Les Peuls , s'identifiant eux-mêmes par Fulɓe (singulier : Pullo) dans leur langue, (appelés aussi Foulani, fula ou encore Fellata selon les pays et les ethnies qui les entourent) sont un peuple traditionnellement pasteur, établi dans toute l'Afrique de l'Ouest et au-delà de la bande sahélo-saharienne, soit au total une quinzaine de pays différentsAtlas des minorités dans le monde, 2008 / Cartes de la répartition géographique des Peuls, Roland breton, 2008 et pour un total estimé entre 40 et .

La langue des Peuls est le peul, localement connu sous le nom de pulaar (surtout au Sénégal) ou de fulfulde (surtout au Cameroun).

Particulièrement nombreux au Nigeria, au Niger, dans le nord et l'ouest du Cameroun, au Mali, au Sénégal, en Mauritanie et en Guinée, ils sont également présents au Tchad, en Gambie, au Burkina Faso, au Bénin, en Guinée-Bissau, en Sierra Leone, au Ghana, en Côte d'Ivoire, au Togo, au Soudan ainsi qu'en France en raison des flux migratoires depuis le milieu du .

Leur dispersion et leur mobilité ont favorisé les échanges et les métissages avec d'autres populations subsahariennes. Le socle de leur identité est toutefois la religion musulmane, la compétence pastorale, une tendance à l'endogamie et la langue peule. Ils comptent, en tout état de cause, de multiples groupes.

Ethnonymie Le terme Peul est l'orthographe la plus utilisée dans les textes français contemporains (on rencontre encore parfois Peulh, notamment dans la toponymie de villages et localités par exemple au Burkina Faso, ou encore Peuhl). Il est la transcription française du mot wolof qui désigne ce peuple.

Les Peuls se désignent eux-mêmes avec une racine , qui devient par le phénomène de mutation consonantique, lequel est régulier en langue peule. Ainsi, "un Peul" (au singulier) se dit (prononcé [poullo]), et le pluriel "(les) Peuls" se dit , avec le suffixe de pluriel des noms humainsLa lettre représente une consonne injective bilabiale voisée : c'est une sorte de b combiné à un coup de glotte.. Par écrit, ce mot Pullo est occasionnellement rendu sous différentes orthographes: Pulli, Pullo, Pulo, Poules, Pouli (terme qui, au temps de l'imamat du Fouta-Djalon islamisé, désignait les Peuls non convertis à la religion islamique). Quant au pluriel Fulɓe, il est pour sa part transcrit parfois Fulbhe (en utilisant un digramme bh comme en Guinée), Fulbe ou Foulbé.

En langue haoussa, les Peuls sont appelés FulaniLinguistique - Arame Fal, Rosine Santos et Jean L. Doneux, Dictionnaire wolof-français, Karthala, Paris, 1990, (Filani, Foulani, Fellani) ‒ basé sur la même racine . Ce terme a été repris en arabe , et en anglais Fulani.

La langue peule est nommée au Sénégal et à l'est de la zone peule, principalement au Cameroun ‒ deux mots également basés sur la racine . Par métonymie, ces noms désignant la langue sont souvent employés, en français, pour désigner l'ethnie: on entend régulièrement parler des Poulars et des Fulfuldés pour désigner la population peule dans son ensemble.

D'autres noms pareillement utilisés, en français et en anglais, pour désigner les Peuls incluent les suivants: Fellata (Fellaata, Fulata, Felata), Fulfulde (Fulfede), Foulankunda (Fulakunda), Foulanke (Fulanke), Foula (Foulah, Fulah, Fula, Fullah, Fellah, Ful, FouleTel que le mot est orthographié dans l’Encyclopédie de Diderot, Foulhs, Phouls, Fouli, Foullah, etc.), Pulaar (Poular), Poullôri, Futa, Hilani, Peuls PandéSource RAMEAU, BnF .

Selon une hypothèse, le mot Pullo viendrait du verbe peul fullade «éparpiller, disperser au souffle»Voir la note , dans: Jean-Marie Mathieu, 1998, Les Bergers du soleil, l'Or Peul, Paris, éd. Desiris.. Cependant, il s'agit sans doute là d'une étymologie populaire sans fondement scientifique et, à l'heure actuelle, il n'existe aucun consensus quant à l'étymologie du nom ou de ses dérivés..

