L’Éducation sentimentale, histoire d'un jeune homme est un roman d'apprentissage en forme de récit initiatique et en partie autobiographique de Gustave Flaubert, publié le chez Michel Lévy frères et considéré comme l'un des romans les plus influents du . Avec en toile de fond historique la révolution de 1848, il traite de la quête de l'amour à travers l'expérience d'un jeune homme sensible et de nature contemplative et se conclut par le constat que l'amour ne se prête à aucun apprentissage.

Le cœur du récit est lui-même tiré du roman de Sainte-Beuve, Volupté, qu’Honoré de Balzac avait déjà traité et d’une certaine manière réécrit avec le Lys dans la vallée. Le roman de Flaubert reprend le même sujetAndré Maurois, Prométhée ou la vie de Balzac, Hachette, 1965. selon des règles narratives entièrement neuves, réinventant le roman d'apprentissage allemand et français (Le Rouge et le Noir, Illusions perdues), pour lui donner une profondeur et une acuité nouvelle.

Le roman est dans l'ensemble mal accueilli lors de sa parution. George Sand et Émile Zola figurent parmi ses rares défenseurs. Il a été, également, vivement critiqué par Henry James et le roman favori de Franz Kafka. Par la suite, il devient, à la suite de Marcel ProustCf. Bibliographie: Marcel Proust, « À propos du « style » de Flaubert », un livre de référence pour les romanciers du .

L'Éducation sentimentale est le fruit de trois essais de jeunesse de Flaubert. Ainsi de à il produit une première Éducation sentimentale qui succédait à la rédaction de Novembre, achevé le , et à une toute première ébauche de jeunesse intitulée Mémoires d'un fou en 1838L'Éducation sentimentale, dans l'édition de la Bibliothèque de la Pléiade, Tome II (1936), .. Le roman définitif est rédigé à partir de et achevé le au matin.

Présentation L'Éducation sentimentale comporte de nombreux éléments autobiographiques, telle la rencontre de madame Arnoux, inspirée de la rencontre de Flaubert avec Élisa Schlésinger, l'amour de sa vie. Le personnage principal est Frédéric Moreau, jeune provincial de dix-huit ans venant faire ses études à Paris. De 1840 à 1867, celui-ci connaîtra l’amitié indéfectible et la force de la bêtise, l’art, la politique, les révolutions d’un monde qui hésite entre la monarchie, la république et l’empire. Plusieurs femmes (Rosanette, Dambreuse) traversent son existence, mais aucune ne peut se comparer à Marie Arnoux, épouse d’un riche marchand d’art, dont il est éperdument amoureux. C’est au contact de cette passion inactive et des contingences du monde qu’il fera son éducation sentimentale, qui se résumera pour l’essentiel à brûler, peu à peu, ses illusions.

Le personnage de Frédéric, sans doute inspiré à Flaubert par ses propres expériences de jeunesse, est aussi la figure définitive d'une génération nourrie par le courant d'idées romantiques le plus large. Dans L'Éducation sentimentale, Flaubert souhaite faire le "portrait des hommes de sa génération".. Ainsi, en même temps que Frédéric exalte la pureté de son amour pour madame Arnoux, celle-ci l'empêche de choisir la moindre situation dans une société, d'abord influencée par la Monarchie de Juillet, puis par la Deuxième République et enfin par le Second Empire, et qui mise beaucoup sur la carrière et l'idée de réussir. Selon Marthe Robert, Frédéric est le « Bâtard moyen »Marthe Robert, Roman des origines et origines du roman, Gallimard, 1971., plein de rêves qui le détournent de l'action, en opposition avec le Bâtard de l'époque de Napoléon, où conquérir le pouvoir était à la portée de toute volonté, immortalisés par Stendhal et Balzac avec les personnages de Julien Sorel et de Rastignac.

Les différents personnages que côtoie Frédéric sont eux aussi autant de types d'un genre nouveau, représentant chacun les idées reçues d'un milieu bien défini et agissant en fonction des codes sociologiques stéréotypés. On retrouve ainsi le bourgeois parvenu en Jacques Arnoux, la bourgeoisie d'affaires avec le ménage Dambreuse, le petit-bourgeois rêvant du pouvoir dans le personnage de Deslauriers, ami de collège de Frédéric, la courtisane avec Rosanette… Cette diversité permet la peinture de la fin de la monarchie de Juillet à Paris. Pierre Bourdieu a vu ce roman comme un champ d'expérimentation sociologiqueP. Bourdieu, Prologue aux Règles de l'art.. Ce point de vue permet de voir Flaubert comme l'un des phares du réalisme.

