La Maurienne ou vallée de la Maurienne est une vallée intra-alpine et une région naturelle française, située dans le département de la Savoie en région Auvergne-Rhône-Alpes. D'une longueur de , elle est traversée par la rivière de l'Arc. Elle correspond à l'une des six provinces historiques de la Savoie, qui fut un pagus (), puis au comté de Maurienne intégré au comté de Savoie avant de devenir l'une des provinces administratives (de 1723 à 1860) du duché de Savoie.

Toponymie vignette|L'Arc à d'altitude au niveau de Bessans ; malgré une apparence paisible, il peut rapidement devenir incontrôlable. La violence de ce torrent et ses crues meurtrières auraient donné le nom à la vallée.

Originellement, la vallée est celle des Médulles ou Medulli, qui seront intégrées dans la province des Alpes cottiennes jusqu'à sa disparition au , tandis que la partie basse est occupée par les Graiocèles, dans la province des Alpes grées. Le mot Maurienne se substitue peu à peu pour désigner la vallée des Médulles.

L'étymologie du mot Maurienne donne lieu à plusieurs hypothèses. Les premières mentions du nom apparaissent vers le avec l'édification de la cathédrale primitive dédiée à saint Jean-Baptiste à Maurienna Urbs (la future Saint-Jean-de-Maurienne) et 273.. On trouve ainsi un Urbem Mauriennam à cette période, notice 10333, .. À cette même période, Grégoire de Tours désigne ainsi la ville : « urbs Maurienna » ou « locus Mauriennensis ». En 739, le testament du patrice Abbon mentionne la vallis Maurigenica. Le chanoine Adolphe Gros relève que la Maurienne sous sa forme Maurogenna désigne la ville jusqu'au , date à laquelle on commence à lui accoler celui du saint, alors que la vallée est désignée par « territorio Mauriennam ».

Certains spécialistes voient dans l'origine du mot « Maurienne » un dérivé du latin Malus Rivus, « mauvais ruisseau », qui a évolué en mau riou/rien., comme l'alpiniste William Auguste Coolidge dans un article de la revue Alpine de 1904.. En effet, la rivière de l'Arc est connue pour ses crues.

Pour le chanoine Gros, dans son Dictionnaire étymologique des noms de lieu de la Savoie (1935), une autre hypothèse doit être envisagée. Il voit dans les formes primitives Maurogenna ou Maurigenna, désignant la ville, une féminisation du terme Maurogenos. Ce dernier serait un mot hybride entre le nom d'un certain romain Maurus, auquel est associé le suffixe celtique Genna, signifiant « fils de »D'après ..

Le chanoine Jean-Louis Grillet, dans son Dictionnaire historique, littéraire et statistique des départemens du Mont-Blanc et du Léman rapporte que pour Jean de Pineda (jésuite espagnol du ) (lire en ligne).

Une dernière hypothèse, qui tend à perdurer, indique depuis le , avec le Theatrum Statuum Sabaudiæ (v. 1682), que Maurienne trouve son origine dans le mot « Maure », relatif aux incursions du des Sarrasins. La plupart des érudits ayant étudié la question rappellent cependant la mention très antérieure du . En effet, en 942, le roi Hugues d'Arles pour des raisons stratégiques, craignant de voir le roi d'Italie accéder à son trône, conclut un traité avec les Sarrasins. Ces guerriers voyageurs devant venir s'installer dans les Alpes pour empêcher toute invasion ennemie. Certains historiens s'accordent à dire qu'à la suite de cet accord, une partie de la communauté sarrasine s'implanta dans la vallée de l'Arc, qui allait de facto porter le nom de MauriennePhilippe Sénac, Musulmans et Sarrasins dans le sud de la Gaule du au , Sycomore, 1980, . Nombreuses sont les théories qui s'appliquent à trouver l'origine du nom de cette vallée. Peut-être s'agit-il d'un savant mélange de tout cela. Cette diversité d'hypothèses renforce en tout cas le caractère mystérieux des racines du toponyme.

