Parsifal est un « festival scénique sacré » (en allemand : Bühnenweihfestspiel, selon l'appellation de Wagner) en trois actes de Richard Wagner créé le lors du second festival de Bayreuth. Il se fonde sur Perceval ou le Conte du Graal de Chrétien de Troyes ainsi que l’épopée médiévale Parzival de Wolfram von EschenbachMaurice Kufferath, Le théâtre de R. Wagner, p. 301 - 302 (Table des matières) (consulté le 17 octobre 2024).

Pour les travaux préparatoires de la création de l’œuvre, Wagner proposa à Humperdinck de venir à Bayreuth comme assistant ; il y travailla pendant un an et demi, de à .

Étymologie L'étymologie de Parsifal (terme allemand) serait « Parzival, Perceval, Peredour ».

Cependant, il existe une contestation sur le caractère germanique de ce nom ; selon Gaston Knosp : « ...Wagner, chose importante, accepte l'étymologie arabe, Parseh-Fal, ce qui veut dire : pur simple ». vignette

Traduction de Bühnenweihfestspiel

En tête de sa partition, Wagner a écrit, Parsifal, c’est . Les traductions en français de ce terme peuvent permettre une meilleure approche de la nature de l’œuvre :

Festival scénique sacré

Représentation dramatique et sacrée

Jeu solennel scénique sacré.

Héros wagnérien versus héros chrétien Pour Wagner, Parsifal est un héros, à l'instar de Siegfried : « un impulsif guidé par les instincts de sa puissante nature vers les aventures guerrières et héroïques... ».

Parsifal doit acquérir la connaissance afin de parvenir à la sagesse supérieure où l’altruisme est la règle principale de l’action : « Parsifal n’est ni le ChristWagner s'est toujours intéressé aux mythes médiévaux, et la mythologie chrétienne de Parsifal en fait partie, comme celle de Lohengrin trente ans plus tôt..., ni saint Paul, ni un prophète, mais un typique héros wagnérien. C’est un enfant de la nature, un pur sauvage, sans maître ni modèle... ».

Ainsi, il ne convient pas de relever une ruptureComme Siegfried, Parsifal vit entièrement dans le moment présent sans s'inquiéter ni du passé ni de l'avenir... entre Parsifal et les héros épiques de L'Anneau du Nibelung. Parsifal est, comme l'indique son nom même, d'après l’étymologie adoptée par Wagner « le Simple au cœur pur » [der reine Tor). vignette|Parsifal, guerrier sur le chemin du Graal Selon Houston Chamberlain : « On peut affirmer de la façon la plus formelle que, à considérer purement comme œuvres d'art les drames de l'Anneau du Nibelung et de Parsifal, il n'y a pas plus de symbolisme, de mysticisme, de religion, dans celui-ci que dans celui-là ».

Selon Lotus Péralté : « Wagner, dans son drame, a redessiné le Parsifal ésotérique, le dégageant de cette tenue romantique et amoureuse du ».

Enfin, et selon Henri Lichtenberger : « Dans cette vision d'avenir que Wagner nous décrit en artiste dans Parsifal, en penseur dans Art et Religion, il concilie en une harmonieuse synthèse son pessimisme et son optimisme, sa haine de la réalité moderne et sa foi indestructible dans la destinée de l’humanité ».

Position contradictoire de Nietzsche Nietzsche dans une lettre du écrit à Cosima : « La magnifique promesse de Parsifal nous réconfortera dans toutes les choses où nous avons besoin de réconfort ».

Cependant, dans une lettre à Reinhardt von Seydlitz du , son jugement est entièrement contraire : « Tout cela est trop chrétien, pas assez de chair, et trop, beaucoup trop de sang. Et je n’aime pas les femmes hystériques ».

Cependant, lorsqu’il entend pour la première fois à l’orchestre le prélude de Parsifal, à Monte-Carlo début 1887, il écrit dans ses carnets ces lignes incroyables : « Le plus grand chef-d’œuvre du sublime que je connaisse, la puissance et la rigueur dans l’appréhension d’une terrible certitude, une indescriptible expression de grandeur dans la compassion envers elle...».

