Geneviève de Brabant est un opéra bouffe en 2 actes et 7 tableaux de Jacques Offenbach, livret d'Adolphe Jaime fils et Étienne Tréfeu d'après la légende de Geneviève de Brabant, créé le au théâtre des Bouffes-Parisiens.

Il fut l'objet d'une nouvelle version en 3 actes et 9 tableaux, livret d'Hector Crémieux et d'Étienne Tréfeu, créée le au théâtre des Menus-Plaisirs avant de devenir un « opéra-bouffon-féerie » en 5 actes, livret d'Hector Crémieux et d'Étienne Tréfeu, créé le au théâtre de la Gaîté.

À noter que les Couplets des deux hommes d'armes ont été repris pour devenir The Halls of Montezuma, l'hymne officiel de l'US Marine Corps.

L'œuvre Version en 2 actes (1859) Dès , la presse annonce le nouveau « grand opéra bouffe »Le Figaro, , N° 475 – 3 septembre 1859. de Jacques Offenbach. Après le succès des 200 représentations d’Orphée aux enfers en 1858, l’attente du public est très grande.

La première Geneviève de Brabant, « opéra-bouffon », a lieu le samedi au théâtre des Bouffes-Parisiens devant une salle prestigieuse. Plusieurs numéros de la partition sont bissés le premier soir et Le Figaro note : « Cette musique a été généralement goûtée. Elle a la facilité et le premier jet des partitions ses aînées. ». Le livret, par contre, est globalement perçu comme faible et fortement modifié dès la seconde représentationLe Figaro, , N° 499 – 27 novembre 1859..

Cette première version donne ses dernières représentations dès le mois de Jean-Claude Yon,Jacques Offenbach, Gallimard, 2000. sans rencontrer le succès attendu.

Version en 3 actes (1867) En 1867, avec le succès de La Grande-duchesse de Gérolstein et de La Vie parisienne, Offenbach est « l’auteur le plus joué, le plus actif et le mieux traité par la fortune »Le Figaro, , – 2-3 – 2-3 janvier 1868.. Après la création de Robinson Crusoé à l’Opéra-Comique le , la nouvelle version de Geneviève de Brabant est créée le au théâtre des Menus-Plaisirs.

Les répétitions commencent dès Le Figaro, , – N° 178 – 21 novembre 1867., avec un livret fortement retouché par Hector Crémieux – qui remplace Adolphe Jaime fils – et par Étienne Tréfeu. Jacques Offenbach conserve les morceaux les plus appréciés comme les Couplets de la Poule, le Grand Finale du Départ en Palestine ou le Quatuor de Chasse. Des numéros existants sont réutilisés pour d’autres interprètes, ainsi les couplets d’Arthur « Ô ma, ma, maman » deviennent un Trio au deuxième acte. Il compose aussi de nouveaux numéros comme les Couplets des deux Hommes d’armes, qui lors de la première « ont enlevé les spectateurs » note Hippolyte de VillemessantLe Figaro, , – N° 216 – 28 décembre 1867..

Les décors, confiés à Fromont et Capelli, et les costumes de Stop, Bertall et ChâtinièreLe Figaro, , – N° 192 – 4 décembre 1867. sont remarqués.

L’interprétation est globalement appréciée, et particulièrement Zulma Bouffar dans le rôle de Drogan. Henri Moreno écrit dans le Ménestrel : « C’est aujourd’hui la reine du genre ; elle porte le travesti à ravir et chante tout avec une décence, une distinction que rehausse un vrai talent de musicienne. À elle seule, Zulma Bouffar, accompagnée des deux gendarmes, déciderait du succès. »Le Ménestrel, N° 1109 du 29 décembre 1867 in Jean-Claude Yon, op. cit...

Les deux Hommes d’armes, « Grabuge et Pitou sont représentés de la façon la plus amusante par deux acteurs inconnus à Paris, MM. Ginet et Gabel »Le Figaro, , – N° 217 – 29 décembre 1867, doivent certains soirs trisser leurs coupletsLe Figaro, , – N° 29 – 29 janvier 1868. Les éditions Heugel choisiront d'ailleurs ces deux personnages pour la couverture de la partition qui est publiée en .

L’œuvre devient un succès et se donne 126 fois à Paris jusqu’au , date de fermeture annuelle du théâtre des Menus-PlaisirsLe Figaro, , – N° 122 – mai 1868. La troupe part alors présenter Geneviève de Brabant en tournée.

Version en 5 actes (1875) En 1875, alors qu’il est Directeur du théâtre de la Gaîté, Offenbach décide de monter une nouvelle version de Geneviève de Brabant. L’opéra bouffe devient un opéra-féerie en 5 actes et 14 tableaux.

