Trois régiments de marche de volontaires étrangers (RMVE) sont créés au sein de la Légion étrangère au Barcarès, entre et . Ils recrutent, principalement dans les compagnies de travailleurs étrangers. Les Espagnols issus de la Retirada représentent 1/3 des effectifs ; des Juifs étrangers engagés volontaires en constituent 40%. L'écrivain yiddish Benjamin Schlevin (1913-1981), incorporé dans l'un de ces régiments en , décrit dans son roman Les Juifs de Belleville (publié en traduction française en 2025) la période d'instruction des recrues dans le Sud de la France, les combats de mai- et la captivité dans les stalags allemands.

Ces régiments sont mal équipés ; les soldats des autres unités les appellent, avec le REI, par dérision les . Les , et RMVE n’ont pas de noyaux actifs, ni de réservistes de la Légion, ni même de cadres en provenance de Sidi bel-Abbès, à l’exception de quelques officiers. Pour les différencier, les couleurs traditionnelles sont inversées et sont « rouge et vert ». Leur devise est « sans tradition Légion, ils n’en combattent pas moins avec conviction ».

Étudiant le rôle des trois RMVE pendant la bataille de France, l’universitaire Ivan Jablonka conclut que leurs combats sont en 1916, mais que . Leur équipement était insuffisant, ils contribuaient à combler le vide des défenses françaises dans le système de défense de la Ligne Weygand.

Le , le de marche des volontaires étrangers. ( RMVE) est créé au Barcarès). Le Evelyn Mesquida, La Nueve, 24 août 1944. Ces républicains espagnols qui ont libéré Paris, Paris, Le Cherche-Midi, 2011, collection « Documents ». , , il change d'appellation et devient le RMVE. En , il est dissous.

Constitution Le RMVE compte, à sa création, et se compose outre son état-major des unités régimentaires classiques : compagnie de commandement ou CDT, compagnie hors-rang ou CHR, compagnie régimentaire d'engins ou CRE, compagnie de pionniers Pionniers ainsi que de trois bataillons d'infanterie. La compagnie de Pionniers sera supprimée le . Le premier bataillon est formé des compagnies 1, 2 et 3 plus la première compagnie d'accompagnement ou d'appui ou CA 1 ; le deuxième bataillon a sur le même modèle les compagnies 5, 6 et 7 et la CA 2 ou compagnie d'accompagnement 2 ; même schéma pour le troisième bataillon : compagnies 9, 10, 11 et CA 3 ou compagnie d'accompagnement 3. Chaque compagnie est formée de cinq sections, la est appelée S.C. ou section de commandement.

Opérations Il résiste victorieusement aux Allemands dans le secteur du canal des Ardennes près du Chesne-Populeux et dans le secteur Petites-Armoises et ferme de Bazancourt. Il combat aussi devant Buzancy en juin, puis suivant la retraite des troupes, il est engagé les 13- à Sainte-Menehould () et La Grange-aux-Bois-Les Islettes ( et , cie du ). Le pressé de toute part s'est replié vers Verrières et Passavant ; cependant les sections de sa combattent à la Grange-aux-Bois et au village les Vignettes. Le assure à Vaucouleurs le passage de la Meuse par les débris de la division. Le RMVE défend in fine les villages d'Allain et Colombey-les-Belles jusqu'au moment du cessez-le-feu et l'armistice les 22-.

La lecture attentive des sources, en particulier, mais non exclusivement l'histoire du GRDI par le colonel Gallini et La Légion étrangère en Argonne du général Bernard Jean, permettent de mieux comprendre la situation du RMVE du 11 au .

