L'abbaye de Moncé était un monastère féminin relevant de l'ordre cistercien. Fondée en 1209 à Limeray près d'Amboise, d'abord prieuré avant de devenir abbaye en 1652, elle fut en grande partie détruite lors de la Révolution, puis rasée en 1844 pour faire place à l'actuel château de Moncé de style néo-Renaissance.

La Touraine n'a connu que deux abbayes de femmes, à Beaumont-lès-Tours et à Moncé, cette dernière étant beaucoup moins importante que la précédente. Il n'a été conservé qu'un petit nombre des chartes la concernant, mentionnées dans un inventaire ancienManuscrit conservé à la bibliothèque de ToursRapports et délibérations du conseil général d'Indre et Loire, 184?, ..

Voici ce qu'en disait Le Mercure Galant en 1706 :

Toponymie MontiacumAdrien de Valois, Notitia Galliarum, Paris, 1675, , Moncé-lez-Amboise en 1185, Fons de Monceo à la création du prieuré en 1209, Monceium en 1228 (chartes de Fontaines les Blanches), Ecclesia B. Mariæ de Monceio en 1242 (charte de Moncé)Jacques-Xavier Carré de Busserolle, Dictionnaire géographique historique et biographique d'Indre et Loire et de l'ancienne province de Touraine, tome 4, 1882, ., Moncy en 1288 (charte de la comtesse d'Alençon)Layette 38, Archives de la cour des comptes de Blois, Mons CœlestisJean-Louis Chalmel, Histoire de la Touraine jusqu'en 1790, tome 3, chez H. Fournier jeune Paris et à Tours chez Mame et Moisy, 1828, et finalement Moncé sur la carte de Cassini et Moncey sur le cadastre. Le nom découle probablement du latin mons devenu monceaus (1165) en vieux français, désignant une petite colline, soit la même origine que « monceau »Robert - Dictionnaire historique de la langue française, Paris, 1998.. Une autre source évoque un très hypothétique domaine de MonciusPierre-Henri Billy, Origine des noms des villes et des villages de France, Genève, Éditions Famot, 1981..

Histoire La création de l'abbaye de Moncé est relatée dans la Grande chronique de Tours (Chronicon turonense magnum), rédigée au milieu du : « L'année 1209 […] quatre religieuses, Ermengarde du Plessis et Perronelle de Méré, de l'abbaye de Beaumont-lès-Tours, accompagnées d'Agnès de Linières et de Pelerine, du prieuré de Saint-Avit, s'installèrent dans une maison en bois qu'elles avaient faite construire au sommet du coteau de Moncé. Elles y vécurent en suivant la règle cistercienne durant trois années. En 1212, un riche bourgeois de Tours, nommé Payen Hermenard (Pagani Hermenardi), leur fit bâtir en pierre un monastère et une église. Les religieuses furent peu à peu vingt, puis trente, puis cinquante. Elles s'installèrent dans les nouveaux bâtiments le . L'église fut consacrée solennellement le par Maurice, évêque du MansAndré Salmon, Recueil de chroniques de Touraines, Ladevèse, Tours, 1854, (texte en latin).. » Une des premières religieuses du prieuré aurait été apparentée à la famille d'Amboise en étant une descendante d'Adénor, sœur d'Hugues d'Amboise.

Le prieuré de Moncé fut érigé en abbaye par le pape Innocent X en 1652, à la demande du roi Louis XIV qui en attribua ultérieurement les bénéfices à Madame de Châteaumorand, en qualité d'abbesse, le à VersaillesJournal de Philippe de Courcillon, marquis de Dangeau, tome 11, Paris, Firmin Didot frères, 1857, .. Au l'abbaye abritait 40 religieuses.

Blason

Patrimoine Sulpice III d'Amboise fut, sinon le fondateur, du moins un des premiers bienfaiteurs du prieuré en lui donnant une partie de son patrimoine. Dans une charte de 1214, il lui fait don de : . À sa mort en 1218, sa veuve, Isabelle de Chartes, dame d'Amboise poursuivit ces dons, tradition perpétuée par sa fille Mathilde. En 1242, Renaud de Précigny attribua aux religieuses une rente sur ses terrages et son moulin d'Augé et, en 1288, c'est Jeanne de Blois-Châtillon, comtesse d'Alençon, qui leur donna deux cents charretées de bois à prendre dans sa forêt de Blois. En 1363, Ingelger d'Amboise donna aux religieuses : Marguerite Coleman, Histoire du Clos-Lucé, Tours, Arrault et , 1937, ..

