Iéna (, ) est une ville allemande en Thuringe, dans la Région métropolitaine d'Allemagne centrale. Située dans la vallée de la Saale, elle est, avec près de (2022), la deuxième plus grande ville de Thuringe après Erfurt, la capitale du Land, et l'un des trois centres supérieurs de ce Land.
C'est à Iéna que se trouve l'université Friedrich-Schiller d'Iéna, fondée en 1558 et qui, avec plus de , est la plus grande université de Thuringe. Iéna a commencé à se développer en tant que ville industrielle à partir de la construction de la Saalbahn (voie ferrée) en 1874.
Elle est un centre de l'industrie allemande de l'optique et de la mécanique de précision autour de l'entreprise Carl Zeiss. Le combinat Carl Zeiss, qui employait environ , était le plus grand combinat de la RDA. Après la réunification allemande en 1990, Iéna s'est transformée de centre industriel en centre éducatif et scientifique. De nombreux laboratoires de recherche et instituts ont leur siège dans cette ville.
Histoire Appartenances historiques Seigneurie de Lobdeburg 1182–1331 ; 1331–1482 ; 1482-1547 ; 1547-1572 ; 1572–1672 ; 1672–1690 ; 1690–1809 ; 1809-1871 ; 1871–1918 ; 1918–1933 ; 1933–1945 ; 1945–1949 ; 1949–1990 ; 1990–présent
Moyen Âge La ville d'Iéna fut évoquée pour la première fois en 1182. Les historiens mettent aujourd'hui en cause l'assimilation, longtemps acceptée, d'Iéna avec la colonie germanique de Jani, déjà évoquée par le livre terrier de Hersfeld (fin du ).Selon une autre théorie, le nom de la ville proviendrait du quartier de Wenigenjena, où l'on a retrouvé de multiples vestiges des autour de l’église Schiller. Dans les textes en latin, Iéna est appelée l’« Athènes de la Saale » (Athenæ ad Salam).
Les seigneurs de Lobdeburg, maîtres depuis le d'Iéna, la proclamèrent ville en 1230, et bientôt la dotèrent de remparts. Elle eut en 1275 l'autorisation de former un conseil d'échevins. Au , elle était siège de prévôté.En 1365, elle se dotait d'une cour de basse-justice puis, même en 1429, d'une cour de haute-justice. Le développement du vignoble enrichit les propriétaires. La construction du monastère des Dominicains remonte à 1286 ; celle du couvent cistercien, près de l'église Saint-Michel, à 1301. Avec la décadence des Lobdeburg, les comtes de Schwartzbourg et les Wettin gagnèrent en influence. Les Wettin prennent le contrôle de la ville à partir de 1331.En 1332, ils accordèrent à Iéna la charte des droits de Gotha. La prospérité de la ville se manifeste avec la reconstruction de l'église Saint-Michel et de l'hôtel de ville à la fin du . Le couvent des Carmélites s'établit en 1414.Puis en 1423, Iéna est rattachée au duché de Saxe, dont les princes de Wettin héritent à l'extinction de la dynastie des Ascaniens. Lors de la succession de Leipzig (1485), Iéna demeurera dans le domaine héréditaire de la branche ernestine des Wettin.
Temps modernes vignette|Iéna vers 1650. vignette|Iéna d'après Bodenehr vers 1720.
La Réforme gagna la ville en 1523 avec les prêches enflammés du théologien Martin Reinhardt, qui dut partir l'année suivante à la suite des attaques de Martin Luther. En 1525, les paysans et une partie des citadins détruisirent le couvent des carmélites et pillèrent le monastère des dominicains. Les Ernestins défaits lors de la guerre de Smalkalde en 1546-47, durent renoncer à la charge d’électeur de Saxe. Iéna fut désormais rattachée au duché de Saxe. La dissolution de l’université de Wittemberg, en 1548, fut à peine compensée par l’ouverture d'un lycée (Hohe Schule) dominicain, qui devait dès 1558 constituer le noyau de l'université d'Iéna.
