La République socialiste tchécoslovaque () était le nom officiel adopté par la Tchécoslovaquie durant la période où le pays était gouverné par un régime autoritaire d'inspiration marxiste-léniniste dirigé par le Parti communiste tchécoslovaque (, en abrégé KSČ). Le pays garda dans un premier temps, de 1948 à 1960, le nom officiel de République tchécoslovaque ( ; le nom de République populaire tchécoslovaque, parfois employéConférence bibliographique internationale Varsovie, 1957., n'étant qu'officieux), avant de changer pour une dénomination reflétant le régime en place. La Tchécoslovaquie était membre du Conseil d'assistance économique mutuelle et du pacte de Varsovie. Les termes de Tchécoslovaquie communisteMuriel Blaive, Une déstalinistation manquée : Tchécoslovaquie 1956, Complexe, 2004 ou de Tchécoslovaquie socialisteFrédéric Wehrlé Le divorce tchéco-slovaque: vie et mort de la Tchécoslovaquie, 1918-1992, L'Harmattan, 2000 sont parfois employés pour désigner de manière informelle l'ensemble de la période allant de 1948 à 1989. La Tchécoslovaquie faisait alors partie des régimes dits de , politiquement alignés sur l'URSS au sein du bloc de l'Est. Le régime prit fin en 1989 au moment de la chute du bloc de l'Est, durant l'épisode dit de la révolution de velours.

Prise de pouvoir par le Parti communiste

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la Tchécoslovaquie, démembrée en 1939 par le Troisième Reich, renaît de ses cendres. Le pays sort lourdement éprouvé de l'occupation nazie : les destructions représentent 15 % du potentiel économique et l'Allemagne s'est livrée à un brassage considérable de populations, déplaçant 1 300 000 personnes, tandis que 235 000 autres ont péri dans les camps de concentration et 125 000 tuées au combat ou exécutées. Dans ce bouleversement, un État fonctionnel est à reconstruire après la guerre. La pénurie de main d'oeuvre dans l'après-guerre constituera un défi pour le relèvement économique du pays.

Le , alors que l'Armée rouge prend le contrôle du territoire, Edvard Beneš, ancien président de la République et chef du Gouvernement provisoire tchécoslovaque, revient au pays et constitue à Košice un gouvernement de coalition présidé par Zdeněk Fierlinger, avec le communiste Klement Gottwald comme premier vice-président. Le programme du gouvernement de Košice prévoit notamment une réforme agraire abolissant la grande propriété et la nationalisation de plusieurs secteurs de l'économie (banques et assurances, mines, forêts et industries clés).

La République slovaque et le protectorat de Bohême-Moravie cessent d'exister, la Tchécoslovaquie étant réunifiée. En composant avec les communistes, Edvard Beneš espère éviter un conflit politique après-guerre. Klement Gottwald, lui, préconise officiellement le passage au socialisme par des voies démocratiques.

Les élections parlementaires de mai 1946 consacrent une forte poussé à gauche : le Parti communiste (KSČ) totalise près de 40 % des suffrages dans l'ensemble de la Tchécoslovaquie, et le Parti social-démocrate 12 %. Dans la seule Slovaquie en revanche, le Parti démocrate (anti-communiste) obtient 62 % des voix. Gottwald devient chef du gouvernement. Jan Masaryk, fils de Tomáš Masaryk, père fondateur du pays, conserve le ministère des Affaires étrangères.

Parallèlement les effectifs du KSČ progressent considérablement : il comptait 80 000 membres en 1938, 500 000 à la Libération et 1 300 000 à la fin de 1947. La centrale syndicale unique, le Mouvement syndical révolutionnaire (ROE), qui compte alors deux millions d'adhérents, passe largement dans le giron communiste.

