Les Enchaînés () est un film d'espionnage américain réalisé par Alfred Hitchcock, sorti en 1946.
Synopsis vignette|gauche|Cary Grant et Ingrid Bergman : dans l'avion en route vers Rio de Janeiro. L’intrigue se déroule peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Elle débute le aux États-Unis, à Miami en Floride, avec le procès du nazi d’origine allemande John Huberman, jugé pour sa participation à un complot anti-américain. L'espion américain, à la solde des nazis, condamné à vingt ans de prison, se donne la mort dans sa cellule en s'empoisonnant. Lors de la soirée qu’elle organise après la condamnation de son père, sa fille Alicia rencontre T.R. Devlin, un homme qui, comme tant d'autres, lui fait la cour. Mais les avances de Devlin sont motivées par des intérêts politiques. Agent des services secrets américains, il veut recruter Alicia, femme débauchée et portée sur l'alcool, mais qui a manifesté son hostilité aux thèses nazies de son père et son amour pour les États-Unis. La jeune femme doit débusquer et infiltrer un groupe d’anciens nazis, amis de son père, retirés à Rio pour poursuivre leurs entreprises douteuses. Alicia refuse initialement ce « mandat symbolique », mais finit par accepter la mission. Elle veut entamer une nouvelle vie, loin de l'alcool et des soirées mondaines. Dans l'avion qui les emmène à Rio de Janeiro, elle apprend le suicide de son père.
À Rio de Janeiro, une aventure amoureuse débute entre Devlin et Alicia, mais Devlin reste assez méprisant à l'égard d'Alicia. Peu après, Devlin apprend de son chef, M. Prescott, la mission précise d'Alicia : elle doit séduire M. Sebastian, un ancien ami de son père, industriel qui travaille pour IG Farben et est suspecté de trafiquer de l'uranium, minerai indispensable à la fabrication de la bombe atomique. Amoureuse de Devlin, elle refuse, mais Devlin lui fait sentir qu’il ne s’agissait entre eux que d’une passade. Elle accepte alors par défi. Lors d’une rencontre au champ de courses, Alexander Sebastian a un doute concernant la fidélité d’Alicia par rapport à Devlin. Le nazi vieillissant lui demande donc de l'épouser. Ne sachant que faire, elle se rend à l'ambassade américaine pour demander conseil. Prescott trouve que le mariage est une bonne idée, tandis que Devlin, tiraillé entre ses sentiments et son devoir, préfère se retirer avant la fin de la réunion. Elle décide de se sacrifier pour expier les fautes de son père et se marie.
La mère dominatrice de Sebastian est opposée à ce mariage, mais Sebastian, amoureux, lui résiste et se marie tout de même. Alicia suspecte que le nœud de l'entreprise des anciens nazis se trouve dans le cellier dont elle n'a pas la clé. Au retour du voyage de noces, elle fait organiser à Sebastian une soirée mondaine où Devlin est invité et où elle lui remet la clé du cellier, qu’elle a peu avant subtilisée à Sebastian. Dans le cellier, Devlin découvre, lorsqu'une bouteille se brise sur le sol, du sable noir (on apprendra peu après qu’il s'agit d'uranium caché dans ces bouteilles). Presque surpris par Sebastian, Devlin s'en sort en embrassant ostensiblement Alicia pour susciter sa jalousie et pouvoir sortir de la maison avec l'échantillon d'uranium. Alicia prétend pour sa part que Devlin l'a entraînée dans la cave en la menaçant de faire un esclandre.
Mais, au moment de se coucher, Sebastian se rend compte de la disparition de sa clé. Il n'en dit rien à Alicia et constate, le lendemain, que la clé est réapparue. Il remarque qu'une bouteille du cellier a été brisée et remplacée par une autre. Humilié et blessé, autant sinon plus, d'avoir été trompé que d'avoir été découvert, il en fait part à sa mère : Alicia est un agent secret américain. Si ses complices apprennent son erreur, ils risquent de vouloir le supprimer, comme ils l'ont fait au début de l'histoire d'un des leurs qui avait perdu son sang-froid, aussi décident-ils ensemble d’empoisonner lentement Alicia, pour que sa mort paraisse naturelle aux yeux de tous. En dissimulant de l'arsenic dans son café, ils exploitent sa mauvaise réputation. Si elle se plaint de maux de tête, ses récriminations seront mises sur le compte de la consommation d'alcool et de la vie dissolue dont on la sait coutumièreD’où le titre original du film, , en anglais, signifiant « tristement célèbre, connu pour être peu recommandable »..
