François Marcellin Certain de Canrobert, né François Certain Canrobert.Il est simplement appelé « Canrobert » par convenance. le à Saint-Céré et mort le à Paris, est un maréchal de France.
Sorti de Saint-Cyr, il s'illustre lors de la conquête de l'Algérie pendant une quinzaine d'années, puis, général de brigade en 1850, il contribue à la réussite à Paris du coup d'État du 2 décembre 1851. Promu général de division en 1853, il commande l'armée d'Orient durant une partie de la guerre de Crimée en 1854-1855. Fait maréchal de France en 1856, il commande un corps d'armée lors de la campagne d'Italie en 1859 et contribue largement à la victoire de Solférino. Au cours de la guerre de 1870, il commande de nouveau un des corps d'armée et se distingue notamment à Saint-Privat.
Après avoir été un soutien indéfectible de Napoléon III, il devient sous la Troisième République l'une des figures du parti bonapartiste et siège, de 1876 à 1894, au Sénat au sein du groupe de l'Appel au peuple.
Biographie Origines familiales François Certain de Canrobert est né dans une famille d'ancienne bourgeoisie.. Il voit le jour à Saint-Céré dans le Lot, où sa maison natale subsiste et où un monument à son effigie dû à Alfred Lenoir est érigé en 1897, place de la République.. Son acte de naissance ne porte pas de particule, mais deux documents délivrés postérieurement par la mairie de Saint-Céré en font état.
vignette|gauche|redresse|François Certain de Canrobert. Lithographie de Alphonse Léon Noël.
À sa naissance, son père, Antoine Certain Canrobert, ancien capitaine, est âgé de 55 ans. Cet officier de l'Ancien Régime a émigré en 1791 et servi à l'armée de Condé. Son demi-frère, Antoine, brillant officier issu de Saint-Cyr, a été tué par un boulet de canon à Fleurus le , en combattant pour l'Empereur Napoléon . Son grand-père, M. de Verdal, châtelain du Château de Grugnac, qui s'était battu a Fontenoy comme capitaine du régiment de Penthièvre est mort à 95 ans. François Certain ne l'aura pas beaucoup connu. Pour récompenser les services du capitaine, le Duc de Penthièvre lui avait offert une tabatière ornée de son portrait, avec mépris et sans se douter que son petit-fils allait devenir un des plus grands maréchaux de France.
Par la sœur de son père, Marie-Louise, il est le cousin d'Adolphe et de Marcellin Marbot, devenus respectivement maréchal de camp (général de brigade) et lieutenant général (général de division) sous la monarchie de Juillet.
Carrière militaire Âgé de 17 ans, Canrobert entre le à l'École royale spéciale militaire de Saint-Cyr où il est nommé caporal le . À sa sortie de l'école, il intègre le d'infanterie de ligne (RIL), avec le grade de sous-lieutenant à compter du . Il y sert jusqu'en 1840 et y est promu lieutenant le .
Conquête de l'Algérie vignette|François Certain Canrobert.
En 1835, il arrive avec son unité en Algérie où il combat sur les bords de l'oued Sig et de l'Habra. En 1836, il est aux combats de Dar el Achen, de la Tafna, à Sidi Yacoub, à La Silal et à Bet el Laham.
Il est nommé lieutenant adjudant major, le . Le , il est promu capitaine et occupe les fonctions de capitaine adjudant major. Il prend part, au combat de Medjeoly-Amar et au siège de Constantine où, adjoint au colonel Combes, il est blessé et, à 27 ans, gagne la croix de chevalier de la Légion d'honneur.
Il est versé au de chasseurs à pied, le . Il est au col de la Mouzaïa. L'année suivante, il participe aux combats de Nador, de Moursia et affronte les Flittas. Nommé chef de bataillon le , il rejoint le d'infanterie légère. Le , il passe au de chasseurs d'Orléans, où il gagne la croix d'officier de la Légion d'honneur en s'illustrant aux combats de Gontas, Baal, Tadjena, Sidi-Brahim, puis près de l’oued Lemig, au combat de l'Isly et à Riou.
