Harry Baur est un comédien français né le à Paris et mort le à Paris . Il est considéré par de nombreux spécialistes comme l'un des plus grands acteurs de la première moitié du .
Biographie Origines familiales Henri Marie Rodolphe Baur naît à Paris au 171, boulevard Voltaire, de Meinrad Baur, un horloger alsacien originaire de Heimsbrunn, et Marie ImblonFiche biographique sur Les Gens du cinéma. Acte de naissance Paris , de l'année 1880, cote V4E 4019, acte page 24/31., d'origine lorraine, native de Bitche. Il a déclaré lors d'une interview accordé au magazine Pour vous en 1936 que sa famille est ..
Il part très jeune pour Marseille où il intègre la section de rugby à XV de l'Olympique de MarseilleAlain Pécheral, La Grande Histoire de l'OM, 2007, Éditions L'Équipe, ., club dont il se sentira toujours proche et dont il restera une figure emblématique, et entame des études d'hydrographie, puis se dirige vers le théâtre.
Débuts Refusé au Conservatoire d'art dramatique de Paris, il suit des cours privés. Sa carrière théâtrale démarre avant la Première Guerre mondiale. Les douze années qui suivent la première guerre mondiale marquent l'apogée de la carrière théâtrale de l'acteur alsacien.
Il commence une carrière au cinéma dès la fin des années 1900, dans des films de Victorin Jasset, Michel Carré, Albert Capellani, Georges Denola, Gérard Bourgeois, Jacques de Baroncelli, Maurice Tourneur ou Abel Gance, alors à ses débuts.
Un grand acteur Considéré comme un « monstre sacré » (terme inventé par Jean Cocteau entre les deux guerresSite radiofrance.fr, article "Jean Cocteau a inventé l’expression "monstres sacrés" pour désigner ces plus que vedettes...".) durant les années qui précédèrent la Seconde Guerre mondiale., il impose sa personnalité puissante et son jeu tout en finesse. Sa carrière décolle en 1930 avec la rencontre de Julien Duvivier : dans le premier film parlant du réalisateur, David Golder, il incarne cette année-là le personnage éponyme à la fois du film et du roman d'Irène Némirovsky dont il est tiréJ. Weiss, Irène Némirovsky, Paris, Félin poche 2005, ..
Harry Baur tourne dans quarante films en douze ans. Il est notamment, en 1934, l'un des interprètes les plus marquants de Jean Valjean dans la version des Misérables signée par Raymond Bernard, où il donne la réplique à Charles Vanel et Charles Dullin, respectivement Javert et Thénardier. Il interprète le personnage du roi Hérode dans le film Golgotha face à Robert Le Vigan qui joue Jésus en 1935. En 1936, il est un Beethoven saisissant dans le film d'Abel Gance, Un grand amour de Beethoven. Parmi ses nombreuses compositions, on peut citer le héros éponyme du film de Maurice Tourneur Volpone (1941), aux côtés de Louis Jouvet incarnant Mosca et de Charles Dullin, qui joue Corbaccio, l'usurier.
Au théâtre, il reprend en 1931 le rôle de César, créé par Raimu, dans Fanny, la deuxième pièce de la célèbre trilogie marseillaise de Pagnol.
Pendant la guerre vignette|redresse|gauche|Affiche de L'assassinat du Père Noël. L'Occupation allemande n'interrompt pas sa carrière. En 1941, Harry Baur incarne le père Cornusse dans L'Assassinat du père Noël de Christian-Jaque, le premier film de la compagnie à capitaux allemands d'Alfred Greven, la Continental-Films. Néanmoins, depuis les débuts de l'Occupation, des journaux français antisémites font courir une rumeur « l'accusant » d'être juif.. L'acteur s'en défend en faisant publier un certificat « d'aryanité » et écrit à l'hebdomadaire Je suis partout une lettre que le journal publie : C'est alors que Joseph Goebbels, très préoccupé par la prééminence du cinéma français sur une production « germanique » qui a effectivement été anéantie par la politique antisémite des nazis, le fait venir à Berlin pour tenir le rôle masculin principal dans Symphonie d'une vie () d'Hans Bertram aux côtés d'Henny Porten et de Gisela Uhlen. Étant ignorées du public, les pressions exercées par les nazis sur sa seconde épouse pour qu'il accepte cette offre ne peuvent lui éviter les soupçons de collaboration et les insultes qui font de lui un « traître » et un « vendu » à l'occupant..
