Alexandre (en grec : ), né en 869 ou 870 et mort le , est un empereur byzantin de la dynastie macédonienne. Fils de , il est associé au trône vers 879 puis demeure coempereur durant tout le règne de son frère , sans participer de manière significative au gouvernement et semble entretenir des relations complexes, voire conflictuelles avec lui. À la mort de Léon en 912, il devient le principal détenteur du pouvoir aux côtés de son jeune neveu , alors mineur.

Son règne personnel, qui ne dure que treize mois, est marqué par une importante recomposition de l'entourage impérial, le rappel du patriarche Nicolas Mystikos et la déposition d'Euthyme, ainsi que par la rupture de la paix avec le souverain bulgare . Mort en , Alexandre laisse le pouvoir à , encore enfant. Les sources byzantines lui ont transmis une réputation particulièrement négative, le décrivant comme débauché, superstitieux et incapable. Depuis les travaux de Patricia Karlin-Hayter, cette image est fortement nuancée : sans réhabiliter son gouvernement, l'historiographie souligne le caractère polémique des principales sources et la difficulté de distinguer la personnalité réelle de l'empereur de la légende noire construite après son règne. En outre, l'iconographie de son règne, quoique modeste, est d'une valeur explicative certaine pour appréhender certains traits de son exercice du pouvoir.

Sources et historiographie Sources contemporaines et traditions narratives vignette|alt=Homme assis auréolé. Barbu avec voile. Profil droit. Écrit sur un parchemin.|Icône représentant Syméon le Logothète, dont les écrits sont largement responsables de la piètre réputation d'Alexandre. La brièveté du règne d'Alexandre et sa position secondaire pendant celui de expliquent la relative pauvreté des sources qui lui sont directement consacrées. Pour son règne personnel, la principale source narrative est la chronique attribuée à Syméon le Logothète, composée au milieu du et conservée dans plusieurs recensions, notamment celles de Léon le Grammairien et du continuateur de Georges le Moine. Shaun Tougher souligne que cette œuvre est généralement hostile à la dynastie macédonienne et favorable à , qui interrompt l'exercice effectif du pouvoir par . Pour la période allant de 867 à 913, le Logothète paraît avoir utilisé une série d'annales qui peuvent préserver des informations chronologiques précieuses, mais son choix des événements et leur présentation ne sont pas neutres. Dans le cas d'Alexandre, son récit prend la forme d'une succession d'une douzaine d'anecdotes destinées à illustrer les vices et les erreurs du souverain. La chronique de Jean Skylitzès est également mobilisable pour les événements de cette période mais l'auteur n'est guère favorable à Alexandre, ainsi dépeint : . Il n'est d'ailleurs pas exclu que Skylitzès s'appuie sur la Vita Euthymii.

La Vita Euthymii, biographie du patriarche Euthyme, constitue une autre source essentielle et parfois plus proche des événements. Elle apporte notamment des informations sur les relations entre Alexandre et , la crise religieuse provoquée par la tétragamie, la déposition d'Euthyme en 912 et les dernières semaines d'Alexandre. Sa perspective est cependant fortement déterminée par son sujet : le retour au patriarcat de entraîne la disgrâce et les mauvais traitements infligés à Euthyme, de sorte que le règne d'Alexandre apparaît comme celui des adversaires du héros de l'œuvre. Tougher souligne plus généralement que la Vita tend à reconstruire certains épisodes du règne de pour mettre en valeur Euthyme et ses alliés.

Les écrits d'Aréthas de Césarée offrent un témoignage plus directement contemporain, mais tout aussi polémique. Partisan d'Euthyme et adversaire de Nicolas Mystikos, Aréthas se montre extrêmement hostile à Alexandre. Son témoignage est particulièrement important pour les cérémonies accomplies par l'empereur dans l'Hippodrome et pour sa dernière maladie. Il affirme qu'Alexandre offre aux statues de l'Hippodrome un sacrifice qu'il associe aux Anthestéries.

Ces sources ne sont cependant pas nécessairement indépendantes les unes des autres. Karlin-Hayter relève des ressemblances verbales et narratives suffisamment précises entre le Logothète et la Vita Euthymii pour supposer l'utilisation d'un matériau commun, notamment dans le récit des cérémonies de l'Hippodrome. La multiplication apparente des témoignages hostiles peut ainsi donner une impression trompeuse de consensus : plusieurs textes peuvent reproduire ou développer une même tradition plutôt qu'attester indépendamment un événement.

D'autres témoignages permettent ponctuellement de contrôler cette tradition. La chronique de Théophane continué l'excuse en partie en rapportant que sa mauvaise gestion du gouvernement doit beaucoup au fait qu'il a été écarté des affaires publiques par son frère. Une homélie consacrée à la paix conclue avec les Bulgares en 927, rédigée une quinzaine d'années seulement après le règne, demeure défavorable à Alexandre mais donne de la rupture avec une image plus complexe que celle du Logothète. Les nombreux textes attribués à apportent également des éclairages sur le règne d'Alexandre mais lui sont également assez défavorables, son neveu ayant visiblement gardé une piètre image de lui.

Une documentation plus favorable est exceptionnellement rare. Ihor Ševčenko a relevé que certains poèmes consacrés à la mort de adoptent envers Alexandre une attitude au moins neutre et respectueuse : le souverain mourant y confie son fils à son frère et demande réciproquement à Constantin de considérer Alexandre comme son protecteur. Ševčenko souligne le caractère exceptionnel de ces textes au sein d'une tradition byzantine presque unanimement hostile à Alexandre.

