(en anglais Mary I), également connue sous le nom de Marie Tudor À ne pas confondre avec l'autre Marie Tudor (1496-1533), sa tante, sœur cadette de son père Henri VIII et veuve du roi de France Louis XII., née le et morte le , est la première reine régnante d'Angleterre et d'Irlande, de 1553 à sa mort, et, par son mari le roi d'Espagne , reine d'Espagne, de Sicile et de Naples, duchesse de Bourgogne, de Milan, de Brabant, de Luxembourg et de Limbourg, comtesse de Flandre, de Hainaut et comtesse palatine de Bourgogne.
Issue du mariage malheureux du roi et de Catherine d'Aragon, Marie est écartée de la succession au trône en 1534 par la première loi de succession au trône, après le remariage de son père avec Anne Boleyn. Elle ne redevient éligible à la succession au trône, après son demi-frère Édouard mais avant sa demi-sœur Élisabeth, qu'en 1543, avec la troisième loi de succession au trône.
Comme Marie est catholique, son jeune demi-frère , devenu roi en 1547, tente de l'évincer de sa succession. Lorsqu'il meurt, en 1553, sa parente Jeanne Grey est proclamée reineLa grand-mère de Jeanne, l'autre Marie Tudor, étant la sœur d' et donc tante de Marie Ire.. Marie rassemble une armée en Est-Anglie et dépose Jeanne qui est décapitée. Elle devient ainsi la première femme de l’histoire à être couronnée reine d’Angleterre et à diriger le pays en son propre nom. Elle épouse en 1554 et devient ainsi reine d'Espagne lorsqu'il devient roi en 1556.
Le règne de est marqué par ses tentatives visant à rebâtir le catholicisme après les règnes protestants de son demi-frère et de son père. Plus de et dissidents furent brûlés vifs lors des persécutions mariales — lors du règne de son père, le nombre de morts s'éleva à plusieurs milliers. Cette violente répression lui vaut le surnom de (« Marie la Sanglante »). Ce retour au catholicisme est annulé après sa mort en 1558 par sa demi-sœur cadette .
Biographie Naissance Marie est née le au palais de Placentia dans le quartier londonien de Greenwich. Elle était la fille du roi et de sa première épouse Catherine d'Aragon, et leur seul enfant à avoir survécu jusqu'à l'âge adulte. Avant Marie, Catherine avait été enceinte à quatre reprises ; deux de ses grossesses s'étaient terminées par des fausses couches tandis que les deux fils qu'elle mit au monde, tous deux appelés Henry, moururent dans les semaines qui suivirent leur naissance. Elle fut baptisée dans la foi catholique trois jours après sa naissance. Parmi ses parrains figuraient sa grand-tante Catherine d'York, le lord chancelier Thomas Wolsey et Agnès de Norfolk. L'année suivante, Marie devint également marraine à l'occasion du baptême de sa cousine Frances Brandon. En 1520, la comtesse de Salisbury, Margaret Pole, qui avait représenté Marie durant sa confirmation, fut choisie pour devenir sa gouvernante.
Adolescence vignette|gauche|alt=Portrait d'une jeune fille aux cheveux roux et au nez retroussé|Portrait de Marie réalisé vers 1523.
Marie était une enfant précoce. En , alors qu'elle n'avait que quatre ans et demi, elle joua du clavecin pour la visite d'une délégation française. La reine fut très impliquée dans l'éducation de sa fille et elle prit conseil auprès de l'humaniste espagnol Juan Luis Vives à qui elle commanda un traité sur l'éducation des filles intitulé . À l'âge de neuf ans, Marie savait lire et écrire en latin et elle étudia le français, l'espagnol, la musique, la danse et peut-être le grec. Le roi l'adorait et il se vanta auprès de l'ambassadeur vénitien Sebastian Giustiniani qu'.
