La présidence de Gerald Ford débuta le , date de l'investiture de Gerald Ford en tant que président des États-Unis à la suite de la démission du président Richard Nixon, et prit fin le . Membre du Parti républicain, Ford avait précédemment été nommé vice-président des États-Unis le en remplacement de Spiro Agnew, également démissionnaire. Il est ainsi la seule personne à ce jour à avoir été à la fois vice-président et président des États-Unis sans avoir été élu à l'un ou l'autre poste. Il quitta le pouvoir après sa défaite à l'élection présidentielle de 1976 face au candidat démocrate Jimmy Carter.
Ford entra en fonction à la suite du scandale du Watergate, qui avait accentué la méfiance de la population américaine à l'égard de ses institutions politiques. Son premier acte important, et aussi l'un de ses plus controversés, fut d'accorder la grâce présidentielle à Richard Nixon pour son implication dans le scandale du Watergate. Sur le plan intérieur, Ford eut à gérer la pire économie depuis la Grande Dépression caractérisée par une inflation galopante et une récession durant son mandat. Après s'être montré initialement favorable à une augmentation des impôts destinée à lutter contre l'inflation, il plaida en faveur d'une réduction des taxes afin de stimuler l'économie et ratifia deux lois qui allaient dans ce sens. Sous la présidence de Ford, la politique étrangère fut caractérisée par un rôle toujours plus grand du Congrès dans les prises de décision et une réduction des pouvoirs du président en la matière. Avec la chute de Saïgon et l'annexion du Sud Viêt Nam par le Nord Viêt Nam neuf mois après son accession à la présidence, l'implication des États-Unis au Viêt Nam prit définitivement fin. Ford signa également les accords d'Helsinki, marquant un mouvement vers la détente dans la guerre froide.
Durant les primaires du parti républicain de 1976, Ford battit l'ancien gouverneur de la Californie Ronald Reagan pour l'investiture républicaine. Cependant, il perdit de justesse l'élection présidentielle de 1976 face à son rival démocrate, ancien gouverneur de la Géorgie, Jimmy Carter. Ford est généralement considéré par les historiens et les politologues comme un président moyen voire inférieur à la moyenne.
Accession à la présidence
vignette|Gerald Ford prenant ses fonctions sous l'autorité du juge en chef Warren Earl Burger, dans l’East Room de la Maison-Blanche, le 9 août 1974.
Le ticket républicain formé par le président Richard Nixon et le vice-président Spiro Agnew avait été triomphalement réélu lors de l'élection présidentielle de 1972. Le second mandat de Nixon fut toutefois rapidement obscurci par le scandale du Watergate, ayant pour origine l'arrestation de cambrioleurs dans les locaux du Parti démocrate à Washington. Impliqué lui aussi dans un scandale sans lien avec le Watergate, le vice-président Agnew démissionna le . Nixon le remplaça par Gerald Ford, chef de la minorité républicaine à la Chambre des représentants. Ce choix fut presque unanimement approuvé par les deux chambres du Parlement et Ford entra en fonction le .
Dans les mois qui suivirent son accession à la vice-présidence, Ford plaida l'innocence de Nixon dans le scandale du Watergate, même si des éléments de l'enquête démontraient à présent avec certitude que la Maison-Blanche avait ordonné l'effraction et tenté ensuite d'étouffer l'affaire. En , après que la Cour suprême ait demandé au président la restitution des enregistrements de certaines de ses conversations dans le Bureau ovale, le Comité judiciaire de la Chambre des représentants lança une procédure d'impeachment contre Nixon. Les bandes furent rendues publiques et révélèrent clairement l'implication du président dans l'affaire du Watergate. Nixon convoqua Ford dans le Bureau ovale le pour l'informer qu'il comptait donner sa démission. Nixon quitta officiellement ses fonctions le lendemain, faisant de Ford le premier vice-président et président des États-Unis à n'avoir jamais été élu.
