thumb|Individu normal de Tétra noir (ou Veuve noire), de la famille des Characidés originaire d'Amérique du sud

Un poisson génétiquement modifié est un poisson dont le patrimoine génétique a été modifié par l'Homme.

Un poisson transgénique est un poisson au génome duquel a été introduit par transgénèse un ou plusieurs gènes.

Histoire

Dans les Années 1980, les progrès de la biologie moléculaire permettent au génie génétique de produire des organismes (dits OGM), bactériens puis végétaux et animaux. Avec quelques collègues, Garth Fletcher (spécialiste des « protéines anti-froid » permettant l'adaptation au froidFletcher, G.L.; Kao, M.H.; Fourney, R.M. (1986), Antifreeze peptides confer freezing resistance to fish. Canadian Journal of Zoology. 64 (9) 1897-1901Biographie de Garth Fletcher, et publications ) identifie chez le poisson Macrozoarces americanus en 1988 qui vit dans des eaux proches de 0 °C des gènes de résistance au froidHew, C.L.; Wang, N.C.; Joshi, S.; Fletcher, G.L.; Scott, G.K.; Hayes, P.H.; Buettner, B.; Davies, P.L. (1988), Multiple genes provide the basis for antifreeze protein diversity and dosage in the ocean pout, Macrozoarces americanus. Journal of Biological Chemistry. 263 (24) 12049-1205. Il fait ensuite produire une hormone de croissance par un saumon atlantique (via un gène prélevé chez un saumon Coho du Pacifique). Il continuera à travailler sur la transgenèse visant une croissance accélérée de poissonsLevesque, H.M.; Shears, M.A.; Fletcher, G.L.; Moon, T.W. (2008). Myogenesis and muscle metabolism in juvenile Atlantic salmon (Salmo salar) made transgenic for growth hormone. Journal Of Experimental Biology. 211 (1) 128-137. et deviendra président de Aqua Bounty Canada, société créée pour valoriser financièrement les constructions génétiques qu'il a mis au point. Deux premiers poissons transgéniques sont créés, dont l'un doté d'un gène produisant l'hormone de croissance humaineDunham, R.A., Eash, J., Askins, J., and Townes, T.M. (1987), Transfer of the metallothionein-human growth hormone fusion gene into channel catfish. Trans. Am. Fish. Soc., 116, 87-91.<ref>Chen TT, Vrolijk NH, Lu JK, Lin CM, Reimschuessel R, Dunham RA (1996), Transgenic fish and its application in basic and applied research'' ; Biotechnol Annu Rev. 1996;2:205-36 (résumé)</ref> et l'autre (carpe) produisant de la lactoferrine humaineZhong J. Y., Wang Y. P., Zhu Z. Y (2002), Introduction of the human lactoferrin gene into grass carp Ctenopharyngodon idellus to increase resistance against GCH virus. Aquaculture 214:93–101.

