vignette|La pierre de Rosette, qui a permis le déchiffrement des hiéroglyphes au . La traduction (dans son acception principale) est le fait de faire passer un texte d'une langue (« langue source », ou « langue de départ ») dans une autre langue (« langue cible », ou « langue d'arrivée »). Elle met en relation au moins deux langues et deux cultures, et parfois deux époques.
Une traduction (translation en ancien français) représente toujours un texte original (ou « texte source », ou « texte de départ ») ; en cela, elle comporte un certain degré d'équivalence, bien que le concept d'équivalence stricte entre les langues soit désormais dépassé en traductologie. Le concept de traduction repose depuis longtemps sur des dichotomies telles que « fidélité » versus « liberté », « fidélité à la lettre » versus « fidélité à l'esprit », « traduction sourcière » versus « traduction cibliste », etc.
La traduction tient compte d'un certain nombre de paramètres (contexte, grammaire, etc.), afin de se rendre compréhensible pour des personnes n'ayant pas de connaissance de la langue source et n'ayant pas la même culture ou ne disposant pas du même bagage de connaissancesAsylon(s), numéro 7, mai 2009, sous la direction de Rada Ivekovic : « Que veut dire traduire ? ». Traduire suppose de maîtriser la langue source mais aussi la langue cible (ou destinataire), qui est généralement la langue maternelle du traducteur. Le bon traducteur possède davantage que des compétences linguistiques : il doit être capable d'analyser le texte et il doit lui-même posséder des qualités d'écriture. Pour traduire les textes scientifiques et techniques, il doit également posséder de solides connaissances techniques et maîtriser le jargon dans les deux langues.
La traduction est encore essentiellement humaine, le cas échéant à l'aide d'outils de traduction assistée par ordinateur, mais des outils informatiques de traduction automatique apparaissent.
La discipline qui s'intéresse à la traduction se nomme la traductologie.
Rôle de la traduction et des langues dans la circulation des idées et des informations Dans l'espace et dans le temps, l'intensité de la communication interculturelle et des échanges interlinguistiques dépend en grande partie de la quantité et de la qualité des informations traduites d'une langue vers une autreHua, Z. (2013) Exploring intercultural communication: Language in action. Routledge., mais l’Histoire a montré que la circulation et la « notoriété » des idées ne se confondent pas quantitativement avec les langues les plus parléesOstler N (2005), Empires of the Word: a Language History of the World (HarperCollins, New York).. En particulier, le nombre de locuteurs d’une langue parlée n’est pas un bon prédicteur de l’aptitude d’un message créé dans cette langue (ou circulant dans cette langue) à être ensuite traduit et à circuler dans le monde entier ; selon le linguiste David Crystal, , in Crystal D. (2003) English as a Global Language (Cambridge Univ Press, Cambridge, UK).. Le réseau des locuteurs bilingues et des traducteursGlobal Language Network. a donc une grande importance de ce point de vue.
Depuis le et avec la mondialisation et la réglementation du « droit de propriété intellectuelle » et des traductions, un certain nombre de langues et de cultures sont plus ou moins bien « traduites », voire s’éteignent plus rapidement qu’auparavant ou sont déjà mortes ou oubliéesHarrison, K. D. (2007). When languages die: The extinction of the world's languages and the erosion of human knowledge. Oxford University Press. (étant entendu qu'une langue morte comme le latin peut continuer à être traduite).
Certains auteurs décrivent l'émergence d'un nouveau réseau et d'un système mondial de languesAbram De Swaan (2013) « Words of the World: The Global Language System » ; Wiley, - 272 pages., où l’anglais joue un rôle devenu prépondérant et central. L’hégémonie culturo-linguistique de l'anglais pourrait toutefois être peu à peu contenue par l'amélioration et la généralisation des logiciels de traduction automatique sur l'Internet et par l'approche inédite Endrizzi, L. (2006). L'édition de référence libre et collaborative: le cas de Wikipedia ; Dossiers de la Veille, Institut national de recherche pédagogique ; Équipe LIRE de l'université Lyon 2, ). wikimédienne qui encourage et facilite « les traductions et échanges interlinguistiques dans Wikipédia et ses projets-frères (traductions dans possibles fin 2013, parmi lesquelles des langues dites « mortes » et l'espéranto, avec plusieurs grands projets linguistiques bilatéraux).
L'analyse de la situation relative des langues du monde est longtemps restée impossible faute de données pertinentes, note Mark Davis (président et cofondateur du Consortium Unicode qui produit des standards d'encodage de caractères pour l'ensemble des ordinateurs et des interfaces mobiles de la planète utilisant l'écriture), alors que l’on pressent pourtant l’importance de la structure de ce réseauRonen S (2013), The structure and implications of the global language network ; thèse de doctorat ; MIT (Massachusetts Institute of Technology). ; il est longtemps resté impossible d’étudier quantitativement la structure du réseau mondial des échanges entre langues mais cela devient plus facile grâce à la constitution de grandes bases de données ouvertes de « lieux » d’échanges mondiaux tels que Wikipédia ou Twitter et alors que l’on connaît de mieux en mieux la proportion des langues parlées sur l’Internet Pimienta D, Prado D, Blanco Á (2009) « Twelve Years of Measuring Linguistic Diversity in the Internet: Balance and Perspectives » consulté le , 64 pages..
