Le Bélouga ou Béluga (Delphinapterus leucas), appelé également Marsouin blanc, Dauphin blanc ou Baleine blanche, est une espèce de cétacés de la famille des Monodontidae vivant dans l'océan Arctique et dans l'estuaire du Saint-Laurent. Il est le seul représentant actuel du genre Delphinapterus et constitue avec le Narval (Monodon monoceros) l'une des deux espèces de sa famille.

Il dispose d'un des sonars les plus sophistiqués de tous les cétacés. Ce sonar lui est indispensable pour s'orienter et se repérer dans les canaux de glace immergés, qui forment un véritable labyrinthe.

Dénominations Nom scientifique valide : Delphinapterus leucas (Pallas, 1776) Protonyme : Delphinus leucas Pallas, 1776 Noms vulgaires (vulgarisation scientifique) : Bélouga, Marsouin blanc, Béluga, Dauphin blanc, Baleine blanche, Delphinaptère blanc, Belouga, Beluga, Bélouga vrai Noms vernaculaires (langage courant) : balea zuri (basque), balea zuria (basque), balena blanca (catalan), bale txuri (basque), bleuvet, canari de la mer, canari des mers, canari marin, moine de mer

Étymologie vignette|Illustration d'un Bélouga (1867). Le nom bélouga vient du mot russe beloye, qui signifie « blanc ». La liste rouge des espèces menacées donne comme nom commun bélouga, baleine blanche et dauphin blanc. On lui donne aussi le nom de canari de mer, en rapport avec les sons et sifflements aigus qu'il émet.

Le biologiste marin Le Gall note qu'en Europe, le mot bélouga a aussi été utilisé, à tort, par les marins-pêcheurs pour désigner les marsouins et d'autres petits cétacésLe gall, La pêche en Norvège (Notes de mission), Mémoires ; Office scientifique et technique de pêches maritimes, 81 pages. Série spéciale ; Ed Blondel La Rougerie ; Paris. (Il s'agit du compte rendu d'une mission d'études des techniques de pêche en Norvège, réalisée à la demande du « Syndicat des Armateurs boulonnais » pour étudier la possibilité pour l'industrie haranguière boulonnaise d'aller directement pêcher le hareng en Norvège au lieu de l'importer. (voir page 81, chapitre intitulé Une application possible du fusil-harpon : La chasse aux bélugas).

Description vignette|gauche|Bélouga. vignette|gauche|Bélouga adulte à l'échelle humaine. Le mot « bélouga » vient du russe , beloukha signifiant « blanchette ». Il désigne cette espèce de cétacés dont le mâle peut mesurer jusqu'à , et peser jusqu'à (exceptionnellement ). Le mâle adulte est généralement 25 % plus grand et plus lourd que la femelle. La femelle mesure jusqu'à pour environ . Les bélougas nouveau-nés, appelés familièrement « veaux » ou « bleuvets », mesurent environ de long pour un poids de . Il fait partie de la famille des Monodontidae (infra-ordre des cétacés, classe des mammifères).

Il est difficile de confondre le bélouga avec un autre cétacé à taille adulte. Il possède une crête dorsale, résultat de l'atrophie de l'aileron dorsal, et est entièrement blanc, à l'inverse des jeunes bélougas qui sont bruns, puis gris. Il a un bec très court et une bouche large.

Le bélouga appartient au genre Delphinapterus (du grec ancien , « dauphin », avec le préfixe (dit « privatif » : le contraire, l'absence de) , et , « aile » : « dauphin sans ailes ») en raison de l'absence d'aileron dorsal. Les scientifiques pensent qu'il s'agirait d'une adaptation qui leur permettrait de briser les glaces pour respirer à la surface, ou de réduire la surface de peau pour réduire la dissipation de la chaleur.

