vignette|Famille kalinagos, telle qu’imaginée par Jean-Gabriel Stedman en 1796.
Les KalinagosNom donné à la partie du peuple Kali'ha (qui peuplait le nord de l'Amérique du Sud) qui a migré vers les Petites Antilles., surnommés Caraïbes, (Karibs ou Caribs en anglais) par les colons européens sont des populations autochtones originaires du Nord du Venezuela ayant migré vers les îles des Caraïbes vers la fin du de notre ère.. Le nom international de « Caraïbes » leur a été définitivement attribué après l'arrivée des Européens dans le Nouveau Monde. De ce fait, ce peuple préfère l’appellation Kalinagos plus proche de leur nom originel (Kali'nas) tel qu'il a été enregistré par le prêtre missionnaire français Raymond Breton au début du , les hommes s'appelaient eux-mêmes Callinago et les femmes Calliponam.
Les Kalinagos ont nommé l'actuelle Dominique Wai`tukubuli qui signifie « Grand est son corps » et « Hairoun », non traduit, l'île de Saint-Vincent.. Ils donneront leur nom à la mer de l'Amérique centrale, devenue la mer des Caraïbes, et plus largement à la région des Caraïbes...
À la suite du premier contact avec les kalinagos, Christophe Colomb note dans son journal qu'on lui a rapporté l'existence : « Des hommes avec un seul œil, d'autres ayant des museaux de chien, se nourrissant de chair humaine : sitôt qu'ils capturaient un ennemi, ils le décapitaient, buvaient son sang et ils lui coupaient la nature ».
Les tout premiers voyageurs de l'époque témoignent de pratiques cannibales des Kalinagos envers leurs ennemis vaincus (Voyage du capitaine Fleury, en 1618, un des premiers bateaux européens à accoster en Martinique, avec inclusion du premier recueil de vocabulaire caraïbe ; l'auteur a vécu presque 6 mois parmi les Caraïbes et son témoignage est de première valeur) :
La désignation des Caraïbes dans la langue arawak, cariba, a par ailleurs été transposée, via l'espagnol, dans de nombreuses langues européennes, par exemple le français, donnant l'adjectif et substantif « cannibale ».
Toutefois, le cannibalisme chez les Kalinagos n'a jamais été vraiment attesté. Il y a certainement eu des actes isolés lors des anciens rites du peuple kalinago, mais rien qui justifie des accusations de cannibalisme concernant tout ce peuple encore aujourd'hui.
Culture Bien que nomades à l'origine car navigateurs, ils se sont installés dans plusieurs régions du territoire vénézuélien, exploitant l'agriculture avec des cultures telles que le maïs et le manioc. Ils étaient également chasseurs de cerfs, habitués à pêcher et à cueillir des fruits pour compléter leur régime alimentaire.
À l'époque de leur mode de vie encore inviolé, ils ont connu un essor considérable dans le commerce basé sur le troc, réussissant à échanger du sel, du poisson, du maïs, des bijoux et même des esclaves avec d'autres tribus.
Leur structure sociale reposait sur un chef appelé « cacique ». Il était comme le représentant légal de son peuple devant les autres tribus et concernant les affaires qui se déroulaient, mais sans que cela ne le rende pour autant supérieur aux autres..
Les chamanes ou prêtres occupaient également un rang élevé parmi les autochtones, car ils étaient responsables de la guérison et de la médiation entre le monde des vivants et le monde spirituel.
Société vignette|Femme Caraïbe des Antilles de l’Amérique. Gravure de 1742.|428x428px Bien que la base de leur société soit patriarcale, les femmes étaient grandement respectées et jouaient un rôle important au sein de la société. Elles produisaient vêtements, nourriture et étaient chargées de l’agriculture, décidant même de la période de semence et de celle de la récolte. Elles s’occupaient aussi des tâches ménagères et élevaient les jeunes enfants..