Justement parce que Flaubert cherche à pointer les idées toutes faites de chaque milieu, L'Éducation sentimentale est aussi traversée par l'ironie : le narrateur se refuse à intervenir directement se borne à chercher la connivence avec le lecteur par de discrètes allusions à un cliché, ou grâce au style indirect libre si souvent analysé. Les opinions des personnages se trouvent ainsi discréditées par leur propre attitude ou par la description objective de ce qu'ils ne voient qu'à travers le filtre de leurs préjugés. Les quelques mots de Frédéric, au terme de la description peu amène du pillage des Tuileries par le peuple en , en offrent un exemple marquant : le narrateur dépeint les ivrognes et les brutes, les blessés s'entassant dans les pièces dévastées. . Il ne fait que nier la réalité au profit de ses présupposés romantiques.

Moins connu que Madame Bovary, L'Éducation sentimentale est cependant un roman complet au style pleinement maîtrisé où le monde construit méticuleusement est celui qu'il connaît d'expérience. La fresque ainsi créée est à la fois un bilan du romantisme et le tableau précis d'une époque, faisant de Flaubert l'initiateur spirituel du naturalisme. Guy de Maupassant et Émile Zola le considéreront d'ailleurs comme leur maître. Huysmans estime quant à lui que le livre est ..

Personnages

Principaux Frédéric Moreau Il a 18 ans lorsque débute le roman. L'Éducation sentimentale est le récit de sa vie, étalé sur 26 ans, de 1841 à 1867 (le sous-titre du roman est « Histoire d'un jeune homme »). Frédéric a les traits du héros romantique, par son physique, sa nature, sa sensibilité, son goût pour la contemplation et l'observation, entre autres. Toutes ses volontés dépendent de celles de sa mère. Pour lui, il a besoin d'argent pour légitimer sa place dans la société. Dès le début du livre, Frédéric tombe amoureux de Arnoux le jour où il la rencontre, à bord du bateau « la ville de Montereau ». Pour lui, c'est « comme une apparition ». Arnoux devient le centre de ses préoccupations, de ses ambitions. Toutefois, l'amour qu'il lui porte est d'ores et déjà teinté d'échec.

(Marie) Arnoux Elle est l'épouse de Jacques Arnoux. Arnoux est décrite comme une femme honnête et vertueuse. Toutefois, le lecteur ne possède que peu d'informations sur elle, en particulier en ce qui concerne son apparence physique. Elle est un personnage mystérieux, qui en outre, apparaît au lecteur presque exclusivement à travers le regard de Frédéric. Du reste, le portrait qu'en font Rosanette (qui l'appelle « La vieille ») et Deslauriers, est peu flatteur. Si elle peut être considérée comme une femme mal mariée et consciente de ce fait (elle ne se fait point d'illusion sur les infidélités de son mari), elle reste cependant fidèle. Madame Arnoux, dans l'analyse qu'en fait Yvan Leclerc, est associée, dans l'univers du roman, à la figure maternelle et divine, mais également à une forme d'autorité. Par ailleurs, elle est constamment désignée par le nom de son mari..

(Charles) Deslauriers Ami intime de Frédéric, d'abord étudiant en droit, avocat à la fin du roman. Extrêmement ambitieux mais incapable de réaliser ses ambitions, il entretient une relation jalouse, compétitive et quelque peu parasitaire avec Frédéric, plus prospère.

Monsieur (Jacques) Arnoux Il incarne le libertinage et le vice. Il est aussi, en quelque sorte, la preuve d'un certain affaiblissement de la petite bourgeoisie. Il est infidèle à sa femme malgré toute la bonté que celle-ci lui porte. C'est un spécialiste de l'escroquerie ; signe d'un succès sans scrupule. Par exemple, il revend des tableaux et de la poterie trois fois leur prix. Il se spécialise dans l'art commercial, un art médiocre et populaire qui attire des gens ne connaissant que très peu de chose à l'art.

