vignette|upright=2|La Romaine au nord-est du Québec avec quatre centrales, dont deux en construction (en rouge). Le complexe de la Romaine désigne un complexe hydroélectrique construit par Hydro-Québec. Cet aménagement de quatre centrales offre une puissance installée de sur la rivière Romaine, un cours d'eau qui se jette dans l'estuaire du Saint-Laurent au large de Havre-Saint-Pierre, sur la Côte-Nord du Québec.

Les travaux de construction sont lancés par le premier ministre du Québec, Jean Charest, le .; la mise en service est complétée en . Sa capacité de production annuelle est de .

Hydro-Québec et le gouvernement du Québec estiment que les retombées économiques du projet devraient atteindre réparties à travers le Québec. Le chantier accueillera à la pointe des travaux, entre 2012 et 2016. Quelque 60 % des travailleurs proviendront de la région de la Côte-Nord, dans le nord-est du Québec..

Le projet, qui a reçu l'aval des quatre communautés Innu du territoire et de la municipalité régionale de comté, prévoit le versement de compensations de 133 millions aux autochtones et de 100 millions à la MRC, sur une période de 50 ans. Cependant, les communautés innu de Uashat et de Maliotenam, situés plus à l'ouest, dans la région de Sept-Îles, s'opposent au passage des lignes à haute tension qui doivent relier les centrales au réseau d'Hydro-Québec TransÉnergie.

Géographie thumb|Campement du Mista (Romaine-3).

Le projet de la Romaine est construit en Minganie, dans l'arrière-pays de Havre-Saint-Pierre, une municipalité de (2016) située à à l'est de Sept-Îles et à de Québec. Fondée par des pêcheurs acadiens des Îles de la Madeleine en 1857, Havre-Saint-Pierre connaîtra une forte croissance à compter de 1948-1949, alors que la compagnie Quebec Iron and Titanium, plus tard renommée Québec Fer et Titane, commence l'exploitation d'un important gisement d'ilménite à au nord-est de la municipalité.

Havre-Saint-Pierre est reliée au réseau routier du Québec à compter de 1976, avec l'ouverture d'un tronçon de la route 138. Depuis 1984, la municipalité est le port d'accès de la réserve de parc national de l'Archipel-de-Mingan, un parc fédéral.

Quatre communautés autochtones du peuple innu sont établies en Minganie. Il s'agit d'Ekuanitshit, de Nutashkuan, d'Unamen Shipu et de Pakua Shipi.

Historique Premières études thumb|Entrée du complexe hydroélectrique La Romaine. Le développement du potentiel hydroélectrique de la rivière Romaine est étudié depuis 100 ans. La plus ancienne étude a été réalisée par la Commission des eaux courantes de Québec en 1921. L'étude a été mise à jour et développée de manière plus détaillée en 1950. La Shawinigan Water and Power Company a révisé cette étude en 1957.

Dix ans plus tard, en 1967, Hydro-Québec reprenait l'étude des possibilités de développement de la rivière. C'est dans le cadre de cette étude que les grandes lignes de l'aménagement définitif du complexe de la Romaine prendront forme avec les aménagements RO-1, RO-2, RO-3 et RO-4.

Un avant-projet a été réalisé de 1977 à 1984. Cette étude a permis de réaliser plusieurs relevés sur le terrain et d'établir un concept d'aménagement en escalier de la rivière, qui a été évalué en fonction de plusieurs facteurs d'utilisation des centrales. Cette étude a aussi évalué la possibilité de dériver partiellement ou entièrement la rivière Saint-Jean vers la rivière Romaine.

En 1997, Hydro-Québec a évalué la possibilité de dériver une partie du cours des rivières Saint-Jean et Romaine vers le fleuve Churchill dans la foulée d'un rapprochement entre les gouvernements de Lucien Bouchard et de son homologue terre-neuvien, Brian Tobin. Les deux gouvernements avaient évoqué le développement conjoint du projet du Bas-Churchill. Les études se sont interrompues au début de 2000.

