La bataille du Hartmannswillerkopf ou bataille du Vieil-Armand est une bataille de la Première Guerre mondiale. Elle a lieu du au sur le Hartmannswillerkopf, une montagne des Vosges ( d’altitude) située maintenant dans le département du Haut-Rhin, en Alsace, région française, mais à l'époque sur le territoire allemand.

Cette bataille se déroule sur un front secondaire du conflit mais la violence des combats et la rigueur du climat des hautes-Vosges l’ont rendue aussi terrifiante que celles plus célèbres de la Marne, de Verdun ou de la Somme. Ainsi ce conflit a donné à la montagne du Hartmannswillerkopf le surnom de « Vieil-Armand » et les abréviations usuelles de « HWK » ou « HK », mais on l’a également appelé « la mangeuse d’hommes »…

Contexte Au tout début de la Première Guerre mondiale, le plan français prévoit une offensive par le sud de l’Alsace. Les troupes françaises obtiennent alors de rapides succès et parviennent même à conquérir Mulhouse par deux fois, dès le et le . Après les défaites en Lorraine, les Français se replient et abandonnent définitivement Mulhouse le . Le front en Alsace se stabilise ensuite pour le restant de la guerre sur une ligne Pfetterhouse - Altkirch - Thann - Hartmannswillerkopf - Munster - Col du Linge - Col du Bonhomme. À partir du mois de , l'Armée française commence à s’intéresser au Hartmannswillerkopf qui, par sa position avancée dans la plaine d’Alsace et sa situation sur la ligne de front, constitue un excellent observatoire à partir duquel on peut aisément surveiller la plaine de Cernay à Rouffach en passant par Mulhouse.

Description du champ de bataille La bataille se déroule dans les derniers contreforts du sud des Vosges. On trouve d'ouest en est le sommet du Molkenrain d'altitude occupé par les Français à partir du , puis le col du Silberloch et enfin le massif du Hartmannswillerkopf. Ce dernier débouche sur la plaine d'Alsace par plusieurs avancées, on trouve du nord au sud une première avancée appelée « cuisse gauche », puis la « cuisse droite » ou « Aussichtfelsen » (rocher panorama) et le « Rehfelsen ». Ces trois avancées se rejoignent sur le Hartmannswillerkopf haut de .Plus au Sud, dominant Wattwiller, se trouve le sommet du Hirtzenstein () qui fera l'objet de nombreux combats au cours de cette bataille.

Déroulement de la bataille

Premiers combats

Le des patrouilles allemandes du d'infanterie de Landwehr (Ldw. Inf. Rgt. 123), une unité de réserve, effectuent des reconnaissances dans les forêts autour du Hartmannswillerkopf et signalent l’absence d’ennemis mais le une patrouille du d’infanterie allemand (Inf. Rgt.) tombe sur des Français. Des tirs sont échangés et trois Allemands sont blessés. Le jour de Noël, les chasseurs alpins du bataillon de chasseurs alpins (BCA) occupent le plateau du « Silberloch » et installent un poste avancé occupé par trente hommes à l’ouest du sommet. Il s’agit là de la première position permanente sur le Hartmannswillerkopf.

Le le Ldw. Inf. Rgt. 123 commence à installer un poste d’observation occupé par quarante hommes à l’est du sommet tout en ignorant la présence des Français à proximité.

Le , une patrouille de reconnaissance allemande se dirige vers l’ouest et essuie des tirs français. Le poste d’observation allemand est ensuite attaqué à son tour. Les Allemands envoient une nouvelle patrouille en reconnaissance et un des soldats qui la compose, le Wehrmann (soldat) Maximilian Ott de la du Ldw. Inf. Rgt. 123, est tué. Il est la première victime allemande du Hartmannswillerkopf ; des milliers d’autres soldats vont connaître le même sort durant les mois qui suivent.

Le , la du Ldw. Inf. Rgt. 123 et des éléments du Landsturmbataillon Heidelberg tentent de prendre en tenaille le poste occupé par les chasseurs alpins mais ils échouent car des renforts français arrivent depuis le Silberloch.