Le théâtre de la Gaîté fait relâche durant 10 jours pour les répétitions. Dès le , Le Figaro dévoile l’ampleur du projet : 3 ballets, 2 défilés, 48 nouveaux morceaux composés par Offenbach, 1 200 costumes dessinés par Stop et Alfred Grévin, et jusqu’à 500 personnes sur scèneLe Figaro, , N°46 – 15 février 1875.!

La première est donnée le . Les éléments du conte ne sont conservés que comme « des prétextes à digressions dramatiques dont s’emparent tour à tour l’art du musicien, du costumier, du maître de ballets, du décorateur et du metteur en scène ». Les quatre nouveaux morceaux composés pour Thérésa – tour à tour : nourrice nommée Biscotte, gouvernante, sorcière du ravin et Armide – « ont beaucoup de succès ». La déjà célèbre chanson militaire de Pitou et Grabuge est trissée le soir de la premièreLe Figaro, , N° 58 – 27 février 1875. Même si L’Illustration décrit l’opéra-féerie comme un « beau spectacle à bâton rompus dont la musique est l’âme. », c’est la richesse des décors, la profusion des costumes, le réglage des ballets et l’originalité des défilés qui créent son succès. Le Gaulois note d’ailleurs que « l’apothéose vient d’Angleterre »Le Gaulois, N° 2326 – 27 février 1875., il s’agit du décor du dessiné par « MM. Greeve and son » avec « sa nef aérienne et ses vols d’anges aux ailes d’argent »L’Illustration, N° 1671 – 6 mars 1875..

Dès la deuxième représentation des coupes sont effectuées permettant de réduire la durée de l’œuvreLe Figaro, , N° 59 – 28 février 1875.. Les recettes passent de 3 449 francs pour la première, à 5 112 francs pour la deuxième et à 9 329 francs pour la quatrièmeLe Figaro, , N° 60 – mars 1875. Le , Offenbach fait annoncer qu’il offre le dimanche « une représentation de Geneviève de Brabant – gratuite – en faveur des Protes et Ouvriers typographes de tous les journaux de Paris. »Le Figaro, , N° 68 – 9 mars 1875.

Le , le théâtre Déjazet présente une Geneviève de Brébant [sic], folie-vaudeville en 3 actes et 9 tableaux d’Eugène Grangé et Henri Buguet – utilisant des airs d’Offenbach « qui entretiennent dans la salle une bonne humeur sans fin »Le Figaro, , N° 79 – 20 mars 1875. Jacques Offenbach assiste au de la première représentation.

Geneviève de Brabant est présentée 105 fois, dont 4 matinées supplémentaires, au théâtre de la Gaîté jusqu’au .

Les créateurs Rôles Version de 1859Geneviève de Brabant, Le Ménestrel - Heugel, 1859 Version de 1867Geneviève de Brabant, Calmann Lévy, 1882 Version de 1875Geneviève de Brabant, Michel Lévy Frères Sifroid (1859) / Sifroy (1867, 1875) Léonce Gourdon Habay Golo Désiré Daniel Bac Christian Vanderprout - Le Riche Grivot Charles Martel Guyot Le Sage Legrenay Almanzor Duvernoy - - Le jeune Arthur Bonnet - - Grabuge - Ginet Scipion Pitou - Gabel Gabel Narcisse Desmonts Lignel Montaubry Premier savant Jean-Paul - - Deuxième savant Tautin - - Péterpip - Leroy Jean-Paul Saladin - Destroges - Don Quichotte - Perron - Renaud de Montauban - Gustave - L’ermite du Ravin - Deschamps Thérésa Stockfish - - Colleuille Raoul - - Meyronnet Don Juan - - Gaspard Almaviva - - Henry Hercule - - Chevalier Othello - - Gally Barbe-Bleue - - Victor Roméo - - Mallet Hector - - Alexandre fils Hogier - - Paulin Arnold - - Barsagol Mathieu Laensberg Tautin - - Gratioso (1859) / Drogan (1867, 1875) Zulma Bouffar Denise Matz-Ferrare Le chevalier noir - - Isoline (1859, 1867) / Biscotte (1875) Vallière Thérésa La bohémienne - - Geneviève Mareshal Baudier B. Perret Églantine (1859) / Brigitte (1867, 1875) Chabert De Brigni-Varnet Angèle Ugolin - - Lahire Cico - (M.) Henry Clé de sol - - Blondette Rose-Deschamps - - Lancelot Léone - Jules Vizentini Irma Naldy - - Silvia Lasserre - - Edwige Taffanel - - Premier page Kid - - Deuxième page Jeanne - - Gilda Fassio - - Marthe Lécuyer - - Christine - Collas E. Gilbert Barberine - - Gudule - Gourdon Maury Grudelinde - - Faroline - Colombe Julia H. Irénée - - Houblonne - Rose Bruyère Durieu Griselis - - Dorothée - Louisa Baudu Yolande - Yriart Gretchen, Rodogune - A. Rolland - Rosemonde - Guyas - Armide - Jacobus Thérésa Bradamante - Antoinette - Dulcinée - Lalouvière - Bibiane - - Castello Fideline - - Davenay Margotte - - Godin Charlotte - - Albouy Maguelonne - - Gobert Ursule - - Vernet Régine - - Moralès Nanny - - Capet Agathe - - Roques

