Nadine Ribault, née à Paris le , morte à Condette, sur la Côte d'Opale, le , est une écrivaine française.
Biographie Le père de Nadine Ribault naît sur l’île de La Réunion en 1935, dans une famille de 9 enfants, sur une plantation de canne à sucre. Sa mère naît la même année en Charente-Maritime, d’une famille paysanne et ouvrière. Ses parents se rencontrent à Paris, où son père est soudeur, et quittent la France pour la Côte d’Ivoire, où Nadine Ribault passe ses premières années d’enfance.
Après plusieurs années en région parisienne, en Écosse, aux Pays-Bas, la famille s’installe à Metz, où Nadine Ribault commence des études de lettres qu’elle poursuit à Paris tout en ayant, quatre années durant, à lutter contre la maladie. Elle quitte l'université. Elle enseigne en France puis au Japon et décide, en 1995, d’arrêter ce travail. Elle vend les livres qu’elle a acquis durant ses études et ses quelques années d’enseignement, continue de s’adonner à la calligraphie et se reconstitue, peu à peu et selon ses choix, une bibliothèque.
Retirée dans la forêt, au pied des Alpes japonaises, elle écrit son premier recueil de nouvelles, Un caillou à la mer, découvre les écrits japonais, indiens (Krishnamurti, la Bhagavad-Gîtâ), russes (Tchekhov, Anna Akhmatova), antiques (Lucrèce, Ovide, Sophocle), allemands (Nietzsche, Novalis, Hölderlin) et revient toujours à la lecture des romantiques et des surréalistes.
Ses voyages la mènent en Chine, en Nouvelle-Zélande, dans différents pays européens. La France n’est parfois qu’un pays de passage et le voyage, suivant ce principe de Germaine Tillion, lui laisse penser qu’on peut s’essayer à voir de loin pour mieux voir de près.
Nadine Ribault vit près de la mer du Nord, sur la côte d'Opale, où selon elle, et où Elle affirme encore à son égard qu'elle est
En , après la parution de son recueil de nouvelles Un caillou à la mer (1999) et du roman Festine Lente (2000), elle fait une rencontre décisive pour elle et son œuvre, celle de l'écrivain néo-zélandaise Janet Frame, chez elle, à Dunedin :
Nadine Ribault écrit encore au sujet de Janet Frame, lors de leur rencontre :
À la mort de Janet Frame, avec qui elle a en partage l'indispensable nécessité d'écrire, elle lui rend hommage :
Le recueil de nouvelles Cœur anxieux, que Nadine Ribault fait paraître en 2004, s'inscrit dans les paysages de la Nouvelle-Zélande, et en 2006, elle et Jean Anderson donnent à lire la traduction française inédite du premier livre de Janet Frame, The Lagoon, un recueil de nouvelles paru en 1951, alors qu’elle est internée en hôpital psychiatrique après avoir été diagnostiquée à tort schizophrène. Pour Nadine Ribault,
vignette|300px|Nadine Ribault sur le lac Saroma, mer d'Okhotsk, Hokkaidô, Japon, février 2012. En 2012, Nadine Ribault publie ses Carnets des Cévennes et Carnets des Cornouailles, aux éditions Le mot et le reste. Ces livres inaugurent une série qu’elle appelle « Points d’appui ». N’y est pas tenu le détail d’un voyage, qui en ferait des carnets dits « de voyage », mais celui d’un rapport à un certain monde en voie avancée de disparition. C’est ce dernier qui, constituant le point d’appui, permet de se remettre du vertige éprouvé dans l’acte d’écriture d’un roman.
Toujours en 2012, elle publie, en collaboration avec son mari Thierry Ribault, Les Sanctuaires de l'abîme - Chronique du désastre de FukushimaLes Sanctuaires de l’abîme - Chronique du désastre de Fukushima sur bldd.fr. aux Éditions de l'Encyclopédie des Nuisances, ouvrage qui traite de la catastrophe de Fukushima. Nadine Ribault était présente au Japon, où elle a fait depuis trente ans de nombreux séjours« Le cœur qui tremble, lettre à un ami de Kyoto », liberation.fr, 23 mars 2011.« Après-midi de tempête, lettre à un ami japonais (II) », libération.fr, 4 avril 2011.« Les sanctuaires de l’abîme, lettre à un ami japonais III », liberation.fr, 26 avril 2011. et y ayant passé quatorze années de sa vie. Nadine et Thierry Ribault dénoncent notamment dans cet ouvrage le qui renvoie à
Quelques années plus tard, Nadine Ribault écrira comment elle a
vignette|Dessin extrait de Une semaine dans la vie d’Immalie, ouvrage fait main, accompagné de 31 dessins de N. Ribault, Nao Paper, 2012. La même année, elle réalise Une semaine dans la vie d’Imalie, inspiré du roman gothique irlandais Melmoth de Charles Robert Maturin, un coffret graphique composé de 7 cahiers, contenant 43 dessins rehaussés à l’encre de couleur sur papier japonL’exemplaire original de cette œuvre est à la BNF ; voir sur archivesetmanuscrits.bnf.fr..