Rosanette ( Rose-Annette Bron) Rosanette, , lorette ayant de nombreux amants, notamment Oudry ; pendant un temps Jacques Arnoux ; plus tard, elle a une longue liaison avec Frédéric. Leur petit garçon tombe malade et meurt dans la troisième partie du roman.

Secondaires, par ordre d'apparition

Marthe Arnoux, fille du couple Arnoux. Roque, propriétaire terrien et agent peu recommandable de Dambreuse ; père de Louise Roque. Louise (Elisabeth-Olympe-Louise) Roque, sa fille rousse, une fille de la campagne ; elle est passionnément amoureuse de Frédéric pendant un certain temps, épouse Deslauriers, puis le quitte pour un chanteur. Dambreuse, banquier, politicien aristocratique, observateur du temps, financier. Il meurt dans la troisième partie du roman. Dambreuse, sa femme beaucoup plus jeune, très déterminée, exquise, avec laquelle Frédéric a une liaison et qu'il a failli épouser ; après la rupture de Frédéric, vers la fin du roman, elle épouse un Anglais. Baptiste Martinon, étudiant en droit, fils d'un riche fermier, carriériste raisonnablement travailleur qui devient sénateur à la fin du roman. Marquis de Cisy, noble et étudiant en droit, jeune homme élégant, père de huit enfants à la fin du roman. Sénécal, professeur de mathématiques et républicain intransigeant, puritain et dogmatique, censé être mort à la fin du roman. Dussardier, ouvrier simple et honnête. Républicain convaincu, il participe activement aux manifestations et aux révoltes tout au long du livre. Il meurt lors de la dernière de ces manifestations que nous voyons, transpercé par Sénécal avec son épée. Hussonnet, journaliste, critique dramatique, clown, finit par contrôler tous les théâtres et toute la presse. Regimbart, , révolutionnaire chauvin et alcoolique, devient un fantôme d'homme. Pellerin, peintre qui a plus de théories que de talent, devient photographe. Mlle Vatnaz, actrice, courtisane, féministe frustrée aux prétentions littéraires ; disparaît à la fin du roman. Dittmer, invité fréquent d'Arnoux. Delmas ou Delmar, acteur, chanteur, showman (peut être aussi le chanteur présenté au chapitre 1). et Oudry, invités d'Arnoux. Catherine, gouvernante de Roque Eléonore, mère de famille, mère de deux enfants. Eléonore, mère de Louise Roque. Oncle Barthélemy, riche oncle de Frédéric vivant au Havre. Eugène Arnoux, fils des Arnoux. Clémence, la maîtresse de Deslauriers. Marquis Aulnays, le parrain de Cisy. de Forchambeaux, son ami. Baron de Comaing, un autre ami. Vezou, son tuteur. Cécile, officiellement la des Dambreuse, en réalité la fille illégitime de Dambreuse. Vers la fin du roman, elle est mariée à Martinon. Détestée par Madame Dambreuse, mais favorisée par son père, elle hérite de sa fortune après sa mort (au grand dam de Madame). Un autre : le coffret d'argent Renaissance de Arnoux, d'abord remarqué chez elle, puis chez Rosanette, enfin acheté aux enchères par Dambreuse.

Résumé Première partie vignette|Gustave Flaubert. L'Éducation sentimentale. Première partie. Éditions Conard, Paris, .

Le , Frédéric Moreau rentre chez lui à Nogent-sur-Seine. Il prend le bateau qui le mène à Montereau, sur lequel il fait la connaissance du couple Arnoux. Il est fasciné par madame Arnoux et se promet de la revoir. Après avoir fini le trajet en calèche, il arrive chez lui où l’attend un accueil chaleureux et décide d’aller rejoindre son ami Deslauriers (chapitre 1).

Alors que les deux amis se retrouvent après deux ans de séparation, on apprend leur jeunesse, le début de leur amitié. Deslauriers conseille à Frédéric de se faire introduire chez Dambreuse, riche banquier parisien dont le régisseur des terres n’est autre que le père Roque, voisin des Moreau à Nogent-sur-Seine (chapitre 2).