Malgré son affection pour Marie, était profondément déçu par le fait qu'il n'avait pas de fils. Le temps passant, il devint clair que le couple royal n'aurait pas d'autres enfants et qu' n'aurait pas d'héritier mâle légitime. En 1525, envoya Marie au pays de Galles pour présider, au moins nominalement, le conseil chargé de gouverner la région et l'Ouest de l'Angleterre. Elle reçut sa propre cour au château de Ludlow et des prérogatives royales habituellement réservées au prince de Galles. Elle était parfois appelée princesse de Galles, même si elle ne porta jamais officiellement ce titre. Il semble qu'elle soit restée trois ans dans les marches galloises avant de revenir dans les autour de Londres à partir de 1528.
Tout au long de l'enfance de Marie, négocia un mariage pour sa fille. Alors qu'elle n'avait que deux ans, elle fut promise au fils du roi de France , le dauphin François, mais le contrat fut annulé au bout de trois ans. En 1522, il fut décidé qu'elle épouserait son cousin, l'empereur Charles Quint, mais l'accord fut rompu au bout de quelques années. Thomas Wolsey, le principal conseiller d', reprit des négociations avec les Français et le roi proposa que Marie épouse le roi , qui cherchait à former une alliance avec l'Angleterre. Selon un nouvel accord, Marie épouserait ou son second fils, le duc Henri d'Orléans, mais Wolsey parvint à négocier une alliance avec la France sans avoir besoin d'organiser un mariage. Selon le diplomate vénitien Mario Savorgnano, Marie était devenue une belle et élégante jeune femme cité par ..
Pendant ce temps, le mariage de ses parents était en péril. Déçu de ne pas avoir d'héritier mâle et impatient de se remarier, tenta de faire annuler son union mais cette demande fut rejetée par le pape . Le roi avança, en citant des passages de la Bible (), que son mariage avec Catherine était impur car elle était la veuve de son frère Arthur, mais cette dernière affirma que leur union n'avait pas été consommée. De fait, ce premier mariage avait été annulé par le précédent pape sur cette base. a peut-être été influencé dans sa décision par Charles Quint, le neveu de Catherine d'Aragon, dont les troupes occupaient Rome dans le cadre de la septième guerre d'Italie.
À partir de 1531, Marie était souvent malade : elle avait des menstruations irrégulières et connaissait des épisodes dépressifs, sans que l'on sache si cela était causé par une tension nerveuse excessive, la puberté ou une maladie. Le roi lui interdit de voir sa mère, qui fut éloignée de la cour au château de Kimbolton. Au début de l', épousa en secret sa maîtresse Anne Boleyn, qui était enceinte de lui et, en mai de la même année, l'archevêque de Canterbery, Thomas Cranmer, annula officiellement le mariage avec Catherine. Cette dernière perdit son titre de reine et devint princesse douairière de Galles, tandis que Marie était déclarée illégitime et donc incapable de réclamer le trône à la mort de son père. Sa demi-sœur Elisabeth, la fille d'Anne, devint héritière de la Couronne d'Angleterre. La cour de Marie fut dissoute et ses serviteurs, dont la comtesse de Salisbury, furent renvoyés.
Le refus de Marie, alors âgée de , de reconnaître qu'Anne était reine et qu'Élisabeth était princesse ulcéra le roi qui, en représailles, la nomma en , dame d'honneur d'Élisabeth à Hatfield Palace dans le Hertfordshire. Limitée dans ses déplacements et nerveusement sous tension, Marie tomba fréquemment malade. Elle feignait souvent d'être malade pour ne pas avoir à faire partie de la suite d'Élisabeth, lors de ses changements de résidence. L'ambassadeur impérial Eustache Chappuis devint son proche conseiller et tenta sans succès d'intercéder en sa faveur à la cour. Les relations entre Marie et son père étaient si tendues qu'ils ne se parlèrent pas pendant trois ans. Le roi l'empêchait de rendre visite à sa mère et elle fut très affectée par la mort de cette dernière, le Lettre de l'empereur Charles Quint à l'impératrice Isabelle de Portugal citée par .. Catherine fut inhumée dans la cathédrale de Peterborough tandis que Marie était confinée à Hunsdon dans le Hertfordshire.
