vignette|Scène de foire, miniature extraite d'un manuscrit du Chevalier errant de Thomas III de Saluces, atelier du Maître de la Cité des dames. vignette|Cathédrale Notre-Dame de Chartres, vitrail du bas-côté Sud : transport d'un tonneau. Les métiers du Moyen Âge nous sont connus par quelques textes, dont le Livre des métiers de 1268 d'Étienne Boileau, prévôt de Paris, commandé par Louis IX afin d'établir (stabilire) les métiers, ainsi que des ordonnances royales.

Au Moyen Âge, le mot métier (du latin ministerium "fonction de serviteur, service, fonction") est plus ou moins un synonyme de corporation. Chaque métier a un saint patron propre, ce qui en fait, outre une organisation économique, une organisation sociale et religieuse. En effet, les membres d'une corporation s'entraident en cas de difficultés, et, ayant le même saint patron, bénéficient d'une proximité spirituelle privilégiée. Les corporations se composent de maîtres, compagnons, valets et apprentis.

À partir du bas Moyen Âge, sont nommées vils métiers diverses professions, bien que nécessaires à la société, étant considérées comme moralement dégradantes. Par exemple, celles liées au corps ou à la mort. Les personnes qui les exercent, ainsi que leurs proches et leurs descendants, font ainsi l'objet de discriminations statutaires, sociales et économiques, tel qu'une mise à l'écart vers un quartier distinct ou l'impossibilité de fonder une famille en dehors de son milieu. Citons le bourreau, l'équarisseur, le chirurgien, le fossoyeur, etc...

Liste détaillée des métiers médiévaux On parle parfois de professions, mais ce terme fait débat. En effet, on n'est pas assigné à un métier définitivement, et les catégories sont assez fluides. C'est pourquoi certains historiens, comme Alessandro Stella et Philippe Braunstein lui préfèrent le terme d'occupation. Dans une conférence sur les enchères des fermes fiscales à Albi (1418-1437) du , le médiéviste , lui, utilise le terme de profession, mais rappelle les précautions qu'il faut prendre avec ce mot. vignette|Enluminure dans le Taccuinum Sanitatis, .

Le vigneron

vignette|Cathédrale de Chartres, vitrail de la Vierge : deux vignerons taillent les vignes.

Les vignes sont très présentes au Moyen Âge, et ce sur l'intégralité de la Gaule/France. En effet, le vin est nécessaire pour l'eucharistie, et chaque paysan a une rangée de vignes pour sa consommation personnelle, bien qu'au Nord, le vin soit assez mauvais, ne disposant pas des conditions climatiques nécessaires. Au Sud, le vin est plus sucré et donc plus alcoolisé, grâce au soleil et à la chaleur. Le vigneron transforme le raisin en vin. Le saint patron des vignerons est Saint Vincent, pour des raisons phonétiques.

Le meunier

vignette|Moulin à eau de Braine-le-Château, datant du .

Le meunier moud le blé à l’aide de moulins. Au Moyen Âge, les moulins sont très majoritairement à eau, les moulins à vent n'apparaissent qu'au (on trouve en 1270 une enluminure de moulin à vent à Paris). Les moulins bladiers produisent

de la farine. Le mouvement circulaire de la roue est transmis par un essieu jusqu'à une lanterne qui transforme le mouvement horizontal en mouvement vertical. Cela fait tourner la meule supérieure, qui écrase sur la meule inférieure les grains. On trouve beaucoup de variantes de moulins (flottants, sur pilotis, suspendu, etc.)

Parce qu’il produit la farine, le meunier était un personnage essentiel, le pain étant la principale alimentation du Moyen Âge.

C'est une profession sujette à suspicions de détournement de farine, surtout quand le meunier est payé en nature. C'est pourquoi, au , il est payé en argent. On pèse désormais le poids avec des balances, et il existe des offices de mesureurs de grain.

Jean (1514-1573), membre de la famille Baudouin, gère pendant sa carrière 9 moulins, à eau & à vent, à Paris et à Charenton. Il acquiert ensuite le moulin Saint-Magloire.

