Le château la NertheLe château a été orthographié La Nerte jusqu'à 1985. , publie deux étiquettes du château, la première « millésime 1971 », est noté « Château La Nerte », la seconde « millésime 1984 » porte « Château La Nerthe ». est le plus ancien et l'un des plus grands domaines de Châteauneuf-du-Pape. Situé dans le sud-est de la zone d'appellation, son vignoble s'étend sur . Il produit des vins rouge et blanc châteauneuf-du-pape.

Étymologie thumb|Porte du Clos de Beauvenir, avec le blason de la Nerthe Elle est liée aux Tulle de Villefranche, une famille noble du Piémont, dont un des ressortissants, Jacques de Tulle, gentilhomme de la cour du comte de Savoie, faisait partie de la suite d'Amédée VII, le Comte Rouge, quand celui-ci descendit à Avignon pour rencontrer Charles VII en 1389. Jacques de Tulle resta sur place et se maria. Deux siècles plus tard, un de leurs descendants, Pierre de Tulle, prieur de la Nerte à Marseille, légua à son neveu et filleul Pierre la partie des biens qui lui revenait sur le terroir de Châteauneuf-du-Pape. L'acte de donation, daté de 1593, fut rédigé pour « Pierre de la Nerte » et le filleul signa ainsi donnant ce nom à son nouveau domaine.

Historique Renaissance Ce terroir fut mentionné, pour la première fois, le sous le nom de « Beauvenir », lors de la vente qu'en fit Pierre Isnardi, docteur en droit, aux frères PierrePierre de Tulle était prieur de la Nerte à Marseille., Julien, JeanJean de Tulle fut évêque d'Orange de 1572 à 1608, son neveu et filleul Jean II de Tulle lui succéda de 1608 à 1640. et Claude de Tulle. L'acte précisait qu'il s'agissait « d'une bastide avec tout son affar et tènement, meubles, animaux et tous les fonds de terres pour le prix de 700 écus d'or ». Le domaine, s'il ne l'était pas avant, fut planté en vigne à la fin du , puisqu'un terrier déposé aux Archives départementales de Vaucluse fait état de « le vigne dudit Tulle ».

Période moderne thumb|Parc du château la Nerthe Le château actuel fut édifié, en 1736, à partir des plans qu'avaient faits l'architecte Jean-Baptiste Franque pour le marquis Jean-Dominique de Tulle de Villefranche. Puis, il fut complété par l'adjonction de nouveaux bâtiments en 1784.

Ce fut le marquis qui fit le premier le négoce de sa récolte. Il avait engagé un chargé d'affaires dont le courrier daté de 1731 a été conservésUne partie se trouve aux Archives départementales de Vaucluse, l'autre à la bibliothèque municipale Ceccano d'Avignon.. Dans un premier temps, cette initiative ne fut d'abord pas couronnée de succès. Le chargé d'affaires écrit :

Une missive datée de quelques jours plus tard indique qu'il se désespère de vendre ce vin à Carpentras. Mais il réussit au-delà de ses espérances puisque le marquis reçut une lettre de François-Marie Abbati, évêque de Carpentras, l'informant :

Information importante qui indique qu'alors, le vignoble de la Nerte était toujours planté en raisins muscatsLes premières muscadières de Châteauneuf-du-Pape avaient été plantées à la fin de l'année 1364 sur ordre du pape Urbain V. Jean-Pierre Saltarelli, Les vins des papes d'Avignon, p. 77, Bulletin de la Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze, t. CXXIX, 2007.. Quant à « Monseigneur », il s'agissait d'un important personnage venu de Rome, le neveu du cardinal Alexandre Bichi, qui avait été évêque de Carpentras de 1630 à 1657.

Dès lors, le vin de la Nerte fut lancé. En 1747, la marquise de Villefranche écrivit à son fils qui s'inquiétait des activités commerciales de son chargé d'affaires :

Un an plus tard, le vin était exporté via les ports de Marseille et de Hambourg à un négociant de Brême. De 1772 à 1789, le marché s'élargit encore. L'abbé de Bayonne, auditeur de la Rote à Rome, passa commande, de même qu'un seigneur de la Cour du roi de Saxe et le duc de Crillon, qui se trouvait en Espagne, demanda qu'on lui envoya une barrique à Valence. En France, il fut expédié au maréchal de Tonnerre, au duc d'Uzès, au duc de Chevreuse, au chevalier de Sade, au commandeur de Suffen, au cardinal de Luynes et au ministre Bertin.