L’attaque sur le de la les 9 et avait permis aux Allemands de créer une poche de part et d’autre de l’Aisne en direction de Vouziers, poche dont le fond approche le 10 à 14 heures la route Vrizy-, localités à environ de Vouziers. Mais cette poche semblait contenue. C’est plutôt à plus à l’ouest que le front fut crevé : Guderian profitant de la nuit du 9 au 10 avait fait traverser l’Aisne par sa PZK sur un pont du génie à Château-Porcien (zone de la DI) situé à à l’ouest de Vouziers (zone de la DI) et à l’ouest de Rethel.

Ayant rompu le front de Champagne, les Allemands franchissaient déjà le au soir la Suippe à Bétheniville à à l’est, nord-est de Reims. Placé à la gauche de la DI dans les Ardennes, le RMVE, le front de Champagne étant crevé entre Reims et Rethel, se replie dans la nuit du 10 au . Une contre-attaque prévue par le d'armée pour le vers l'ouest n'a pu avoir lieu. C'est que la situation était changée le matin : la tenaille allemande s'était déployée, puisque si, avec la percée au Sud les Allemands fonçaient déjà au Sud-Est vers la Suisse, aussi du côté Nord, s'ils ne s’étaient aperçu qu’assez tard la veille du décrochage du CA. Ils avaient vite rattrapé l’avance que les fantassins français avaient prise et ils fonçaient aussi droit au Sud, refoulant énergiquement devant eux les éléments retardataires, d'autant plus que devant l'aggravation générale de la situation le , le généralissime Maxime Weygand avait jeté l'éponge et par instruction personnelle et secrète avait ordonné à l'armée française de rompre le combat et de se replier sur le centre du pays sans aucune exception.

Les ouvrages Maginot sont sabordés et les régiments de forteresse doivent battre en retraite. La DI et la DIC sa remplaçante à la gauche du RMVE avaient déjà migré plus au sud et un vide s’était installé à gauche du  RMVE Le dernier contact entre la DI et la DI eut lieu dans la journée du à SenucRobert Dufourg, Brassard rouge Poudres d'or..., 272.. Placé ainsi dénudé au plus creux de la tenaille allemande, le RMVE était le plus immédiatement exposé à l’encerclement et à l’anéantissement. Les bataillons du RMVE devaient encore reculer et ils se trouvaient le 13 vers 3 heures du matin à Vienne-la-Ville (), région de Moncheutin () et Malmy (). Un ordre de 4 heures de repos prescrit par la division était alors annulé malgré les fatigues par le colonel Debuissy ; les fantassins, même épuisés, devaient gagner Sainte-Menehould sans tarder (le quitte Malmy à 4h35 du matin).

Malgré ce repli accéléré, le menacé d'encerclement dans la région de Verrières dut se replier précipitamment sur Passavant-en-Argonne, au sud de Sainte-Menehould abandonnant même à son sort sa cie (capitaine Félicien Duvernay) ; la cie réussit à rejoindre la route La-Grange-aux-Bois-Les Islettes. Le premier bataillon arrivé à temps dans Sainte-Menehould y mena un combat valeureux, mais coûteux contre les Allemands descendant le côté ouest à l'intérieur de la Ville du nord au sud (le pont de La-Neuville-le-Pont et les deux ponts de Sainte-Menehould ayant été détruits.

Le dut se replier entre La-Grange-aux-Bois et les Islettes à l'Est de Sainte-Menehould et combattre à la gauche du RI. Le , qui à Sainte-Menehould n'avait pu prendre position, le général Delaissey commandant l'infanterie de la division l'ayant mis au repos, partagea le sort du . Finalement, les éléments du RMVE présents auprès du RI rejoignirent Passavant-en-Argonne en passant par Futeau et Brizeaux. Le , privé de vivres et surtout pauvre en munitions, était menacé d'encerclement dans la région de Verrières ; n'obtenant pas d'avis du PC régimentaire, le commandant Poulain du prit seul la décision du retrait. Il faut dire qu'à Sainte-Menehould l'officier de liaison entre la division et le régiment avait transmis directement au l'ordre de repli (journal de marche du ). La division avait aussi envoyé l'ordre de repli au , mais cet ordre n'était pas parvenu au destinataire (journal de marche du ). Le colonel du régiment, le lieutenant-colonel Paul Debuissy, qui en annulant les ordres de repos venant de la division avait très probablement sauvé son régiment de l'anéantissement, apprit à son arrivée à Passavant-en-Argonne le à 5 heures du matin, précédé à 1 heure 15 par son PC et à 1 heure 30 par son , qu'il était remercié, c'est-à-dire limogé et remplacé par le lieutenant-colonel Albert Martyn. Le lieutenant-colonel Debuissy avait été convoqué par ordre du général Decharme pour se présenter à Passavant-en-Argonne le à 9 heures du soir.