En novembre 1947, les communistes dénoncent une tentative de coup d'État , ayant son origine en Slovaquie. Gustáv Husák, Premier ministre de Slovaquie, prend une part active dans la liquidation du Parti démocratique slovaque, ce que le Président Benès laisse faire. En , les forces de sécurité sont réorganisées, des cadres communistes en prenant le contrôle. Le KSČ organise dans les campagnes des manifestations réclamant une réforme agraire. En février, les ministres non-communistes dénoncent la mainmise du KSČ et mettent leur démission dans la balance. Les ministres démissionnaires pensent provoquer une crise politique mais créent un vide au sein du pouvoir exécutif propice aux communistes, qui comprennent l'opportunité. Gottwald forme un nouveau gouvernement, où la présence des communistes et de leurs alliés sociaux-démocrates est renforcée. Cette prise de contrôle de l’État par les communistes et leurs alliés est désignée comme le « coup de Prague » dans le bloc de l'Ouest ou comme les « évènements de Février » dans le bloc de l'Est. Le , Jan Masaryk est retrouvé mort, s'étant officiellement suicidé en sautant d'une fenêtre, ce qui restera controversé. Le parlement approuve le nouveau gouvernement. Le , une nouvelle constitution est promulguée, les communistes y ayant rajouté les principes de la dictature du prolétariat et du rôle prépondérant du KSČ. Edvard Beneš refuse de la signer et démissionne le . Gottwald le remplace à la présidence de la République, laissant les rênes du gouvernement à Antonín Zápotocký. La Tchécoslovaquie est proclamée , sans changer officiellement de nom.

Période stalinienne

thumb|Monument représentant Joseph Staline et Klement Gottwald, à Gundelfingen, Bavière, Allemagne. La Tchécoslovaquie maintient officiellement un système de multipartisme, mais tous les rouages politiques sont entre les mains du Parti communiste, à l'approbation duquel est subordonnée toute participation à la vie politique. Les partis non-marxistes peuvent participer, mais leur présence aux élections est déterminée par quotas. Le ministère de l'Intérieur contrôle la vie publique locale.

La constitution prévoit la nationalisation de toutes les entreprises de plus de cinquante salariés : 95 % des mines, usines, compagnies d'assurance et la totalité du commerce extérieur passe dans les mains de l'État.. Une politique de développement de l'industrie lourde et de collectivisation de l'agriculture est entamée, dans des conditions répressives (persécution des ) qui entraînent un déclin de la production agricole. La résistance des paysans à la collectivisation oblige à prolonger jusqu'en le système des cartes d'alimentation.

Dans les années 1950, la Tchécoslovaquie connait une croissance économique élevée (de l'ordre de 7 % en moyenne par an) permettant une augmentation substantielle des salaires et du niveau de vie, ce qui favorise la stabilité du régime.

Le régime entre également en conflit avec l'Église catholique : les évêques durent prêter serment à l'État. Près de 3000 prêtres qui refusèrent furent écartés de leur diocèses puis emprisonnés. Josef Beran, archevêque de Prague, est assigné à résidence en 1949. Les relations avec le Saint-Siège sont rompues.

La répression des opposants au régime est marquée par l'arrestation, le , de Milada Horáková, juriste et ancienne députée à l'Assemblée nationale, accusée de complot visant à renverser le régime communiste. Son procès est instrumentalisé et se conclut par la condamnation à mort de la combattante pour le pluralisme politique, ainsi que celle de trois autres co-accusés. En dépit d'une mobilisation internationale qui voit l'implication de personnalités célèbres comme Winston Churchill ou Eleanor Roosevelt qui soutiennent le recours en appel (promptement rejeté) et la demande de grâce présidentielle présentée au président Gottwald, Milada Horáková est pendue, avec ses trois co-condamnés le .

Comme dans les autres pays du bloc de l'Est, la rupture entre Tito et Staline se traduit par des purges au sein du parti. Le Parti communiste slovaque est accusé de « déviationnisme » et de « nationalisme ». Gustáv Husák, Président du Conseil des commissaires à Bratislava, et plusieurs de ses collaborateurs sont arrêtés en 1950. Klement Gottwald, sous la pression de Moscou, se débarrasse de ses adversaires politiques en organisant les procès de Prague (1952), qui décapitent la direction du partiGuillaume Narguet, IL Y A 60 ANS, LES AVEUX ET LES VERDICTS DES PROCÈS DE PRAGUE, radio.cz/fr, 27 novembre 2012. Quelque sont poursuivies devant les tribunaux pour des motifs politiques.

