La classe Suffren, issue du programme Barracuda, est la deuxième génération de sous-marins nucléaires d'attaque (SNA) de la Marine nationale française et succède à la . Six sous-marins de classe Suffren doivent être construits à raison d'une unité tous les deux ans environ. Leur admission au service actif doit s'échelonner entre 2022 et 2030. La tête de série, le , a été livrée à la Marine nationale le à Toulon.

Les sous-marins de la classe Suffren sont deux fois plus gros que les Rubis qu'ils remplacent, avec un déplacement en plongée de s et une longueur de , contre respectivement s et . Ils restent néanmoins des sous-marins compacts si on les compare à leurs homologues russes et américains. Ils peuvent emporter jusqu'à , panachage de torpilles F21, de missiles antinavires Exocet et de missiles de croisière MdCN.Ils embarquent un équipage limité à , sont féminisables, et disposent d'une autonomie de en vivres.

Historique Remplacement de la classe Rubis

Six bâtiments sont prévus pour remplacer les six sous-marins nucléaires d'attaque de la , livrés dans les années 1980. La durée de vie prévue des SNA de la classe Rubis était initialement de , mais des travaux ont été effectués pour prolonger celle-ci d'une douzaine d'années. En , le deuxième SNA de la classe Rubis, le , est désarmé après plusieurs reports, tandis que le a été prolongé de quelques années supplémentaires.

Échec d'un projet commun avec le Royaume-Uni

La France a étudié un projet commun avec le Royaume-Uni, qui devait remplacer leurs SNA britanniques de la dans le cadre du projet (FASM), ce qui aurait pu s'accorder avec les besoins français. Mais un désaccord sur les calendriers met fin à ce projet de collaborationSelon Navy Matters, la mise en service des FASM est reculée de 2012 à 2015 puis 2016-2017 et le projet est finalement annulé en mai 2001 pour être remplacé par la (MUFC) .. Les Britanniques développent de leur côté la qui entre en service à partir de 2010, c'est-à-dire dix ans plus tôt que la classe Suffren.

Projet français Barracuda

Après la dissolution de l'URSS, les réductions budgétaires ont considérablement retardé le calendrier de remplacement des six SNA de la dans les forces sous-marines par six « sous-marins d'attaque du futur » (SMAF). Le développement de cette nouvelle classe de sous-marins est confiée à Naval Group et TechnicAtome (pour la propulsion) qui sont les constructeurs habituels des classes de sous-marins à propulsion atomique français.

La phase de définition de ce nouveau navire débute en En 1999, le remplacement du Rubis par le premier sous-marin d'attaque de nouvelle génération est annoncé en 2007 compte tenu de la durée de vie du Rubis et pour permettre de conserver une flotte de six sous-marins d'attaque à l'horizon 2015 .Selon le site Les Vaisseaux Noirs .. Les essais sont alors prévus en 2008 avec une entrée en service du premier navire de la série en 2010. En 2015, l'entrée en service du premier exemplaire est reportée en 2018 à la suite de difficultés budgétaires, puis, en 2016, cette date est repoussée en 2019.

Le programme Barracuda comprend la construction des six sous-marins de la classe Suffren mais également la coordination des industriels qui gèrent eux-mêmes de nombreux sous-programmes, comme ceux liés à la chaufferie nucléaire, aux nouvelles armes et au système de combat..

Les infrastructures portuaires liées à la mise en œuvre de ces bâtiments, les simulateurs (sécurité-plongée, navigation et entraînement tactique, mise en œuvre du réacteur nucléaire et du compartiment machine) et la mise en place de la chaîne logistique sont gérés par le programme. Par contre, l'acquisition de deux valises sèches (caissons pour les forces spéciales), le missile de croisière naval (MdCN) et le développement de la torpille F21 sont des programmes distincts. L'essentiel de la maîtrise d'œuvre est assuré par Naval Group, à l'exception de la chaufferie nucléaire, gérée par TechnicAtome..

