Moutabar Tajibayeva (ouzbek : Mo'tabar Tojiboyeva) est une journaliste indépendante ouzbèke et une militante des droits de l’homme. Fondatrice de l'association internationale des droits de l'homme "Club des Cœurs Ardents", Moutabar Tajibayeva surveillait la situation des droits de l’homme et était le journaliste d'investigation. Elle également participait à des enquêtes et des procédures judiciaires en tant que défenseur et personne de confiance en Ouzbékistan.

Liminaire Moutabar Tajibayeva est la fondatrice du Mouvement populaire "Société Civile". Elle a été arrêtée le à la veille du départ pour une conférence internationale sur les droits de l'homme à Dublin.

Lors de l'enquête, elle a été inculpée de dix-huit articles du Code criminel, le tribunal l'a reconnue coupable de treize chefs d'accusation et l’a condamnée à huit ans en prison pour avoir critiqué les autorités ouzbèkes qui ont utilisé la violence contre les manifestants pacifiques dans la ville d'Andijan en 2005.

En 2005, l'organisation publique "PeaceWomen Across the Globe", qui réunit des milliers de femmes activistes de la paix et propose leurs candidatures pour le Prix Nobel de la Paix, a également inclus dans sa liste le nom de Moutabar Tadjibayeva.

Le , alors que Tadjibayeva était encore en prison, la fondation Martin Ennals a annoncé dans un communiqué de presse qu'elle allait recevoir le prix Martin Ennals la même année. Le même jour, les blogueurs, écrivant sur le sujet des droits de l'homme, ont annoncé la liste des dix femmes qui ont joué un rôle important dans la protection des droits de l’homme. Le nom de Moutabar Tadjibayeva a été aussi inclus dans cette liste. Le , Moutabar Tadjibayeva a été libérée du prison. Le la cérémonie Martin Ennals a eu lieu à Genève. Dans le cadre du soixantième anniversaire de la "Déclaration universelle des droits de l'homme", "Club des Cœurs Ardents" a été aussi récompensé par le prix de "Liberté, Égalité, Fraternité" attribué aux défenseurs des droits de l'homme de la République Française. Le de la même année, lors d'une cérémonie à Paris, le prix a été remis à Moutabar Tadjibayeva.

Au début de , Tajibayeva a reçu le prix "Femmes de courage" du département d’État américain, qu'elle rendra plus tard pour des raisons de principe.

En août, elle est devenue membre du Conseil international de la Fondation des droits de l'homme. En 2011, Moutabar Tajibayeva est apparue dans la liste des dix femmes les plus influentes en Asie centrale. La même année, elle a écrit le livre "La Prisonnière de l'Île de la Torture". Dans ce livre l’auteur raconte ses souvenirs et dénonce la cruauté du gouvernement ouzbek sur son peuple. Ce livre sera publié en anglais, russe, français et ouzbek.

Moutabar Tajibayeva est réfugiée politique en France et vit en Île-de-France. Actuellement elle dirige l’Association internationale de défense des droits de l'Homme "Club des Cœurs Ardents", enregistrée et basée à Paris. Elle reçoit le le "Prix Engel - du Tertre" de la Fondation ACAT, l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture. Cette récompense vise à distinguer une femme, un homme dont le courage et l’engagement en faveur du respect de la dignité humaine doivent être reconnus et encouragés.

Biographie Moutabar Tajibayeva est née le dans une famille ouvrière à Marguilan dans la région de Fergana. Son père est Ibrahim Tadjibayev, sa mère est Kandolathon Ouljayeva. En 1937, son grand-père maternel, Oljaboy Khamrokoulov, a été envoyé au goulag en Sibérie en tant qu'ennemi du peuple avec sa famille..À partir de ce moment, la famille des Khamrokoulov a été déplacée plusieurs fois dans différentes régions de l'URSS. En 1946, Oljaboy Khamrokoulov a été libéré grâce à ses contributions volontaires en tant que partisan dans l'Armée Rouge contre les troupes du Troisième Reich et il rentrera dans son pays. Sa mère, Tadjibayeva Qandolatkhan Oljayeva, rencontra un soldat de l'Armée rouge, blessé, dans les forêts ukrainiennes pendant la Seconde Guerre mondiale. Le couple se marie en 1944 et leur premier enfant naît en RSS d'Ukraine. Bien que Moutabar Tajibayeva n’a pas été le témoin de ces événements, les souvenirs de sa mère ont joué un rôle important dans sa formation en tant que défenseur des droits de l’homme.

Formation Moutabar Tadjibayeva a commencé son éducation en 1969 à Marguilan à l'école , nommée Hamza Hakimzade Niyazi. Entre 1987 et 1989, elle termine ses études d'économie dans un lycée technique local et en obtient le diplôme. En même temps elle suit une formation de journaliste au centre de la presse de la région de Fergana.