Promu lieutenant-colonel, le , il est muté au RIL. L'année d'après, il rejoint le RIL, le . Le , il est au RIL et commande la subdivision de Batna.
vignette|Prise d’assaut de Zaatcha par le colonel Canrobert, le 26 novembre 1849.
Promu au grade de colonel, le , il est versé au d'infanterie légère qu'il quitte le pour prendre les fonctions de chef de corps du étranger, tout en gardant la subdivision de Batna. Avec cette unité, il prend le bey Ahmed.
En juin, il permute avec le colonel de Cariés de Senilhes et prend le commandement du de zouaves et de la subdivision d'Aumale. En 1849, il est à Beni Mélikech, Sameur, Al Amri. Puis, il commande l'assaut lors de la prise de Zaatcha (le ), lieu de combats particulièrement sanglants et y soumet les insurgés. Il y gagne la cravate de la Légion d'honneur le . C'est à la suite de ce combat qu'il acquiert sa renommée en France..
Le général du Second Empire vignette|Canrobert, général de division, aide-de-camp de l'Empereur, Grand officier de la Légion d'honneur, Commandant en Chef l'Armée d'Orient.
Rappelé en France par le prince-président Louis-Napoléon Bonaparte, il est nommé maréchal de camp (général de brigade) à compter du . Il est nommé commandant de la brigade d'infanterie de la de Paris, le , puis commandement de la , le et contribue à la réussite à Paris du coup d'État du 2 décembre 1851. Dans l'après-midi du , sur les boulevards Montmartre et Poissonnière, les soldats de la division commandée par Canrobert côtoient une foule où se mêlent curieux et manifestants... Dans une certaine confusion, les soldats ouvrent le feu. Le carnage fait entre une centaine et 300 morts dont des femmes et des enfants ainsi que des centaines de blessés.Luc Willette, , ., mais dès le au soir, la résistance parisienne au coup d'État est écrasée. Le bilan de ces journées parisiennes est de tuées sans compter les soldatsPierre Milza, Napoléon III, Perrin, 2006, .. Si on compte 2/3 d'ouvriers parmi les tués, on y trouve aussi de nombreux innocents et curieux, victimes de la division Canrobert sur les grands boulevards.
Dans toute la France, sont arrêtées, essentiellement dans le Sud-Est, le Sud-Ouest et quelques départements du Centre.. Environ d'entre elles sont condamnées par des commissions mixtes (composées dans chaque département du préfet, d'un général et d'un magistrat) dont à la déportation en Algérie et 239 autres au bagne de Cayenne. Toutefois, les mesures de répression prononcées par les 82 commissions mixtes inquiètent le président Louis-Napoléon Bonaparte. qui délègue en mission extraordinaire les généraux Canrobert, Espinasse et le conseiller d'État Quentin Bauchart, afin de réviser les décisions prises et préparer des mesures de grâce. Si Espinasse et Canrobert, chargés du Sud-Ouest et du Languedoc, font preuve de peu d'indulgence envers les condamnés avec un petit millier de grâces accordées, le conseiller d'État Quentin-Bauchart, chargé du Sud-Est, accorde alors que Louis-Napoléon Bonaparte use également de son côté largement de son droit de grâceVoir le tableau de Maurice Agulhon dans 1848 ou l'apprentissage de la République 1848-1852, Paris, Le Seuil, 1973, ..
Canrobert cumule par la suite sa fonction avec l'emploi d'aide de camp du prince–président, puis de l'Empereur. Promu général de division, le , il commande la division d'infanterie au camp d'Helfaut-Saint Omer, à partir du . En mai, il devient inspecteur général du de l'infanterie pour l'année 1853 avant d'être nommé à la division d'infanterie de l'armée d'Orient, le .
Guerre de Crimée vignette|Lord Raglan, général de l'armée britannique et le Général Canrobert se serrant la main, tous deux à cheval, au milieu du champ de bataille de Balaklava (1854).
Général de division, il participe ensuite à la guerre de Crimée et assume le commandement en chef après le maréchal de Saint-Arnaud à partir de fin . Il prend part aux combats de la Dobrudja et à la bataille de l'Alma, où il est légèrement blessé. Il est élevé à la dignité de grand officier de la Légion d'honneur, le . Présent à Balaklava et à Inkerman, il est blessé au cours de cette dernière bataille, le . Il est alors promu grand-croix de la Légion d'honneur. Le , il reçoit la médaille militaire.
