh-water Polyzoa: Including All the Known Species, Both British and Foreign (Vol. 28). Ray Society (avec Google Book) quelques espèces vivant en eau douce, et dont le mode de reproduction intriguait et intrigue encore les biologistesFranzén Å (1982) Ultrastructure of spermatids and spermatozoa in the fresh water bryozoan Plumatella (Bryozoa, Phylactolaemata). J Submicrosc Cytol, 14, 323-336., elles ont été classées en tant que taxon dans la classe Phylactolaemata (qui contient l'ordre unique des Plumatellida), dont : Plumatella fungosa (dans la famille Plumatellidae) Plumatella stricta Allman, 1856 Pectinatella magnifica (importée d'Amérique et rapidement devenue localement envahissante en France, Allemagne, Autriche...)

Fossiles thumb|Bryozoaires fossilisés. Les Bryozoaires ont longtemps constitué une exception, un grand plan d'organisation des animaux qui ne semblait pas dater de l'explosion cambrienne.. En 2021, une étude de Protomelission gatehousei, un fossile du Cambrien inférieur (Toyonien) découvert en 1993., apporte des preuves convaincantes de son appartenance aux Bryozoaires et donc d'une origine cambrienne pour cet embranchement., déjà suggérée par les calculs d'horloge moléculaire. Cependant, le manque de données précises sur l'anatomie des tissus mous et la microstructure squelettique maintient des ambiguïtés sur ses affinités phylogénétiques, qui restent l'objet de débats. En 2026, un nouveau spécimen de P. gatehousei et un fossile d'un nouveau taxon, Dayingomelission hexaclitia, provenant de la formation de Xiannüdong (Cambrien inférieur de la Chine), qui conservent des tissus mous phosphatés in situ dans des squelettes modulaires, révèlent des structures anatomiques essentielles (styles, muscles annulaires, sacs membraneux et septa annulaires) qui apportent la preuve définitive que ces deux taxons sont bien des Bryozoaires.

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