Immédiatement après avoir prêté serment dans l’East Room de la Maison-Blanche, Ford s'adressa à la nation américaine dans un discours retransmis en direct à la télévision. Devant le caractère inhabituel de sa situation, il déclara : . Il ajouta :
Composition du gouvernement
De l'administration précédente, Ford ne garda que deux hommes, Henry Kissinger au poste de secrétaire d'État . et William E. Simon au Trésor. Il nomma William Coleman aux Transports, qui devint alors le deuxième Afro-Américain à entrer dans un cabinet présidentiel.. Alexander Haig occupa le poste de chef de cabinet de la Maison-Blanche pendant 18 mois avant d'être nommé commandant de l'OTAN en Europe.. Il fut remplacé par Donald Rumsfeld qui avait servi comme conseiller du président sous Nixon. Rumsfeld et son adjoint Dick Cheney devinrent rapidement les membres les plus influents de l'administration Ford. Ce dernier nomma Edward H. Levi au poste de procureur général, avec pour mission de « nettoyer » le département de la Justice qui avait été politisé à des niveaux encore jamais atteints sous la présidence de Richard Nixon. Le président choisit également pour conseillers Philip W. Buchen, Robert T. Hartmann, L. William Seidman et John Marsh, avec rang au cabinet. Contrairement à Nixon, Ford accordait beaucoup d'importance à ses ministres même si le cabinet ne regagna jamais le degré d'influence qu'il exerçait avant la Seconde Guerre mondiale. Levi, Kissinger, le secrétaire au Trésor Simon et le secrétaire à la Défense James R. Schlesinger s'affirmèrent comme les principaux membres de l'administration au début du mandat de Ford.
Ford remania profondément son cabinet à l'automne 1975, en plaçant des hommes plus conservateurs à plusieurs postes-clés : ces changements furent surnommés le « massacre d'Halloween » (Halloween Massacre) par les journalistes politiques. Ford diminua de 10 % les effectifs de la Maison-Blanche, qui passèrent de 540 employés à 485. Il désigna George H. W. Bush comme directeur de la CIA et fit de Rumsfeld son nouveau secrétaire à la Défense, le poste de chef de cabinet étant confié à Dick Cheney qui devint ainsi le plus jeune individu à avoir exercé cette fonction. Tous ces changements avaient pour but de renforcer Ford sur son aile droite face à la montée de son principal concurrent au sein du Parti républicain, le gouverneur de Californie Ronald Reagan.. Le président entendait par ailleurs mettre fin au conflit interne entre Kissinger et le secrétaire à la Défense James Schlesinger. Kissinger fut maintenu comme secrétaire d'État mais Brent Scowcroft le remplaça en tant que conseiller à la sécurité nationale.
Avec l'accession de Ford à la présidence, la place de vice-président était devenue vacante. Le , Nelson Rockefeller, chef de l'aile progressiste du parti, fut sélectionné pour le poste. Rockefeller fut longuement auditionné par le Congrès ce qui créa une situation embarrassante lorsqu'il fut révélé qu'il avait accordé des dons importants à des membres haut placés de l'administration, dont Henry Kissinger. Bien que les républicains conservateurs n'étaient pas enthousiasmés à l'idée de nommer Rockefeller, la plupart d'entre eux, à l'exception de quelques-uns comme Barry Goldwater, confirmèrent sa nomination qui fut ratifiée par le Sénat et la Chambre des représentants. Ford promit de donner à Rockefeller un rôle important dans l'élaboration de la politique intérieure de l'administration, mais ce dernier fut rapidement marginalisé par Rumsfeld et d'autres membres influents du cabinet.
vignette|redresse=1.5|Gerald Ford et son cabinet en juin 1975.