Jugé trop timoré, il est relevé par le général Pélissier en . Il reprend à sa demande le commandement de son ancienne division, devenue d'infanterie du . Cette situation étant moralement difficile, Napoléon III insiste pour qu'il rentre en France. Devant plusieurs refus, il le nomme à nouveau son aide de camp et en août, lui intime l'ordre de rentrer à Paris pour occuper ses fonctions.
Ses différends avec Lord Raglan, général de l'armée britannique, l'obligent à se démettre de son commandement. Le , il est élevé à la dignité de maréchal de France.
Campagne d'Italie (1859) vignette|Carpenedolo, plaque à Canrobert et Niel.
En , il commande les divisions de l'Est, à Nancy, puis le camp de Châlons, à compter du . Le , il reçoit le commandement du de l'armée des Alpes et participe à la campagne d'Italie d'avril à juillet, passe par Turin, Dorial, Balba, Magenta et Solferino. Il se distingue à la bataille de Magenta () et contribue largement à la victoire lors de la bataille de Solférino ().
Retour en France vignette|Le château de l'Églantine, bâti au milieu du par le Maréchal Canrobert.
Il rejoint alors la garnison de Nancy avec son corps d'armée. Il devient commandant du militaire de Nancy, le . En 1862, il commande les troupes du camp de Châlons puis passe au commandement supérieur du d'armée de Lyon à compter d'octobre.
Le , il épouse à Paris Flora Leila Macdonald dont il aura trois enfants, parmi lesquels Napoléon Eugène Marcelin Alfred Certain de Canrobert, Officier de la Légion d'honneur..
Le , il commande le d'armée et la militaire de Paris.
Guerre de 1870 vignette|Portrait du Maréchal Canrobert, par Nélie Jacquemart (1870).
Le , il refuse de prendre le commandement de l'armée du Rhin, effrayé par les responsabilités qui en découlent, abandonne ce commandement vicié à Bazaine et devient un subordonné obéissant. Il est aux combats de Sainte-Barbe, de Noisseville et de Ladonchamps. Les 16/, il commande le d'armée du Rhin qui se distingue à Gravelotte, à Saint-Privat où il bouscule les trois corps du général von Steinmetz et décime la garde royale prussienne, mais, faute de munitions et de renforts, il abandonne sa position. Il est fait prisonnier avec le maréchal Bazaine lors de la reddition de Metz le . Après plusieurs mois de captivité, il est libéré et regagne la France en .
Carrière politique vignette|Le maréchal de France François Certain de Canrobert photographié par Nadar (1887).
Il est alors nommé président de la commission d'avancement de l'infanterie puis membre du conseil supérieur de la guerre en 1872, membre du comité de défense en 1873. Il fait une carrière politique dans le groupe de l'Appel au peuple, en étant élu sénateur du Lot en 1876 puis sénateur de la Charente en 1879, fonction qu'il occupe jusqu'en 1894. Son collègue Victor Hugo, ne sera pas tendre pour lui : « J'ai vu Canrobert au Sénat. Caboche de reître. Méchant, mais bête.. »
Proche du maréchal de Mac Mahon, il vote, en , la dissolution de la Chambre et soutient le ministère Broglie-Fourtou. En 1878, il représente le gouvernement français aux obsèques du roi Victor-Emmanuel II. Figure marquante du parti bonapartiste, sa participation aux débats politiques est par la suite essentiellement axée sur les questions militaires. Il vote cependant généralement dans le sens des conservateurs, notamment contre les projets de loi sur l'enseignement, contre la réforme judiciaire, contre l'expulsion des princes ou contre le divorce, s'abstenant sur le rétablissement du scrutin d'arrondissement ou sur le projet de loi restrictif de la liberté de la presse..
Dernières années vignette|La tombe de la famille du maréchal Canrobert au cimetière de Jouy-en-Josas.
Doyen des maréchaux de France de son époque, il se rend aux obsèques du maréchal de Mac-Mahon en 1893 où il est salué par l'amiral russe Avellan au nom de l'Empereur de Russie. Il s'agit de sa dernière apparition officielle.