Johannes Bugenhagen, surnommé Doctor Pomeranus (né le à Wolin (duché de Poméranie); † à Wittemberg), célèbre réformateur allemand, est l'un des proches collaborateurs de Martin Luther. Par son apostolat, il assure la conversion de tous les pays de la Hanse au protestantisme.

Après des études à Greifswald et un ministère à Treptow an der Rega, Bugenhagen se rallie dès 1521 aux idées de Luther, devient en 1523 pasteur de l'église de Wittemberg, professeur de l’Université de Wittemberg et directeur du Cercle électoral de Saxe. Il réforme le clergé de la ville de Brunswick, le clergé du duché de Brunswick-Wolfenbüttel, celui des villes libres de Hambourg, Lübeck et Hildesheim, du Schleswig, du Holstein, du Danemark et de la Norvège, enfin celui de la Poméranie. Par la formation d’un clergé instruit et par la traduction de la Bible en langue vernaculaire, il marque de son empreinte le protestantisme naissant. Cet ami de Martin Luther n'est pas seulement le confident et le confesseur du grand réformateur saxon : il bénit son mariage avec Katharina von Bora, procède au baptême de leurs enfants et prononce l'éloge funèbre de Luther.

Années de formation thumb|C'est par ce pamphlet, un des premiers écrits polémiques de Luther, que Bugenhagen devait rallier peu à peu la cause de la Réforme. On ne sait pratiquement rien de la jeunesse de Bugenhagen. Son père, Gerhard Bugenhagen, est conseiller princier, et sans doute aussi échevin de Wolin. Sa famille bénéficie de l'appui de Marie, sœur du duc Bogusław X de Poméranie et mère-abbesse du couvent cistercien de Wolin. On peut supposer que Bugenhagen fréquente le séminaire de Wolin jusqu'à l'âge de 16 ans, puisqu'on n'a retrouvé aucune trace d'inscription au collège de StettinD'après . Mais on sait en revanche qu'il s’inscrit à l’université de Greifswald le <ref>E. Friedländer: Aeltere Universitäts-Matrikeln II. Universität Greifswald Bd. 1, Leipzig 1893, Seite 149, Spalte B </ref> et y étudie les arts libéraux. Il quitte l'université au cours de l'été 1504 sans avoir obtenu aucun diplômeD'après . À la fin de l'année il part enseigner à l'école de Treptow-an-der-Rega où on l'a fait venir en tant que recteurD'après .

Là, il enseigne le latin et imprime une Bible à ses frais. Il attire un large auditoire, non seulement parmi les bourgeois et les citadins de Treptow, mais aussi parmi les religieux des monastères de la région ; en fait, la réputation de son école s'étend bientôt de la Livonie à la Westphalie, qui lui envoient plusieurs élèves. Et bien qu'il n'ait pas étudié la théologie, Bugenhagen obtient en 1509 la consécration et est fait vicaire de l'église Sainte-Marie de Treptow. Il se met à étudier alors la théologie en autodidacte et vers 1512 entre en correspondance avec l’humaniste Johannes Murmellius, qui l'initie à la pensée d’Érasme de Rotterdam. C'est ainsi qu'il entre en relation avec les religieux de l’abbaye de Belbuck auprès desquels il exerce une grande influence : en 1517, les frères le nomment professeur au séminaire que l'abbé Johann Boldewan vient d'inaugurer. Ce dernier le charge de lire l'Écriture Sainte et les Pères de l'Église aux moinesD'après .

En 1517, le duc Bogusław X lui-même demande à Bugenhagen de composer une Chronique de la Poméranie. Le maître d'école de Treptow entreprend pour cela un voyage à travers la Poméranie pour recueillir la matière et les témoignages propres à l'aider dans son travail. Le il peut présenter au duc la Chronique avec une dédicace au princeOtto Vogt: Dr. Johannes Bugenhagens Briefwechsel, Hildesheim, 1966 Mit einem Vorwort und Nachträgen von Eike Wolgast, Reprint der Ausgaben Stettin 1888-99 und Gotha 1910, weiter ergänzt . Cette œuvre légèrement teintée d'humanisme, intitulée Pomerania, qui offre la première histoire complète de la Poméranie, est rédigée en latin avec des exemples tirés des Chroniques du pays en vieux haut-allemand et vieux bas-allemand de Thomas Kantzow. Le travail demandé par Boguslaw X amène l'électeur de Saxe Frédéric le Sage à passer commande d'un ouvrage similaire pour la SaxeD'après ..

