Ellis Island est une île située à l'embouchure de l'Hudson à New York, moins d'un kilomètre au nord de Liberty Island, l'île abritant la statue de la Liberté. Elle est, dans la première partie du , l'entrée principale des immigrants qui arrivaient aux États-Unis National Park Service . Les services d'immigration y fonctionnent du jusqu'au . L'île est maintenant gérée par le gouvernement fédéral, elle est intégrée au monument national de la Statue de la Liberté, sous l'autorité du service des parcs nationaux des États-Unis et abrite un musée. Territorialement, elle est partagée entre la ville de Jersey City dans le New Jersey et la ville de New York dans l'État de New York.

Ellis Island a été le sujet d'une querelle de limite entre ces deux États américains. Selon le bureau de statistiques des États-Unis, l'île a une superficie officielle de , dont la plus grande partie créée artificiellement. La partie naturelle de l'île, qui se trouve sur le territoire de la ville de New York, est de , elle est entourée par la partie artificielle.

Géographie Ellis Island est à de la statue de la Liberté. Elle est située à New York, à l'embouchure de l'Hudson. L'île a une superficie de , dont plus de 83 % est artificielle ; elle est en forme de U pour permettre d'accueillir les bateaux à l'intérieur de l'île. La partie naturelle d'Ellis Island se situe sur l’État de New York, elle est complètement entourée de la portion artificielle qui se situe sur le New Jersey. L'altitude d'Ellis Island n’excède pas .

Histoire

Avant 1892 et l'ouverture d'Ellis Island comme centre d'accueil des immigrés à New York, le débarquement des voyageurs se fait à "Fort Clinton" ou "Castle Clinton", à l'extrême sud de Manhattan (aujourd'hui dans Battery Park), au grand désespoir des habitants qui se plaignent de la situation, imputant nombre de maux aux nouveaux arrivants. Ellis Island s'appelle "Fort Gibson", c'est une place militaire qui fait partie du système de défense de la ville contre la flotte britannique. L'île apparaît alors comme une meilleure solution, permettant d'isoler les migrants avant leur acceptation aux États-Unis et d'éviter les évasions. À l'origine appelée (Ile de la Petite huître), on l'appelle Ellis Island en référence à Samuel Ellis, colon venant probablement d'Écosse, qui en est le propriétaire dans les années 1770, avant son rachat par l'État de New York.

Les bâtiments du centre d'immigration d'Ellis Island sont créés par les architectes Edward Lippincott Tilton et William A. Boring qui reçoivent une médaille d'or à l'exposition universelle de Paris en 1900 pour la conception du bâtiment principal : entrées d'un côté, sorties de l'autre, sur le modèle de certaines gares.

Le centre fédéral d'immigration ouvre le , il est fermé le . Durant les d'activité, le bureau d'immigration des États-Unis y étudie de demandes. 1907 est l'année avec la plus forte activité à Ellis Island, avec l'arrivée de . Le de cette année-là voit l'arrivée de 11745 immigrants.alt=|vignette|Émigrants dans la rue de Montevideo, pastel montrant des Juifs d'Europe de l'Est en attente près des bureaux de la Red Star Line, à Anvers, dans l'espoir de partir à Ellis Island, par E. van Mieghem, 1899.