La maturité sexuelle intervient à l'âge de 6 à pour les mâles, et de 4 à pour les femelles. Les mères donnent naissance à un unique petit au cours du printemps suivant la période de gestation d'une durée de quinze mois. Les petits bélougas sont uniformément gris foncé ; mais cette coloration s'éclaircit avec l'âge, allant de bleu à gris, jusqu'à ce qu'ils prennent enfin leur couleur blanche typique à l'âge de neuf ans pour les mâles et sept ans pour les femelles. Les petits restent sous la protection de la mère deux ans. L'accouplement du bélouga n'est pas très bien connu ; il survient probablement au cours de l'hiver ou au tout début du printemps, quand les groupes de bélougas sont encore dans leur territoire hivernal ou au début de leur période de migration. Cependant, l'accouplement semble survenir à d'autres périodes également.

On pensait, il y a peu de temps encore, qu'un bélouga vivait en moyenne trente ans. Les scientifiques affirment à présent une tout autre espérance de vie : les bélougas vivent en moyenne (entre 60 et ), leur longévité maximale est donc supérieure à .

Écologie et comportement vignette|gauche|Un groupe de bélougas au large du Manitoba, Canada.

Le béluga est très sociable. Il se déplace en groupes subdivisés en sous-entités habituellement composées d'animaux du même âge et du même sexe. Les mères et leurs petits intègrent généralement des groupes restreints. Lorsque les nombreuses sous-entités se rejoignent dans les estuaires, il est possible de dénombrer des milliers d'individus ; ce qui représente une proportion significative de la population mondiale des bélougas et les rend d'autant plus vulnérables à la chasse.

Ce mammifère marin nage relativement lentement et se nourrit majoritairement de poissons ; il mange également des céphalopodes (pieuvres, calmars...) et des crustacés (crabes, crevettes...). Il chasse cette faune des fonds marins généralement jusqu'à , bien qu'il puisse atteindre deux fois cette profondeur. Pour se nourrir, le bélouga plonge généralement de 3 à , mais il peut retenir sa respiration pendant Beluga Whales, Delphinapterus leucas, MarineBio, page consulté le 8 avril 2012.

Le bélouga est capable d'émettre un large éventail de sons passant par les sifflements, les claquements, les tintements et autres couics. C'est ce qui lui vaut son surnom de « canari des mers ». Certains chercheurs qui ont écouté un groupe de bélougas ont décrit cela comme un orchestre à cordes s'accordant avant un concert. Les scientifiques ont isolé une cinquantaine de sons particuliers, la plupart situés dans une gamme de fréquence allant de 0,1 à . Enfin, certains bélougas seraient en mesure d’émettre des sons dont la ressemblance avec la voix humaine est frappante..

Leurs principaux prédateurs naturels sont l'ours blanc et les orques. Lorsque les bélougas sont piégés par les glaces, les ours les assomment d'un coup de patte et les hissent sur la banquise pour les achever.

Il arrive parfois que le bélouga rencontre le narval, dans les zones où leurs aires de répartitions se rencontrent et se superposent ou lorsque des Narvals errants se trouvent hors de l'aire de répartition de leur espèce. Des observations d'un groupe de bélougas accompagné d'un jeune narval mâle à partir de 2016 ont montré que ces individus acceptaient pleinement la présence du jeune narval mâle malgré leur différence, ce qui semble témoigner de l'acceptation commune et d'une relation pacifique entre les deux espèces.

