Le gouvernement de Québec est l’une des trois divisions administratives de la colonie du CanadaDe 1608 à 1763, le territoire désigné sous le toponyme Canada se limitait à la vallée du Saint-Laurent. Il ne faut donc pas y lire le pays d’aujourd’hui qui s’étend d’un océan à l’autre. jusqu’en 1764, les deux autres étant le gouvernement des Trois-Rivières et le gouvernement de Montréal. À l’époque de la Nouvelle-France, le territoire était divisé en cinq gouvernements particuliers : trois au Canada (Québec, Trois-Rivières, Montréal) puis celui de la Louisiane et celui de l'Acadie. Il y eut aussi un projet, qui n’a pas été réalisé, de créer un autre gouvernement, celui de Détroit. Chacune de ces régions était connue sous l’appellation gouvernement parce qu’elle avait à sa tête un gouverneurMarcel Trudel, Histoire de la Nouvelle-France, volume 10, Le régime militaire et la disparition de la Nouvelle-France, 1759-1764, Montréal, Fides, 1999, p. 39 . Marcel Trudel, Initiation à la Nouvelle-France, Montréal, Éditions Holt, Rinehart et Winston, 1971, p. 167. .
Il ne faut pas confondre le gouvernement de Québec, dont il est question dans le présent article, qui était le titulaire d'une partie de la Nouvelle-France, avec le Gouvernement du Québec, qui est l'actuel titulaire du pouvoir exécutif au Québec.
Histoire Il ne semble pas exister d’acte promulguant la création des trois gouvernements du Canada sous le régime français (1608-1763). En cela, le modèle d’ici s’apparente à celui de la France. À cette époque, la vallée du Saint-Laurent comptait trois noyaux de peuplement : Québec (1608), Trois-Rivières (1634) et Montréal (1642). Il devint alors nécessaire de créer trois gouvernements. À Québec, le premier lieutenant à porter le titre de « gouverneur et lieutenant-général » est Charles Huault de Montmagny en 1645. Qui dit gouverneur dit gouvernement. Ainsi sont apparus les trois gouvernements de la Nouvelle-FranceDe nombreux auteurs répètent que les trois gouvernements ont été créés en 1663. Ils existaient bien avant 1663 puisque le Conseil de Québec, créé en 1647, regroupait les gouverneurs de Québec et de Montréal, ainsi que le gouverneur de Trois-Rivières à partir de 1648. Voir René Beaudoin, « Aux origines de la capitale régionale », dans René Beaudoin (dir.), Rencontrer Trois-Rivières, 375 ans d’histoire et de culture, Trois-Rivières, Éditions d’art Le Sabord, 2009, pages 73-74 .
De quand date le gouvernement de Québec ? Il convient ici de distinguer le gouvernement général de la colonie, qui incombait au gouverneur de Québec, et le gouvernement particulier de Québec, distinct de celui de Trois-Rivières et de celui de Montréal. Cette volonté de créer trois gouvernements apparaît avec la fondation de Montréal en 1642, poste très éloigné de Québec. Si le premier à porter le titre de gouverneur est François de Champflour à Trois-Rivières en 1643, marquant la création du gouvernement particulier des Trois-Rivières, il est vraisemblable de croire que le gouvernement particulier de Québec a été créé en même temps, en 1643.
Lors de sa création en 1643, le gouvernement de Québec ne comptait qu’un seul établissement permanent, le poste de Québec. Des seigneuries avaient été concédées autour mais malgré quelques tentatives, personne n’habita ces seigneuries à cause de la menace iroquoise [...]
Occupation britannique Le gouvernement de Québec a été maintenu par les Britanniques durant le régime militaire (1760-1764), à la différence que durant cette période, chaque gouvernement était autonome et le gouverneur de Québec n'avait pas autorité sur ceux de Trois-Rivières (Ralph Burton) et de Montréal, (Thomas Gage). Les trois gouverneurs étaient sous le lointain commandement de Jeffery Amherst, basé à New YorkArmies of Occupation – 4 septembre 1984 de Roy A. Prete (Editor), A. Hamish Ion (Editor). p-21. Chaque gouvernement recourait à une monnaie d’un cours différent, exigeait un passeport pour l’entrée et la sortie. À la frontière qui le séparait du gouvernement de Trois-Rivières, se trouvait à Sainte-Anne-de-la-Pérade un poste frontière pourvu d’une garnisonMarcel Trudel, Histoire de la Nouvelle-France, volume 10, Le régime militaire et la disparition de la Nouvelle-France, 1759-1764, Montréal, Fides, 1999, p. 37. . En 1761 un total de 10,000 soldats britanniques demeurent en garnison principalement dans la vallée du Fleuve Saint-Laurent répartie à 68% dans les 3 villes principales, sept petites garnisons sont également disséminées dans les campagnes, le reste furent réparti dans les Pays-d'en-Haut et jusqu'au Fort de Chartres. Leur nombre total diminue à 4610 militaires en 1763Ibid..