En francoprovençal, appelé parfois arpitan, Maurienne se traduit par Môrièna..

Géographie

Longue de plus de , la Maurienne est l'une des plus grandes vallées transversales des Alpes... La rivière qui l'a modelée après la dernière période glaciaire est l'Arc. La Maurienne débute à l'ombre des Levanna, trois sommets recouverts par les glaciers des sources de l'Arc et surplombant le hameau de l'Écot (commune de Bonneval-sur-Arc) au pied du col de l'Iseran. Elle suit d'abord un axe nord-est—sud-ouest jusqu'à Modane, avant de descendre direction nord-ouest jusqu'à Aiton, où l'Arc rejoint l'Isère dans la combe de Savoie au pont Royal.

Une partie de la vallée est intégrée au parc national de la Vanoise, dans la continuité du parc national du Grand-Paradis (Italie).

vignette|Vue aérienne du cône de déjection de Termignon-Sollières-Sardières, entre les massifs et glaciers de la Vanoise et du Mont-Cenis.

Il n'y a pas à proprement parler de massif de la Maurienne : la vallée est bordée au nord (rive droite de l'Arc) par le grand massif de la Vanoise et les chaînes de la Lauzière et du Grand Arc, et au sud (rive gauche) par les Alpes grées (au sens restreint), le massif du Mont-Cenis, des Cerces, des Arves, des Grandes Rousses et de Belledonne.

Les grands cols alpins qui partent de la vallée sont : l'Iseran () vers la Tarentaise, plus haut col routier des Alpes ; le Mont-Cenis () vers le val de Suse ; le Télégraphe () et le Galibier () vers le Briançonnais et l'Oisans ; la Croix-de-Fer () et le Glandon () vers l'Oisans ; la Madeleine () vers la Tarentaise ; le Grand Cucheron () vers la vallée des Huiles.

Principaux sommets

Partition de la vallée vignette|gauche|redresse|Vue du vallon d'Ambin, l'une des nombreuses vallées latérales de la Maurienne.

Les géographes distinguent traditionnellement trois ensembles, la basse, la moyenne et la haute Maurienne. L'historien Jean Dompnier, dans sa présentation générale de la moyenne Maurienne, précise qu'. À ces trois ensembles, les vallées affluentes peuvent aussi être distinguées avec notamment celle de la Valloirette (du col du Galibier à Saint-Michel-de-Maurienne), le bassin de l'Arve ou de l'Arvan qui coule jusqu'à Saint-Jean-de-Maurienne), la vallée des Villards, dite aussi du Glandon (Saint-Alban et Saint-Colomban), ou encore celle du Bugeon (du col de la Madeleine jusqu'à La Chambre).. De nombreuses vallées secondaires ont été les voies de passage privilégiées depuis la haute Antiquité entre la péninsule italienne et l'Europe de l'Ouest. Certaines telles que les vallées d'Avérole, de la Savine, du Fréjus ou encore de la Rocheure n'ont jamais été véritablement peuplées, mais ont toujours servi de voies de passage.

Basse Maurienne vignette|Vue de la basse Maurienne à droite et de la vallée des Villards à gauche, au niveau de La Chambre.

La basse Maurienne débute avec le canton d'Aiguebelle pour se terminer au niveau de celui de La Chambre.. Cette partie de la vallée traverse les massifs cristallins externes Les Alpes : une chaîne de subduction - collision.. C'est une portion boisée et verdoyante, au fond large, plat et encaissé. Elle est constituée de parois abruptes avec un très fort dénivelé entre son talweg et ces sommets proches (écart de en moyenne) visibles depuis le fond de la vallée. Par exemple, le dénivelé entre le village d'Épierre situé à et le proche sommet du Grand pic de la Lauzière culminant à offre au visiteur le sentiment de se trouver face à un mur de près de de hauteur. La basse Maurienne, grâce à son relief escarpé et ses forêts denses et riches en nombreuses essences, offre un écosystème idéal pour de nombreuses espèces animales rares et farouches telles que le lynx Bulletin d'information du Réseau Lynx, , 2007, .

