La Comédie humaine est le titre sous lequel Honoré de Balzac a regroupé un ensemble de plus de 90 ouvragesL'édition Furne, la seule édition de La Comédie humaine publiée du vivant de l'auteur, contenait 85 textes. Les éditions posthumes, qui introduisaient les corrections indiquées par l'auteur (parmi lesquelles l'incorporation de La Grande Bretèche à Autre étude de femme) et ajoutaient trois textes que l'auteur avait laissés inachevés (Les Petits Bourgeois, Le Député d'Arcis et Les Paysans) et quatre d'autres, exclues de l'édition Furne (Petites misères de la vie conjugale et les trois études sur la Pathologie de la Vie Sociale), contiennent habituellement 91 textes. de genres réaliste, romantique, fantastique ou philosophique, et dont l’écriture s’échelonne de 1829 à 1850.
Par cette œuvre, Balzac veut faire une « histoire naturelle de la société », explorant de façon systématique les groupes sociaux et les rouages de la société, afin de brosser une vaste fresque de son époque susceptible de servir de référence aux générations futures.
Il répartit ses récits en trois grands ensembles : Études de mœurs, Études philosophiques et Études analytiques. Le premier est le plus important et se divise lui-même en six sections, explorant divers milieux sociaux et régions de la France. Les ouvrages sont liés entre eux de façon organique par plusieurs centaines de personnages susceptibles de reparaître dans divers romans, à des moments variés de leur existence. Pour assurer l'unité de son œuvre, Balzac corrige et réécrit inlassablement nombre de ses ouvrages, afin de mieux les fondre dans un plan d'ensemble qui est allé compter jusqu'à cent quarante-cinq titres.
Créateur du roman moderne, Balzac veut décrire la totalité du réel et s'intéresse à des réalités jusque-là ignorées en littérature, parce que laides ou vulgaires. Il montre sous ses diverses formes la montée du capitalisme et la toute-puissance de l'argent, menant à la disparition de la noblesse et à la dissolution des liens sociaux. Le titre a été choisi en référence à la Divine Comédie de Dante. Mais au lieu d'une entreprise théologique, l'auteur s'est voulu sociologue et a créé un univers non manichéen, où l'amour et l'amitié tiennent une grande place, et qui met en lumière la complexité des êtres et la profonde immoralité d'une mécanique sociale où les faibles sont écrasés tandis que triomphent le banquier véreux et le politicien vénal.
Doué du génie de l'observation, Balzac a créé des types humains saisissants de vérité. Certains de ses personnages sont tellement vivants qu'ils sont devenus des archétypes, tels Rastignac, le jeune provincial ambitieux, Grandet, l'avare tyran domestique, ou le père Goriot, icône de la paternité. Il accorde une place importante aux financiers et aux notaires, mais aussi au personnage de Vautrin, le hors-la-loi aux identités multiples. Son œuvre compte une importante proportion de courtisanes et de grisettes, à côté de femmes admirables et angéliques. L'importance qu'il donne à celles-ci et à leur psychologie lui a valu très tôt un lectorat féminin enthousiaste.
En dépit de l'opposition de l'Église, cette œuvre devient très vite un phénomène d'imprimerie et obtient un immense retentissement en France et en Europe, influençant profondément le genre du roman. Traduite en de nombreuses langues, elle est encore rééditée aujourd'hui et a souvent fait l'objet d'adaptations au cinéma et à la télévision.
Genèse thumb|upright|Honoré de Balzac d'après un tableau de Louis Boulanger.
Après avoir, pendant sept ans, espéré faire fortune en produisant des ouvrages de littérature marchande qu'il signait sous des pseudonymes, Balzac s'oriente vers un nouveau genre de roman. Le tournant commence avec Les Chouans (1829), dont il soigne particulièrement le cadre géographique et historique, soucieux de vérité au point d'aller vivre deux mois chez un militaire à la retraite, le général de Pommereul, à proximité du théâtre de ce récit..