Âge adulte En 1536, Anne Boleyn perdit les faveurs du roi et fut décapitée. Élisabeth perdit son titre de princesse et fut, comme Marie, évincée de l'ordre de succession. Moins de deux semaines après l'exécution d'Anne, épousa Jeanne Seymour qui le pressa de se réconcilier avec sa fille. Le roi insista pour que Marie reconnaisse son statut de chef suprême de l'Église d'Angleterre, répudie l'autorité pontificale, reconnaisse que le mariage de ses parents était impur et accepte sa propre illégitimité. Elle tenta de se réconcilier avec lui en se soumettant à son autorité aussi loin que l'y autorisèrent mais elle fut finalement contrainte de signer un document par lequel elle acceptait toutes les demandes de son père, ce qui lui permit de retrouver sa place à la cour. lui accorda une suite et les enregistrements de ses dépenses à cette période montrent que Hatfield Palace, le , Richmond et Hundson étaient parmi ses principales résidences, de même que les palais de Placentia, de Westminster et d'Hampton Court appartenant à son père cité par .. Ses dépenses étaient consacrées aux vêtements et aux jeux d'argent avec des cartes, l'un de ses loisirs préférés. Elle a également auprès d'elle, pour la divertir, Jane Foole et Lucretia the Tumbler (en), deux « folles » qui se produisent parfois ensemble et à qui elle offre des vêtements et des chaussures.
Dans le Nord de l'Angleterre, des rebelles, dont lord Hussey, l'ancien chambellan de Marie, se soulevèrent contre les réformes religieuses d' et l'une de leurs demandes était la relégitimation de Marie. Cette révolte, appelée Pèlerinage de Grâce, fut violemment réprimée. Lord Hussey et de nombreux rebelles furent exécutés mais rien n'indique que Marie fut impliquée. En 1537, Jeanne mourut en donnant naissance à un fils, Édouard, et Marie fut choisie pour être sa marraine.
vignette|alt=Portrait d'une jeune femme portant un corset et une coiffe|Marie en 1544.
Marie fut courtisée par Philippe du Palatinat-Neubourg à partir de 1539, mais ce dernier était luthérien et ses demandes de mariage furent rejetées. Durant l', le principal conseiller du roi, Thomas Cromwell, négocia une alliance avec le duché de Clèves. Les propositions de mariage entre Marie et le duc de Clèves n'aboutirent pas mais une union entre et sa sœur Anne fut acceptée. Lorsque le roi rencontra Anne pour la première fois à la fin de l'année, une semaine avant la cérémonie, il la trouva peu attirante mais fut incapable, pour des raisons diplomatiques et en l'absence d'un prétexte convenable, d'annuler le mariage. Cromwell perdit les faveurs royales et fut arrêté pour trahison en sur l'accusation qu'il complotait pour épouser Marie. Anne accepta l'annulation du mariage qui ne fut pas consommé et Cromwell fut décapité.
En 1541, fit décapiter la comtesse de Salisbury, l'ancienne gouvernante et marraine de Marie, sous le prétexte d'un complot catholique dans lequel son fils Reginald Pole fut impliqué. Son bourreau était qui . En 1542, après l'exécution de la cinquième épouse d', Catherine Howard, pour adultère et trahison, le roi célibataire invita Marie à assister aux célébrations de Noël où elle joua le rôle d'hôtesse. En 1543, épousa sa sixième et dernière épouse, Catherine Parr, qui parvint à réconcilier la famille. Le roi réintégra ses filles dans l'ordre de succession, même si d'après la de succession au trône elles se trouvaient après Édouard ; les deux restaient néanmoins légalement illégitimes.
mourut en 1547 et lui succéda. Marie hérita des propriétés du Norfolk, du Suffolk et de l'Essex et reçut Hunsdon et le palais de Beaulieu comme résidences personnelles. Comme n'avait que neuf ans, le pouvoir fut exercé par un conseil de régence dominé par les protestants qui tentèrent d'établir leur foi dans toute l'Angleterre. L' rendit obligatoire les rites protestants tels que l'emploi du livre de la prière commune de Thomas Cranmer. Marie resta fidèle au catholicisme et, par défi, continua de faire célébrer la messe traditionnelle dans sa chapelle. Elle demanda à son cousin Charles Quint d'exercer des pressions diplomatiques pour qu'elle puisse pratiquer sa religion.