Population thumb|350px|Répartition des populations peules sur le continent africain. [Teinte foncée : les Peuls constituent une des principales composantes du pays ; teinte moyenne : groupe ethnique important ; teinte claire : groupe ethnique minoritaire.]

Un archipel peul On parle pour décrire le peuplement peul à travers la bande sahélienne d'«archipel peul», car ils sont disséminés en îlots d'importance très variable. Ces îles ou des îlots […] émergèrent au dans les remous des djihads qui aboutirent à l'établissement des théocraties peules. De façon générale, le peuplement peul s'est par ailleurs effectué par vagues successives, dans différentes régions, à différentes époquesLe peuplement du Niger actuel ne se rattache qu'en partie à la conquête musulmane : leur pénétration pourrait se diviser en trois épisodes : fixation ancienne colonie de Say, conquête guerrière et religieuse de l'empire de Sokoto sur les États noirs voisins, infiltration pacifique de groupes sédentaires et nomades. Les nomades actuels ne sont arrivés pour la plupart qu'au . Ainsi à l'époque de l'établissement des Français, il n'y avait que dans la région de Tahoua. (voir Peuls Nomades, M. Dupire, éd. Karthala, 1996- ).

Les locuteurs de peul sont aujourd’hui entre 50 et . Ils ont conservé une langue remarquablement homogène, quoique généralement non écrite, et ce malgré la dispersion de ce peuple sur la plus grande partie du Sahel.

Nord-est du Burkina Faso thumb|left|Habitat peul lors du Salon International de l'Artisanat de Ouagadougou (SIAO). thumb|left|Habitat de l'ethnie peule. Au nord-est du Burkina Faso se trouve un espace peul, héritage de l'ancien émirat du Liptako fondé en 1809-1810., et plus connu sous le nom de «région de Dori».

Une autre région historique peule est celle de Djelgoji, qui correspond à peu près à la province du Soum actuelle. Les Peuls de cette province, les Djelgobe, sont venus de régions maliennes proches, le Macina et le Kunaari (région de Mopti), entre le .

Les autres principales zones d'implantation sont la province du Yagha et partiellement celle de l'Oudalan..

Nord du Nigeria Au Nigeria, lors du recensement de 1963, ils représentaient 8,6 % de la population, dont environ 40 % de la population de l'État de Kano, 65 % de l'État du Nord-Est. On y distingue les Foulanis (Peuls) Bidas, qui sont établis dans les villes haoussas depuis le et ont la main de façon presque exclusive sur les postes à responsabilité depuis le djihad d'Ousman dan Fodio, et les Foulanis Bororos, qui sont des pasteurs semi-nomades.

Cette distinction recoupe celle faite traditionnellement entre les groupes pastoraux, nomades et «païens», constitués de Peuls dits «rouges», et les Peuls sédentaires et islamisés, dits Peuls «noirs», qui prirent la tête des guerres saintes (djihad) au qui aboutirent à la naissance d'États, comme l'imamat de Fouta-Toro (Sénégal-Mauritanie), l'empire du Macina (Mali) ou l'empire de Sokoto (Nigeria). Cette typologie dichotomique est toutefois en grande partie remise en cause aujourd'hui.

Mali thumb|200px|Éleveurs peuls du Gourma, Sud de Gao, Mali. Il y a également des communautés importantes au Mali, surtout dans la région de Mopti, notamment dans le Macina (cercles de Tenenkou, de Djenné, de Mopti et de Youwarou) et constituent la deuxième ethnie après les Bambaras. On distingue ainsi chez les Peuls nomades les Seedoobe (du Mali), les Weiheebe de l'Hayre, les Djelgobe (venus du Burkina Faso) et notamment les Toleebe (venus du Niger).

Tchad Au Tchad, la population peule (Foulbé, Bororo) autochtone est estimée à environ personnes.

Les Peuls Wodaabe (ou Bororos) sont particulièrement connus pour la fête de la beauté du GeerewolEncyclopédie Afrique Jeunes (ACCT), Les Peuples et les langues, Livresud NEA Togo, octobre 1993 . Les Saanorabe et les Diagbé sont un sous-groupe peul connu pour sa bravoure et la quantité très élevée de leurs troupeaux de vaches Na'i (zébu).