La création d'un présidial et d'une cour de justice en 1566, avec toute l'importance que cela eut pour l'application du droit en Thuringe, sont liées à ces événements. L'arrivée de l'imprimerie, qui gagna la région au début du , est, elle aussi, liée à la création de l’université : au début du , Iéna tenait, pour le nombre de livres imprimés, la troisième place derrière Leipzig et WittembergWolfgang Müller: Das VD17 in Zahlen. Vortrag auf dem VD17-Symposium in München, 27. und 28. Oktober 2009. Même après le partage de 1572, l’université demeura sous protection des Ernestins, alors que la ville était annexée au duché de Weimar.
Pour peu de temps (1672–1690), Iéna devint capitale d'une principauté autonome de Saxe-Iéna, dont les ducs firent construire (1471) puis agrandir (1662) le château de la ville pour y vivre. Leur administration était logée en ville jusqu'en 1809. À la mort du duc de Saxe-Iéna, en 1692, la ville échut à la lignée Ernestine de Saxe-Eisenach puis en 1741 au duché de Saxe-Weimar, avant d'être annexée en 1815 au grand-duché de Saxe-Weimar-Eisenach, auquel elle resta attachée jusqu'en 1918.
Au fil des disputes théologiques de la fin du , l'université s'imposa comme le centre de l’orthodoxie luthérienne avec Matthias Flacius ; à la fin de la guerre de Trente Ans, elle connut son apogée et avec quelque , elle était, de 1706 à 1720, la plus grande université allemande. L'âge baroque en Thuringe se distingua par l'exubérance de ses édifices. La cour ducale donnait le ton pour la culture artistique et en particulier musicale avec l'ouverture du Collegium Musicum en 1570, qui avec la réorganisation de 1769 pourvoira aux « Concerts académiques » jusqu'au .
Époque contemporaine Le déclin du vignoble et de l'imprimerie à la fin du provoquèrent une récession à Iéna, et en 1788 la ville fut même mise en tutelle. Mais sous le règne éclairé de Charles-Auguste (de 1775 à 1828) et de son ministre Goethe, la ville reçut les Lumières de l'École de Weimar, ce qui suscita la renaissance de l'université. Goethe y consacra tout son zèle, pédagogique et administratif. C’est là qu'en 1794, il se lia d'amitié avec Friedrich Schiller, qui depuis 1789 était professeur et vécut jusqu'en 1799 à Iéna.
L'université recruta une pléiade de talents, avec notamment Johann Gottlieb Fichte (1794), Schelling (1798), Hegel (1801-07), faisant de la ville le centre de l'idéalisme allemand, mais aussi du premier mouvement romantique, avec Auguste Schlegel, sa femme Caroline, Friedrich Schlegel, Ludwig Tieck, Clemens Brentano et Novalis. L’, premier journal littéraire d'Allemagne, qui parut de 1785 à 1803, ajouta encore au rayonnement d'Iéna. L'université, qui jouit pendant vingt-cinq ans d'une réputation de liberté inédite dans le pays, perdit pourtant rapidement de son crédit après 1800 avec le départ de certains de ses plus éminents professeurs (démission de Fichte en 1799).
Bataille d’Iéna
vignette|250px|Carte du champ de bataille et des monuments sur un panneau à Cospeda près d'Iéna.
La bataille d'Iéna en 1806 est une victoire décisive de Napoléon I sur les Prussiens. Après Austerlitz, la Prusse avait signé une alliance de circonstance avec Napoléon (alors qu'elle voulait lui déclarer la guerre). Mais cette alliance ne dura pas. La Prusse, en paix avec la France depuis 1795, décida d'entrer en guerre après des provocations envers l'ambassade française de Berlin. La reine poussait notamment à la guerre.
Napoléon développa son habileté habituelle : rapidité et audace. L'armée prussienne, qui se croit encore la première d'Europe, est surprise à Iéna, après que Napoléon eut grimpé sur le plateau de la bataille par une audacieuse manœuvre. Les Prussiens ont divisé leur armée en deux corps. Napoléon affronte les forces prussiennes avec , il en a environ . La bataille tourne rapidement à l'avantage des Français ; les Prussiens battent en retraite dans un désordre certain.
Le désordre redouble quand l'armée en déroute rencontre le reste de l'armée prussienne en fuite. En effet, au même moment, le corps d'armée du maréchal Davout a battu le gros de l'armée prussienne à Auerstaedt, malgré son infériorité numérique écrasante (1 contre 2). Les fuyards se mélangent et c'est la panique totale. L'armée fuit, poursuivie par les Français et se désagrège. En une journée de bataille et de poursuite, l'armée prussienne est totalement détruite et démoralisée. La forteresse de Stettin notamment se rend au général Lasalle sans se battre.