Au début de la décennie 1990 des transferts de gènes ont déjà été réalisés avec succès technique chez des embryons de truite (dont en FranceGuyomard, R., Chourrout, D., Leroux, C., Houdebine, L.M. and Pourrain, F. (1989) Integration and germ line transmission of foreign genes microinjected into fertilized trout eggs. Biochimie, 71, 857-863. avec des objectifs commerciaux ensuite envisagés 1996Devlin, R.H. (1996), Transgenic salmonids. In: Transgenic animals: generation and use. Ed:L.M. Houdebine. Harwood Academic Publishers, Amsterdam, The Netherlands) de même que pour le saumon, la carpe, le tilapia. D'autres espèces ont été modifiées par transgenèse, dont le médaka (proposé à cette époque comme organisme modèle pour la transgenèse chez le poissonOzato K, Wakamatsu Y, Inoue K (1992); Medaka as a model of transgenic fish. Mol Mar Biol Biotechnol. 1992 Aug-Oct; 1(4-5):346-54 (résumé)), le poisson rouge, le poisson zèbre, la loche, le poisson-chatDunham, R.A., Ramboux, A.C., Duncan, P.L., Hayat, M., Chen, T.T., Lin, C.M., Kight, K., Gonzalez-Villasenor, I., and Powers, D.A. (1992), Transfer, expression and inheritance of salmonid growth hormone in channel catfish, Ictalurus punctatus, and effects on performance traits. Mol. Mar. Biol. Biotech., 1, 380-389, et d'autres). Chez le médaka, une injection directe du gène étranger a été tentée et réussie dans le noyau de l'ovocyte). À cette époque, le taux de survie des embryons injectés est jugé assez bon et nombre d'entre eux atteignent la maturité, dont 1 à 50 % ou plus, selon les espèces et expérimentateurs s'avèrent avoir intégré l'ADN étranger. Tous ces poissons transgéniques ont présenté une répartition mosaïquée des cellules modifiées, le nombre de copies de l'ADN étranger différait selon les tissus, et moins de 50 % des descendants F1 avaient hérité le gène de leurs parents, ce qui laisse penser que le transgène a été intégré dans le génome du poisson au stade de deux cellules ou à un stade plus avancé, mais selon l'étude de l'ADN intégré dans différents types cellulaires d'un animal principalement en phase précoce de l'embryogenèse. Le transgène est généralement retrouvé non réarrangé dans le génome du poisson (et chez leur progéniture), ce qui laisse supposer une transmission stable à la descendance . Le Southern blot démontre aussi la présence de fragments et d'un réarrangement de l'ADN injecté. Chez toutes les espèces, l'ADN s'est principalement intégré de manière aléatoires. On a retrouvé dans les cellules sanguines de truite transgénique une petite proportion de l'ADN étranger maintenu sous forme de concatémères non-intégrés. Les transgènes sont généralement peu ou mal exprimés. La plupart des constructions génétiques injectées contenaient des séquences provenant de mammifères ou de vertébrés évolués. La comparaison de l'efficacité d'expression de ces constructions par des poissons et des cellules de mammifères transfectées indique que certaines des séquences d'ADN de mammifère sont efficacement interprétées par la machinerie cellulaire du poissonHoudebine Louis-Marie, Chourrout D (1991), Experientia. 1991 Sep 15;47(9):891-7. Transgenesis in fish (résumé), Un poisson transgénique doté d'un gène codant une hormone de croissance est produit à Cuba. l'espèce qui a été choisie dans ce cas était un Tilapia, espèce faisant déjà l'objet d'élevages piscicoles ; ce poisson fait l'objet de l'un des premiers protocoles d'évaluation de risque environnemental concernant un poisson "OGM". Ce protocole, appliqué par des chercheurs de la Havanevise en réalité plutôt la sécurité alimentaire et est basé sur le modèle américain de l'équivalence en substanceGuillén I I, Berlanga J, Valenzuela CM, Morales A, Toledo J, Estrada MP, Puentes P, Hayes O, de la Fuente J. (1999), Safety Evaluation of Transgenic Tilapia with Accelerated Growth. ; Mar Biotechnol (NY). 1999 Jan;1(1):2-14. développé pour les OGM végétaux (et contesté par divers auteurs car rudimentaire et n'évoquant qu'une partie des impacts potentiels). Il conduit à conclure à une absence de risque pour l'environnement au motif que et que , sur la base de consommation de ce poisson par des volontaires, il n'a pas été relevé de problème de sécurité pour la consommation. En France le Ministère de la recherche, en application de la l'annexe III de la directive 98/81Directive 98/81 modifiant la directive 90/219 qui décrit les principes à suivre pour évaluer les dangers des OGM, avec la Commission de génie génétique (CGG) cadre plus ou moins précisément les expériences pour notamment éviter la dissémination de gènes ou propagules transgéniques chez les espèces sauvagesMESR (1993), Principes de classement et guides officiels de la Commission de Génie Génétique Doc. min. Ens. sup. Rech., pp. 54-61. PDF, 268pp.

En Écosse en 1996, des gènes provenant d'un saumon Chinook (du Pacifique) sont introduits dans 10000 œufs de saumon atlantique. 50 de ces poissons grandissent et grossissent quatre fois plus vite que la normale ; ces poissons ont été détruits après l'expérience.