En 1785 eut lieu une révolution avec la mise en bouteilles. Des négociants de Marseille reçurent deux paniers de quarante bouteilles à la suite d'une commande d'un de leur confrère de Gênes. Ce qui n'empêcha point le négoce traditionnel de se pérenniser puisque la même année, un transitaire du port de Sette réceptionna deux tonneauxLe tonneau correspondait à une demi-queue du Comtat Venaissin qui contenait 275 litres. à affréter pour Londres.

Dès l'année suivante, l'exportation dépassa les frontières de l'Europe. Ce fut, en effet, en 1786, que, de Paris, le comte de Capelle, écrivit aux propriétaires, qu'il avait rencontré un négociant de Philadelphie « qui lui avait promis de faire son possible pour mettre le vin de La Nerte à la mode en Amérique ». Ce fut chose faite puisque la même année un fût put être expédié à Boston.

Période contemporaine thumb|Château La Nerthe et son parc Sous l'influence des physiocrates, adeptes du « Laissez faire, laissez passer » mais d'une comptabilité rigoureuse, les premiers chiffres de production et d'exploitation apparaissent dès 1770. Grâce à eux on sait que cette année-là, la récolte fournie 25 tonneaux, en 1778, elle s'éleva à 37, un an plus tard, elle explosa avec 71 tonneaux pour se stabiliser à 66 en 1781.

Cette dernière année, le tonneau, d'une contenance de 275 litres, s'était vendu 7 louis. En 1784, le vin mis en bouteille atteignit le prix de 10 sous, indique qu'en cette année 1784, il fut vendu un lot de 117 bouteilles pour 61 livres, 4 sous. Tandis que le salaire d'un vendangeur atteignait 16 sous par jour et celui d'une vendangeuse était réduit à 8 sous. et l'investissement pour la période des vendanges a été noté. Les frais engagés furent :

3 journées pour préparer les cuves2 livres, 8 sous 102 journées d'hommes81 livres, 12 sous 101 journées de femmes40 livres, 8 sous 24 journées pour presser le marcet pour tirer le vin 19 livres, 4 sous Total 143 livres, 12 sous

Aussi, en 1782, Michel Darluc, dans son Histoire de ProvenceMichel Darluc, Histoire naturelle de la Provence, contenant ce qu’il y a de plus remarquable dans les règnes végétal, minéral, animal, et la partie géoponique, t. 1, p. 232, éd. J-J. Niel, Avignon, 1782. put écrire :

Le domaine traverse la Révolution sans dommage et conserve toute sa notoriété. Le La Nerthe figure parmi les 45 vins du catalogue de « Soupé et Compagnie, Marchands de vins du Roi, de la duchesse de Berry et de » et auparavant de l’impératrice Joséphine. L’administration départementale classe toujours le domaine à part : « les vins ..., de Châteauneuf, la Nerte, Sorgues,…») [annuaire de Vaucluse de 1804, 1838]. Tous les spécialistes lui accordent la première place : André Jullien (1816) : « Les meilleurs [vins] se récoltent dans les clos dit de la Nerthe et de Saint Patrice » ; Alexandre Dumas, dans son Grand dictionnaire de cuisine, (1870), le cite comme un des 60 meilleurs vins rouge français. Victor Rendu (1857) signale qu’il est le seul vin du « Comtat d’Avignon » en deuxième classe et il nous fournit de précieux renseignements sur le domaine au milieu de : on trouve deux catégories de vignes à La Nerthe. Dans l’une, les souches sont extrêmement vieilles et les cépages se composent de Picpoule, de Clairette, de Terret noir et de Picardan ; dans l’autre, les souches sont jeunes et consistent en grenache pour les deux tiers, en Clairette, Terret et Picpoule pour l’autre tiers. Le Tinto [Mourvèdre] n’y existe qu’en très minime proportion, bien qu’il soit fort apprécié pour la couleur qu’il donne au vin, mais il manque de finesse. Les vignes, en général, sont à en tous sens ; dans les parties du terrain les plus sèches, on les voit à et même à ; elles reçoivent trois façons à bras chaque année. [: on compte sur un rendement de 30 hectolitres par hectare, à partir de la huitième année.( ?)]

