Le luo ( en luo) est la langue parlée par les Luo du Kenya et les Luo Suba de Tanzanie. Elle fait partie du « groupe luo » des langues nilotiques occidentales du sud.

Le luo est très proche de l'acholi, du lango, du et du kumam parlés en Ouganda mais ne peut être confondu ni avec le du Soudan ni avec l'alur de la République démocratique du Congo.

La langue est employée pour la radiodiffusion, ainsi par la Kenya Broadcasting Corporation (KBC) depuis l'émetteur de Kisumu, Radio Ramogi ou la Webradio Radio Victoria.

Elle est également étudiée, conjointement au swahili et à l'anglais, dans les écoles primaires de la province de Nyanza au Kenya.

Étymologie Luo signifie « venir après », « suivre » et dholuo signifie « langage des Luo ».

Système alphabétique écriture a b ch d dh e f g h i j k l m mb n nd ndh ng n'g nj ny o p r s t th u w y phonétique a b c d ð e, ɛ f g h i, ɪ ɟ k l m mb n nd nð ŋg ŋ nɟ ny o, ɔ p r s t θ u, ʊ w j

Phonologie C'est une langue tonale. Le ton peut jouer un rôle aussi bien lexical (différenciant des radicaux de sens complètement différents) que grammatical (différenciant les formes grammaticales prises par un même radical - comme dans la formation des verbes passifs).

Voyelles Le luo comporte cinq paires de voyelles différenciées par le trait phonétique d'avancement ou rétraction de la racine de la langue (symbolisé par [+/-ATR], pour ), qui détermine un système d'harmonie vocalique : les voyelles dans un mot non composé doivent toutes être [+ATR] ou [-ATR]. Cette condition d'harmonie s'étend aux semi-voyelles et .

La quantité vocalique joue également un rôle distinctif.

+ Voyelles en dholuo[+ATR]AntérieureCentralePostérieureferméesi umoyennese oouvertes a + [-ATR]AntérieureCentralePostérieurepré-ferméesɪ ʊmoyennesɛ ɔouvertes ɐ

Consonnes Dans la table des consonnes, ci-dessous, les symboles orthographiques sont inclus entre parenthèses s'ils diffèrent de ceux de l'API. On notera particulièrement l'emploi du y pour le son , courant dans les orthographes africaines, ainsi que celui de th et dh pour des consonnes occlusives plutôt que des fricatives comme dans la phonologie swahilie (mais le phonème /d ̪/ peut être nasal).

Quand une case contient une paire de symboles, celui de gauche représente une consonne sourde, celui de droite représente une consonne sonore. + Inventaire phonétique des consonnes en dholuolabialedentalealvéolairepalatalevélaireglottaleocclusivesfricatives f s h nasales m n ɲ (ny) ŋ (ng') nasales m n ɲ (ny) ŋ (ng') occlusives prénalisées mb nd ɲɟ (nj) ŋg (ng) roulées r spirantes w l j (y)

Grammaire Tout comme le français, la typologie du luo est SVO et flexionnelle.

Construction normale La construction normale d'une phrase est : nom → adjectif numéral → adjectif(s) → adjectif démonstratif → verbe → complément d'objet direct Nyiri abic go cam uru gweno Filles (pluriel) 5 ces mangent (pluriel) tout poulet Ces mangent tout le poulet

Les pronoms Le pronom personnel Il existe six pronoms personnels en luo. dholuo français an je in tu en il / elle wan nous un vous gin ils / elles

Le pronom démonstratif Le pronom démonstratif est utilisé uniquement pour des objets et jamais pour des personnes. dholuo français exemples traduction ma ceci (près du locuteur) ma ang'o ? qu'est ce ceci ? mano cela (près de l'interlocuteur) mano duka c'est un magasin macha cela (loin des deux personnes) macha ang'o ? qu'est ce cela (au loin) ? magi ceux-ci (près du locuteur) magi ang'o ? que sont ce ? mago ceux-là (près de l'interlocuteur) mago kombe ce sont des chaises maka ceux-là (loin des deux personnes) maka udi ce sont des maisons

Les adjectifs possessifs Il existe plusieurs manières plus ou moins sophistiquées de déterminer la possession. Voici la plus simple.

