est un magazine de science-fiction américain lancé en par Hugo Gernsback à travers sa maison d'édition .
Cette revue n'est pas la première à publier des histoires de science-fiction, mais elle est la première à être entièrement consacrée à ce genre, qu'elle contribue à populariser. Au cours de son histoire, elle passe entre les mains d'une demi-douzaine de propriétaires et rencontre fréquemment des difficultés budgétaires. Dès 1929, son fondateur perd le contrôle du magazine et est contraint de se déclarer en faillite. Après son rachat par Ziff Davis en 1938, le titre connaît de meilleures ventes sous l'égide de son rédacteur en chef Raymond A. Palmer, bien qu'il soit considéré avec dédain par les fans de science-fiction de l'époque.
En 1953, alors que l'ère des pulps touche à sa fin, passe au format . Le magazine est vendu à la de Sol Cohen en 1965 et publie une sélection d'histoires déjà parues sans rien verser aux auteurs, donnant lieu à un conflit avec la toute jeune . Ted White devient rédacteur en chef en 1969 et met un terme à cette pratique. Il rend son prestige à qui est nommé à trois reprises pour le prix Hugo du meilleur magazine professionnel de 1970 à 1972. Le magazine subit un certain déclin après son départ, en 1979. La revue passe entre les mains de plusieurs propriétaires tentant en vain de lui donner un second souffle. Sa publication est suspendue en 2005, mais le périodique est relancé en 2012 par Steve Davidson, d'abord sous la formule d'un webzine puis à nouveau sur papier, à partir de l'année 2018.
L'objectif initial de Hugo Gernsback consiste à éduquer les lecteurs d en mêlant divertissement et information. Toutefois, son public préfère de loin les récits d'aventure, aussi improbables soient-ils. Dès lors, le magazine s'éloigne rapidement des idéaux de Gernsback, surtout après son départ en 1929. Son influence sur le genre est pourtant reconnue : en lançant le premier magazine de science-fiction pure, Gernsback a donné naissance à un nouveau marché de l'industrie de l'édition. Le courrier des lecteurs d contribue fortement à la naissance d'une communauté de fans très active. Si joue rarement un rôle pionnier dans le monde de la science-fiction après les années 1920, c'est dans ses pages que des auteurs comme John W. Campbell, Isaac Asimov, Howard Fast, Ursula K. Le Guin, Roger Zelazny ou Thomas M. Disch ont publié leurs premières histoires.
Origines vignette|gauche|alt=Une page de magazine avec du texte sur deux colonnes sous le titre « The Vibrator of Death » avec une grande illustration en noir et blanc représentant un parc d'attraction très fréquenté.|Une histoire de science-fiction illustrée par Frank R. Paul dans un numéro de en 1922. À la fin du , les magazines américains qui publient de la fiction commencent à proposer des histoires qui se déroulent dans le futur ou qui présentent de nouvelles inventions scientifiques. Le marché de la nouvelle se prête bien à ces récits inscrits dans la tradition de Jules Verne. Les magazines et , lancés en 1889 et 1896 respectivement, proposent chacun une poignée d'histoires de science-fiction chaque année. On en trouve également dans les magazines plus haut de gamme, tel que le , qui visent un public plus lettré. Néanmoins, au début du , la science-fiction (un genre qui ne porte pas encore ce nom) apparaît davantage dans les pulps que dans les magazines sur papier glacé.
En 1908, Hugo Gernsback, jeune inventeur américain d'origine luxembourgeoise, publie le premier numéro de Modern Electrics, un magazine qui s'adresse aux scientifiques autodidactes. Le succès est immédiat et Gernsback décide rapidement d'inclure des textes proposant une vision plus fantaisiste de la science, comme « ». En , le magazine présente le roman de Gernsback Ralph 124C 41+, plein d'inventions futuristes, sous forme de feuilleton à suivre. Deux ans plus tard, en 1913, Gernsback revend ses parts dans à son associé et lance un nouveau magazine, (rebaptisé en 1920), qui propose des articles scientifiques et des histoires de science-fiction.