Mais bientôt Bugenhagen prend connaissance des écrits de Martin Luther. D'après les témoignages, c'est lors d'un dîner avec le clergé de Treptow, dans la maison du curé de Sainte-Marie, Otto Slutow (Schlutow), qu'on lit devant lui le pamphlet de Martin Luther intitulé De captivitate Babylonica ecclesiae praeludium (« Sur l’exil de l'Église en Babylonie »). Il regarde d'abord ce texte comme hérétique mais, en l'examinant plus en détail, il y décèle une signification profonde. Intrigué, il écrit à Luther pour en savoir davantageHans Günter Leder: Johannes Bugenhagen Pomeranus- Vom Reformer zum Reformator. Studien zur Biographie (= Greifswalder theologische Forschungen 4), hg. Volker Gummelt 2002. Seite 147-181. Luther répond amicalement et expédie à Bugenhagen son Tractatus de libertate Christiana (« Traité sur la liberté chrétienne »), qui reprend l'ensemble des thèses doctrinales qu'il a développées jusqu'alorsD'après .

Débuts à Wittemberg Études et premières conférences à l'Université thumb|Martin Luther thumb|Philippe Mélanchthon Bouleversé par ces idées nouvelles, Bugenhagen se rend en à Wittemberg, où il échange ses vues avec Luther et Mélanchthon. De son passé de religieux il a gardé un tour de pensée encore scolastique, qu'une application continue à l'herméneutique biblique commence à faire évoluer vers la nécessité d'un retour aux sources. Par la lecture de Johannes Murmellius, dans la période de Treptow, les influences humanistes commencent à l'inciter à rechercher l'authenticité des textes. Mais la découverte des écrits de Luther le pousse définitivement vers la théologie. Dès lors, le péché cesse pour lui d'être une tribulation pouvant être rachetée par la prière, et il fait sien le crédo caractéristique : « Toute notre vie n'est que péché, quand bien même nous sommes rachetés par Christ ensuiteTexte orig. : Unser ganzes Leben ist Sünde, auch nachdem wir durch Christus fromm geworden sind.. »

Son interprétation des Écritures est entièrement imprégnée de la doctrine de la justification (justificatio impii), dans la mesure où l'Écriture et la foi rédemptrice en Christ se confondent. Bugenhagen développe le thème de la rédemption du pécheur dans le cadre d'une théologie de l’élection divineD'après . Il veut développer ces hypothèses à Wittemberg et c'est pourquoi il s'inscrit à l'université le D'après , pour y apprendre la théologie réformée d'un maître expérimenté. Dans cette ville de la vallée de l'Elbe, il trouve d'abord la bienveillance de Philipp Melanchthon, qui l'accueille dans sa maison et l'invite à sa table. À partir du , il peut donner des conférences académiques sur les Psaumes, qui sont imprimés depuis 1524D'après . Bugenhagen est témoin des événements de Wittemberg, auxquels il s'abstient toutefois de se mêlerD'après . Mais les développements de l'agitation en ville ne le laissent pas indifférent. C'est ainsi que par son mariage le Avec une femme du nom de Walpurga ; cf. il prend fermement position contre le célibat des clercs.

Ses débuts en tant que pasteur À la mort du vieux pasteur de Wittemberg, Simon Hein, au début du mois de , Bugenhagen est élu à cette charge le sur la recommandation de Luther auprès du conseil municipal et des représentants de la communautéD'après .. Il s'y montre un fidèle partisan de Luther, dont il devient le confesseur et l'ami. Ses prêches, qu'il prononce volontiers en public, sont fort prolixes ce qui constitue un sujet de plaisanterie pour Luther et ses amis. Malgré la lenteur de ses développements, Bugenhagen sait cependant mettre en valeur la Parole avec efficacité et sagesse. Il n'omet jamais de s'inspirer de l'actualité pour convaincre les fidèles de l'urgence de se conformer aux principes chrétiensD'après ..