Le capitaine Dufourg nous éclaire sur cet événement (majeur dans l'histoire du RMVE) à la page 273 de son livre Brassard rouge Foudre d'or paru en 1952 : . Quand le colonel Bélascain commandant le RI tomba malade, le lieutenant-colonel Martyn se présenta dans la matinée au PC de la DI à l'hôtellerie de l'Argonne le matin devant le capitaine Robert Dufourg, officier d’EM de la DI. Il croyait bien être l’élu de droit pour commander le RI, mais le capitaine Dufourg lui fit comprendre qu’il devrait se contenter du RMVE, le commandant D’Olce ayant été choisi pour commander le RI.

Le à 6 heures du matin environ, le colonel Gallini était arrivé au PC de la et le lieutenant-colonel Jobin, chef d'état-major de la division, lui avait demandé de boucher le trou qui s'élargissait sans cesse entre la DIC et le RMVE mais ses unités n'étaient pas encore là et la mesure ne put s'accomplir comme pour la contre-attaque vers l'ouest qui avait été prévue le 11 avec l'aide de chars pour le . Le colonel Debuissy n'avait que 53 ans, mais grisonnant et replet, il paraissait approcher plutôt la soixantaine, tout en demeurant robuste. Lors de son limogeage, il ne put que montrer son indignation. Hans Habe rapporte qu'il aurait dit : . Son successeur à la tête du régiment durant la débâcle s'assura, selon Hans Habe, de toujours disposer d'un véhicule personnel et d'un véhicule d'approvisionnement. Le général Decharme aurait pu, pour justifier le renvoi du lieutenant-colonel Debuissy, utiliser le règlement en usage alors dans l'armée française interdisant à un commandant subalterne de désobéir à un ordre d'un commandant supérieur ; s'il ne le fit pas pour se justifier, c'est que la directive de la division conduisait le RMVE au désastre. En revanche, la directive du général Delaissey à Sainte-Menehould annulant les ordres de Debuissy au était dans la logique du règlement, mais eut très probablement des effets désastreux.

Ces exemples illustrent la rigidité de la méthode française d'alors vis-à-vis la souplesse de la méthode allemande, qui autorisait les officiers subalternes à prendre l'initiative (Auftragstaktik) à leurs propres risques pour la réussite de la mission.

Le récit d’Henri de Rolland la dans la bataille paru dans la revue militaire suisse montre clairement que la avait perdu dans la nuit du 12 au le contact avec sa gauche (face au front), c’est-à-dire avec le RMVE régiment qui lui-même n’était plus ni en contact ni protégé sur sa gauche par la DI, comme il aurait dû l’être, et cette dernière n’était plus ni en contact ni protégée sur sa gauche par la DIC comme elle aurait dû l’être, ces deux dernières divisions ayant déjà migré plus au sud ; le RMVE était donc à découvert et la décision du lieutenant-colonel Debuissy d’accélérer son repli était totalement justifiée. En annulant les repos de 4 heures de son unité, il ne faisait qu’effectuer le même repli que celui prescrit dans la nuit du 12 au 13 au reste de la division, repli qui aurait dû être sa priorité vu sa position la plus exposée et les faibles moyens dont il disposait.