Le gouvernement de Québec fut aboli le lorsque les Britanniques remplacèrent les trois gouvernements par deux districts, celui de Québec et celui de Montréal. La rivière Saint-Maurice marquait la division entre les deux districts.
Géographie Le gouvernement de Québec s’étendait de Grondines jusqu’à l'Atlantique, sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent, et de Deschaillons jusqu’à l'extrémité de la Gaspésie, sur la rive sud* Marcel Trudel, Histoire de la Nouvelle-France, volume 10, Le régime militaire et la disparition de la Nouvelle-France, 1759-1764, Montréal, Fides, 1999, page 40. .
Au nord, il s’étendait vaguement vers les terres de la Compagnie de la Baie d'Hudson, et au sud jusqu’à la Nouvelle-AngleterreMarcel Trudel, Le Régime militaire dans le gouvernement des Trois-Rivières 1760-1764, Trois-Rivières, Éditions du Bien Public, 1952, p. 3-5 (Collection L’Histoire régionale, no 8).
Ces limites n’ont pas été fixées lors de la création du gouvernement en 1643. La superficie du gouvernement s’est étendue jusqu’à ce que le territoire du gouvernement de Québec rencontre celui du gouvernement de Trois-Rivières.
Aujourd'hui, son territoire s'étend sur les régions de la Capitale-Nationale, de la Côte-Nord, du Saguenay–Lac-Saint-Jean, de Chaudière-Appalaches, du Bas-Saint-Laurent, et de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine.
Seigneuries Le gouvernement de Québec a compté jusqu’à 132 fiefs et seigneuries, depuis Grondines jusqu'aux Éboulements, au nord, et Deschaillons jusqu'aux établissements de la Gaspésie* Marcel Trudel, Histoire de la Nouvelle-France, volume 10, Le régime militaire et la disparition de la Nouvelle-France, 1759-1764, Montréal, Fides, 1999, page 138 . La liste des seigneuries est tirée de Marcel Trudel, Atlas de la Nouvelle-France, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973, p. 175, carte .
Trente-cinq (35) seigneuries sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent (d'est en ouest) :
Soixante-treize (73) seigneuries sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent (d'ouest en est) :
Paroisses De 1608 à 1764, sur ces 132 seigneuries, sont apparues quarante-neuf (49) paroisses* Marcel Trudel, Histoire de la Nouvelle-France, volume 10, Le régime militaire et la disparition de la Nouvelle-France, 1759-1764, Montréal, Fides, 1999, page 61, carte. .
Vingt-cinq (25) paroisses sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent :
Vingt-quatre (24) paroisses sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent :
Patrimoine religieux : Chacune de ces 49 paroisses avait son église et son presbytère. Il ne reste que neuf (9) églises qui datent du régime français (église de l'Hôpital-Général de Québec 1671, Notre-Dame-des-Victoires 1688, Saint-Pierre I.O. 1715, Beaumont 1726, Saint-Jean I.O. 1734, Saint-François I.O. 1736, Sainte-Famille I.O. 1743, Tadoussac 1747 et Cap-Santé 1754) et aucun presbytère. Il reste aussi de nombreuses œuvres d’art de cette époque dans plusieurs paroisses.
Administration Un ensemble de hauts et de petits fonctionnaires sont nommés pour assumer l’organisation de chaque gouvernement. Au gouverneur particulier (à Québec, c’était le gouverneur général), s’ajoutent un lieutenant de roi pour l’assister, un subdélégué de l’intendant (c'est le commissaire-ordonnateur ou le commissaire de la Marine ou le grand-voyer ou un garde-magasin), un état-major, des gardes pour le gouverneur, une Cour de justice avec juge, juge adjoint, procureur du roi, greffier, notaire, un château pour loger ce gouverneur et son personnelMarcel Trudel, La Nouvelle-France par les textes, Les cadres de vie, Montréal, Éditions Hurtubise HMH, 2003, p. 41 (Les Cahiers du Québec, CQ 134, Collection Histoire) . Marcel Trudel, Initiation à la Nouvelle-France, Montréal, Éditions Holt, Rinehart et Winston, 1971, pages 160-171. . Les officiers d’état-major ont des droits réels et des droits honorifiquesPierre-Georges Roy, Les officiers d'état-major des gouvernements de Québec, Montréal et Trois-Rivières : sous le régime français, Lévis (Quebec), s.n., 1919, p. 8-9.