Caractère religieux et initiation maçonnique Selon Roland de Candé : « À Bayreuth, les représentations de Parsifal ont un caractère sacré qui rebute les amateurs d’opéra traditionnels. C’est une œuvre ambiguë, ni opéra, ni oratorio, où les tessitures vocales elles-mêmes sortent de l’habituel ; c’est une œuvre follement prétentieuse qui se veut porteuse de lumière et paraît vouée à répondre aux faiblesses ou aux imperfections des rites maçonniques et chrétiens.. Quelle qu’ait été l’influence de Cosima et de Liszt, il est difficile de croire au christianisme fondamental de Wagner, en dépit de ses affirmations : c’était un esprit religieux, mais au pire sens du terme... ».

En d'autres termes, Wagner serait le prophète d’un art messianique, fruit du génie allemand ; lequel art musical, et qui engloberait les autres arts, doit accomplir la régénération de l’humanité.

Le culte du Graal dans Parsifal n'a rien commun avec la messe chrétienne ou la franc-maçonnerie : il ne s'agit que de la représentation poétique d’un rituel initiatique mais dont la finalité s'inscrit dans un essai d’interprétation esthétique du sentiment du divin.

Histoire des représentations de Parsifal vignette|left|Affiche annonçant la création de Parsifal, le au festival de Bayreuth. La première Le , Wagner a réalisé une exécution privée du Prélude pour de Bavière au théâtre de la cour à MunichGregor-Dellin, Martin (1983), . Page 485.. La création de l'œuvre entière a été faite au Palais des festivals de Bayreuth le sous la direction du chef d'orchestre allemand Hermann Levi. La mise en scène était confiée à et qui ont pris les conseils de Wagner lui-même. La salle du Graal était basée sur l'intérieur de la cathédrale de Sienne que Wagner avait visitée en 1880, tandis que le jardin magique de Klingsor a été calqué sur celui de la à RavelloBeckett, Lucy (1981), . Pages 90-91.. Entre juillet et , seize représentations de l'œuvre ont eu lieu à Bayreuth, dirigées par Hermann Levi et . La production nécessitait un orchestre de , un chœur de et (les parties principales avaient été doublées) Patrick Carnegy, Wagner and the Art of the Theatre. Yale University Press, 2006. .. Lors de la dernière de ces représentations, Wagner a pris le relais de Levi et a conduit la scène finale de l' à partir de l'interlude orchestral jusqu'à la fin Stewart Spencer, Wagner Remembered, Faber and Faber, Londres, 2000. ..

Anton Bruckner .

Parmi les Français présents à Bayreuth, figuraient notamment Emmanuel Chabrier, Ernest Chausson, Claude Debussy, Vincent d’Indy.

Lors de la première représentation de Parsifal, il y a eu des difficultés avec la scène mobile au cours de la transition de la scène un à la scène deux de l' (la Wandeldekoration Heinz-Hermann Meyer, Kiel, Germany, 2012 « Wandeldekoration », au sujet de la thèse de doctorat de Pascal Lecocq Lexikon der Filmbegriffe, .Pascal Lecocq, La Wandeldekoration, Revue d’Histoire du Théâtre, n°156, p359-383, 1987 .). Cela a entraîné que l'interlude orchestral écrit par Wagner était terminé avant que Parsifal et Gurnemanz fussent arrivés à la salle du Graal. Engelbert Humperdinck, qui assistait à la création, a ajouté quelques mesures supplémentaires à la musique pour combler cette lacuneStewart Spencer 2000, . .. Les années suivantes, ce problème a été résolu et les ajouts d'Humperdinck n'ont pas été utilisés. vignette|Parsifal, la montée vers le Graal

Interdiction de Parsifal en dehors de Bayreuth En effet, à sa mort, Wagner a laissé des volontés rigoureuses, et selon lesquelles pendant trente ans, Parsifal ne devait pas être représenté ailleurs qu’à Bayreuth. Ce vœu est attaché au : « ... caractère exceptionnel, à proprement dire sacré, ... de ce testament musical et intellectuel ».

