Le mont de Brégille (écrit et prononcé localement Bregille) est une colline du massif du Jura, culminant à d'altitude ce qui en fait le quatrième plus haute colline de la ville de Besançon, après celle de Planoise ( sur la partie bisontine), de la Chapelle des Buis () et de Rosemont (). Située en totalité sur la commune, bordée par la rivière du Doubs, la colline comprend une vaste zone forestière qui l'englobe presque entièrement, ainsi que plusieurs secteurs d'habitations formant le quartier historique de Bregille. Sa situation géographique fait que Bregille a été pendant longtemps un domaine viticole notamment grâce à son ensoleillement qui a fait prospérer la culture en terrasses, mais aussi un site stratégique militaire de par sa domination sur la ville et sur la citadelle de Vauban. Aujourd'hui le mont de Bregille est un site péri-urbain, apprécié des randonneurs et des habitants pour son cadre naturel préservé et quasiment à l'état sauvage.

Géographie Situation Le mont de Brégille est situé sur le territoire de la commune de Besançon, dont il constitue l'une des sept collines. Il appartient à l'anticlinal de la Citadelle, nommé ainsi car la citadelle de Besançon y est implantée, du faisceau bisontinV. Bichet et M. Campy, Montagnes du Jura, Géologie et paysages, 2008. La colline est coincée dans un coude que forme le Doubs qui coupe l'anticlinal pour se diriger vers le nord et former la fameuse boucle où le centre-ville de Besançon est implanté.

Sur les flancs nord et ouest de la colline est implanté le quartier bisontin de Bregille. Le fort de Bregille et le fort Beauregard, implantés sur la crête ouest, dominent la vallée du Doubs et Besançon.

Géologie thumb|left|Carte topographique de la colline de Bregille, datant du . Le mont de Brégille appartient au faisceau bisontin qui fait partie de l'ensemble de faisceaux délimitant la frontière occidentale entre le massif jurassien et les plateaux de Haute-Saône et les bassins tertiaires environnants (Bresse...).

L'anticlinal formant le mont de Brégille se prolonge en direction du sud-ouest au niveau de la colline Saint-Étienne (Citadelle de Besançon) qui est parfaitement repérable sur un panoramique des deux collines. Ces plis sont la partie la plus externe des plissements alpins, et se sont formés au Pontien, il y a environ dix millions d'années. À cette époque, il y avait donc une seule et même colline haute d'environ , avant que l'érosion ne vienne séparer la dépression en deux collines : Bregille et Saint-Étienne. Puis, il y a environ trois à quatre millions d'années, un soulèvement se produisit rehaussant le site d'environ . La rivière du Doubs avait alors deux chemins : soit passer en ligne droite, soit faire un détour par le creux laissé par l'érosion. C'est la deuxième solution qui prima, faisant que cette rivière prit la forme d'une boucle quasi parfaite creusant petit à petit une véritable vallée.

Le sommet de la colline et la partie haute de la face nord-ouest sont constitués de calcaires datant du Tithonien que l'on retrouve aussi à la base de la face sud, près des berges du Doubs. La partie haute des flancs est composée, quant à elle, de calcaires du Kimméridgien. Le plateau du fort Benoit et la mi-hauteur des flancs sont constitués de calcaires oxfordiens, puis suivent des strates de calcaires du Callovien et du Bathonien. On note à l'est, au pied de la colline, la présence de deux failles transformantes et d'une autre plus petite située à l'ouest de la collineCarte géologique de la France sur le site du BRGM.

Hydrographie

Histoire

Le passage de chasseurs-cueilleurs remontant à , durant la période du Paléolithique moyen, a été attesté sur le site de BesançonClaude Fohlen, Histoire de Besançon, tome I, .. Les fouilles menées au cours des derniers siècles ont permis de révéler des traces d'occupation du site dès le Néolithique le long du Doubs, notamment au pied des collines de la Roche d'Or et de Rosemont, ces traces d'habitat étant datées de 4000 environ.

thumb|Carte de Cassini de Besançon-Bregille, entre 1757 et 1759.

L'histoire du quartier de Bregille débute à partir du , lorsque l'abbaye Saint-Martin de Bregille fut fondéeMémoires de Bregille, page 22.. Il n'existe aucun autre renseignement au quartier avant cette époque. En 870, l'abbaye est citée dans le traité de Meerssen, dans lequel Charles II le Chauve et Louis II de Germanie se partagent la Séquanie. C'est à partir de cette époque que serait apparu le village de Bregille, situé en périphérie de l'abbaye Saint-Martin. Des documents attestent qu'à partir du , le site était devenu un important lieu viticole et qu'à partir du , le petit village acquiert une grande importance économique, à tel point qu'il comprend un maire, un prévôt et même un forestier. On note qu'au , un conflit éclate entre les bourgeois bisontins qui tentent de constituer la commune de Besançon face à l'archevêque de Besançon qui entend garder ses pleins droits de souveraineté sur les terres de Bregille ; c'est finalement l'archevêque qui aura le dernier mot dans cette affaire. En 1290, le secteur de Bregille est assiégé pendant quatre mois par les armées impériales, tandis que les troupes vassales leur faisaient face en occupant la Mouillère ainsi que les Prés-de-VauxMémoires de Bregille, page 24.. Othon IV décide de négocier pour finalement céder ; c'est alors que les Bisontins font reconnaître officiellement leur commune par l'Empire, non sans nouvelles querelles avec l'archevêque. Le village de Bregille était à l'époque accessible par un ponton franchissant le Doubs, relié à la porte de Bregille et construit en 1398. On pouvait également traverser le Doubs par un bac, dont le péage revenait à l'archevêque. À Besançon, sous le régime communal, seuls les habitants intra muros sont reconnus comme citoyens de la ville et sont alors à ce titre exempts de toutes taxes, à l'instar de Saint-Ferjeux et de Valentin, alors que Bregille et Velotte sont sujets de l'archevêque.