En 2013, 2016 et 2018 paraissent, aux éditions Le mot et le reste, les tomes 3, 4 et 5 des « Points d'appui », Carnets de Kyôto, Carnets de la Côte d'Opale et Carnets de la Mer d'Okhotsk. Elle écrit dans ces derniers, face au monde blanc des rivages du nord du Japon de 2016 à 2018, elle publie plusieurs recueils de poèmes.
En 2018, elle est co-commissaire de l'exposition « Valentine Hugo, le carnaval des ombres », qui se tient à la bibliothèque des Annonciades à Boulogne-sur-Mer du au . Elle dirige l'ouvrage du même titre, publié par les éditions Invenit à l'occasion de l'exposition, premier ouvrage en couleurs réalisé sur l'artiste. Nadine Ribault y défend l'idée que Valentine Hugo, proche des surréalistes, était une artiste ardente et puissante et l'une des grandes amoureuses absolue d'André Breton qu'elle aima passionnément.
Les Ardents, 2019
Dans son dernier roman, Les Ardents, paru en 2019 aux éditions Le mot et le reste, Nadine Ribault réalise sans conteste une prouesse littéraire comme il nous est peu donné d’en lire à son époque. Sur la forme, l’auteur mobilise un vocabulaire d’une grande richesse au service d’un style vertigineux. Sur le fond, les protagonistes des Ardents évoluent dans un Moyen Âge loin d’une reproduction historique exotique, même si l’auteur parvient à restituer les mœurs, les institutions et les coutumes de ses protagonistes. Ils sont traversés par un désir d’absolu qui les mène au meilleur comme au pire. Il y a en effet chez les personnages de ce roman épique aux innombrables visions saisissantes de précision, un goût prononcé de la destruction qui n’est pas sans rappeler Les Nibelungen, le film de Fritz Lang. Revisitant une légende flamande du , l’écrivain met en scène une cruelle féerie où rivalisent soif du pouvoir et progression inexorable du mal des ardents, cette maladie provoquée par un champignon qui parasite le seigle, source d’atroces brûlures et de gangrène. S’il fallait se référer à une expérience littéraire d’une ampleur équivalente à celle des Ardents c’est au roman Le Dernier Homme de Mary Shelley, plus connue pour son Frankenstein, que l’on pense tout au long de ce roman fougueux, notamment lorsque l’auteur peint le tableau apocalyptique de l’expansion sans limite de l’épidémie : la peste chez Mary Shelley, l’ergotisme chez Nadine Ribault. Les Ardents est un conte philosophique dramatique d’une criante actualité, emprunt de merveilleux, pleinement dédié au feu : le feu de la maladie et du pouvoir tout autant que celui du désir.
Certains parlent d' D'autres évoquent comment , parlent d'un , ou considèrent encore que D'autres encore voient dans Les Ardents,
À la remarque qui lui est faite au cours d'un entretienEntretien de Nicolas Hecht avec Nadine Ribault sur babelio.com, septembre 2019. selon laquelle, , elle répond :
Fin de vie Le , Nadine Ribault met le point final à son manuscrit intitulé Friedrich, le naufrage du mondeParu le 18 février 2022 aux éditions Invenit.. Dans cette étude concise et puissante sur la célèbre, mais, selon elle, incomprise, toile du peintre romantique allemand Caspar David Friedrich, La Mer de glace (Das EismeerAujourd’hui à la Kunsthalle de Hambourg.), elle identifie les liens que cette peinture entretient avec l’expression d’une conscience précoce et d’une dénonciation de la volonté humaine de dominer la nature. Il s’agit, pour elle, d’une préfiguration du pouvoir d’anéantissement de la société industrielle aux effets dévastateurs sur l’âme humaine.