Pendant les vingt premières années de son existence, les seules représentations de Parsifal (à l'exception des huit représentations privées pour à Munich en 1884 et 1885après accord de la famille du compositeur) ont lieu dans le Festspielhaus de Bayreuth, le théâtre que Wagner avait conçu pour l'opéra. Wagner avait deux raisons de vouloir garder Parsifal exclusivement pour la scène de Bayreuth : il voulait éviter qu'il ne devienne un « simple divertissement » pour un simple public d'opéra. C'est seulement à Bayreuth que sa dernière œuvre pourrait être présentée à sa manière — une tradition maintenue par son épouse, Cosima, longtemps après sa mort ; si Bayreuth avait le monopole sur ses représentations, l'opéra serait une source de revenus pour sa famille après sa mort.

Les autorités de Bayreuth ont permis des exécutions sous forme de concert dans divers pays après la mort de Wagner (par exemple à Londres, en 1884, à New York en 1886, et à Amsterdam en 1894) mais ils ont maintenu un embargo sur les spectacles en dehors de Bayreuth.

Violation du monopole de représentation En violation de la volonté expresse de Wagner et de la convention de Berne, et malgré l'action de Cosima qui s’appuyait sur la loi sur les copyrights, le , après une décision de justice indiquant que les représentations aux États-Unis ne pourront être empêchées par Bayreuth, le New York Metropolitan Opera, alors sous la direction de Heinrich Conried, a mis en scène l'œuvre complète, en utilisant de surcroît de nombreux chanteurs formés à Bayreuth. Par la suite, Cosima a interdit aux chanteurs ayant participé à la production de New York de se produire à Bayreuth. vignette|Parsifal vu par Jean Delville À Amsterdam, en 1905, 1906 et 1908, on a néanmoins monté des spectacles non autorisés. Enfin, la représentation de Zurich du n'a pas enfreint cette règle d’exclusivité puisque le droit d'auteur suisse ne s'appliquait pas pendant la même durée.

Fin du monopole de représentation Après une période de suivant le décès de Wagner, le monopole de Bayreuth sur Parsifal a pris fin le et certains théâtres ont commencé leurs représentations à minuit le . La première représentation autorisée a été mise en scène au Grand théâtre du Liceu à Barcelone : elle a commencé à , une heure et demie avant minuit, le , profitant de la différence d'une heure qui existait à l'époque entre Barcelone et Bayreuth.

Les attentes autour de Parsifal étaient telles que l'opéra fut présenté dans plus de d'opéra européennes entre le et le . C'est le que l'œuvre a été donnée à Paris et le au Théâtre de la Monnaie à BruxellesD'après la médaille en bronze (réservée aux souscripteurs) datée et signée par Godefroid Devreese et du livre En commémoration de la première répétition (en langue française) de Parsifal au T.R.M. à Bruxelles le 2 janvier 1914 suivie de la première représentation le 5 janvier, Imprimerie J. Goossens, S.A., Bruxelles, 1914..

Interdiction de l'applaudissement Cette interdiction qui a été prise au pied de la lettre par les adorateurs du maître, est devenue, par la suite une règle d’or au sein du temple sacré ; En réalité, le compositeur interdisait l'applaudissement entre le premier et le deuxième acte de Parsifal pour ne pas interrompre le drame qui était en train de se jouer.

Cependant, il est certain qu'en dehors de Bayreuth, certains auditeurs ne connaissaient pas cette interdictionLe Guide musical, année 1914, p. 279 - 280 Dresde (consulté le 21 octobre 2024). Enfin, cette tradition a été de plus en plus rompue, d'abord à Bayreuth dès les années 1960, à la suite du changement lié au dit mouvement nouveau BayreuthAlain Duault, Dictionnaire amoureux de l'Opéra, p. 453, 2012 (consulté le 21 octobre 2024).

Accueil par les critiques littéraires et musicaux Gabriel Fauré était un compositeur qui n'a subi quasiment aucune influence de la musique de Wagner, une exception de son époque. Néanmoins, il appréciait vivement Parsifal. Dans sa lettre expédiée le dès Bayreuth à Marguerite Baugnies, il lui a recommandé la représentation du festival qu'il avait vue, et qui était interprétée par Ernest Van Dyck (Parsifal) et Therese Malten (Kundry)Jean-Michel Nectoux (éd.), Correspondance de Gabriel Fauré, p. 100, 2015 (consulté le 21 octobre 2024).