En 1444, les Écorcheurs pénètrent en Franche-Comté, et s'approchent de la capitale comtoise fin mai de cette même annéeMémoires de Bregille, page 25.. C'est alors que les communards décident de détruire une grande partie de Bregille, notamment le château de Bregille (qui était situé à la place de l'actuel fort Beauregard), l'ancienne abbaye Saint-Martin ainsi que la majorité des maisons du village, ceci afin d'éviter, selon les communards, la dévastation inévitable du site par les Écorcheurs. S'ensuivent plusieurs nouveaux conflits entre des habitants de la ville et l'archevêque, ce dernier demandant réparation pour les pertes subies sur ses terres. Ce conflit aboutit à la mort de certains Bisontins, voulant s'insurger contre l'archevêque et par la ruine financière de la ville, qui ne peut réparer le préjudice subi. L'archevêque accepte alors que les clercs et les brégillots ne payent leurs impôts qu'en 1457. À la suite de ces événements, le village de Bregille se reconstruit peu à peu, mais la destruction du site est une nouvelle fois envisagée, avec les guerres de Charles le Téméraire, en 1471. La destruction n'aura cependant pas lieu ; pourtant le château de Bregille, récemment reconstruit, sera de nouveau rasé pour mieux défendre la ville depuis Bregille. La situation se stabilise durant les années 1480, et le village de nouveau sinistré renaît de ses cendres, avec la construction de nouvelles maisons ainsi que de carrières, relançant l'économie du site. Au , le site de Bregille est aménagé afin d'approvisionner la ville de Besançon en eau, les sources de Fontaine-Argent n'assurant plus une desserte convenable en eau dans la villeMémoires de Bregille, .. Après de longs pourparlers avec l'archevêque, qui affirme que la construction d'un conduit d'eau provoquerait des dégâts irrémédiables à ses propriétés, la municipalité commence les travaux et le deux sources sont capturées : la Douin le Moine. Au , la ville de Besançon est en plein essor et les vins produits à Bregille, notamment le vin blanc des Ragots, s'exportent partout en FranceMémoires de Bregille, ..

thumb|left|La porte de Bregille par Le rouge (1752).

En 1674, la Franche-Comté, qui est depuis espagnole, se voit reconquise par Louis XIVHistoire de la Franche-Comté, publiée sous la direction de Roland Fiétier, Privat, Toulouse, 1977.Louis Gérard, La guerre de Dix Ans : 1634-1644, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 1998 ; Annales littéraires de l'Université de Franche-Comté.. Les troupes françaises investissent le la colline de Bregille et celle de Chaudanne, bombardant la ville de pas moins de Mémoires de Bregille, page 27.. La ville se rend finalement le , et devient alors capitale de province et accueille un intendant. Le , un pont en bois franchissant le Doubs est construit entre Bregille et La Boucle, avant d'être finalement remplacé par un pont en pierre en 1837. Durant la Révolution française, Besançon se voit déchue de son rang de capitale de province ; le village de Bregille est encore à l'époque l'une des trois paroisses extra-muros de la ville, avec Saint-Ferjeux et La Vèze, jusqu'en 1835. Au début des années 1810, la France entre en guerre face à l'Autriche, et la défense de Besançon est confiée au général Marulaz le , qui doit défendre la ville des Autrichiens à Bregille et aux Chaprais et des troupes liechtensteinoises à PlanoiseRené Bévalot, Planoise, vous connaissez ?, 1995, .. Le général ordonne la destruction de tous bâtiments et arbres fruitiers dans un rayon de autour de la vieille ville, afin d'empêcher que les ennemis s'y tiennent en embuscade. Les maisons de Canot sont incendiées le , celles de Bregille et des Chaprais les jours suivants. Le blocus de la ville dure jusqu'au , alors que Napoléon abdique le 6 avril de cette même année. Au , les vignes sont maintenues à Bregille, alors qu'elles sont arrachées entre 1830 et 1837 dans le reste de la villeMémoires de Bregille, page 28.. La viticulture devient alors à l'époque la principale activité économique du secteur avec l'agriculture. Puis, concurrencés par les vins du midi moins chers, le vignoble disparaît peu à peu au profit de l'industrie qui se développe aux Chaprais. De nouveaux bâtiments font leur apparition à cette époque dans le secteur : il s'agit des forts de Bregille et Beauregard construits entre 1791 et 1870 pour défendre la colline des assauts entraînant une vulnérabilité de la citadelle de Vauban. Après la disparition du vignoble, de nombreuses entreprises et industries investissent le secteur des Prés-de-Vaux ainsi qu'à Bregille même, notamment les horlogeries Zénith, France-Ébauche, Blind ou encore Tribaudeau.

thumb|right|Le village de Bregille, dans les années 1870.