Activité théologique Outre les multiples devoirs qu'occasionne la charge de pasteur, Bugenhagen poursuit ses conférences d'exégèse biblique à l'université, met en forme le texte de ces conférences pour les faire imprimer et en autorise même des adaptations pour la publication. Avec la parution de plusieurs de ses commentaires de l’Ancien et du Nouveau Testament, ses écrits gagnent en renommée, ce qui lui permet de se faire connaître comme théologien bien au-delà des frontières du Saint Empire. En , la ville de Hambourg lui fait des avances qui se heurtent à une protestation du conseil de Wittemberg qui se trouve lié par l'Édit de Worms et considère son honneur bafoué. De même, l’invitation de Dantzig pour un an avorte en raison du veto du conseil des échevins de Wittemberg.

Après l'exégèse, l'organisation pratique du culte et la propagation de l'évangile commencent à occuper l'essentiel de sa pensée et de ses actions. Par de courts écrits, il fait connaître ses avis sur l'organisation et le bon usage de l’eucharistie, la confession et les autres rites. C'est ainsi qu'en 1525 il compose la lettre de félicitation intitulée De conjugio episcoporum et diaconorum à l'occasion du mariage du père supérieur augustin de Lichtenburg, Wolfgang Reissbusch : il s'y félicite du mariage d'un clerc comme de l'accomplissement d'une volonté divine et le justifie sur le plan théologique. Cela reflète une transition notable du mouvement initial de la Réforme vers la constitution d'un clergé protestant. Il faut d'ailleurs signaler que c'est le même Bugenhagen qui, le , bénit l'union de Luther avec Katharina von Bora.

Bugenhagen n'a pas prémédité cette évolution des mœurs : n'écrit-il pas à Johann Hess pour contester l'interprétation de la liturgie et de l'eucharistie selon Andreas Bodenstein et Ulrich Zwingli? Lorsque Zwingli lui répond directement, Bugenhagen cède, mais il a enclenché une nouvelle phase dans la querelle sur l'eucharistie, qui devait désormais opposer Luther lui-même à Zwingli. Bugenhagen n'essaie pas de modérer son ami, occupé de son côté à débattre avec Martin Bucer et Johannes Brenz. Au cours des années suivantes, il adresse aux chrétiens de Livonie des lettres comme « Lettre aux chrétiens d'Angleterre » (Sendbrief an die Christen in England) ou « Avis chrétien » (Christliche Vermahnung), qui montrent que Bugenhagen ne se contente pas de son travail à Wittemberg, mais que son autorité et ses prises de positions sont discutées un peu partout.

Son manifeste de 1526 intitulé « Sur la foi chrétienne et les bonnes œuvres » (Von dem christlichen Glauben und rechten guten Werken) expose les principes de sa théologie réformée et son ambition pour la réforme de l’Église. Son succès dans la réorganisation de la paroisse de Wittemberg et la ferveur que rencontrent ses écrits font connaître Bugenhagen bien au-delà de Wittemberg, mais dans l'immédiat, il doit encore passer les mois difficiles, marqués par la peste, de l'hiver 1527-28 à Wittemberg : avec Luther, il reste au sein de sa communauté par solidarité et aussi pour parachever auprès des étudiants ses conférences sur les quatre premiers chapitres de l'Épitre aux Corinthiens.

Départ de Wittemberg Mélanchthon et Justus Jonas l’Aîné ont pourtant déjà quitté la ville avec leur famille, et l’université se trouve transplantée à Iéna. Après le décès d’Hanna Rörer, la sœur de Bugenhagen, morte en 1527 de la peste, Luther prie son ami de venir habiter chez lui. Là, Bugenhagen est frappé de nouveau d'un coup du destin, avec la mort par maladie de son fils Michael âgé de deux ans, le . Entretemps, les discussions entamées depuis entre la ville de Brunswick et l’Université de Wittemberg aboutissentWerner Spieß: Geschichte der Stadt Braunschweig im Nachmittelalter. Vom Ausgang des Mittelalters bis zum Ende der Stadtfreiheit 1491-1671, Braunschweig 1966, Band 1, S. 58, entraînant le transfert de Bugenhagen à Brunswick. Il prend la route avec sa famille le .

Brunswick Les débuts de la réforme en Basse-Saxe thumb|Brunswick vers 1550