Avant-projet définitif Hydro-Québec reprend l'étude du potentiel de la Romaine en 2001, mais avec un projet limité, qui ne comprenait que la construction d'une usine au fil de l`eau, au kilomètre 52,5. Mais en 2004, les planificateurs élargissent la portée de l'étude et reprennent le concept en escalier de 1984 comme base de d'un avant-projet définitif. Les dernières études permettent d'affiner la conception des ouvrages, de déterminer leurs positions finales et le niveau maximum d'exploitation des réservoirs.

Dans sa stratégie énergétique 2006-2015, le gouvernement du Québec affiche sa volonté de mettre en œuvre de nouveaux projets hydroélectriques et d'intégrer d'énergie éolienne d'ici 2015, soit environ 10 % de la puissance installée, dans une perspective de développement durable. Hydro-Québec répond à cette demande du gouvernement Charest dans son plan stratégique 2006-2010. L'entreprise propose le développement d'un portefeuille de projets de qui comprend l'aménagement des rivières Romaine et Petit Mécatina sur la Côte-Nord ( chacune). Le solde d'environ « reste à préciser ». La direction d'Hydro-Québec évoque la possibilité que le projet de la rivière Romaine puisse être mis en chantier dès 2009 « si l’accueil des collectivités locales est favorable ».

Dans la presse, certains voient plutôt une réplique du Québec à la décision du premier ministre terre-neuvien Danny Williams de refuser une offre conjointe d'Hydro-Québec et de Ontario Power Generation et de développer seul du Bas-Churchill. Le columnist Konrad Yakabuski du Globe and Mail de Toronto prévient Williams de se méfier de l' de son compétiteur.

En , Hydro-Québec remet au gouvernement l'étude d'impact des aménagements hydroélectriques. L'avant-projet définitif prévoit quatre centrales, mais écarte tout recours à une dérivation de rivière et limite l'ennoiement de la vallée lors du remplissage du réservoir de la Romaine-4 pour éviter .

Ententes avec les communautés locales

Avant de commencer la construction du complexe, Hydro-Québec a conclu des ententes avec les autorités locales et les communautés autochtones du territoire. La première entente est intervenue avec la MRC Minganie le . Elle a été suivie de trois ententes avec des communautés innues : Nutashkuan (), Pakua Shipu et Unamen Shipu () et Ekuanitshit ().

Évaluation environnementale

L'évaluation environnementale du projet de la Romaine a été déposée au gouvernement du Québec en . Au total, la documentation du promoteur compte 10 volumes, pour un total de . Elle a été accompagnée de 60 études thématiques menées entre 2004 et 2008, dans 20 champs d'expertise différents. Dans un premier temps, les ministères des différents paliers de gouvernement ont passé au crible la documentation et posé à Hydro-Québec, qui a retourné de réponses.

Le processus d'évaluation environnementale du projet s'est déroulé en deux étapes. Dans un premier temps, le projet des centrales a été étudié devant une commission environnementale conjointe Québec-Canada qui a remis son rapport au début de 2009. Dans un second temps, Hydro-Québec a soumis ses études sur projet de construction des deux lignes au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement au printemps 2010. Une commission du BAPE a tenu des audiences d'information en juin et a remis son rapport au ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs le . Le ministre dispose de 60 jours pour publier l'étude.

Le , le gouvernement fédéral menace de mener sa propre étude sur le projet de transport d'électricité, parce que les lignes « passeraient en effet par des terrains appartenant au gouvernement fédéral, qui voudrait évaluer leur impact environnemental sur les communautés innues ». Le gouvernement du Québec autorise le début des travaux de construction de raccordement des centrales de la Romaine dans le décret 802-2011, du .

Opposition Le projet suscite aussi de l'opposition dans plusieurs milieux au Québec. L'acteur Roy Dupuis se fait le porte-parole d'un groupe d'environnementalistes qui contestent le harnachement de la Romaine en évoquant la beauté naturelle de cette rivière vierge de la Côte-Nord. Le mouvement d'opposition se manifeste aussi par la diffusion du film documentaire Chercher le courant.