En 1822, dans sa classification, le docteur André Jullien, qui considère La Nerte comme le meilleur vin du sud de Rhône, le place parmi les « vins de première classe » en expliquant :

Par exception aux usages de la commune de Châteauneuf-du-Pape, le vin de la Nerthe s’expédie aussi en bouteilles. Jusqu’en 1840, on ne vendait jamais du vin nouveau au château de la Nerthe ; pour être livré, il fallait qu’il fût fait, c’est-à-dire qu’il eut quatre ou cinq ans : il valait alors la pièce de 170 litres, prise sur place.»

Et quand le mercredi parut le premier numéro du « Moniteur Vinicole »Cet hebdomadaire pour le négoce en vins était sous-titré « Journal de Bercy et de l'Entrepôt », son fondateur Achille Larive, lança un « Appel aux propriétaires de crus ignorés »Le Moniteur Vinicole, n° 1, p. 2.. Il publia les résultats dans son édition du de la même année. Aux côtés des crus de Bourgogne et de Champagne, pour le « Comtat d'Avignon », il cita ceux du « Coteau Brûlé », à SorguesAgricol-Joseph-François Fortia D'Urban, Antiquités et monumens du département de Vaucluse, éd. Xhrouet, Paris, 1808, de « Lanerte » et de « Château-Neuf »Le Moniteur Vinicole, n° 12, pp. 46-47..

La Nerthe est devenue une référence même pour les bons vignerons de Châteauneuf. A. Mathieu, le poète, ami de F. Mistral, écrit en 1861: « les [clos] les mieux estimées … sont à 180F et au-dessus le clos de la Nerthe est à 270 à 280F ». Il ajoute : « L’enclos des Gros Cailloux est celui qui se rapproche, pour la couleur et la finesse du bouquet, le plus du clos la Nerthe ». De même, M. Paul Martin, dans un avis publicitaire, propose « du vin vieux de sa campagne, appelée la Solitude,…, dont le tènement n’est séparée de celui de la Nerthe que par un chemin »,…

En ce , à l’exemple de La Nerthe, d’autres vignerons ont privilégié la qualité et choisi de vendre leur vin sous le nom de leur domaine pour obtenir de meilleurs prix et surtout pour éviter les intermédiaires et les très nombreuses fraudes car « les vins de Châteauneuf-du-Pape sont expédiés, en grande partie, en Bourgogne et quelque peu à Bordeaux où ils servent à soutenir les vins faibles de [ces] contrées ».

Dès 1866, le phylloxéra s’abat sur le vignoble de Châteauneuf et le détruit : 700ha en 1866, 200ha en 1880. La Nerthe est également durement touché. Faute de moyens efficaces pour lutter contre la maladie, le comte de Maleissye, petit-fils de Guy-louis de Tulle, marquis de Villefranche, vend le domaine en 1877. Après, 317 ans, pour la première fois depuis 1560, La Nerthe a un nouveau propriétaire: le commandant Joseph Ducos, qui mit sa pugnacité et sa fortune au service d'un vignoble dévasté par le phylloxéra. En 1893, il fit replanter et greffer grenache, mourvèdre, counoise, vaccarèse, cinsault, syrah, les premiers des treize cépages. Ce fut sur son initiative que le nom de la commune fut changé de Châteauneuf-Calcernier en Châteauneuf-du-PapeAlain Dugas, Château La Nerthe.

Pendant la deuxième Guerre mondiale, le château devient le QG de l'État-Major de la Luftwaffe. Il fut occupé au cours du mois de juin 1943 et l'intérieur transformé de fond en comble pour les besoins du service. Les bâtiments à usage militaire, construits à proximité, furent bombardés le lors d'un raid de la Royal Air Force. L'aviation anglaise lâcha 22 bombes sur leurs cibles et réussit à éviter le château.

Fin du En , les familles Motte et Leclercq, propriétaires du domaine, le cèdent à deux négociants, la famille Richard, spécialisée dans la distribution des vins et cafés auprès de la restauration parisienne et la société David et Foillard installée à Sorgues.

De 1985 à 2008, la direction et la restauration du domaine sont confiées à Alain Dugas. Ancien élève du Dr Dufays (domaine de Nalys), il est spécialiste des cépages locaux et de la sélection. Alain Dugas avait acquis un « savoir-faire » de la production vitivinicole durant quinze années au Domaine de la Renjarde à Sérignan du comtat.