Activité professionnelle Après avoir obtenu son bac, Moutabar Tadjibayeva a travaillé pour un an comme fileuse dans une usine de soie à Marguilan. En 1980, elle a commencé à travailler comme assistante de notaire dans le département Akhounbabaïev dans la région de Fergana. En 1981, dans le même département, elle devient secrétaire du département de l'agriculture. En 1985, Moutabar Tadjibayeva a continué son activité professionnelle en tant qu’inspecteur au sein de la Commission de contrôle public dans le département Akhounbabaïev. Par la suite Moutabar Tadjibayeva dirige en même temps le service des plaintes et le centre de presse de cette commission. Elle a pris une part active lors des contrôles d’application des lois et de la défense des droits de l’homme. C’était ici que Tadjibayeva a pu voir de son expérience pour la première fois l’efficacité des relations publiques. En tant que responsable du centre de presse elle a également pris une part active dans l’activité de propagande en exigeant la mise en œuvre des lois dans la vie sociale. Elle a commencé alors à se manifester dans la presse centrale et locale contre les fonctionnaires publics qui abusaient les lois et les droits des simples citoyens. Ce travail a joué un rôle important dans sa formation en tant que défenseur des droits de l’homme. En 1991, après la chute de l'Union soviétique, la Commission de contrôle public a également arrêté ses activités. Et jusqu’à 1997, Moutabar Tadjibayeva a continué à travailler dans le secteur bancaire, en tant que directrice des ressources humaines, puis économiste du département de la circulation monétaire, ensuite chef de services économiques des agences de Marguilan et Kirgouly de la Banque Industrielle de l’Ouzbékistan et de la Banque Populaire du département Kirgouly. De 1997 à 1998, elle dirigeait le centre de propagande auprès de l'Union des écrivains d'Ouzbékistan à Fergana. Elle y a publié sa première brochure "Les Souvenirs". En même temps, Moutabar Tadjibayeva a continué son activité en tant que défenseur des droits de l’homme et a publié dans la presse nationale des articles critiquant les autorités. En 1998 et 1999, elle travaillait comme responsable de la filiale de la "Croix-Rouge" à Fergana.

Activité dans le domaine de la protection des droits de l'homme Aux élections de , Tajibayeva a posé sa candidature indépendante à la députation au sein du Conseil régional de Fergana. Elle a visé à mettre sur l'ordre du jour l’adoption de la loi sur le contrôle public de l’exécution des actes législatifs. Toutefois, Mutabar Tajibayeva n’a pas réussi aux élections et, pour mettre en œuvre ses plans, elle est devenue membre du Parti démocratique populaire d'Ouzbékistan (PDPU). En , Tajibayeva a été élue secrétaire d’une cellule du Parti appelée « Zuhro » de Marguilan. Elle a organisé le « Club des Cœurs Ardents » auprès de la cellule. Cet événement peut être considéré comme son entrée officielle dans le domaine de la défense des droits de l’homme. En 2001, avec le soutien du « Club des Cœurs Ardents », Mutabar Tajibayeva a publié la brochure « Serons vigilants ». En , la session plénière du conseil municipal de la ville de Marguilan du PDPU a discuté l’activité du « Club des Cœurs Ardents » de deux dernières années. Le plenum a apprécié leur lutte contre la criminalité et l'abus de drogues, et a adopté une résolution visant à diffuser l'expérience du club dans la République. Des articles, des essais, des programmes spéciaux sur l’activités du club ont été publiés dans les médias locaux et nationaux.

Affaire d’Alimuhammad Mamadaliev et ses conséquences

En 2002, Mutabar Tajibayeva surveillait le cas d’Alimuhammad Mamadaliev, torturé et tué par les forces de sécurité, et se donnait à fond pour soumettre ce drame au grand public. En conséquence, l'affaire a été examinée par la Cour militaire de la République d'Ouzbékistan, et les meurtriers de Mamadaliev ont été condamnés à de longues peines d'emprisonnement. Le , Mutabar Tadjibaeva avec le correspondant international du journal "Christian Science Monitoring" Scott Peterson ont visité le village de Durmen où la famille de Mamadalieva résidait. Ils y ont effectué l’enquête journalistique en interviewant les villageois sur les menaces à leur encontre par les autorités locales et les organismes administratifs.

Le lendemain, soit le , 2002 la police routière du département Kirguly du Ministère de l'Intérieur de la République d'Ouzbékistan a arrêté la voiture de Mutabar Tadjibayeva, et elle a été interpellée. En ignorant toute procédure formelle, les policiers l’ont interrogée et maltraitée. Elle a été amenée au commissariat de police et placée dans une cellule du sous-sol. Cette nuit-là, les agents de la police nationale l’ont violée. Le lendemain, Mutabar a été déclarée coupable en vertu des articles "Désobéissance aux demandes légitimes des agents de police" et "Petit délit". En raison du manque de documents de poursuite soumis à la cour et des exigences de Tadjibayeva d’expertise médico-légale, l’affaire a été transférée au parquet et elle a été libérée de la salle d'audience. Le , la Cour pénale de la région de Fergana a reconnu illégales les actions des agents de la police nationale du département Kirguly. Le , le parquet du département Kirguly a ouvert une enquête pénale. Le , l'affaire a été classée "faute de corps du délit dans les actes des agents de la police du département Kirguly". L’affaire de Mamadaliev a entraîné l’aggravation de la tension entre Mutabar Tadjibayeva et le pouvoir. Cet événement a augmenté encore plus l’autorité du "Club des Cœurs Ardents" et de son chef parmi les citoyens et a entraîné la croissance de leur activité.

Aggravation de la situation