Dans le même temps, il participa à la rédaction des prétendus Mémoires de Sanson (1830), attribués à l’exécuteur de Paris mais en réalité composés par un groupe de collaborateurs. Balzac reconnut plus tard avoir été l’auteur principal du premier volume Fr. Normand, Les Contemporains, 1er janvier 1912, p. 16 (Balzac confirme avoir été l’auteur principal du premier volume).. Cette entreprise, interrompue à la demande de la famille Sanson en R. Goulard, « Balzac et les Mémoires de Sanson », Mercure de France, 1 novembre 1950, p. 479–480 (arrêt de l’entreprise sur demande d’Henri-Clément Sanson)., lui fournit néanmoins la matière d’Un épisode sous la Terreur, nouvelle qu’il réélabora à plusieurs reprisesBernard Leuilliot, « Un épisode sous la Terreur », éd. critique (analyse des réélaborations de la nouvelle en 1830, 1842, 1845). . Il s'attache ensuite à explorer les ressorts psychologiques qui sont à la base des événements sociaux. Avec La Peau de chagrin (1831), sa renommée commence à s'étendre au-delà des frontières, suscitant l'intérêt de Goethe, qui en discute avec Eckermann à Weimar..
Dès ce moment, sa production littéraire se révèle d'une fécondité remarquable, mais l'idée d'intégrer tous ses ouvrages dans une œuvre unique ne lui viendra que plus tard. Après avoir publié plusieurs romans sous le titre général de Scènes de la vie privée, il a l'idée, en , d'ajouter les Scènes de la vie de province, puis les Scènes de la vie parisienne et les Scènes de la vie de campagne, formant ainsi quatre ensembles qui seraient regroupés sous le titre Études de mœurs au .. Enthousiasmé par son projet, il accourt alors chez sa sœur, dont il était très proche, en s'écriant : Et il déroule son plan en faisant les cent pas dans son salon..
Ce n'est toutefois qu’en 1834 que lui vient l'idée de relier entre eux ces récits de façon organique, en réutilisant des personnages de récits précédents, faisant alors réapparaître dans Le Père Goriot l'ambitieux Eugène de RastignacCe personnage était présent en 1832 dans Étude de femme et Autre étude de femme publié alors sous le titre Une conversation entre onze heures et minuit inséré dans les Contes bruns.. Cette décision majeure l'amènera à corriger des ouvrages antérieurs afin de mieux les intégrer au grand projetBalzac se ravisait souvent dans ses classements et ses titres. Il pouvait rattacher Le Message à La Grande Bretèche, puis publier les deux textes de façon autonome. De même, Le Colonel Chabert ne paraît sous sa forme définitive qu’en 1844 après une première version publiée en 1832, sous le titre La Transaction. La Maison du chat-qui-pelote fut d’abord intitulée Gloire et Malheur en première publication 1830 et le texte connut quatre autres éditions et autant de remaniements jusqu’à la dernière édition Furne qui fut elle-même corrigée à multiples reprises (Anne-Marie Baron, introduction à La Maison du chat-qui-pelote, Flammarion GF, 1985, 18)..
Lors de la publication du Père Goriot, en 1835, le succès de librairie est à la mesure de ses attentes et le comble de joie :
Une histoire naturelle de la société vignette|left|upright|Page de titre de l'édition originale du Père Goriot (1835). Par la citation de Shakespeare en épigraphe (All is true / « Tout est vrai »), Balzac affirme un choix esthétique fondamental.
En 1834, lors de la rédaction du Père Goriot, Balzac éprouve son intuition fondamentale en découvrant qu'il n'y a pas de sujet indigne de la littérature et qu'un auteur doit embrasser la totalité du réel, y compris dans ses détails les plus laids ou les plus bas, toutes les classes sociales pouvant fournir des personnages de roman.. Dès lors, il conçoit sa production romanesque comme une exploration systématique des groupes sociaux et des rouages de la société. Poursuivant dans la voie de la réflexion philosophique à laquelle il s'était d'abord intéressé au sortir de l'adolescence, il voit dès lors dans le roman la possibilité de proposer un système explicatif généralP.-G. Castex, ..