Le , l’artillerie allemande intervient pour la première fois à pour préparer un nouvel assaut et, à , le Ldw. Inf. Rgt. 123 attaque la position française mais toujours sans succès. En effet, les tireurs français embusqués dans les arbres (surnommés Baumaffen, soit « singes arboricoles », par les Allemands) font subir de lourdes pertes aux Allemands. Ceux-ci comptent et ce jour-là et, à la suite de ce nouvel échec, ils font appel à des unités d’active plus aguerries pour conquérir le sommet.

Le , le conquiert le Hirtzenstein, un promontoire rocheux situé à d’altitude, en contrebas du versant sud du Hartmannswillerkopf, et considéré comme étant une position essentielle à occuper pour permettre la prise du sommet. alpins du BCA sont faits prisonniers et les Allemands tentent un nouvel assaut pour prendre le sommet. Diverses unités prennent part à cette attaque, dont des éléments des Ldw. Inf. Rgt. 119 et 123, le bataillon de chasseurs du et des uhlans de la (ces derniers étaient en fait des cavaliers mais ils ont été employés ici comme des fantassins). La position de la du BCA, aux ordres du lieutenant Canavy, est assiégée mais les Allemands ne parviennent pas à la prendre malgré des assauts répétés. Des éléments des 13 et BCA se portent au secours de leurs camarades isolés mais ils ne réussissent pas à les délivrer. Le commandant Barrié, à la tête du BCA, est tué durant ces combats. Les Allemands jettent alors de nouvelles unités dans la bataille, des éléments du , du d'infanterie et du .

Le , les Français tentent une nouvelle fois de briser l’encerclement de leur position avancée par des attaques massives des 18, et BCA. Les deux camps subissent de lourdes pertes mais les Allemands obtiennent l’avantage grâce à l’intervention inattendue d’un Minenwerfer (mortier) moyen. Cette arme, que les Allemands sont parvenus à hisser sur le haut de la montagne en lui faisant gravir des pentes raides et verglacées, tire près de vingt obus de sur la position française. Le , le bombardement redouble et l’abri du lieutenant est touché. Les Français cèdent alors et les survivants se rendent. Les Allemands font honneur aux courageux vaincus et c’est « l’arme à l’épaule » que ceux-ci défilent dans les rues de Mulhouse en se rendant en captivité14-18, L’Alsace au cœur de la guerre, , Société Alsacienne de Publications, 2008.

Le sommet est alors aux mains des Allemands mais les deux camps comptent plus de mille morts et ce n’est que le début, la bataille pour le « HWK » ne fait que commencer. Dès lors, les deux parties consolident leurs positions respectives. Des abris sont taillés dans la roche, des dépôts de munitions et des postes de secours sont érigés. Français et Allemands construisent aussi des routes d’accès au champ de bataille ; ces derniers ont même construit deux téléphériques pour faciliter le ravitaillement des premières lignes. Rien que du côté allemand, plus de mille ouvriers participent aux travaux de construction et plus de et mulets sont utilisés pour transporter les charges lourdes. Ceci démontre la grande importance qui était alors accordée au Hartmannswillerkopf.

Attaques françaises du

Le , après une préparation d’artillerie soutenue, les 7, et BCA attaquent les positions allemandes mais ils sont repoussés par le d'infanterie, des éléments du Landsturmbataillon Mannheim et du .

Le , après de nouveaux tirs de préparation d’artillerie sur le secteur Jägertanne tenu par la du Inf. Rgt. 161, le BCA conquiert la position allemande et anéantit ses occupants. Des contre-attaques menées par d’autres compagnies du Inf. Rgt. 161 ainsi que du Inf. Rgt. 25 échouent. , blessés et disparus sont comptabilisés dans le camp allemand.

Le une nouvelle tentative allemande de reconquérir la position Jägertanne échoue.