Gouverneurs
Le premier gouverneur en titre est Charles Huault de Montmagny en 1645. Ceux qui précèdent dans la liste portaient le titre de lieutenant.
Lieutenants de roi Selon Pierre-Georges Roy, « Les lieutenants de roi étaient les lieutenants des gouverneurs particuliers. Ils s’occupaient surtout de la partie militaire, des troupes et des fortifications et suppléaient les gouverneurs en leur absence. »Pierre-Georges Roy, Les officiers d'état-major des gouvernements de Québec, Montréal et Trois-Rivières : sous le régime français, Lévis (Quebec), s.n., 1919, pages 7 et 14.
François Provost, Antoine de Crisafy, Charles-Gaspard Piot de Langloiserie, Louis de la Porte de Louvigny, François Le Verrier de Rousson, Jean-Baptiste de Saint-Ours Deschaillons, François-Pierre de Rigaud de Vaudreuil, Paul-Joseph Lemoyne, chevalier de Longueuil, Jean-Baptiste Nicolas Roch de Ramezay,
Majors Selon Pierre-Georges Roy, les majors « avaient la charge de la police des troupes et voyaient aux détails de l’administration militaire. »Pierre-Georges Roy, Les officiers d'état-major des gouvernements de Québec, Montréal et Trois-Rivières : sous le régime français, Lévis (Quebec), s.n., 1919, pages 7 et 14-15.
François Provost, François de Galliffet, Charles-Gaspard Piot de Langloiserie, Louis de la Porte de Louvigny, Jean Bouillet de la Chassaigne, François Mariaucheau d’Esgly, Claude-Michel Bégon de la Cour, Jean-Baptiste de Saint-Ours Deschaillons, Jacques-Hugues Péan de Livaudière, Paul-Joseph Lemoyne, chevalier de Longueuil, Jean-Baptiste-Nicolas Roch de Ramesay, Jean-Daniel Dumas, Louis Le Verrier,
Châteaux du gouverneur
Personnel du château Hector Theophilus de Cramahé, secrétaire du gouvernement, de 1760 à 1764Marcel Trudel, Histoire de la Nouvelle-France, volume 10, Le régime militaire et la disparition de la Nouvelle-France, 1759-1764, Montréal, Fides, 1999, p. 40.
Démographie Tableau de la population des trois gouvernements 1666-1765Ce tableau est extrait du livre de . Gouvernement de Québec Gouvernement de Trois-Rivières Gouvernement de Montréal Total 1666 2135 455 625 3215 1688 6223 1406 2674 10303 1698 8981 1590 3244 13815 1739 23337 3352 17012 42701 1765En 1762, il y avait 35 248 habitant dans le gouvernement de Québec (comparativement à 5 871 habitants dans celui de Trois-Rivières en 1760, et 27 771 habitants dans celui de Montréal en 1765). Marcel Trudel, Le Régime militaire dans le gouvernement des Trois-Rivières 1760-1764, Trois-Rivières, Éditions du Bien Public, 1952, p. 27 (Collection L’Histoire régionale, no 8). Comme le note Marcel Trudel, « les chiffres des Trois-Rivières sont de 1760, ceux de Québec sont de 1762 et ceux de Montréal, de 1765, mais la comparaison reste quand même légitime. » 35913 7313 26584 69810 Sources : Données de 1666, 1688 et 1698 : Hubert Charbonneau, Vie et mort de nos ancêtres, Étude démographique, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 1975, page 40. / Données de 1739 et 1765 : Recensements du Canada 1666-1871, vol. 4, Ottawa, 1876.
Références
Bibliographie René Beaudoin, « Aux origines de la capitale régionale », dans René Beaudoin (dir.), Rencontrer Trois-Rivières, 375 ans d’histoire et de culture, Trois-Rivières, Éditions d’art Le Sabord, 2009, pages 73-74