Le service d'infrastructure de la Défense (SID) assure la maîtrise d'ouvrage des chantiers d'aménagement des infrastructures, dont notamment. : l'agrandissement de l'école de navigation sous-marine (ENSM/BPN de Toulon), où sept simulateurs ont été installés en 2016 pour former les équipages ; les travaux dans les ports de Brest et Toulon, qui commencent dès 2014.

Le programme Suffren représente un budget global de d'euros, avec un coût de série (hors développement) d'environ un milliard d'euros par sous-marin..

Caractéristiques techniques vignette|redresse=1.25|Comparaison des dimensions des sous-marins d'attaque français de la classe Rubis (en haut) et Suffren (en bas). Le second a un tonnage deux fois supérieur et est plus long de 33 %.

Architecture générale La conception de cette classe a débuté en 2002. Il s'agit d'un engin d'une grande complexité : chaque sous-marin comprend élémentaires, , ou sous-systèmes, informatiques totalisant de lignes de code, de canalisations et de câblages électriques. Environ participent à sa construction. Ils travaillent principalement à Naval Group, TechnicAtome, la DGA et le CEA. La construction du Suffren a représenté d'heures de travail dans ces entreprises et d'heures chez les sous-traitants répartis dans toute la France.

La classe Suffren reprend la technologie des sous-marins lanceurs d'engins de la . Les Suffren doivent remplacer les Rubis qui sont entrés en service entre 1983 et 1993. Ceux-ci sont des sous-marins d'attaque à propulsion nucléaire particulièrement compacts, avec un déplacement en plongée de une longueur de et un diamètre de coque de . Les classe Rubis emportent jusqu'à , panachage de missiles antinavires Exocet SM39 et de torpilles, et ils peuvent mouiller des mines.

De leur côté les Suffren sont deux fois plus gros que les Rubis : longs de pour un diamètre de coque de , leur déplacement en plongée atteint et ils peuvent emporter jusqu'à . Ils sont toutefois plus petits que leurs homologues américains (classe Virginia : de long pour un déplacement de ), et russes (classe Akula II : pour ). Cette taille plus réduite limite le nombre de torpilles/missiles emportés.

Les Suffren, du fait de leur taille supérieure à celle des Rubis, permettent des sorties à la mer plus longues ( contre pour les Rubis et pour les sous-marins de la classe Le Triomphant). Leur taille leur permet également d'être plus silencieux que les Rubis. Ils reprennent les dispositifs amortisseurs de vibrations et de chocs mis au point pour la classe Le Triomphant et l'intérieur de la coque est recouvert de matériaux isolants comme le liège.. Contrairement aux sous-marins nucléaires d'attaque des autres pays, la partie externe de leur coque n'est pas recouverte de tuiles anéchoïques (une technique est à l'étude pour les sous-marins lance-missiles français de troisième génération qui sera éventuellement appliquée de manière rétroactive sur les Suffren).

Le nouveau cœur combustible permet d'espacer les opérations de maintenance : tous les dix ans au lieu de sept ans pour les actuels SNA de la . La motorisation sera mixte : la vapeur produite par le réacteur anime non seulement une turbine qui entraîne directement l'hélice, mais aussi des turbo-alternateurs qui peuvent alimenter des moteurs électriques. Il en résulte des navires plus efficaces énergétiquement et plus silencieuxDéfis du CEA de novembre 2009..

Coque La coque est réalisée en acier spécial de type 80HLES (haute limite d’élasticité soudable), version française du HY-100 utilisé pour construire les sous-marins des classes Seawolf et Virginia de l'US Navy. Elle permet au sous-marin de plonger à une profondeur de . Sa forme a été longuement testée d'abord dans les bassins des carènes du site de la DGA à Val de Reuil puis au lac de Castillon. La classe Suffren est la première série de sous-marins français équipés de barres arrière disposées en croix de saint André. Les différentes combinaisons des quatre safrans permettent d'obtenir les changements de direction ou d'immersion. Cette configuration permet, grâce à un automate de pilotage, de pallier des dysfonctionnements sur l'un des safrans, ou sur sa chaîne d'orientation (commande, actionneur…).