Le Livre des Métiers d'Etienne Boileau sanctionne les meuniers qui ne veulent pas moudre pour les particulier, et les autorise à travailler jour et nuit sauf le dimanche

À partir du , en 1415 à Paris, le métier de boulanger est interdit au meunier pour éviter qu'il prenne trop d’importance.

Le meunier fait preuve d'un très grand savoir technique, afin de pouvoir entretenir son moulin, qui est une technologie complexe. Grâce à leur savoir, certains meuniers se font aussi charpentiers après la Guerre de Cent ans.

Métiers alimentaires

Le boulanger

vignette|Calendrier d'un livre d'heures : le mois de décembre, boulanger enfournant son pain, vers 1490-1500. Un boulanger fabrique le pain. Le pain était la base de l'alimentation et chacun en consomme à peu près un kilogramme par jour. Un pain fait environ deux livres, soit 800 grammes.

À partir du , les boulangers devaient cuire leur pain au « four banal », c'est-à-dire le four mis à disposition par le seigneur contre une redevance. À la fin du , ils ont l’autorisation de construire leur propre four.

Le boucher Les bouchers ont été parmi les premiers capitalistes du commerce. Ils appartenaient à une caste spéciale de la bourgeoisie, distincte selon certains, mais parmi les plus prospères avec les drapiers et les avocats. Certains d'entre eux possédaient d'immenses richesses sous forme de divers biens, comme le montrent les inventaires notariés. Le représentant le plus notable de cette bourgeoisie bouchère était Etienne Marcel, qui dirigeait un véritable conglomérat d'entreprises (viande, orfèvrerie, banque). Les bouchers investissaient considérablement dans l'achat puis la découpe des animaux pour la vente. En comparaison, les autres professionnels de l'alimentation étaient plus des artisans ou des petits commerçants.

Les bouchers n'ont obtenu leur première charte qu'en 1134, mais leur métier est l'un des plus anciens dans le domaine de l'alimentation. Ils formaient une société relativement fermée et étaient parfois craints en raison de leur nature belliqueuse, qui les poussait rapidement à la révolte. Leur rôle a été significatif dans l'histoire des conflits civils en France, notamment pendant la guerre de Cent Ans et les violents affrontements entre le parti du duc d'Orléans et celui du duc de Bourgogne..

Le boucher s'occupait de tuer les cochons, vaches et moutons des paysans et nobles. Soit il se faisait payer, soit il gardait une partie de la viande.

Le pêcheur

Le cuisinier On parle au Moyen Âge de queux, du latin coquus "cuisinier".

Marchands Les marchands ont été un élément essentiel de l'économie depuis que les gens ont souhaité échanger diverses marchandises. Suite la chute de l'Empire romain la plupart de la population était composée de paysans travaillant les terres des nobles. Les marchands étaient une classe sociale relativement restreinte, néanmoins ils avaient plus de pouvoir que les paysans.

Au Moyen Âge, le commerce a connu un développement spectaculaire, permettant aux marchands d'obtenir richesse et statut social. Les villes marchandes ont prospéré au XIIe siècle, avec les marchands apportant des produits locaux pour les vendre sur les marchés urbains.

Au XIIIe siècle, les marchands sont devenus plus stables et sédentaires, étendant leurs activités pour inclure le financement et le transport des marchandises. Les ont vu la montée du commerce de détail et le déclin du féodalisme, propulsant ainsi la classe des marchands vers un statut social plus élevé. Les foires médiévales sont devenues des lieux populaires de vente de marchandises.

Au XVIe siècle en Europe, deux catégories de marchands ont apparu : les marchands locaux et ceux travaillant avec des partenaires extérieurs à la région, étant dans des activités telles que l'importation/exportation, le crédit et la finance.néant|vignette|Un marchand, 1440.

Le marchand de vin néant|vignette|Marchand de vin, Tacuinum sanitatis. Le marchand de vin achète du vin pour ensuite le revendre en se faisant une marge.