Le le BCA attaque à nouveau en direction du sommet. Il est relevé le par le d’infanterie (RI).

thumb|Le rocher fortifié Unterer Rehfelsen en 2008. Le , après une préparation d’artillerie d’une durée de quatre heures effectuée par , le RI conquiert le col entre le Molkenrain et le Hartmannswillerkopf et arrive jusqu’à du sommet. Les Inf. Rgt. 25 et Res. Inf. Rgt. 75 contre-attaquent plusieurs fois ce même jour ainsi que les jours suivants mais toujours sans aboutir. Les Allemands se doutent également que les Français ne se contenteront pas de ce succès partiel et ils ont bien raison… En effet, dès le , après une nouvelle préparation d’artillerie d’une durée de trois heures et demie, le RI, renforcé par des éléments des , , 15, , et BCA, attaque en direction du sommet et anéantit les restes du Inf. Rgt. 25. Les Français prennent ensuite également le rocher « Panorama » (ou Aussichtsfelsen ou « rocher Hellé ») et progressent vers le nord jusqu’au Bischofshut puis jusqu’au dernier virage de la route d’acheminement allemande (Serpentinenstrasse). Les positions fortifiées du Rehfelsen supérieur et moyen, en contrebas du rocher « Panorama », sont également conquis par les assaillants français. Le restant des défenseurs allemands, des éléments du Landw. Inf. Rgt. 15, du Res. Inf. Rgt. 75, du Inf. Rgt. 25 et des Ulanen 11 et Ulanen 15 s’accrochent aux pentes à l’est de la montagne et parviennent à tenir la position fortifiée du Rehfelsen inférieur (Unterer Rehfelsen). Le succès remporté par les Français ce jour-là leur permet à présent de surveiller la plaine à l’est du « HWK » jusqu’à la zone située autour de Cernay et de prendre sous le feu de leur artillerie les infrastructures stratégiques essentielles pour les Allemands que sont la ligne de chemin de fer Mulhouse-Colmar et les routes qui mènent au champ de bataille. Il est donc d’importance primordiale pour les Allemands de regagner les territoires perdus mais, dans un premier temps, ils se concentrent sur la mission de stopper la progression française car, si ces derniers parviennent à occuper la totalité de la montagne, une reconquête deviendra impossible. Pour arriver à leurs fins, les Allemands doivent d’abord remplacer le restant de leurs troupes complètement épuisées par des unités fraîches.

Le , deux nouveaux bataillons allemands gagnent le front : le II. Ldw. Inf. Rgt. 40 et le II. Ldw. Inf. Rgt. 126. Le Inf. Rgt. 25, qui ne compte plus qu’une infime partie de ses effectifs théoriques, est retiré du front. Mais, conséquence de leur progression rapide, les Français doivent déplacer une grande partie de leur artillerie vers l’avant à travers les pentes enneigées, ce qui donne du répit aux Allemands qui en profitent pour s’enterrer dans le sol gelé du versant est du Hartmannswillerkopf.

Le , le détachement d’armée des Vosges devient la armée française commandée par le général Maud’Huy14-18, L’Alsace au cœur de la guerre, , Société Alsacienne de Publications, 2008.

Le , les Français tentent de prendre la position fortifiée du Rehfelsen inférieur et de percer les lignes allemandes entre cet endroit et le sommet du « HWK » mais la tentative échoue de peu. De leur côté, les Allemands reçoivent des renforts qui arrivent des Flandres et de Champagne : le bataillon de chasseurs à pied de la Garde et le bataillon de tirailleurs de la Garde. Les jours suivants, de violents combats très coûteux en vies humaines éclatent régulièrement en divers secteurs du Hartmannswillerkopf tandis que les Allemands préparent leur contre-offensive pour la reconquête du rocher « Panorama » et du sommet.

Le , le Ldw. Inf. Rgt. 87 rejoint à son tour le Hartmannswillerkopf pour renforcer l’offensive allemande imminente.

Le , le R.I.R.75 tente, après un tir de préparation d’artillerie d’une heure, d’attaquer les positions françaises en remontant le versant est mais cette tentative, insuffisamment préparée, échoue lamentablement. Les Allemands retiennent la leçon et vont préparer le prochain assaut avec encore plus de rigueur.

À cause du brouillard, l’assaut prévu le du R.I.R.75 est annulé.

thumb|right|Soldats allemands sur les pentes dévastées du Hartmannswillerkopf en 1915 Le , le R.I.R.75 stationné à Guebwiller est à nouveau mis en alerte, mais la météo défavorable empêche une nouvelle fois la contre-attaque allemande.