Sonars +CapteursSonar de coque et flancThales UMS-3000Flute sonar remorquéeTBFSonar obstacle et minesThales SEACLEARDétecteur d’alerte sonarThales VELOX-M8Sonar de navigationThales NUSS-2F Mk2Mât optronique d'attaqueSagem Série 30 AOMMât optronique de veilleSagem Série 30 SOM

Le sous-marin en plongée dépend entièrement de ses sonars pour identifier sous-marins, navires en surface, mines et obstacles fixes. Pour ne pas trahir sa présence ceux-ci sont en majorité passifs, c’est-à-dire qu'ils ne fonctionnent qu'en réception. Le sous-marin comprend plusieurs capteurs spécialisés. L'antenne cylindrique située dans la partie inférieure du dôme formant la proue a une superficie plus importante et est plus sensible que celle des Rubis. Les sonars situés sur les flancs ont une superficie deux fois supérieurs à ceux du Rubis. Ils ont la forme de panneaux épais moulés par-dessus la coque et ils peuvent être démontés pour les travaux de maintenance. Chaque capteur est moulé dans un panneau en caoutchouc et dispose de sa propre électronique qui transmet les signaux sous forme numérique à l'ordinateur affecté au sonar. Celui-ci convertit ces données dans un format audio et vidéo compatible avec les consoles de la salle des opérations. La taille plus réduite des capteurs et la capacité de traitement nettement accrue par rapport à la génération précédente permet d'améliorer la capacité du sous-marin à capter des sons, à déterminer la distance et l'azimut de leurs sources et à détecter des transitions sonores très courtes. Parmi les améliorations figurent le rapprochement automatique avec la base sonore constituée par le CIRA et la possibilité de conserver les signaux dans leur format brut.

thumb|Massif du Duguay-Trouin lors de son admission au service actif. Les Suffren disposent également d'antennes passives de nouvelle génération qui permettent d'intercepter les signaux émis par les sonars actifs embarqués sur des navires de surface, des bouées larguées par ceux-ci ou par des avions de patrouille anti-sous-marine ou par des torpilles dotés de capteurs acoustiques. Ces sonars sont situés sous de petits renflements sur la coque au niveau de la partie supérieure du massif et sous la coque avant. Le Suffren dispose également d'un sonar remorqué identique à celui utilisé par la classe Rubis. Celui-ci doit être remplacé par un nouveau modèle en cours de développement. Enfin les Suffren emportent un sonar actif MOAS en forme de T qui est situé au-dessus de l'antenne cylindrique avant entre les tubes de lancement. Le MOAS est chargé de déterminer les obstacles situés à l'avant et détecter d'éventuelles mines. Ce sonar actif est rendu plus discret en envoyant un signal de faible puissance et utilisant une fréquence élevée ce qui limite sa propagation. Enfin un téléphone sous-marin s'appuyant sur la même technique permet de transmettre la voix ou des données à des navires en surface ou à des sous-marins jusqu'à une distance de quelques kilomètres. Les sonars sont fournis par Thales, un des leaders mondiaux dans ce domaine.

Capteurs de surface En surface le Suffren utilise des capteurs placés sur trois mâts rétractables situés au sommet du kiosque du sous-marin. Le périscope traditionnel qui pénètre physiquement jusqu'au cœur du sous-marin et que le commandant fait pivoter pour observer la surface est remplacé par un système optronique qui transmet les images recueillies par des caméras jusqu'aux différentes consoles du centre opérationnel. Ce dispositif supprime le périscope qui traversait la coque épaisse et qui imposait le positionnement du PC opérationnel sous le kiosque du sous-marin. Aussi ce PC a-t-il été légèrement reculé par rapport aux dispositions habituelles libérant de la place pour le logement de l'équipage.