Arguments Version de 1859

Acte I

Premier tableau – Le philtre. Le savant Mathieu Lansberg a inventé un élixir afin de donner un enfant au margrave Sifroid et à sa femme Geneviève. En effet, la loi exige que le souverain ait un héritier durant les deux premières années de son règne, faute de quoi sa charge lui est retirée. Golo, le serviteur de Sifroid, déclare à Almanzor, son confident sourd-muet, que c’est lui-même qui abrutit Sifroid pour pouvoir prendre sa place. Après avoir bu l’élixir, Sifroid réapparaît « plein de feu, l’humeur gaillarde ».

Deuxième tableau – Les jardins du palais. Geneviève, se plaint de son mari et regrette Reynold. Sifroid arrive près de sa femme, mais leur instant d’intimité est troublé par Golo qui apparaît, en apportant une lettre de Charles Martel. Tout en parlant Golo répand de la poudre « sternutatoire » qui a pour effet d’écourter définitivement l’entrevue amoureuse.

Troisième tableau – La chambre à coucher de Sifroid. Alors que Sifroid dort paisiblement, Charles Martel arrive pour emmener le duc en Palestine. Avant de partir, Sifroid confie le pouvoir à Golo, et répudie sa femme parce qu’elle « éternue à tous les instants / Que l’amour lui réclame » ! Apparaît le Chevalier noir qui, pour venger Geneviève, se bat contre Golo – le nouveau souverain. Pendant le combat, « le Chevalier effleure la peau de Golo et se démasque » : c’est Isoline, la propre femme de Golo.

Quatrième tableau – La gare du chemin de fer du Nord de ce temps-là. Charles Martel, Sifroid et l’ensemble des guerriers partent pour la Palestine.

Acte II Cinquième tableau – Une caverne. Depuis trois mois, Geneviève, répudiée, vit seule, avec une biche, au milieu de la forêt. Elle rencontre Isoline, qui vit désormais prisonnière de son mari Golo, dans une caverne avec le jeune Arthur qu’elle fait passer pour son fils. Golo déclare son amour à Geneviève, celle-ci le repousse. Il ordonne alors à Almanzor de la tuer. Au lieu de l’exécuter, Almanzor dévoile sa véritable identité : il est Reynold, celui qui la défend « depuis le jour où [elle] fut forcée par [son] père d’épouser Sifroid ». Le Brabant devant avoir un héritier, Isoline « surloue » le jeune Arthur à Geneviève !

Sixième tableau – La galerie de tableaux de Golo. Au milieu des « portraits de [ses] dernières victimes » et des « portraits de [ses] victimes futures », Golo se délecte de sa conversation et de ses rêves « avec [ses] petits cadavres… ». Arrive Sifroid dont le voyage s’est terminé à Poissy chez le cousin de Charles Martel « le duc de Bourgogne, qui demeure en Picardie ». Reynold et Isoline préparent leurs revanches dans un « divertissement splendide ».

Septième tableau – Le royaume de la Complainte. Clé de Sol accueille Le Juif errant, Compère Guilleri, Madame Denis, La Pipe de tabac, Je t’embrouille, le Maréchal de Saxe, Le Rosier, Le Roi d’Yvetot, Cadet-Roussel, des Folies, une reine de Bohême, La Vivandière, M. de la Palisse, Fanfan-la-Tulipe… Alors que « le délire est à son comble » Almanzor désigne Golo comme le commanditaire des exécutions. Sifroid veut reprendre son trône mais celui-ci est désormais à Geneviève puisqu’elle a un fils et que Sifroid l’a répudiée. Pour avoir répudié et voulu exécuter leurs femmes, Golo et Sifroid sont condamnés à jouer de l’orgue et de la vielle.

Version de 1867

Acte I