Métaux Le Livre des métiers distingue vingt-deux spécialités du travail du fer. Le franciscain Barthélemy l'Anglais, en 1260, affirme que le fer est supérieur à l'or, car il permet de se défendre, de prévaloir le bien commun, de punir méchants, de cultiver terre, et de construire sa maison. (cité par Thomas Arthur Rickard (en))

Le forgeron

thumb|Une forgeron forgeant pendant que ses clients examinent son travail. Codex 2554 folio 37r - Österreichische Nationalbibliothek, 1215-1230. Robert Fossier parle du forgeron (fèvre en ancien français, du latin faber) comme du « mécanicien du village ».

Le forgeron travaille principalement le fer mais aussi le bronze, le cuivre, l'argent ou l'or (c'est dans ce cas un orfèvre). Il chauffe d'abord son métal dans un brasier, puis le maintient avec des tenailles (forceps) sur une enclume posée sur un billaud de bois, et le frappe avec un marteau.

L'atelier du forgeron est une pièce petite et obscure. Il y fait chaud, et les fenêtres sont rares. Le forgeron a en effet besoin d'obscurité car il travaille le métal en fonction de sa couleur qui indique sa chaleur. C'est pour cette raison que le sol de la forge peut être tapissé de charbon. On trouve dans cet atelier un brasier, une enclume posée sur un billaud de bois, une réserve pour le bois de chauffe, ainsi que les outils nécessaires.

Le forgeron peut faire des serrures, des cercles de tonneaux), des cercles pour renforcer les roues des charrettes, des chaudrons, des outils agricoles comme la houe, la bêche, le coutre de charrue, soc d'araire, la faux, la faucille, des fers à cheval, des clous, des montures de fourreau comme on en a retrouvé à Cabaret dans l'Aude, des armures, armes, arbalètes au (interdites par le concile de Latran peu après).

Le forgeron travaille souvent avec un valet ou un apprenti.

Autour d'Hesdin, en Picardie, Robert Fossier trouve que dix villages sur trente ont un forgeron, voire deux.

En 1240, un forgeron est embauché par Mont Saint-Éloi et touche un salaire de 12 livres. Il a aussi une fonction de représentant des paysans. Cette fonction se répand de plus en plus à partir du

Grâce à la force hydraulique, les marteaux sont automatisés et peuvent peser de 70 à 300 kg. Cette force active également des soufflets faisant chauffer à une température allant jusqu'à 1200ºC en 1323, ce qui permet la fonte du métal. C'est donc, au , l'émergence du haut fourneau, comme dans les abbayes cisterciennes de Fontenay, Royaumont.

Dès 1250, les cisterciens sont les premiers producteurs de fer.

L'orfèvre

néant|vignette|Saint Éloi, patron des orfèvres, dans un atelier. Illustration vers 1450. L'orfèvre est un type de forgeron qui s'occupe exclusivement du travail de l'or (or-fèvre). Il produit les bijoux par exemple.

Étoffes et habillement Les statuts de Perpignan de 1312 règlementent en Gascogne les métiers du tissu.

En 1352, à Valence, les métiers s’insurgent contre le cardage importé par Languedociens, et veulent son interdiction car il produit une « laine fausse et inférieure ». Les Languedociens obtiennent gain de cause.

Boccace, Le livre des cleres et nobles femmes, Ms du début du XV° : trois dames en train de carder et filer.

« Rendre bien et loyalement sa laine » « toute sa laine et rien que sa laine »

Le fouleur Le fouleur est un artisan qui foule au pied les draps dans une cuve, dans un mélange d'eau chaude, d'urine, d'herbe, etc., afin de rendre plus souple et plus moelleux le drap.

Le développement des moulins à foulon, à partir de 1086, rend moins utile le foulage aux pieds.

Les moines cisterciens foulent dès 1130 à Clairvaux, puis Morimond.

Le tisserand

vignette|Scène de la vie quotidienne, vêtements de lin, Tacuinum sanitatis.