Arrestation et mort Quand il rentre en France au printemps 1942, la rumeur sur ses origines juives, alimentée par la dénonciation d'un ami d'enfanceSite dvdclassik.com, présentation du livre de Christine Leteux : Continental Films, cinéma français sous contrôle allemand., reprend de plus belle. Theodor Dannecker demande alors à Charles Laville, ingénieur biologiste, chef des services scientifiques d'études aux questions juives de faire le portrait morphologique du visage d'Harry Baur. Dans le rapport qu'il lui transmet, il conclut France-Soir, 12 avril 1947, . Harry Baur est arrêté avec sa femme le Site hal.science, texte de Claire Daniélou « Danielle Darrieux et Harry Baur : deux acteurs face à la propagande allemande ».. Dannecker est furieux qu'un Juif ait pu tenir le premier rôle d'un film allemand. Emprisonné à la de la Gestapo pendant quatre mois dans des conditions très rudes, Harry Baur subit plusieurs séances de coups, dont une de douze heures. Au cours de l'une d'elles, il se relève et déclare au SS Hauptsturmführer :
Il reçoit du prêtre Franz StockAlexandre Najjar, Harry et Frantz, Plon, 2018 .. un réconfort spirituel.
Il est libéré le , ses tortionnaires lui signifiant : Reinhard Heydrich, le supérieur de Dannecker, était, par ambition, en conflit avec Joseph Goebbels. L'artiste n'était que la victime de la rivalité des deux dignitaires nazis. Âgé de , Harry Baur ne se remettra cependant jamais des séances de torture subies et meurt à peine moins de six mois plus tard, le , en son domicile, 3 rue du Helder Acte de décès Paris , de l'année 1943, cote 9D 162, acte page 11/31. (sa femme y habitait encore en 1978annuaire par rues). Les autorités allemandes, pour ne pas être accusées d'avoir causé sa mort, interdirent aux journaux de l'annoncer.
Après des obsèques célébrées en l'église Saint-Philippe-du-Roule, Harry Baur a été inhumé dans le caveau familial du cimetière Saint-Vincent, à Montmartre, dans lequel reposaient déjà sa première épouse Rose (morte en 1931) et leur fils Jacques (mort en 1929)Site tombes-sepultures.com, page sur Harry Baur..
En , Charles Laville, le biologiste qui avait contribué à son arrestation, est inculpé pour intelligence avec l'ennemi et écroué à la prison de Fresnes. Quant à l'ami d'enfance dénonciateur, poursuivi à la Libération pour indignité nationale, après plusieurs recours pour raisons de santé, il est finalement acquitté par le tribunal militaire de Paris en .
Vie privée Il épouse à Paris le l'actrice Rose Cremer Acte de mariage Paris , de l'année 1910, cote 8M 204, acte page 17/22, connue sous le nom de Rose Grane, avec qui il demeure 16, rue du Colisée, et avec laquelle il a trois enfants. Elle meurt lors d'un voyage en Algérie, à Tlemcen, en 1931.
Il se remarie le , à Paris , avec Rika Radifé(1902-1983), elle-même actrice puis directrice de théâtre.
Décorations Décorations françaises
Décoration étrangère 50px Chevalier du Nichan Iftikhar (Tunisie)
Filmographie
Théâtre Comédien
Metteur en scène 1925 : L'Archange de Maurice Rostand, théâtre Sarah-Bernhardt 1929 : Vive Leroy opérette d'Henri Géroule et René Pujol, musique Fred Pearly et Pierre Chagnon, théâtre des Capucines 1929 : La Femme au chat de Henry de Gorsse et Pierre Veber d'après Oreste Poggio, théâtre Daunou 1931 : Fanny de Marcel Pagnol, théâtre de Paris 1932 : Une jeune fille espagnole de Maurice Rostand, théâtre Sarah-Bernhardt 1932 : Il était une fois… de Francis de Croisset, théâtre des Ambassadeurs 1933 : La Voie lactée d'Alfred Savoir, théâtre des Mathurins 1939 : Roi de France de Maurice Rostand, théâtre de l'Œuvre
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Guy Dornand, « Harry Baur », en couverture un portrait de Harry Baur par Bernard Bécan, Les Hommes du jour , Éditions Henri Fabre, 1935. Emmanuel Burdeau, « Le plus grand Valjean. De tous les acteurs qui ont joué le rôle, Harry Baur est sans doute celui qui en a donné la version la plus singulière », Le Nouveau Magazine littéraire, , Sophia Publications, Paris, , . Alexandre Najjar, Harry et Franz, Plon, 192 p, 2018. François Guéroult, Trouble jeu, le dossier Harry Baur, Editions Infimes, 170 p., 2025 .
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