Moyenne Maurienne vignette|gauche|Vue de la moyenne Maurienne au niveau de Saint-Jean-de-Maurienne et massif des Arves en arrière-plan.

À partir de La Chambre s'amorce la moyenne Maurienne qui s'étire jusqu'à Modane. Elle est constituée par un fond de vallée très étroit et s'ouvrant après d'impressionnants défilés et verrous comme celui du pas du Roc« Saint-Michel-de-Maurienne, Pas du Roc, fort du Télégraphe », sur le site geol-alp.com. à l'entrée de Saint-Michel-de-Maurienne, sur des bassins reliés à des vallées latérales où se situent la plupart des villages de montagnes et des stations de ski telles qu'Orelle (reliée aux Trois Vallées), Valloire ou encore Saint-François-Longchamp. Elles se terminent généralement par un col carrossable tel que la Madeleine, le Galibier ou la Croix-de-Fer, ou bien de simples passages comme le col de la Valette culminant à ou le col de la vallée Étroite. Ces bassins concentrent la majorité des habitations et infrastructures industrielles. Ils sont alimentés par quantités de torrents de haute montagne qui ont été la raison de l'implantation des usines sidérurgiques en Maurienne au début du Christophe Pollier, « L'usine des Plans et Saint-Jean-de Maurienne, une histoire d'amour forcée ? Étude de l'impact socio-économique de l'implantation 1906-1939 », publication maîtrise d'histoire, Université de (sciences sociales), 1989-1990., tout comme cela a été le cas en Tarentaise ou en Valais. Tout récemment, le principal acteur est devenu le groupe Trimet, après avoir supplanté le groupe Rio TintoTrimet Aluminium SE - News, sur le site www.trimet.de.. Ces usines, demandant une puissance électrique considérable, sont approvisionnées grâce aux centrales hydrauliques locales (comme le barrage de Bissorte). À leurs débuts, le transport de l'électricité sur de grandes distances n'était pas maîtrisé, raison pour laquelle les industries ont été implantées à proximité des sources d'énergies. Le meilleur exemple est Saint-Jean-de-Maurienne qui demeure un pôle électrométallurgique majeur.

vignette|redresse|Les gorges de l'Esseillon, verrou séparant la moyenne de la haute Maurienne.

Le fond de la moyenne Maurienne ne connaît, proportionnellement à sa longueur considérable, qu'une faible prise d'altitude. Cette portion de la vallée bénéficie sur son versant adret d'un ensoleillement exceptionnel. Ce micro climat, que l'on retrouve également en certains lieux de haute Maurienne comme le cône de déjection de Sollières-Sardières-Termignon, permet de maintenir une agriculture traditionnelle et vivrière mais également de voir la renaissance de cultures oubliées, comme celle du safran« Safran : l'or rouge de Maurienne », sur le site maurienne-tourisme.com.. De la même manière, la viticulture refait son apparition. Ainsi, sur les coteaux les mieux exposés sont replantés des pieds de vignes et particulièrement le persan« Tremblement de terre à St Jean de Maurienne », sur le site de l'association Solid'Art, solidartmaurienne.wordpress.com., un vin rouge natif de la Maurienne et par conséquent adapté aux conditions climatiques de cette dernière.

Modane, dernière ville de la vallée (selon la définition INSEE), est une ville frontière, située au débouché des tunnels ferroviaire et routier du Fréjus et dominée par la station de Valfréjus. Ainsi Modane, ville située aux confins de la moyenne Maurienne, est la porte d'accès à la vallée supérieure de l'Arc. D'ailleurs à la sortie de la cité, le relief change radicalement et la nationale, qui jusqu'alors était relativement plane, s'élève tout à coup pour se transformer en route de montagne survolant les falaises vertigineuses du verrou glaciaire de la barrière de l'Esseillon.

Haute Maurienne