Après cinq jours sans contact, Devlin, inquiet, se rend chez Sebastian et s'introduit discrètement dans la chambre d'Alicia où il la trouve alitée et presque inconsciente. Il décide de l'emmener, mais est surpris par Sebastian. Devlin le fait chanter en le menaçant de le dénoncer à ses collaborateurs présents dans la maison à cet instant et qui observent la scène avec soupçons. Au moment de partir en voiture, il repousse Sebastian qui veut se joindre à eux et démarre. L'industriel à la solde d'IG Farben retourne dans sa maison où ses acolytes l’attendent pour lui faire payer chèrement sa défaillance sentimentale. La scène terminale montre la lourde porte du hall d'entrée se refermant sur Sebastian qui va certainement être tué par ses complices.. ´
Fiche technique Titre français : Les EnchaînésLa traduction française du titre original fait référence à l'« enchaînement » collectif des personnages. ; , qui se sacrifie pour être digne de l'homme qu'elle aime à qui elle est enchaînée, Sébastian, figure masculine sous une triple domination : celle de sa mère, du réseau nazi, et d'Alicia. . Titre original anglais : Notorious Réalisation : Alfred Hitchcock Scénario : Ben Hecht, avec la participation d'Alfred Hitchcock (non crédité) d'après la nouvelle The Song of the Dragon de (non crédité) Dialogues (scènes d'amour) : Clifford Odets (non crédité) Musique originale : Roy Webb Directeur de la photographie : Ted Tetzlaff Directeur de la photographie de seconde équipe (non crédité) : Gregg Toland Montage : Theron Warth Direction artistique : Carroll Clark et Albert S. D'Agostino Décors de plateau : , Darrell Silvera Costumes : Edith Head Effets spéciaux : , Production : Alfred Hitchcock Société de production et de distribution : RKO Redistribué par MGM en VO en 1967 Pays de production : Format : Noir et blanc - son : Mono (RCA Sound System) Genre : Drame, film noir, romance, thriller, espionnage Langue : anglais Durée : 102 minutes Dates de sortie : États-Unis : (première mondiale à New York) (première à Los Angeles) (sortie nationale) France : (Festival de Cannes), (sortie nationale) Allemagne : sous le titre Weisses Gift [Poison blanc]Métaphore de la drogue qui remplace la bombe atomique, les nazis étant transformés en trafiquants de drogue dans la version allemande.. Cette version doublée est expurgée des allusions politiques de Ben Hecht. Les historiens et biographes ne savent pas si Hitchcok en personne avait connaissance de la dénaturation de Voir l’article « Berüchtigt » dans Lexikon des internationalen Films, publié par le Katholisches Institut für Medieninformation et la Katholische Filmkommission für Deutschland, Reinbek, Rowohlt, 1987, volume A-C, p. 499 et suivantes.. Affiches : Constantin Belinsky, Bernard Lancy, Pierre Segogne, Roger Soubie (France), Enzo Nistri (Italie)
Distribution Cary Grant (VF : Marc Valbel) : T.R. Devlin Ingrid Bergman (VF : Paula Dehelly) : Alicia Huberman Claude Rains (VF : Georges Chamarat) : Alexandre Sebastian (VO : Alexander Sebastian) Louis Calhern (VF : Raoul Guillet) : Paul Prescott Leopoldine Konstantin (VF : Héléna Manson) : Madame Anna Sebastian Reinhold Schünzel (VF : Richard Francœur) : Le docteur Anderson Moroni Olsen (VF : René Marc) : Walter Beardsley Ivan Triesault (VF : Louis Arbessier) : Eric Mathis Aléxis Minotís (VF : Gérard Férat) : Joseph, le majordome des Sebatian Wally Brown (VF : Jean Berton) : Mr. Hopkins Sir Charles Mendl (VF : Paul Ville) : Commodore Ricardo Costa (VF : Pierre Morin) : Le docteur Barbosa Eberhard Krumschmidt (VF : Henri Botta) : Emil Hupka Fay Baker (VF : Claude Daltys) : Ethel Acteurs non crédités (par ordre alphabétique) Lenore Ulric (VF : Lita Recio) : La cavalière avec Sebastian Friedrich von Ledebur (VF : Raymond Loyer) : Knerr Peter von Zerneck (VF : Roger Til) : Wilhelm Rossner
Musique additionnelle Dans la scène de l'arrivée d'Alicia chez les Sebastian, lors des présentations entre Alicia et la mère d'Alexander Sebastian, on peut entendre, au piano, la douzième pièce intitulée Chopin, extraite de Carnaval, op. 9, de Robert Schumann.