Ceux qui présentent des signes de maladies sont renvoyés dans leur pays (cas extrême) ou mis en quarantaine sur l'île pendant une très longue période. Par la suite, les immigrants se voient poser une série de comprenant leur nom, leur métier et la quantité d'argent qu'ils ont sur eux. Généralement, ces immigrants sont acceptés immédiatement et ne passent que sur l'île. Cependant, plus de meurent à l'hôpital. Certaines personnes sont également refoulées car on considère qu'elles risquent d'être au chômage. Environ 2 % des arrivants voient ainsi leur admission aux États-Unis rejetée et sont renvoyés dans leur pays d'origine pour différentes raisons telles que leur santé ou leur passé criminel. Ellis Island est souvent surnommée (l'Ile des pleurs) ou (l'Ile des cœurs brisés) à cause de ces 2 % de personnes qui ne sont pas admises après leur long voyage.Séquences des studios Edison. L'arrivée et le débarquement du William Myers, le 9 juillet 1903.|thumb|leftL'auteur Louis Adamic (1899-1951), venu de Slovénie en 1913, décrit la nuit qu'il a passée à Ellis Island. Lui et plusieurs autres immigrants dorment sur des lits dans un long couloir. N'ayant pas de couvertures chaudes, le jeune homme ne peut dormir de la nuit, entendant les ronflements et plusieurs des rêves se faisant dans différentes langues. Il décrit aussi une cuisine tellement grande qu'elle peut accueillir .thumb|Immigrants historiques vers le Nouveau Monde au et devenus symboles des États-Unis.Durant la Première Guerre mondiale, le sabotage allemand du dépôt de munitions du Black Tom Wharf endommage les bâtiments d'Ellis Island. Durant la guerre, l'île est utilisée pour interner des marchands allemands et autres ennemis de guerre, c'est aussi un centre d'aide pour les soldats américains blessés ou malades à leur retour du front européen. Ellis Island reçoit également plusieurs dizaines de milliers d'immigrants par an durant cette période, mais beaucoup moins qu'avant-guerre. Après celle-ci, le nombre remonte au niveau d'avant-guerre.

En 1917, des modifications des règles d'entrée limitent les flux migratoires. Un test d’alphabétisation est mis en place. thumb|Grand Hall du bâtiment principal, où étaient accueillis les immigrés.

Après 1924 et les lois sur les quotas d'immigration de Johnson-Reed, qui font diminuer considérablement l'immigration et transfèrent aux ambassades le rôle de choisir les futurs arrivants, le centre devient un lieu de détention et d'expulsion pour les étrangers indésirables. Les quotas portent sur , , et . La crise de 1929 réduit encore le nombre d'immigrants, passant de en 1930 à en 1931, puis à en 1932. Au même moment, Ellis Island devient un centre de détention pour les expulsés vers leurs pays d'origine : dissidents politiques, anarchistes, chômeurs. Les expulsés furent en 1931, en 1932 et en 1933.

Pendant et après la Seconde Guerre mondiale, Ellis Island sert de base d'entraînement aux garde-côtes et de camp pour les prisonniers de guerre. Environ , Italiens et Japonais sont détenus sur l'île.

La loi sur la Sécurité intérieure de 1950 interdit aux membres des organisations communistes et fascistes d'immigrer aux États-Unis. Plusieurs d'entre eux sont détenus à Ellis Island jusqu'en 1952, date à laquelle plusieurs lois sont modifiées.

En , Ellis Island est finalement fermée et inscrite au patrimoine, le gouvernement américain ayant construit un bâtiment de remplacement à Manhattan. L'île figure sur le registre national des sites historiques américains. Aujourd'hui, elle abrite un musée accessible en bateau depuis le Liberty State Park dans le New Jersey ou Manhattan à New York.

Immigration thumb|Immigrants espérant incarner le rêve américain, photo prise en 1900. L'île accueille environ de personnes entre son ouverture le et sa fermeture le . La plupart des immigrés qui passent par Ellis Island sont européens, un certain nombre venant également de pays arabes dominés par l'Empire ottoman. La première immigrante se nommait Annie Moore, une jeune fille de venant du comté de Cork en Irlande, le pour rejoindre avec ses deux frères, leurs parents, qui étaient venus à New York quatre ans auparavant. Elle est accueillie par les officiels et une pièce d'or de .

La dernière personne à passer à Ellis Island est un marchand norvégien du nom d'Arne Peterssen en . Après la signature du National Origins Acts, en 1924, les seuls immigrants à être autorisés à venir à Ellis Island sont des déportés ou des réfugiés de guerre. Actuellement, plus de ont un ou plusieurs ancêtres qui sont arrivés en Amérique par Ellis Island.