Il part du principe qu'il existe et que les premières sont beaucoup plus variées que les secondes, car . Il en résulte que la somme romanesque qu'il envisage doit .
Il envisage donc de répartir ses romans en trois grandes sections, ainsi qu'il l'expose dans une lettre de 1834 à Ewelina Hańska : Les Études de mœurs offrent l’histoire générale de la société. Elles sont axées sur les passions, qui sont le moteur de l'action humaine : Il envisage d'explorer systématiquement tous les aspects de la société et de la vie :
Au dernier étage, les Études analytiques, composées de romans, de contes et de nouvelles fantastiques, fourniront la clé permettant de remonter aux causes. Balzac leur accordait une énorme importance et ce n’est pas par hasard si le premier grand succès lui arriva avec La Peau de chagrin.
Grâce à ce procédé de construction romanesque inédit, Balzac peut embrasser la totalité du monde dans un même projet, satisfaisant . Le plan se complète et s'amplifie au fil des ans. En 1839, il dit vouloir écrire . La référence à l'auteur de L’Histoire naturelle n'est pas gratuite, car Balzac veut appliquer au domaine moral les principes d'unité du vivant mis au jour par Buffon et Cuvier :
Il se documente avec un soin extrême sur les époques et les milieux dont il traite, et fait de nombreux voyages pour visiter les lieux où il place son actionEn 1843, pour les Scènes de la vie militaire, il dit vouloir visiter les champs de bataille napoléoniens. De même, il puise dans ses voyages en Italie et en Sardaigne des matériaux pour de nouveaux romans. ()., étant convaincu que ; loin de considérer ses ouvrages comme une lecture de divertissement, il veut faire une . Pour décrire le milieu de la pègre et les opérations de la police dans Splendeurs et misères des courtisanes, il lit les mémoires de Vidocq et ceux de Fouché. Il dépouille aussi des ouvrages de sociologie sur le monde de la prostitution. Pour ses nouvelles sur la musique (Gambara et Massimilla Doni), il étudie la musique avec un maître, tout comme il a étudié la chimie pour écrire La Recherche de l'absolu..
La documentation, toutefois, n'est pas sa seule source et il a souvent affirmé que les génies possèdent un don de seconde vue qui leur permet de .
De 40 volumes en 1839, le plan monte à en 1845, dont 85 sont déjà écrits. En 1847, toutefois, sentant ses forces décliner, il réduit ce plan à , dont 87 sont considérés comme achevés tandis que 50 restent à faire. Par la suite, il retranchera encore plusieurs sujets et déplacera des titres dans la série.. Au total, La Comédie humaine comptera 90 titres publiés du vivant de l'auteurL'Avant-propos n'est pas compté dans ce total de 90 titres. Illusions perdues et Splendeurs et misères des courtisanes sont comptés chacun comme un seul titre..
Le grand projet étant interrompu par la mort, l'auteur laissera de nombreux projets à l'état d'ébauches. Trois ouvrages seront publiés à titre posthume : Les Paysans, resté inachevé et publié en 1855 par Évelyne de Balzac, Le Député d'Arcis et Les Petits Bourgeois de Paris, tous deux terminés par Charles Rabou, selon la promesse qu’il avait faite à Balzac peu avant sa mort, et publiés respectivement en 1854 et en 1856..
L'auteur tenait absolument à ce que la publication des romans et nouvelles composant La Comédie humaine respecte son plan d'ensemble. En effet, chaque titre porte un numéro dans le catalogue général. vignette|upright|Portrait de Walter Scott en 1822|alt=Homme en buste peint de face sur fond sombre. Veste noire et gilet jaune. Cheveux blonds. Yeux bleus au regard intense.