Au singulier : utiliser le préfixe du pronom personnel ajouté en suffixe au mot mar (« de ») possessif singulier dholuo français mara chiemo mara ma nourriture mari chiemo mari ta nourriture mare chiemo mare sa nourriture marwa chiemo marwa notre nourriture maru chiemo maru votre nourriture margi chiemo margi leur nourriture

Au pluriel : utiliser le préfixe du pronom personnel ajouté en suffixe au mot mek (« des ») possessif pluriel dholuo français meka gwende meka mes poulets meki gwende meki tes poulets meke gwende meke ses poulets mekwa gwende mekwa nos poulets meku gwende meku vos poulets mekgi gwende mekgi leurs poulets

Les verbes Conjugaison aux temps présents Action ou état actuel La terminaison de la forme infinitive de la plupart des verbes est la lettre « o » et reste la même à toutes les personnes des temps présent et présent progressif.

La conjugaison au présent s'effectue par l'ajout d'un préfixe issu du pronom personnel au verbe. pronom préfixe dholuo français an a- andiko j'écris in i- indiko tu écris en o- ondiko il / elle écrit wan wa- wandiko nous écrivons un u- undiko vous écrivez gin gi- gindiko ils / elles écrivent Si le sujet n'est pas un pronom personnel, le préfixe disparait comme dans Omondi ndiko « Omondi écrit » ou dans ng'a ndiko ? « qui est en train d'écrire ? » ou encore dans nyithindo ndiko « les enfants écrivent »

Les verbes auxiliaires n'existent pas en luo.

verbe « être » : sujet + adjectif qualificatif / complément : chiemo mamit « la nourriture est bonne » (littéralement « nourriture bonne ») ; chiemba « c'est ma nourriture » (littéralement « nourriture ma »); Omondi dichuo « Omondi est un homme » (littéralement « Omondi homme »). exceptions : le verbe tie « être présent » ou « être situé » avec un pronom personnel pour sujet : pronom (en entier) accolé à tie comme dans entie « il / elle est présent(e) » ou dans antie Kisumu Road « je suis situé route de Kisumu » ; avec un sujet autre qu'un pronom personnel : sujet + ntie comme dans buge ntie « il y a des livres » (littéralement « des livres sont présents »). le verbe onge « être absent » ou « être manquant » avec un pronom personnel pour sujet : préfixe du pronom + onge comme dans oonge « il / elle est absent(e) » ou dans aonge Kisumu Road « je ne suis pas situé route de Kisumu » ; avec un sujet autre qu'un pronom personnel : sujet + onge comme dans buge onge « il n'y a pas de livres » (littéralement « des livres sont manquants »). verbe « avoir » : avec un pronom personnel pour sujet : pronom (en entier) + gi ou kod (qui ont tous deux la même signification « avec ») + adjectif qualificatif / complément comme dans an gi buge « j'ai des livres » ; avec un sujet autre qu'un pronom personnel : préfixe ni accolé à gi ou à kod + adjectif qualificatif / complément comme dans min nigi adek nyithindo « ma mère à trois enfants ».

Action habituelle Le suffixe ga est utilisé pour indiquer une action habituelle.

Exemples : andikoga ni Wikipedia « j'écris habituellement pour Wikipédia » ; Omondi chiemoga gokinyi « Omondi mange habituellement le matin ».

Forme négative Le mot ok (« non ») est placé devant le verbe qui perd sa terminaison o comme dans ok andik « je n'écris pas » ou dans Omondi ok ndik « Omondi n'écrit pas ». Cette forme négative est valable pour tous les modes et à tous les temps comme dans ok asendiko (« je n'ai pas encore fini d'écrire ») dans l'esprit d'une action qui sera rapidement terminée (cf. section détaillée : « Conjugaison aux temps passés » pour la construction de ces temps).

L'impératif Sa construction dépend : de la terminaison du verbe à l'infinitif. Le o est retiré de ceux se terminant par cette voyelle ; du nombre de personnes à qui l'ordre est adressé. Au pluriel, il faut ajouter uru à la forme impérative du verbe ; de la forme positive ou négative. Exemples : Chiem ! (singulier positif) « Mange ! » ; Chiem uru ! (pluriel positif) « Mangez ! » ; Kik chiem ! (singulier négatif) « Ne mange pas ! » ; Kik u chiem ! (pluriel négatif) « Ne mangez pas ! ».