De leur côté, les professeurs d'économie Gérard Bélanger et Jean-Thomas Bernard font valoir que la conjoncture de l'énergie en Amérique du Nord a changé avec le développement des gaz de schiste, ce qui fait en sorte que le projet de la Romaine ne sera pas rentable pour la société d'État.

Le , le romancier et prix Nobel de littérature 2009 J. M. G. Le Clézio, publie une tribune dans le quotidien parisien Le Monde pour s'émouvoir du sort que réserve Hydro-Québec, , à la rivière Romaine et à la «tribu innue». Décrivant avec émotion ce peuple qui vit en harmonie avec cette «rivière sacrée» qui est leur , il conclut en affirmant que .

Cette lettre ne passe pas inaperçue de l'autre côté de l'Atlantique. Dès le lendemain, le chroniqueur Mario Roy, dans La Presse, réplique à la tribune qualifiant d' la tribune de Le Clézio. , note le chroniqueur.

De son côté, la province de Terre-Neuve-et-Labrador s'engage dans une course pour construire des installations hydroélectriques destinées à concurrencer directement Hydro-Québec sur les marchés d'exportation du nord-est des États-Unis. Le gouvernement du premier ministre Danny Williams cultive le ressentiment de la population à l'égard du contrat de vente d'électricité de la centrale de Churchill Falls en 1969Le contrat prévoit la vente de la quasi-totalité de l'électricité produite à cette centrale de jusqu'en 2041, à un coût de pour les 25 dernières années du contrat. pour entreprendre la construction de la centrale de Muskrat Falls. Plombé par de multiples problèmes et des dépassements de coûts énormes, le projet de Muskrat Falls se révélera un fiasco coûteux pour la province.

Installations thumb|right|La rivière Romaine, près de Havre-Saint-Pierre. Le projet, tel que décrit dans l'étude d'impact sur l'environnement datée de , consiste à construire un aménagement de sur la rivière Romaine dans l'arrière-pays de Havre-Saint-Pierre. Les quatre centrales hydroélectriques, Romaine-1, Romaine-2, Romaine-3 et Romaine-4 produiront 8 térawatts-heures par année dans des conditions normales d'hydraulicité.

Chaque centrale nécessitera la construction d'un barrage en enrochement, d'une centrale équipée de deux groupes turbines-alternateurs, d'un évacuateur de crues ainsi qu'une dérivation provisoire. Le projet comprend aussi l'aménagement de deux campements de travailleurs et la construction d'une route de pour relier les sites de production hydroélectriques à la route 138.

Le promoteur prévoit échelonner les mises en service : la centrale la plus puissante du complexe, Romaine-2 (), a été mise en service en . Elle a été suivie de Romaine-1 () en , Romaine-3 () en . La dernière centrale, Romaine-4 () devait être mise en service en 2020, mais sa construction a pris deux ans de retard. Le coût total de construction du complexe, excluant les lignes de transport d'électricité, est estimé à 6,5 milliards de dollars.

+ Principales caractéristiques du complexe Romaine-1 Romaine-2 Romaine-3 Romaine-4 Emplacement de la centrale Emplacement du barrage PK 52,5 PK 90,3 PK 158,4 PK 191,9 Hauteur du barrage (m) 37,6 121,0 92,0 87,3 Nombre de digues 1 5 1 0 Niveau maximal d'exploitation du réservoir (m) 82,3 243,8 365,8 458,6 Superficie du réservoir au niveau d’exploitation maximal (km²) 12,6 85,8 38,6 142,2 Débit d’équipement (m³/s) 485 453 372 307Hauteur de chute nominale (m) 62,5 156,4 118,9 88,9Puissance installée (MW) 270 640 395 245Énergie annuelle moyenne (TWh) 1,4 3,3 2,0 1,3

Romaine-1

thumb|right|L'entrée de la centrale de la Romaine-1.