Gernsback démarre un autre magazine en 1921, , qui devient en 1924. Afin de sonder l'intérêt de ses lecteurs pour un périodique entièrement consacré à la science-fiction, il envoie une lettre à d'entre eux, mais leur réaction est si tiède qu'il abandonne l'idée. Il décide pourtant en 1926 d'arrêter la publication de , qui doit laisser la place à un nouveau magazine de « scientifiction » baptisé . T. O'Conor Sloane, rédacteur en chef de , prend la tête de ce périodique dont le premier numéro sort le , bien qu'il soit daté du mois d'avril sur la couverture.
Histoire éditoriale
Années 1920 vignette|redresse|Le numéro d' est le dernier sous l'égide d'Hugo Gernsback.|alt=Couverture de magazine montrant une sorte de tank rouge futuriste près d'un petit village paisible. Le canon du tank est pointé vers une immense boule argentée dans le ciel. Les premiers numéros d ne proposent que des rééditions d'histoires déjà parues ailleurs. Sa première histoire inédite, de G. Peyton Wertenbaker, paraît dans le numéro de .. La majeure partie du travail éditorial est effectuée par Sloane, mais Gernsback, qui est le seul rédacteur en chef crédité, conserve un droit de veto sur la fiction. Il embauche deux spécialistes, Conrad A. Brandt et Wilbur C. Whitehead, qui sont chargés de trouver des textes à rééditer. Les couvertures sont confiées à Frank R. Paul, un artiste qui collabore avec Gernsback depuis 1914 et qui a déjà réalisé de nombreuses illustrations pour les histoires de fiction parues dans . se distingue des pulps en conservant le format () et le papier épais des magazines industriels. Le succès est immédiat et la circulation dépasse rapidement les par numéro. Afin de stimuler son lectorat, Gernsback organise de nombreux concours et propose dès 1927 une rubrique de courrier des lecteurs. Il lance également , un numéro annuel deux fois plus long que le magazine mensuel. Le premier numéro est vite épuisé, ce qui incite Gernsback à lancer une version trimestrielle, , qui dure .
Gernsback peine à payer ses auteurs et rembourser ses dettes à cause de l'étendue de ses investissements. Le , son imprimeur et son fournisseur de papier, qui sont ses deux principaux créanciers, ouvrent une procédure de poursuite pour faillite à l'encontre de la maison d'édition . , un autre éditeur, est soupçonné de les avoir incités à lancer cette procédure parce que Gernsback aurait refusé de lui vendre ses magazines. ne conteste pas la procédure et la faillite est prononcée le . Si ne cesse pas d'être édité, Hugo Gernsback et son frère Sidney, qui s'occupait de la trésorerie, sont contraints de quitter la direction. Arthur H. Lynch devient alors rédacteur en chef, même si dans les faits, c'est toujours Sloane qui accomplit cette tâche. Le magazine est vendu par l'administrateur judiciaire Irving Trust à Bergan A. Mackinnon le .
Années 1930 vignette|redresse|gauche|Le numéro de est le premier édité par Raymond A. Palmer.|alt=Couverture de magazine représentant un homme coiffé d'un casque métallique avec de grosses lunettes, suspendu à une échelle de corde d'une main. De l'autre, il soutient une femme en robe rouge inconsciente. En , le magazine est acquis par , une filiale de . Les importantes ressources de cette entreprise protègent le magazine des conséquences de la Grande Dépression. Les numéros d ont du mal à suivre le calendrier prévu, mais , quant à lui, ne manque aucune publication. Néanmoins, les ventes chutent et le magazine cesse d'être rentable. Son tirage descend à en 1934 et il bascule sur un rythme de publication bimensuel en octobre de l'année suivante.