Genèse Pendant l'été 1945, Hitchcock supervise à Londres un film de montages intitulé Mémoire des camps en utilisant des bobines tournées par les opérateurs des armées alliées lors de la libération des camps de concentration. Les images d'horreur qui hantèrent le cinéaste toute sa vie sont probablement à l'origine de la noirceur toute particulière des EnchaînésIntervention de l'historien du cinéma Bill Krohn dans Il était une fois… "Les Enchaînés", documentaire de Serge July, Marie Genin et David Thompson en 2009, à ..
La situation confuse dans l'Europe occupée par les Alliés (notamment l'opération Paperclip par laquelle le gouvernement américain est prêt à accorder l’immunité aux criminels de guerre nazis et japonais), la fuite des nazis en Amérique du Sud, puis la naissance de la guerre froide sont anticipées par Hitchcock qui distille subtilement des éléments d'un film de propagande pour l'effort de guerre et une dénonciation du gouvernement américain qui instrumentalise le désir des deux héros (Devlin doit séduire Alicia tandis que la jeune femme doit se prostituer à des fins d'espionnage)Intervention de l'historien du cinéma Bill Krohn dans Il était une fois… "Les Enchaînés", documentaire de Serge July, Marie Genin et David Thompson en 2009, à .. Le réalisateur traduit ces éléments en mettant en scène les dilemmes moraux des principaux personnages, ce qui fait dire au critique de cinéma René Tabès :
Ben Hecht, juif new-yorkais et fervent sioniste, s'inspire pour son scénario élaboré à partir de 1944, des Mémoires de l'espionne Marthe Richard et du projet Manhattan dont il est au courant, la bombe atomique étant le « MacGuffin » du film.. Contrairement à Hitchcock, il veut faire du film une œuvre explicitement politique..
Production Le producteur indépendant David O. Selznick est alerté par le FBI qui lui fait savoir qu'il désapprouve les mœurs légères d’Alicia, de Devlin et des autres agents américains, et surtout l'allusion au projet Manhattan à travers le minerai d'uranium en poudre dissimulé dans les bouteilles de la cave à vin. Selznick communique l'information à Hitchcock et lui conseille de maintenir une confusion et un flou maximum s'agissant des aspects du film relatifs aux services secrets et à la bombe.
Hitchcock forge sa légende en déclarant que le FBI le fait surveiller avant le tournage et lui impose des conditions étouffantes pendant le tournage. Hypersensible et redoutant plus que jamais que les autorités américaines ne le questionnent sur ses intentions, le réalisateur aurait été incapable de diriger un film si le FBI lui avait imposé de telles conditions..
L'histoire du minerai d'uranium décourage Selznick qui ne croit plus du tout au film. Il préfère en revendre les droits à la RKO-Radio Pictures moyennant et, surtout, 50 % des bénéfices.
Analyse Une certaine ambiguïté se dégage de la vision hitchcockienne du nazisme, présenté comme un ensemble d'individus à la fois dangereux et en même temps victimes du destin, notamment Sebastian qui dégage une certaine sympathie et devient touchant lorsqu'il découvre être trompé.. Sebastian est et Il traduit la vision qu'a Hitchcock pour son art. Dans ses entretiens avec Truffaut et Chabrol, il déclare , son but étant de .