Au sujet du cancer du foie qui lui est diagnostiqué en , elle parle d’un auquel elle livre bataille. Elle affirme aussi avoir été , l’empêchant d'achever son œuvre.
Le « dragon » la terrasse le .. Elle est inhumée au cimetière de Condette le , jour de son anniversaire.
Œuvres gauche|vignette|Satan rapiécé, collage de Nadine Ribault, 2012. Tout est conçu par Nadine Ribault comme création poétique : romans, nouvelles, etc. Elle consacre plusieurs années d’écriture à chacun de ses romans et y défend, à travers la création d’héroïnes marquées par l’influence du roman anglo-saxon (Jane Austen, Virginia Woolf, Henry James, Nathaniel Hawthorne) et du roman du (Stendhal, Lautréamont, Novalis), les notions d’ardeur et de ferveur.
La description occupe dans ses livres une place centrale, ses personnages établissant avec la nature un rapport intense. Descriptions et monologues permettent d’appréhender le déchirement vécu par l’héroïne entre monde intérieur et monde extérieur et la nécessité où elle se trouve de se découvrir elle-même, découverte qui ne peut se faire qu'à travers celle de l'amour.
vignette|, Lautréamont.Dessin à l'encre de Nadine Ribault, 2012. Cependant, elle a dû se défier des mots, à un moment ou à un autre, puisque, en 2010, cherchant à s'échapper de la littérature et plonger dans le monde des images merveilleuses, elle commence des collages qui sont régulièrement exposés en France et au Japon. Nadine Ribault dira de cette activité :
Après l'accident nucléaire de Fukushima de 2011, elle se replonge dans la lecture des Chants de Maldoror d'Isidore Ducasse, comte de Lautréamont, et fait, à partir de cet ouvrage violemment fondamental, 33 dessins qui sont exposés à Tôkyô et publié aux Éditions des Deux Corps en 2018. Un ouvrage bilingue (japonais et français) rassemblant l'ensemble des dessins et des fragments du texte de Lautréamont paraît en aux Éditions Irène, à Kyoto.
Dans sa préface à cette édition, Nadine Ribault se dit avoir Elle ajoute :
Romans Festina lente, Éditions Actes Sud, 2000 Le Vent et la Lumière, Éditions Joëlle Losfeld/Gallimard, 2006 Les Ardents« Des âmes en feu », article de Sébastien Omont sur Les Ardents, dans En attendant Nadeau, Journal de la littérature, des idées et des arts, 24 septembre 2019., Éditions Le mot et le reste, 2019
Nouvelles Un caillou à la mer, Actes Sud, Leméac, 1999. Traduit en anglais sous le titre A pebble into the sea, VVV Éditions, Canada, 2004 Cœur anxieux, Éditions Actes Sud, 2004 Matière premièreCritique du recueil de nouvelles Matière première par Geoffroy Deffrennes sur libfly.com., Éditions D'un Noir si Bleu, 2014
Essais Les Sanctuaires de l'abîme - Chronique du désastre de Fukushima, Éditions de l'Encyclopédie des Nuisances, (avec Thierry Ribault), 2012 Carnets des Cévennes - Les clochers de tourmente (Point d'Appui 1), Éditions Le mot et le reste, 2012 Carnets des Cornouailles - Cette pause sur le bord d'un abîme (Point d'Appui 2), Éditions Le mot et le reste, 2012 Carnets de Kyôto - Dans la forêt de la vérité (Point d'Appui 3), aux Éditions Le mot et le reste, 2013 Carnets de la Côte d'Opale - L'infini arrive pieds nus sur cette terre (Point d'Appui 4), Éditions Le mot et le reste, 2016 Carnets de la Mer d'Okhotsk - L'éternité et les mortes saisons (Point d'Appui 5), Éditions Le mot et le reste, 2018 Friedrich, le naufrage du monde, Éditions Invenit, 2022
Traductions Le Lagon et autres nouvelles, de Janet Frame, Éditions des Femmes, 2006 Une volonté de garçon, de Janet Frame, Europe,
Ouvrages collectifs, catalogues, anthologies La Robe noire in Noir(s), Centre historique minier de Lewarde et La Nuit myrtide, 2001 National Library in The Best New Zealand Fiction : vol. 1, édité par Fiona Kidman, Vintage/Random House, New Zealand, 2004 Transfiguration in Catalogue Nathalie Grall, Éditions Galerie Capazza, 2005