De Gottwald à Novotný Gottwald meurt le , quelques jours après avoir assisté aux funérailles de Staline; il est remplacé à la tête du parti par Antonín Novotný et à la présidence de la République par Antonín Zápotocký. Viliam Široký remplace Zápotocký comme chef du gouvernement. Novotny devient président de la République en 1957. En Tchécoslovaquie, en dépit de la mort du chef d'État soviétique, les pratiques staliniennes demeurent. Des manifestations d'ouvriers à Plzeň sont brutalement réprimées et l'impact de la dénonciation des crimes de Staline est limité.

En 1956, après le XXe congrès du Parti communiste de l'Union soviétique qui donne le coup d'envoi de la déstalinisation, le pays connait des protestations étudiantes et intellectuelles, mais celles-ci sont rapidement réprimées par le régime de Novotný.

Le , la Tchécoslovaquie adopte une nouvelle constitution, proclamant la victoire du et adoptant le nom officiel de République socialiste tchécoslovaque. Le rôle prépondérant du Parti communiste est réaffirmé. À partir du début des années 1960, la Tchécoslovaquie connaît une période de stagnation économique. L’homosexualité est dépénalisée en 1961. En 1963, le parti condamne officiellement le culte de la personnalité stalinien, et éloigne ses dirigeants les plus conservateurs. Des prisonniers politiques sont libérésChronologie République tchèque. On révise certains procès des années précédentes : Rudolf Slánský et Vladimír Clementis sont réhabilités. Les monuments à la gloire de Staline disparaissent du pays.

Au cours des années suivantes, l'économie tchécoslovaque se stabilise, et le niveau de vie des citoyens s'améliore; les voyages en Occident deviennent plus faciles. En , le treizième congrès du Parti communiste donne son feu vert au nouveau programme appelé « Nouveau modèle économique ». Des réformes amènent une relatives libéralisation de l'économie. La vie intellectuelle et artistiques du pays connaît un fort développement, et les intellectuels dissidents s’organisent pour dénoncer les abus du régime : l’Union des écrivains tchécoslovaques utilise la gazette Literárni noviny (« Journal littéraire ») pour réclamer une littérature indépendante du pouvoir. En juin 1967, certains écrivains comme Ludvík Vaculík, Milan Kundera, Pavel Kohout et Ivan Klíma se rapprochent des socialistes radicaux. Quelques mois plus tard, le Parti communiste décide de prendre des mesures contre les intellectuels qui s’expriment en faveur des réformes : le contrôle sur Literární noviny et sur les maisons d’édition est transféré au ministère de la Culture.

Le régime est de plus en plus contesté : en juin 1967, le congrès des écrivains conteste ouvertement le régime. La même année, le Premier secrétaire du Parti communiste slovaque, Alexander Dubček, et l’économiste Ota Šik défient le pouvoir : Antonín Novotný, contesté de l'intérieur même du parti, demande le soutien des Soviétiques, qui n'interviennent pas.

Le printemps de Prague

En décembre 1967, Léonid Brejnev, en visite à Prague, constate l'opposition à Novotný. Dès le , Novotný est destitué de son poste de premier secrétaire du Parti communiste tchécoslovaque et remplacé par Alexander Dubček. Le , Ludvík Svoboda, ancien ministre de la Défense et l'un des auteurs du Coup de Prague, devient président de la République. Le même mois, la censure est abolie et la presse recouvre une liberté qu'elle n'avait pas connue depuis 1945. .

Alexander Dubček proclame dès avril son intention d'atteindre le . Un ambitieux programme de libéralisation politique est annoncé. Dubček s'efforce de discuter avec Moscou qui lui demande de changer de politique.