Sénégal On les trouve au Sénégal et en Mauritanie, mais aussi dans le sud du Sénégal et en Gambie.

Les Habobe constituent l'un des dizaines de sous-groupes peuls du Sénégal.

On en recense aussi au Sierra Leone, en Gambie, en Guinée-Bissau et dans le nord du Cameroun, toujours dans la partie sahélienne de ces pays, là où la vie pastorale est possible. En Guinée et Guinée-Bissau, une proportion importante de la population est peule.

Côte d'Ivoire L'immigration des éleveurs peuls dans le nord de la Côte d’Ivoire a commencé dès l’époque coloniale, dans les années 1930.

Toutefois, les sécheresses des premières années de la décennie soixante-dix, qui frappent durement le bétail des Peuls du Niger comme de Mauritanie, provoquent un mouvement inédit de repli vers les savanes méridionales, un mouvement qui s'accélère avec la sécheresse de 1984.

Dès lors, les Peuls font irruption au nord de la Côte d'Ivoire et leur cheptel connaît un essor dans ce nouveau pays, suscitant des réactions violentes des populations locales. Ces Peuls transhumants immigrés des régions sahélo-soudaniennes ont suscité des réactions de rejet des Sénoufos dans leur zone de population dans les années 1990, tout en évitant celle des Lobi d'un côté et des Malinké de l'autre.

En revanche, les autorités ivoiriennes ont à l'époque soutenu de facto l’installation des éleveurs et de leur cheptel depuis le début des années 1970 en investissant considérablement en infrastructures et en suivi sanitaire. Entre 1974 et 1994, afin de résoudre les problèmes de ravitaillement en viande dans les grandes villes du pays, les autorités ivoiriennes définissent une politique pastorale dans le cadre de laquelle est encouragée la sédentarisation des éleveurs peuls burkinabé et maliens, déjà présents dans le pays.

Le cheptel transhumant finira par représenter le tiers du cheptel bovin national en 1994 et le cheptel dans le Nord, 65% du cheptel national.

Soudan Des Peuls, sous le nom de Fellata, se sont établis au Soudan sur le chemin du pèlerinage à la Mecque https://www.jstor.org/stable/4392530.

Les juifs d'Afrique?

L'écrivain et penseur malien Amadou Hampâté Bâ (1900-1991), lui-même Peul, évoquant la manière dont ils sont perçus par d'autres communautés, a établi une comparaison avec les juifs, dans la mesure où, comme les juifs avant la création d'Israël, ils sont dispersés dans de nombreux pays, où ils suscitent de la part des autres communautés des reproches récurrents qui ne diffèrent guère selon le pays : ils sont souvent perçus comme enclins au communautarisme, au népotisme, et prompts à trahir.

Les conflits classiques qui, dans leurs zones de transhumance, opposent périodiquement ces éleveurs nomades aux agriculteurs sédentaires, ainsi que le fait qu'ils soient, davantage que la plupart des autres ethnies, présents dans un nombre important de pays (et sont donc au contact de populations diverses), contribuent sans doute à expliquer cette réputation trop fréquemment entretenue par les populations auxquelles les opposent des différends.

Communautés dans le monde

Langue

Histoire Origines

Tradition Les traditions orales ou écrites recueillies auprès des Peuls mentionnent pour la plupart autour d’une union entre Oqba, l’Arabe, et Tadjimaou, la princesse noire. Ces deux personnages auraient engendré quatre enfants, les ancêtres des quatre clans peuls : Barry (ou Sangare), Diallo (ou Kane), Sow (ou Sidibe), Bah (ou Balde ou Diakité). Cette origine est tout à fait incertaine, Oqba s'identifiant probablement à Oqba ibn Nafi, le conquérant arabe mort en 683, qui n'a jamais traversé la totalité du Sahara. Cette ascendance permet en revanche aux Peuls islamisés de revendiquer des racines arabes prestigieuses..

Théories multiples L'origine (ou les origines) des Peuls a donné naissance à une littérature abondante de qualité inégale, qu'il est difficile de résumer.