Il est aussi possible que ce soit ce genre de rencontre qui amène parfois les deux espèces à s'hybrider puisqu'en , une étude a révélé qu'un crâne, découvert en 1990 par un chercheur auprès d'un chasseur inuit local d'une île de la baie de Disko au Groenland, soupçonné d’appartenir à un hybride a vu sa nature confirmée par une analyse ADN. Surnommé le « Narluga », il s'agit de la première preuve formelle d'une hybridation viable entre les deux espèces, issu d'un bélouga mâle (dont on pense qu'il était plus proche de lui en apparence) et d'une femelle narval. L'hybride, un mâle de première génération, avait aussi un régime alimentaire très différent de ses deux parents puisque ayant une denture l'obligeant à adopter un régime alimentaire se composant essentiellement de mollusques et de petits poissons vivant au fond de l'eau, comme le morse, mais le crâne indique que l'animal avait parfaitement vécu jusqu'à l'âge adulte. Le chasseur qui possédait le crâne avait indiqué également au chercheur qu'il avait au moins observé et tué deux autres individus comme celui auquel appartenait le crâne. D'après la description du chasseur, qui avait tué l'animal dans les années 1980 en compagnie d'autres chasseurs inuits, l'animal était uniformément gris avec des nageoires de bélouga et une queue de narval. Les chercheurs indiquent que si l'hybridation est quelque chose de fréquent chez beaucoup d'espèces de cétacés et que rien n'empêche les deux espèces de s'hybrider sans causes extérieures, ils indiquent également que cela pourrait aussi être le résultat d'une des conséquences du réchauffement climatique qui ferait que les deux espèces pourraient se côtoyer plus souvent, de même que de s'hybrider, ce qui pourrait à terme représenter une menace pour les deux espèces.

Systématique Taxinomie Le premier à décrire le bélouga fut Peter Simon Pallas, en 1776. Il fait partie de la famille des Monodontidae, au même titre que le narval. Le dauphin Irrawaddy fut un temps classé dans cette famille, avant que de récentes études génétiques n'infirment cette hypothèse.

Fossiles Le plus ancien ancêtre connu du bélouga est Denebola brachycephala, espèce du Miocène aujourd'hui éteinte. Un seul fossile a été découvert, dans la péninsule de la Basse-Californie, indiquant que la famille prospérait autrefois dans des eaux plus chaudes. Les fossiles suggèrent également que l'habitat des bélougas s'est déplacé en fonction de la couverture de la banquise : suivant son expansion durant les périodes glaciaires et de son retrait au cours des périodes de réchauffement.

Répartition et habitat vignette|Répartition du Bélouga. L'habitat du bélouga est compris entre 50° N a 80° N, dans les eaux arctiques et subarctiques. Il existe également une population isolée depuis qui vit dans l'estuaire du Saint-Laurent et dans le fjord du Saguenay autour du village de Tadoussac au Québec. Au printemps, les groupes de bélugas du Saint-Laurent gagnent leur territoire estival : des baies, des estuaires et d'autres eaux peu profondes. Il a été remarqué qu'une femelle bélouga regagne année après année toujours le même territoire estival. Ces zones sont prises dans les glaces l'hiver, les groupes refluent alors vers le large. La plupart avancent ensuite au fur et à mesure de la progression de la banquise. D'autres restent sous la glace, survivant grâce aux endroits de la banquise non gelés qui leur permettent de respirer ; ou alors grâce aux poches d'air emprisonnées sous la glace. La facilité avec laquelle les bélougas sont capables de trouver des zones où la glace est si fine qu'il est possible de la briser pour respirer en surface, alors que plus de 95 % de la banquise est trop épaisse pour cela, est un mystère qui intrigue grandement les scientifiques. Il semble presque certain que cette faculté fait appel au système d'écholocalisation pour repérer les zones de moindre densité de la glace.

Plusieurs cas d'individus errants ont été répertoriés dans des eaux plus méridionales. Le bélouga a déjà été observé en Belgique, au Danemark, aux États-Unis contigus, en France métropolitaine.., aux îles Féroé, en Irlande, en Islande, au Japon, en Norvège continentale, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni ou en Suède..

Les bélougas vivent en bande près des littoraux et en haute mer : dans les mers polaires arctiques et subarctiques. Pendant l’été ils vont dans des eaux peu profondes, salées et relativement chaudes ou avec des fonds sableux ou boueux. En hiver ils préfèrent les zones de glaces en mouvement où des eaux libres leur donnent accès à l'air.

Le Bélouga et l'être humain Populations et conservation