En 1999 : L'université Purdue publie les conclusions d'une étude qui laisse penser qu'il existe des risques d'extinction du saumon sauvage en cas de contacts avec des saumons transgéniques et l'année suivante (2000), le un rapport de l'ONG environnementale Greenpeace alerte sur le risque que des poissons transgéniques soient accidentellement libérés dans l'environnement (C'est déjà fréquemment le cas pour des saumons de pisciculture non-transgéniques, avec des impacts environnementaux fortement suspectés). Les auteurs de ce rapport mentionnent la possible autorisation prochaine d'une commercialisation de tilapia transgénique à Cuba où en 1997 plusieurs souches de tilapia produisant une hormone de croissance avaient déjà été crééesHernández O, Guillén I, Estrada MP, Cabrera E, Pimentel R, Piña JC, Abad Z, Sánchez V, Hidalgo Y, Martínez R, et al. (1997), Characterization of transgenic tilapia lines with different ectopic expression of tilapia growth hormone. Mol Mar Biol Biotechnol. 1997 Dec; 6(4):364-75.de la Fuente J, Guillén I, Martínez R, Estrada MP (1999), Growth regulation and enhancement in tilapia: basic research findings and their applications ; Genet Anal. 1999 Nov; 15(3-5):85-90.; En août, en France, L'INRA de Rennes annonce avoir créé une truite transgénique stérile ; (10 ans plus tard, une truite fluorescente sera créée dans le même laboratoireGabillard JC, Rallière C, Sabin N, Rescan PY. (2010), The production of fluorescent transgenic trout to study in vitro myogenic cell differentiation ; BMC Biotechnol. 2010 May 17;10:39. doi: 10.1186/1472-6750-10-39 (résumé)., après de nombreux travaux ayant notamment porté sur la possibilité d'utiliser la transgenèse pour analyser la fonction des gènes chez les salmonidésUzbekova S, Amoros C, Cauty C, Mambrini M, Perrot E, Hew CL, Chourrout D, Prunet P. (2003), Analysis of cell-specificity and variegation of transgene expression driven by salmon prolactin promoter in stable lines of transgenic rainbow trout ; Transgenic Res. 2003 Apr;12(2):213-27., et des travaux sur le muscle de salmonidés transgéniquesLevesque HM, Shears MA, Fletcher GL, Moon TW. (2008), Myogenesis and muscle metabolism in juvenile Atlantic salmon (Salmo salar) made transgenic for growth hormone ; J Exp Biol. 2008 Jan; 211(Pt 1):128-37. conduits avec GL Fletcher, l'un des pionniers de la transgenèse chez les poissons).Cette même année 2000, l'American Society of Ichthyologists and Herpetologists (ASIH, association qui réunit l'ensemble des scientifiques spécialisés dans la recherche sur les poissons aux États-Unis) lance un avertissement public mettant en garde contre la création et la commercialisation de saumons transgéniques.

En 2001, sur la côte est du Canada la société privée américano-canadienne A/F Protein demande une première autorisation de commercialisation de poisson transgénique à la FDA (Food and Drug Administration) aux États-Unis. Le , le « Genetically Engineered Food Alert » (GEFA) lance un appel pour un moratoire sur la commercialisation et l'importation aux États-Unis de poissons génétiquement modifiés (le GEFA est une coalition de groupes de défense des consommateurs et d'organisations écologistes). Le , Cuba dément formellement avoir autorisé la commercialisation du tilapia transgénique, mais reconnaît que des recherches sont en cours. le , lOrganisation de la conservation du saumon de l'Atlantique Nord (North Atlantic Salmon Conservation Organisation - NASCO), à l'occasion de son assemblée générale annuelle (à Mondariz en Espagne) réaffirme sa vive opposition à la dissémination des saumons transgéniques dans les cours d'eau naturel et les océans. L'organisation demande que si des saumons transgéniques devaient être élevés, ils ne le soient jamais en cage et dans la nature, mais toujours en environnement terrestre, confiné et sécurisé. CCI Quimper Cornouaille ; Résumé d'article, n° de fiche : 2001-10-CCI001 d'après [www.univers-nature.com - 25/06/2001 Saumon transgénique : pas de commercialisation].