C'est un choc terrible pour la Prusse et les pays d’Allemagne. Au traité de Tilsit qui suit, le royaume de Prusse perd la moitié de son territoire et doit régler d'énormes réparations de guerre. C'est sous le coup de cette humiliation que va prendre naissance le nationalisme prussien. Les ministres Stein et von Hardenberg proposent leur analyse de la défaite et entreprennent désormais de moderniser le royaume pour relever le défi français.
Seconde Guerre mondiale La ville est prise par les unités du de la le .
La ville depuis 1945 Dans le cadre de la Reconstruction, l'Université d'Iéna fut la première université allemande à reprendre les cours (le ). En 1946, les deux fleurons industriels de la ville furent démantelés à 94 % et des deux groupes furent envoyés en URSS pour aider au transfert de la production dans ce pays. Le combinat pharmaceutique VEB Jenapharm voit le jour en 1950. En 1952, avec la formation de la République démocratique allemande (RDA), Iéna est rattachée au District de Gera.
À Iéna, l'insurrection de en Allemagne de l'Est provoque la manifestation de : les manifestants exigent la démission du gouvernement, la tenue d'élections libres et, à terme, la réunification du pays. Le siège du Parti socialiste unifié d'Allemagne (SED) est dévasté, la prison de Steiger est prise d'assaut ( seront libérés), les bâtiments des organisations officielles et le commissariat de la Stasi sont pillés. Des chars soviétiques sont envoyés dans la ville pour réprimer les émeutes, le couvre-feu est instauré et plus de sont interpellés. Le , un soudeur originaire d'Iéna, Alfred Diener (1927-1953), est exécuté dans les locaux de l'État-major soviétique de Weimar. Avec deux délégués des mines de charbon, il avait pénétré dans le bureau du Premier Secrétaire du SED pour lui présenter le programme des manifestants. Plusieurs meneurs seront condamnés à des peines de prison de plusieurs annéesD'après le catalogue de l'exposition « Le cri de la Liberté » () organisée en à Erfurt par la Fondation Ettersberg au parlement régional de Thuringe..
L'architecture des grands ensembles ne gagne Iéna qu'en 1957. De 1965 à 1975, le quartier de logements collectifs Lobeda-West sort de terre. Dans le cadre de la réforme urbaine du Centre-ville entreprise en 1968, le vieux centre historique et la grand-place, l’Eichplatz, sont rasés, et le chêne centenaire Carl Horn planté en 1816 est abattu. À la périphérie de l'espace ainsi dégagé, les autorités édifient une « Tour de l’Université » (JenTower), qui est depuis l'un des monuments-symboles de la ville. La même année, la troupe Jenaer Madrigalkreis, le chœur de la Philharmonie d'Iéna voient le jour. En 1969, l'orchestre symphonique devient la Philharmonie d'Iéna.
Un nouveau grand ensemble, Lobeda-Ost, est édifié entre 1971 à 1983, faisant franchir à la population de la ville la barre des en 1975 : Iéna passe ainsi au des villes de RDA. Le quartier de Rähmen est aménagé en 1986. Au cours des années 1970, cette ville de Thuringe devient le foyer de nombreux groupes d’opposants au régime et au début des années 1980, les activistes du Weißer Kreis commencent à organiser les évasions vers l’Ouest.
En 1989, avec l'instauration de la perestroïka en RDA, une manifestation regroupant quelque put être organisée sur la Place des Cosmonautes (redevenue aujourd'hui Eichplatz) : c'était la plus grosse manifestation que la ville ait connue. Jusqu'en 1991, la blindée des Forces d'occupation soviétiques était stationnée à Iéna. Lors de la réforme administrative du , l'arrondissement d'Iéna a été annexé à l’arrondissement de Saale-Holzland.
Entre 1995 et 1997, Iéna a été le théâtre de plusieurs incidents liés aux mouvements d'extrême droite. Au mois de , la police a découvert que quelques membres du groupuscule néonazi préparaient des assassinats et des attentats à travers le pays.
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