Les récits des explorateurs du rapportent qu’à l’instar d’autres tribus sud-américaines, les femmes kalinas vivaient avec les enfants dans des maisons séparées de celles des hommes. Ces derniers se consacraient à la guerre.
Les Kalinas étaient organisés de façon plus égalitaire que les Taïnos. Les caciques et les chefs de guerre, en dehors de leurs fonctions, n’étaient pas plus haut gradés que les autres villageois.
Ce peuple n’avait pas de grands états ou d’aristocratie, il avait un Grand Conseil qui restait informé de l’état des différentes localités, grâce aux caciques qui s’en occupaient.
Vêtements La principale coutume des autochtones vénézuéliens appartenant au groupe ethnique des Kalinagos était de couvrir leurs organes génitaux et de s’appliquer sur le corps des peintures créées avec des colorants d'origine végétale et minérale.
Ces parures corporelles, en plus de servir de protection contre les moustiques, servaient également de symboles pour distinguer les familles les unes des autres. Les individus portaient le nom de la famille peint sur le visage et dessinaient au colorant noir l'animal qui les représentait.
Artisanat Les Kalinagos, dits Amérindiens encore aujourd'hui, sont largement connus pour leurs nombreuses créations et confections de vannerie autochtone utilisant comme matière première diverses fibres tirées de leur environnement.
Même sur les marchés populaires, il est courant de voir des paniers, des récipients, des plats que les habitants de la tribu utilisent tous les jours pour stocker de la nourriture.
Religion Les Kalinas étaient, comme souvent dans les tribus aux alentours du Venezuela, un peuple polythéiste. Leurs dieux étaient représentés par la nature qui les entourait.
Des phénomènes tels que la pluie, le feu, les astres (le soleil et la lune) représentaient les dieux créateurs du monde, des hommes et de tout ce qui existait.
Alimentation vignette|Le mythe du cannibalisme des Kalinagos, représentés ici avec des cornes de diable par John Hamilton Moore en 1778. Les récits des explorateurs et les déformations du nom laissent à penser que ce peuple était anthropophage. Mais l'on sait aussi que les colons européens avaient un très grand appétit de conquête envers le Nouveau Monde. Aussi, les écrits et dires des principaux colonisateurs européens sur les peuples autochtones ne doivent pas être pris pour argent comptant.
De plus, de récentes découvertes des chercheurs nord-américains montrent qu'il ne s'agit là que de simples spéculations, sans aucune preuve tangible. En effet, des analyses faites sur les ossements des autochtones révèlent des traces de poisson et de maïs, ainsi que d'animaux locaux.
Relations avec les Européens Quand Christophe Colomb arrive aux Bahamas le , il rencontre les Lucayens. Sur l'île de Cuba, les habitants sont environ . Ils sont de différentes nations, mais les Taïnos dominent en nombre.
Diego Velázquez de Cuéllar et ses hommes se lancent dans la conquête et le pillage du territoire. Ils s’approprient les terres, réduisent les Tainos en esclavage et accaparent l’or. En moins de dix ans d’échange colombien, de à , la population de l'île (actuelle Saint Domingue) est décimée, résistant mal aux nouvelles maladies introduites par les colons, aux guerres et au travail imposé par les conquistadors espagnols.
Révoltes indigènes En situation coloniale, et particulièrement dans tout le Nouveau Monde dans les années 1500, après les premiers contacts, et les nécessaires cultures vivrières pour une petite minorité (entrante), divers scénarios sont possibles. Le plus fréquent est l'implication, domination, soumission, relégation, déportation (pour travail forcé / servage / esclavage (esclavage des Amérindiens) de tout ou partie de la population indigène, l'accaparement de(s) terres coutumières (collectives, traditionnelles), la déforestation pour l'élevage et/ou la culture d'exportation. Le choc des cultures signifie aussi conflit des agricultures, principalement du fait des compagnies commerciales européennes. Dans le contexte caribéen, parmi d'autres, le tabac, l'indigo, le coton et la canne à sucre vont être pour longtemps des éléments déterminants (emploi, production, export). La rapide importation d'esclaves d'origine ouest-africaine est évidemment une donnée complémentaire.