Le Clos Lucé, appelé fréquemment cloux ou clos, a appartenu aux religieuses du prieuré de Moncé, qui le louaient par bail à rente, d'abord à Amé du Perche, seigneur du Breuil, puis à Macé Baboyon et sa femme. Le , le clos sera définitivement cédé à Étienne le Loup, garde des forêts d'AmboiseMarguerite Coleman, Histoire du Clos-Lucé, Tours, Arrault et , 1937, .Jacques-Xavier Carré de Busserolle, Dictionnaire géographique historique et biographique d'Indre et Loire et de l'ancienne province de Touraine, tome 2, 1882, ..

Possessions à Limeray La métairie de la Petite RivièreBail du 21 juin 1787. La métairie des FougeretsLa métairie et les terres situées aux Fougerêts appartenaient avant la Révolution à l’abbaye de Moncé. Devenue propriété de la famille Lorin de Bray au cours du s., vendue comme bien national en 1791 à la même famille, elle est entrée dans le patrimoine de Jacques Pierre Orillard de Villemanzy lorsqu’il a hérité des biens de son demi-frère Étienne Jacques François Lorin de Bray, décédé en 1808 (voir le contrat de liquidation de la succession Villemanzy du 12 octobre 1830, sous la cote 111J113).. La métairie du Bois-d'EnhusOrthographiée "Bois d'Enha". Affermée pour 330 livres et 2 livres de cire le 12 mai 1284. La métairie du BuissonJacques-Xavier Carré de Busserolle, Dictionnaire géographique historique et biographique d'Indre et Loire et de l'ancienne province de Touraine, tome 1, 1882, .. Le moulin de Moncé.

Possessions diverses Le lieu-dit « le Bois des Dames » à Montreuil-en-TouraineTrente arpents. Le lieu-dit « la Taponière » à Saint-Ouen-les-VignesBail du 8 décembre 1784. La ferme de Guildais à Montreuil-en-Touraine. La métairie des Ormeaux à Négron. La ferme des Nonains à Chissay-en-Touraine. La métairie de Peu à Chaumont-sur-Loire. La métairie de Villerogneux à Villerbon. La métairie de Marmeray en Vendômois. Un terrain de 45 arpents à Civray-de-Touraine.

Revenus En 1762, le revenu de l'abbaye était estimé à . La seigneurie de Chaumont-sur-Loire était assignée pour 500 livres de rente, et les bouchers d'Amboise pour 35 livres. S'y ajoutaient la dîme d'Auzouer-en-Touraine en indivis avec le curé de Saint-Nicolas de Blois, celles de Pocé-sur-Cisse et Saint-Ouen-les-Vignes, sans oublier le droit de pêche sur la Cisse près du pont de la Ramée.

Trésor En 1721, un paysan découvrit un petit trésor d'or et d'argent, caché dans un creux de rocher sous l'abbaye de Moncé. C'est sa soudaine aisance qui le fit remarquerYves Combeau, Le comte d'Argenson (1696-1764) Ministre de Louis XV, École des Chartes, 1999, ..

Des Dames dures en affaires Si les revenus du prieuré, puis de l'abbaye, sont substantiels, ce n'est pas pour autant que les religieuses, couramment dénommées dans les actes « Dames de Moncé », se montrent détachées des biens matériels, bien au contraire. Dès 1232, soit 23 ans après la création du prieuré, elles sont en procès avec le couvent des trinitaires de Saint-sauveur-lès-Tours, litige qui sera encore évoqué à la fin du Bulletin de la Société archéologique de Touraine, , 1994, Lire en ligne.. Un factum, produit au sujet de l'appel d'une sentence du , indique que cette sentence . L'abbesse Madeleine Dorat, refusant depuis 1690 de financer les réparations indispensables du clocher de l'église Saint-Saturnin de Limeray, celui-ci s'écroula le en détériorant gravement le chœur de l'édifice. Après plusieurs actions juridiques :

Fermeture et destruction Comme toutes les communautés religieuses, l'abbaye fut victime de la déchristianisation pendant la Révolution française. Les religieuses en furent chassées, et les bâtiments, décrétés biens nationaux en . Mis en vente aux enchères le , le lot principal comprenant les bâtiments de l'abbaye, un moulin, une closerie, deux métairies et 188 ha de terres diverses fut adjugé pour à Antoine Desmée, commissaire des guerresArchives départementales d'Indre-et-Loire, 1 Q 12 , 31 mai 1971 article 1..