Les archives des entrées sur le territoire américain via Ellis Island sont accessibles en ligne, notamment pour les recherches généalogiquesFoundation Ellis Island.

Musée thumb|Bâtiment principal de l'île, devenu « Musée national de l'histoire de l'immigration des États-Unis » en 1990. Un pont relie Ellis Island au Liberty State Park dans le New Jersey. Il a été construit pour la rénovation de l'île. Mais celui-ci est actuellement fermé au public (principalement du fait de l'opposition de la ville de New York).thumb|Dollar américain de 1986, édition limitée représentant la statue de la liberté et le bâtiment principal d’Ellis Island.|alt=|gaucheIl existe un mur d'honneur situé à l'extérieur du bâtiment principal. Contrairement à ce qui est parfois dit, il n'y est pas inscrit le nom de tous les migrants étant passés par l'île. Il offre surtout la possibilité aux gens de faire un don en mémoire d'un immigrant.

Le cabinet d'architecture de Boston Finegold Alexander + Associates Inc, avec l'aide d'un cabinet new-yorkais, est chargé de la restauration et de l'adaptation du bâtiment principal. Un budget de construction de est nécessaire pour accomplir ce travail, l'argent ayant été récolté par une campagne publique de levée de fonds. Le musée ouvre le .

Dans le cadre de l'initiative lancée lors du centenaire du Service des parcs nationaux, la partie sud de l'île va faire l'objet d'un projet de restauration des qui n'ont pas encore été réhabilités.

Compétence fédérale

Le , Ellis Island est officiellement intégrée au monument national de la statue de la Liberté, géré par le Service des parcs nationaux américains Lyndon B. Johnson Proclamation 3656 - Adding Ellis Island to the Statue of Liberty National Monument, The American Presidency Project. L'île se trouve dans la partie New Jersey de l'Hudson River. Durant la période coloniale, cependant, New York en a pris possession et le New Jersey a accepté cet état de fait. Dans un accord entre les deux États américains, approuvé par le Congrès des États-Unis en 1834, le New Jersey accepte que New York garde la juridiction exclusive sur l'île.

Par la suite, cependant, le gouvernement fédéral agrandit artificiellement l'île pour pouvoir y installer le centre d'immigration qui ouvre en 1892. L'agrandissement se poursuit jusqu'en 1934. Les neuf dixièmes de l'île sont artificiels et n'existaient pas lors de l'accord de 1834.

Le New Jersey déclare que la nouvelle extension fait partie intégrante de son État et porte l'affaire en justice Joan Biskupic, N.J. Wins Claim to Most of Ellis Island, The Washington Post, 27 mai 1998., conduisant le maire de New York de l'époque, Rudolph Giuliani, à argumenter que son père, un immigrant italien qui était passé par Ellis Island, n'avait jamais voulu aller dans le New Jersey.

Ce conflit remonte jusqu'à la Cour suprême des États-Unis, qui conclut en 1998 que le New Jersey dispose de l'autorité sur toute la partie de l'île créée après l'accord de 1834. Cette décision engendre plusieurs problèmes : quelques bâtiments, par exemple, tombent sous la juridiction des deux États. Le New Jersey et l'État de New York décident ainsi de partager l'île. Cependant, Ellis Island reste la propriété du gouvernement fédéral et aucun remaniement juridique n'a amené le contrôle d'une partie de l'île à un des deux États.

Dans le cinéma

Depuis l'époque du cinéma muet, Ellis Island suscite l'imagination des réalisateurs et des producteurs américains. Parmi les premiers films montrant l'île, on peut citer A Citizen in the Making (1912), Traffic in souls (1913), The Yellow Ticket (1916), L'Émigrant de Charlie Chaplin (1917), My Boy (1921), The Strong Man (1926), We Americans (1928), Ellis Island (1936), Gateway (1938) et Exile Express (1939). vignette|Affiche du film documentaire Ellis Island: The Making of Master Race in America de Robert Tutak, 2018