En 2014, une équipe américano-françaiseRonen et ses collègues du MIT, de la Northeastern University de Boston et de l’université d’Aix-Marseille (CNRS, CPT, UMR 7332). a utilisé la science des réseaux pour créer des cartographies permettant de visualiser la façon dont des informations et des idées circulent dans le monde [selon la langue du message d’origine, selon le PIB moyen des pays où cette langue est parléeDavis M (2003), "GDP by Language" ; consulté le ., selon la langue des premières traductions et celles qui vont véhiculer l’information ou selon le médium (livre, Wikipédia, Twitter)...]. Pour dresser cette « carte », ces chercheurs ont étudié d’une part les données disponibles sur la traduction littéraire (en prenant pour base de traductions de livres publiées dans plus de mille langues) et d’autre part les deux grands réseaux mondiaux d’échanges par le langageNews intitulée “Want to influence the world? Map reveals the best languages to speak”, postée dans le journal Science ; rubrique “Social Sciences”.Ronen, S., Gonçalves, B., Hu, K. Z., Vespignani, A., Pinker, S., & Hidalgo, C. A. (2014), Links that speak: The global language network and its association with global fame (Des liens qui parlent : Le réseau mondial des langues et son association avec la renommée universelle) ; Proceedings of the National Academy of Sciences, 201410931. (résumé et informations complémentaires ; PDF, 27 p.) ; Vidéographie : Global Language Network, par Cesar Hidalgo (YouTube / SeriousScience). que sont : les tweets bilingues (à partir de l'étude de de tweets, de d'utilisateurs en , retenus pour l’étude), ce qui a été possible grâce à la base de données ouverte et parce que celle-ci permet d'associer un tweet à une langue et la personne qui tweete à une ou plusieurs communautés linguistiques ; des versions linguistiques différentes de pages Wikipédia (sans tenir compte du travail des robots dans Wikipédia), dont la base de données est ouverte (DBpedia).
Voici ce que révèle l’analyse de ces données : il existe une importante hiérarchisation des langues d’« interfaçage » dans ce réseau, avec des nuances selon le média étudié ; sans surprise, l’anglais est la langue la plus importante et la plus efficace pour assumer la fonction d’interface entre d’autres langues pour diffuser une idée ou une information dans le monde (l'anglais constitue, dans le réseau cartographié, le hub le plus central). Aux rangs suivants, notamment dans Wikipédia, le français, l'allemand et le russe jouent un rôle similaire, puis vient une constellation de « hubs » plus petits avec par exemple l’espagnol et, loin derrière, le tamoul, le portugais ou le chinois, langues peu propices à la diffusion mondiale d’idées bien qu'elles soient parlées par un nombre très important de locuteurs. À l’opposé de l’anglais (qui est parlé presque partout dans les réseaux mondiaux d’échanges d’idées), le mandarin, l'hindi et l'arabe, bien qu’immensément populaires, sont isolés dans le réseau des échanges entre les langues (ce qui veut dire que les communications dans ces langues atteignent moins les locuteurs d'autres langues, et moins rapidement) ; en termes de nœuds majeurs dans le réseau des échanges informationnels interlangues dans le réseau mondial, les traductions littéraires et le système d’interlangue de Wikipédia ( en 2014) valorisent encore principalement les langues européennes (et le japonais pour les traductions), mais Twitter donne plus d’importance (après l’anglais) à des langues non majeures dans les deux réseaux précédents d’échange (malais, portugais, espagnol, philippin, néerlandais, arabe). Le réseau des traductions littéraires est plus stable et formel. Wikipédia évolue rapidement, mais tout en se structurant, alors que Twitter offre un modèle totalement différent, constitué uniquement de messages courts, très réactifs à l’actualité ; des locuteurs de langues disparates ou rares gagnent à être indirectement connectés à d’autres langues via un hub (grand ou petit) s’ils veulent que leurs messages circulent dans le monde. Twitter peut faire circuler des idées au sein d’un groupe de langues proches (par exemple des Philippines à la zone coréenne via le malais), alors qu’une traduction passant par l’anglais facilitera la circulation d’une idée de la langue turque au Malayalam (parlé en Inde par de personnes) ; les personnes ou institutions bilingues ou multilingues apparaissent donc comme des « nœuds » importants dans le réseau de transmission des informations et des idées. Internet et des phénomènes comme Wikipédia et Twitter ont amplifié leur rôle de convertisseur de langue, mais leur capacité à faire circuler l’information reste bien plus importante si l’une des langues maîtrisées par l'utilisateur est l’anglais ; il existe quelques phénomènes atypiques ou émergents : par exemple, le néerlandais n’est parlé que par un « petit » nombre de personnes ( de locuteurs, ce qui est bien moins que l'arabe qui compte environ ), mais les Néerlandais sont à la fois souvent polyglottes et très actifs en ligne ; les utilisateurs étudiés constituent une sorte d’élite, alphabétisée et active « en ligne ». Et bien que ne représentant parfois qu’une petite partie de l’ensemble des locuteurs d'une ou plusieurs langues, cette élite a un pouvoir et une responsabilité car, volontairement ou non, elle marque de son empreinte (voire de certains biais) les messages qu’elle traduit et relaie vers d’autres langues, cultures et peuples éloignés. C’est tout particulièrement le cas pour les anglophones dont les messages semblent les plus aptes à circuler loin et vite ; le faible taux de traduction de textes initialement rédigés dans de nombreuses langues vers l’arabe et le monde arabe constitue un obstacle à la diffusion de savoirs « extérieurs » ; un pays qui encourage la traduction de nombreux documents vers l’anglais (ou vers l’une des langues qui sont les meilleurs relais) se fera mieux connaître. Le choix d'une seconde langue qui est très bien connectée aux autres langues sur l’Internet des réseaux sociaux et culturels est alors un atout ;