La plupart des constructions furent détruites entre 1792 et 1798. Ne subsistèrent que l'infirmerieEncore visible à la droite du château, une fuyeOu fuie, petit pigeonnier., l'église et le logis abbatial. Ces deux derniers furent rasés en 1844 pour faire place au château de MoncéPropriété privée, ne se visite pas., de style néo-renaissance, construit de 1845 à 1846, par Charles Alphonse de Sain de Bois-le-ComteCharles Alphonse de Sain de Bois-le-Comte a été maire de Limeray. Selon Geneanet, il était le fils de Claude Christophe, seigneur des Arpentis, lieutenant des maréchaux de France. Une statue de sainte Marthe, datée de la fin du , en provenance de l'abbaye de Moncé est conservée dans l'église Saint-Saturnin de Limeray. Une statue d'un moine cistercien, datée du , a peut-être la même origine. Deux médaillons de vitraux ont également été sauvés et insérés dans les vitraux de l'église.

D'après les descriptions des bâtiments figurant dans les procès-verbaux des biens nationaux, on peut présumer que l'abbaye avait été en grande partie reconstruite au Denis Jeanson, Sites et Monuments du Val de Loire 1, à compte d'auteur, 1976, ..

Prieures et abbesses PrieuresReconstitution approximative, les sources étant incomplètes et contradictoires : M. de la Ponce, Recueil de documents destinés à faciliter la rédaction d'une géographie ecclésiastique et politique, 1856 in Mémoires de Société archéologique de Touraine, tome 9, à Tours chez Guilland-Verger, 1857. Jacques-Xavier Carré de Busserolle, Dictionnaire géographique, historique et biographique d'Indre et Loire et de l'ancienne province de Touraine, , 1882. Jacques-Xavier Carré de Busserolle, Armorial général de la Touraine, & , Tours, Ladevèze, 1866-1867. thumb|Vitrail de l'église de Limeray à l'effigie d'Ermengarde du PlessisPour plus de détails, voir à l'article Église Saint saturnin de Limeray. 1223 -…? Ermengarde du Plessis …? - 1284 Marguerite Vernant 1284 - 1306 Denise d'Aguzon 1306 - 1309 Jeanne de Freteval 1319 - 1319 Florie de Pontlevoy 1377 - 1415 Perronelle 1453 - 1467 Jeanne Charpine 1469 - 1490 Catherine de Commiers 1491 - 1513 Catherine d'Aspremont 1513 - 1518 Olive le Gaye 1518 - 1538 Jeanne de Guenant 1550 - 1561 Françoise de Lavardin 1563 - 1570 Perronelle de Grosbois 1570 - 1574 Marthe Larcher 1575 - 1592 Pernelle de Craon 1593 - 1613 Anne Larcher Abesses 1652 - 1675 Marie-Marthe d'Épinoy 1680 - 1683 Marie-Élisabeth de BouilléNommée le 24 février 1680 1684 - 1694 Madeleine Dorat 1706 - 1709 Charlotte Joubert de la Bastide de ChâteaumorandNicolas Viton de Saint-Allais, Nobiliaire universel de France, Volume 17, Bachelin-Deflorenne, Paris, 1872-1878, . Elle fut nommée le 21 août 1706. 1709 - 1712 Marie-Louise de Montgommery 1712 - 1729 Marie-Madeleine de Bonsens des Espinets« 19 novembre 1712 - Le Roy a donné l'Abbaye de Moncé, Ordre de Cisteaux, Diocèse Tours, à la Dames de Serpinès [sic], Religieuse du même Ordre » in Gazette de Paris, Lire en ligne. 1731 - 1741 Cunégonde de Maillé-Carman 1741 - 1747 Renée-Élisabeth de la Rue 1747 - 1754 Élisabeth de Villette 1754 - 1775 Marie-Françoise Le Marié d'AubignyNommée le 24 août 1754 1775 - 1786 Louise-Marie de Trézin de Cangey 1786 - 1790 Marie de RoucyNommée le 4 octobre 1786. L'anneau d’argent de Marie de Roucy, dernière abbesse de Moncé, décédée le , est conservé dans la sacristie de l’église Saint-Saturnin de Limeray, monté sur un Christ en bronze du .

Notes et références Notes

Références

Annexes Bibliographie Jean-Louis Chalmel, Histoire de la Touraine jusqu'en 1790, chez H. Fournier jeune Paris et à Tours chez Mame et Moisy, 1828. Jacques-Xavier Carré de Busserolle, Dictionnaire géographique historique et biographique d'Indre et Loire et de l'ancienne province de Touraine en 6 tomes, 1879. Marguerite Coleman, Histoire du Clos-Lucé, Tours, Arrault et , 1937. Denis Jeanson, Sites et Monuments du Val de Loire 1, à compte d'auteur, 1976.

Articles connexes Ordre cistercien