Après plaintes, protestations, promesses ou négociations (ou non), des oppositions se manifestent de la part des indigènes, suivies de révoltes logiques, souvent violentes. Peu sont documentées. Les suites sont prévisibles : répression, poste militaire, fortification, tout un cycle de dysfonctionnements.
La dernière grande révolte semble s'être déroulée à Saint-Christophe en 1626, selon Jean-Baptiste Du Tertre (1610-1687), religieux et botaniste. Cela concerne, entre autres, parmi les colons français : Thomas Warner (1580-1649), Pierre Belain d'Esnambuc (1585-1636), François Levasseur (?-1652). Le chiffre évoqué de interroge : le chef kalinago aurait su réunir les Amérindiens mécontents de diverses îles. Une première embuscade aurait causé la mort d'une centaine de colons anglais et français. La répression aurait provoqué le massacre de révoltés et la fuite des autres. Ils sont pourchassés, et les survivants sont expulsés en 1640 sur l'île de la Dominique. Peu après arrivent les premiers bateaux négriers (en colonie française, à Saint-Christophe) : le commerce des esclaves (commerce triangulaire) est autorisé par Louis XIII en 1642, pour les possessions françaises. La Réserve Caraïbe (1763, Le Territoire Kalinago) serait un des derniers témoignages dans la sous-région.
Caraïbes et Arawaks Il était jusqu'à très récemment, couramment admis que les Arawaks avaient été exterminés par les Caraïbes (nom européen des Kalinagos)... Cependant il semble que cette affirmation ne soit plus aussi nettement acceptée..
Thèse de l'absence d'extermination vignette|200px|Gravure pour un ouvrage de (1888).
Les enjeux économiques de la colonisation expliqueraient en grande partie que se soit forgée une histoire largement légendaire où des populations « caraïbes », « sauvages » et « mangeurs d'hommes », auraient exterminé d'hypothétiques populations arawaks pacifiques enlevant et réduisant en esclavage leurs femmes.
De nombreux travaux récents tendent à démontrer que ce schéma a souvent été évoqué dans l'histoire pour justifier l'extermination d'un peuple par un autre . Il s'agirait en quelque sorte d'une auto-justification : certes, les Européens auraient exterminé les « Kalinas », mais ce ne serait qu'un juste retour des choses, ces populations étant censées avoir fait de même avec leurs prédécesseurs.
Ce schéma se retrouve toujours plus ou moins développé par les chroniqueurs et perdure jusque dans des ouvrages récents et est encore enseigné dans les écoles. Il faut simplement remarquer que la polysémie des termes Arawaks et Kalinas, recouvrant aussi bien des populations amazoniennes, des familles linguistiques et les protagonistes du « pseudo » drame des chroniqueurs, fait que les archéologues évitent de les employer pour se cantonner aux caractérisations purement archéologiques des différentes cultures mises en évidence dans les Antilles.
Thèse de l'extermination Cette thèse, longtemps indiscutée, définit deux peuples : les Arawaks et les Kalinas. Les premiers qui constituent un peuple de marins définissent une société peu belliqueuse et qui nous a légué de nombreuses poteries très ouvragées. Les seconds constituent un peuple aux aptitudes guerrières plus grandes qui par une politique d'expansion a exterminé le peuple arawak, en consommant la chair des vaincus et prenant comme femmes les veuves de ces derniers. En l'absence de tradition écrite, il est impossible de se fier à d'autres sources que celles des premiers explorateurs-colons. Les éléments plaidant en faveur de cette thèse sont : existence de trois langues, l'une parlée par les femmes et considérée comme 100 % arawak et celle des hommes, mélange de « caraïbe » et d'arawak ainsi qu'un dernier langage consacré à la guerre ; existence avérée de deux familles culturelles différentes (tradition de poteries très différentes) ;