Perspectives contemporaines La mauvaise réputation d'Alexandre est déjà un fait acquis chez les chroniqueurs byzantins postérieurs au règne d'Alexandre. Elle se retrouve par exemple au chez Constantin Manassès. Cette tradition hostile a profondément influencé l'historiographie moderne. Comme le relève Patricia Karlin-Hayter en 1969, les historiens qui s'intéressent à Alexandre ont longtemps repris du Logothète non seulement ses informations, déjà peu nombreuses, « mais aussi son attitude et même ses adjectifs ». Le souverain apparaît ainsi dans les grandes synthèses comme un personnage débauché, superstitieux et incapable, dont les treize mois de règne auraient suffi à compromettre l'héritage politique de Léon VI et à provoquer une guerre désastreuse avec la Bulgarie. Cette appréciation se retrouve par exemple chez Edward Gibbon qui écrit d'Alexandre qu'il parcourt .. Il est rejoint par Georg Ostrogorsky, qui le dit avec comme seule politique de . Romilly Jenkins relève plus généralement qu'Alexandre peut concourir au titre de pire empereur byzantin. Pour autant, tous ne sont pas aussi critiques, Karlin-Hayter souligne la plus grande modération de certains auteurs. Elle a elle-même largement contribué à adopter un regard critique envers les sources primaires presque unanimement hostiles à Alexandre et les historiens sont désormais souvent plus pondérés sur le personnage d'Alexandre, sans pour autant le réhabiliter complètement.

Jeunesse vignette|gauche|alt=Miniature représentant un groupe de cavaliers| et son fils Léon. Ce dernier est découvert portant un couteau en présence de l’empereur (Manuscrit Madrid Skylitzès). Les relations parfois complexes entre les deux hommes a pu laisser espérer à Alexandre de succéder à son père (Bibliothèque nationale d'Espagne). Alexandre naît le , même si l'année 869 ou 871 a pu être mentionnée. Il est le fils de l'empereur et de l'impératrice Eudocie Ingérina, et le plus jeune de leurs fils destiné à une carrière séculière, tandis que son frère cadet Étienne est voué à l'Église. Contrairement à son frère aîné , dont la filiation a fait l'objet de controverses en raison de la liaison entretenue par Eudocie avec l'empereur , la paternité de Basile ne fait guère de doute dans le cas d'Alexandre, conçu plusieurs années après la mort de Michel en 867. Cette différence semble avoir conservé une certaine importance dans les représentations dynastiques postérieures, les chroniqueurs insistant sur Alexandre comme fils véritable de Basile.

Les premières années d'Alexandre sont très mal connues. Il grandit au sein d'une famille impériale nombreuse dans laquelle la succession paraît d'abord solidement organisée autour de Constantin, fils aîné de et coempereur depuis le début du règne de son père. Léon est lui-même couronné coempereur en 870, tandis qu'Étienne est destiné à l'Église et que les filles de Basile et d'Eudocie sont placées dans un monastère. La mort prématurée de Constantin en 879 modifie cet équilibre. Léon devient alors le principal héritier de son père et Alexandre est vraisemblablement associé à l'Empire peu après. La date exacte de son couronnement n'est pas connue, mais les données numismatiques conduisent généralement à le situer entre septembre et novembre 879 ; Alexandre apparaît dès lors aux côtés de Basile et de Léon dans la représentation du pouvoir impérial. Une association plus précoce d'Alexandre au trône a néanmoins été envisagée. Le numismate D. M. Metcalf s'appuie notamment sur un follis de qu'il interprète comme représentant l'empereur avec Constantin et Alexandre, ce qui impliquerait que ce dernier ait été couronné avant la mort de son frère.. Shaun Tougher considère toutefois que cet indice ne permet pas d'établir avec certitude une association aussi précoce d'Alexandre au pouvoir.

Quoi qu'il en soit, cette association ne signifie pas qu'Alexandre soit placé sur un pied d'égalité avec son frère Léon. Dans le système dynastique mis en place par , plusieurs fils peuvent porter simultanément le titre impérial sans que soit remise en cause la prééminence de l'héritier principal. Après 879, ce rôle revient clairement à Léon, que Basile prépare à lui succéder et qu'il marie à Théophanô Martinakia probablement en 882. Alexandre, encore enfant, demeure donc un coempereur junior, dont aucune participation effective au gouvernement n'est connue. Cette situation n'a rien d'exceptionnel : selon Tougher, elle tient moins à une mise à l'écart personnelle d'Alexandre qu'au rôle normalement dévolu à un fils cadet au sein d'une collégialité impériale fortement hiérarchisée.

La situation change temporairement lorsque les relations entre Basile et Léon se détériorent. En 883, Léon est accusé d'avoir comploté contre son père, dépouillé de ses insignes impériaux et emprisonné. Cette disgrâce, qui dure près de trois ans, pose nécessairement la question de la succession. Alexandre, seul autre fils de Basile susceptible d'exercer le pouvoir, pourrait alors avoir été élevé au rang d'héritier présomptif. Cette reconstruction, anciennement proposée par Albert Vogt, a été reprise par Shaun Tougher, qui s'appuie notamment sur le récit de l'historien arabe Al-Mas'ûdî. Celui-ci rapporte qu'à la mort de Basile, Alexandre aurait d'abord accédé au pouvoir avant d'être remplacé par Léon. Pour Tougher, ce témoignage conserverait le souvenir déformé d'une période durant laquelle Alexandre a effectivement été considéré comme le successeur de son père. L'hypothèse reste toutefois difficile à démontrer, aucune source byzantine contemporaine ne confirmant explicitement une telle promotion.