Cas particulier de la du pluriel : le préfixe wa est ajouté au verbe et la particule uru disparait s'il s'agit de réciprocité.

Exemples : Wachiem uru ! « Mangeons ! » ; Kik u wachiem ! « Ne mangeons pas ! » ; Wanere ! « Voyons-nous (l'un l'autre) ! » ; Kik wanere ! « Ne nous voyons pas (l'un l'autre) ! ».

Conjugaison aux temps futurs Futur proche Le futur proche est construit en ajoutant le verbe à l'infinitif au verbe biro (« venir ») qui se conjugue au temps présent. Biro peut prendre la forme contractée de bo placé en préfixe. dholuo forme contractée français abiro chiemo abochiemo je vais manger ibiro chiemo ibochiemo tu vas manger obiro chiemo obochiemo il / elle va manger wabiro chiemo wabochiemo nous allons manger ubiro chiemo ubochiemo vous allez manger gibiro chiemo gibochiemo ils / elles vont manger Le futur proche du verbe « être » est exprimé par bedo. An gi nyathi achiel. Due mar achiel, abiro bedo gi nyithindo ariyo. Je avec enfant un. Au mois un, je serais avec enfants deux. J'ai un enfant. En janvier, j'aurai deux enfants.

Futur simple Le futur simple est considéré comme du subjonctif présent, c’est-à-dire qu'il présente une action possible, envisagée.

verbes terminés par la voyelle o : ôter cette voyelle comme dans ochiem (« il mangera (peut-être) ») ou dans agomb rabonde (« je désirerai (peut-être) des bananes ») , exceptions : biro (« venir ») devient bi et neno (« voir ») devient ne ; verbes terminés par la semi-voyelle et voyelle yo : ôter cette association comme dans ami (« je donnerai (peut-être) ») Si le verbe est associé à un pronom, il faut ôter uniquement le o et ajouter le préfixe du pronom en suffixe comme dans amiyi (« je te donnerai (peut-être) ») ou dans amiyu (« je vous donnerai (peut-être ») ;

verbes terminés par nyo : il faut ôter uniquement le o comme dans ikonya (« tu m'aideras (peut-être) ») et le yo lorsque le nombre du pronom en suffixe est pluriel comme dans okongi (« il/elle les aidera (peut-être) »).

Conjugaison aux temps passés Passé proche La représentation d'une action qui vient tout juste de se terminer se construit en intercalant le phonème se en préfixe au verbe conjugué au temps présent comme dans asechiemo (« je viens de manger », littéralement « je tout juste fini mange ») ou dans Omondi sendiko (« Omondi vient d'écrire », « Omondi vient juste de terminer d'écrire ») ou encore dans gisetieko (« ils/elles ont terminé »).

Passé lointain La représentation d'une action terminée dans un passé plus lointain peut être construite de deux façons : soit en ajoutant le phonème ne (dérivé du mot nende (« autrefois »)) devant la forme conjuguée au temps présent. dholuo forme contractée français ne achiemo nachiemo j'ai mangé ne ichiemo nichiemo tu as mangé ne ochiemo nochiemo il / elle a mangé ne wachiemo newachiemo nous avons mangé ne uchiemo nuchiemo vous avons mangé ne gichiemo negichiemo ils / elles ont mangé soit en utilisant un mot qui a rapport au temps avec l'emploi de la conjugaison au temps présent. marque du passé signification dholuo français nyoro hier nyoro atuo hier, j'ai été malade nyocha avant-hier nyocha atuo avant-hier, j'ai été malade yande récemment yande atuo récemment, j'ai été malade a je viens de a atuo je viens d'être malade

Degré de comparaison et superlatif Le verbe à l'infinitif utilisé pour la comparaison est moloyo qui peut être traduit par « être plus grand que / mieux que » La construction du degré de comparaison prend la forme : nom → adjectif qualificatif → moloyo (conjugué) → personne / objet à comparer Obor moloy e Lui/elle est comparé(e) comme plus grand(e) (troisième personne du singulier) il/elle Il/elle est plus grand(e) que lui/qu'elle Olemo na ber moloyo olemo ni Fruit mien bon est comparé comme mieux que (troisième personne du singulier) fruit tien Mon fruit semble meilleur que le tien

Possession Le luo est notable pour ses alternances consonantiques compliquées. Elles sont employées, entre autres, pour distinguer la possession inaliénable de la possession aliénable.