En 1938, alors que souffre de problèmes financiers, le tirage du magazine tombe à . En , Ziff Davis reprend le magazine, qui déménage peu après à Chicago. Le numéro d'avril de la même année, publié par Ziff Davis, est le dernier sur lequel travaille Sloane. Bernard Davis, qui s'occupe du département éditorial de Ziff Davis, souhaite engager comme rédacteur en chef. Hoar décline la proposition de Davis, mais lui recommande de faire appel à Raymond A. Palmer, un amateur de science-fiction du cru. Palmer est engagé en février et prend la relève de Sloane à partir du numéro de . En , Ziff Davis ajoute à sa collection, un magazine plutôt orienté vers la fantasy, également édité par Palmer. Ce dernier parvient rapidement à remettre sur les rails. En , les ventes sont de nouveau suffisamment bonnes pour que le magazine retrouve une fréquence mensuelle, à l'exception d'une période entre 1943 et 1946 où il est brièvement bimensuel ou même trimestriel.
Années 1940 vignette|redresse|La couverture du numéro de annonce « » de .|alt=Couverture de magazine représentant une femme portant un casque et un soutien-gorge noirs, ainsi qu’une cape rouge, se tenant derrière un appareil, prête à actionner un levier. Elle regarde derrière elle, en direction d’une créature verte mi-homme mi-chauve-souris enfermée dans un tube de verre géant. En , , un lecteur d, commence à correspondre régulièrement avec Palmer, qui lui demande d'écrire pour . La première histoire de Shaver, « », paraît dans le numéro de , où elle est présentée comme un mélange de fiction et de vérité. Cette histoire rencontre un grand succès et augmente considérablement les ventes du magazine. Palmer décide par conséquent de publier un récit de Shaver dans chaque numéro, avec même un numéro spécial en entièrement consacré aux « mystères de Shaver ». Cependant, ces textes finissent par faire d''' la cible de moqueries, à l'image de l'article satirique de paru en dans . Ces réactions incitent Ziff Davis à serrer la bride à Palmer pour qu'il consacre moins de pages à Shaver. Le rédacteur en chef s'y astreint, mais ces histoires l'intéressent désormais davantage que la science-fiction. En 1947, il fonde et lance un magazine consacré au paranormal, , l'année d'après. Il démissionne de Ziff Davis en 1949 afin de se consacrer entièrement à et à d'autres magazines de ce genre.
L'écrivain Howard Browne, alors en congé payé afin d'écrire de la fiction pour Ziff Davis, reprend la direction d. Il commence par envoyer à la corbeille une grande quantité de textes accumulés par Palmer avant son départ qui représentent environ , . Browne a l'ambition de rendre plus respectable. Il est encouragé en ce sens par la décision de Street & Smith, une maison d'édition avec pignon sur rue, de se retirer totalement du marché des pulps à l'été 1949. Cette période voit le déclin des pulps au profit des livres de poche, d'où la volonté de Street & Smith de se concentrer sur les magazines au format . Même si quelques pulps conservent leur format historique, Browne parvient à persuader Ziff Davis que le futur se trouve dans le format slick. Son budget passe d'un à cinq centimes par mot afin qu'il puisse faire appel aux meilleurs auteurs, ce qui lui permet de solliciter des célébrités comme Isaac Asimov et Theodore Sturgeon. Browne produit un prototype en et prévoit de lancer le nouveau format d en , à l'occasion du du magazine. Ses projets sont entravés par le déclenchement de la guerre de Corée, en . Les conséquences économiques du conflit entraînent des coupes budgétaires chez Ziff Davis, qui abandonne l'idée du changement de format.
Années 1950 vignette|redresse|gauche|La couverture du numéro de annonce les supplémentaires dont bénéficie le magazine.|alt=Couverture de magazine représentant un gros plan sur le visage aux yeux exorbités d'un astronaute. Un autre astronaute flotte à l'arrière-plan. L'intérêt de Browne pour s'estompe avec l'abandon du changement de format. S'il continue à travailler pour , un autre magazine de Ziff Davis, il abandonne la direction d à et Lila Shaffer. En , alors que les bureaux de Ziff Davis déménagent de Chicago à New York, Hamling reste à Chicago et Browne s'implique à nouveau dans le magazine.