Cabinet FordFonctionNomDatesPrésidentGerald Ford1974-1977Vice-présidentNelson Rockefeller1974-1977Secrétaire d'ÉtatHenry Kissinger1974-1977Secrétaire au TrésorWilliam Simon1974-1977Secrétaire à la DéfenseJames Schlesinger1974-1975 Donald Rumsfeld1975-1977Procureur généralWilliam B. Saxbe1974-1975 Edward H. Levi1975-1977Secrétaire à l'IntérieurRogers Morton1974-1975 Stanley K. Hathaway1975 Thomas S. Kleppe1975-1977Secrétaire à l'AgricultureEarl Butz1974-1976 John Albert Knebel1976-1977Secrétaire au CommerceFrederick B. Dent1974-1975 Rogers Morton1975-1976 Elliot Richardson1976-1977Secrétaire au TravailPeter J. Brennan1974-1975 John Thomas Dunlop1975-1976 Willie Julian Usery, Jr.1976-1977Secrétaire à la Santé, à l'Éducation et aux services sociauxCaspar Weinberger1974-1975 F. David Matthews1975-1977Secrétaire au Logement et au Développement urbainJames Thomas Lynn1974-1975 Carla Anderson Hills1975-1977Secrétaire aux TransportsClaude Brinegar1974-1975 William Thaddeus Coleman1975-1977Chef de cabinetAlexander Haig1974 Donald Rumsfeld1974-1975 Dick Cheney1975-1977Administrateur de l'Agence de protection de l'environnementRussell E. Train1974-1977Directeur du Bureau de la gestion et du budgetRoy Ash1974-1975 James Thomas Lynn1975-1977Représentant américain au commerceWilliam Denman Eberle1974-1975 Frederick B. Dent1975-1977
Nominations judiciaires
Ford nomma un juge à la Cour suprême des États-Unis sous son mandat en désignant John Paul Stevens pour remplacer le juge assesseur William O. Douglas. Sitôt informé du départ à la retraite de Douglas, le président demanda au procureur général Levi de lui présenter une liste de candidats potentiels à la Cour. Levi recommanda Stevens, l'avocat général Robert Bork et le juge fédéral Arlin M. Adams. Le choix de Ford se porta sur Stevens au motif que la carrière de celui-ci n'était pas entachée de controverses et que sa nomination n'aurait aucune difficulté à être confirmée par le Sénat. Dans les premières années de son mandat à la Cour, Stevens votait généralement du côté des modérés mais il s'affirma à partir des années 1990 comme l'un des membres les plus progressistes de l'institution.. En 2005, Ford écrivit : « je suis prêt à laisser le jugement de l'histoire sur mon mandat reposer — le cas échéant, exclusivement — sur ma nomination il y a 30 ans du juge John Paul Stevens à la Cour suprême des États-Unis ».. Ford nomma également 11 juges dans les cours d'appel fédérales et 50 juges dans les cours de district.
Politique intérieure
Pardon de Richard Nixon
vignette|Gerald Ford annonçant sa décision de gracier Nixon le 8 septembre 1974.
Après l'expérience de la guerre du Viêt Nam, le scandale du Watergate incita de nombreux Américains à se méfier de leurs institutions politiques. Le faible soutien de l'opinion publique représenta un défi supplémentaire pour Ford qui s'efforçait de mettre en place sa propre administration sans bénéficier d'une période de transition présidentielle ni de la légitimité populaire consécutive à une élection. Bien que jouissant d'une grande popularité au tout début de son mandat, Ford fut confronté à une situation difficile concernant le sort de l'ancien président Nixon, dont le statut risquait de saper la crédibilité de son administration. Dans les derniers jours de la présidence de Nixon, le chef de cabinet de la Maison-Blanche Alexander Haig avait suggéré à Ford de gracier Nixon, mais aucun accord ne fut passé entre les deux hommes avant la démission de ce dernier. Toutefois, lorsque Ford prit ses fonctions, la plupart des ministres qui avaient servi sous Nixon, dont Haig et Kissinger, incitèrent vivement le président à gracier leur ancien patron. Tout au long des premières semaines de son mandat, Ford déclara publiquement qu'il n'avait pas encore arrêté sa décision mais, au fond de lui, il en était arrivé à la conclusion qu'une procédure judiciaire à l'encontre de Nixon monopoliserait l'attention de son administration au détriment des autres dossiers.
Le , Ford publia la proclamation 4311 qui accordait à Nixon un pardon complet et inconditionnel pour tous les crimes qu’il aurait pu commettre envers le pays en tant que président.. Lors d’une émission télévisée, il mit en avant la situation médicale de l'ex-président et son désir de réconcilier tous les Américains pour motiver sa décision : ..