John Mearsheimer (nom prononcé en anglais américain : ) est un universitaire américain spécialiste des relations internationales, né le à New York. Il appartient à l'école de pensée réaliste. Mearsheimer est professeur de relations internationales à l'université de Chicago et est considéré comme le réaliste le plus influent de sa génération.. Ses pairs l’ont d'ailleurs surnommé le « Machiavel moderne »... Mearsheimer est surtout connu pour avoir développé la théorie du réalisme offensif, qui explique l'interaction entre les grandes puissances comme étant principalement motivée par le désir rationnel d'atteindre une hégémonie régionale dans un système international anarchique. Mearsheimer estime ainsi que la puissance croissante de la Chine l'amènera probablement à entrer en conflit avec les États-Unis. Dans Le Lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine, écrit avec Stephen WaltStephen Walt est professeur de relations internationales à Harvard., Mearsheimer affirme que le lobby israélien exerce une influence disproportionnée sur la politique étrangère américaine. Biographie Jeunesse et formation John Joseph Mearsheimer est né en dans l'arrondissement de Brooklyn, à New York. À l'âge de 8 ans, il déménage avec sa famille à Croton-on-Hudson, un village en banlieue du comté de Westchester.. À , Mearsheimer s'engage dans l'armée américaine. Après un an sous les drapeaux, il est reçu à l'Académie militaire de West Point, qu'il fréquente de 1966 à 1970. Après avoir obtenu son diplôme, il sert pendant cinq ans comme officier dans l'armée de l'air... En 1974, alors qu'il est dans l'armée de l'air, Mearsheimer obtient un master en relations internationales de l'université de Californie du Sud. Il intègre ensuite l'université Cornell et y obtient en 1980 un doctorat en relations internationales. De 1978 à 1979, il est chargé de recherche à la Brookings Institution de Washington, DC. De 1980 à 1982, il est chercheur post-doctoral au Center for International Affairs de l'université Harvard. Pendant l'année universitaire 1998-1999, il est « Whitney H. Shepardson Fellow » au Council on Foreign Relations à New York. Carrière Depuis 1982, Mearsheimer est membre de la faculté du département des sciences politiques de l'université de Chicago.. Il devient Associate Professor (professeur agrégé) en 1984, puis Full Professor (professeur titulaire) en 1987, avant d'être nommé « Distinguished Service Professor (professeur émérite) R. Wendell Harrison » en 1996. De 1989 à 1992, il est président du département. Il est également membre du corps enseignant du programme d'études supérieures du « Committee on International Relations », un master d'un an à l'université de Chicago et l'un des plus anciens des États-Unis dans le domaine. Il est aussi co-directeur du Program on International Security Policy.. Parmi les ouvrages de Mearsheimer figurent : Conventional Deterrence (1983), qui a remporté le Edgar S. Furniss Jr. Book Award ; Nuclear Deterrence : Ethics and Strategy (coédité, 1985 ; traduction du titre : « Dissuasion nucléaire : éthique et stratégie » ; ouvrage non traduit) ; Liddell Hart and the Weight of History (1988 ; traduction du titre : « Liddell Hart et le poids de l'histoire » ; ouvrage non traduit) ; The Tragedy of Great Power Politics (2001 ; traduction du titre : « La tragédie de la politique des grandes puissances » ; ouvrage non traduit), qui a remporté le Lepgold Book Prize ; The Israel Lobby and U.S. Foreign Policy (2007 ; ouvrage traduit en français sous le titre Le Lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine, 2009) ; Why Leaders Lie: The Truth About Lying in International Politics (2011 ; traduction du titre : « Pourquoi les dirigeants mentent-ils : la vérité sur le mensonge en politique internationale », ouvrage non traduit). Ses articles ont été publiés dans des revues universitaires comme International Security et dans des magazines populaires comme London Review of Books. Il a écrit des articles d'opinion pour le New York Times, le Los Angeles Times et le Chicago Tribune. Mearsheimer a remporté plusieurs prix d'enseignement. Il a reçu le Clark Award for Distinguished Teaching lorsqu'il était étudiant diplômé à Cornell en 1977, et il a remporté le Quantrell Award for Excellence in Undergraduate Teaching à l'université de Chicago en 1985. En outre, il a été choisi comme Phi Beta Kappa Visiting Scholar pour l'année universitaire 1993-1994. À ce titre, il a donné une série de conférences dans huit collèges et universités. En 2003, il a été élu à l'Académie américaine des arts et des sciences. Il est le lauréat du prix James-Madison 2020 de l'American Political Science Association, qui est décerné tous les trois ans à un politologue américain ayant apporté une contribution éminente à la recherche. Le comité du prix a relevé que Mearsheimer est « l'un des spécialistes des relations internationales les plus cités dans la discipline, mais que ses travaux sont également lus bien au-delà du cercle académique. ». Les ouvrages de Mearsheimer sont largement lus et débattus par les étudiants en relations internationales du . Une enquête menée en 2017 auprès des professeurs américains de relations internationales le classe au troisième rang des « universitaires dont les travaux ont eu la plus grande influence sur le domaine des relations internationales au cours des vingt dernières années. ». Travaux La dissuasion Dans son premier ouvrage, Conventional Deterrence (1983), Mearsheimer aborde la question que l'on pourrait formuler ainsi : « comment les décisions des responsables politiques concernant l'issue d'une guerre influent-elles le succès ou l'échec de la dissuasion ? » Son argument de base est que la dissuasion est susceptible de fonctionner lorsque l'attaquant potentiel pense qu'une attaque sera coûteuse et peu susceptible de réussir. En revanche, si l'attaquant potentiel a des raisons de croire que l'attaque sera peu coûteuse et qu'elle aura des chances de réussir, la dissuasion est susceptible de s'effondrer, ce qui est désormais largement admis comme étant le fonctionnement du principe de dissuasion. Plus précisément, Mearsheimer soutient que le succès de la dissuasion est déterminé par la stratégie dont dispose l'attaquant potentiel. Il présente trois stratégies. Premièrement, une stratégie d'attrition implique un niveau élevé d'incertitude quant à l'issue de la guerre et des coûts élevés pour l'attaquant. Deuxièmement, une stratégie aux objectifs limités comporte moins de risques et des coûts moindres. Enfin, la stratégie de la Blitzkrieg permet de vaincre l'ennemi de manière rapide et décisive à des coûts relativement faibles. Pour Mearsheimer, les échecs sur le champ de bataille moderne sont principalement dus à la conviction de l'attaquant potentiel qu'il peut mettre en œuvre avec succès une stratégie de Blitzkrieg dans laquelle les chars et les autres forces mécanisées sont employés rapidement pour provoquer une pénétration profonde et perturber les arrières de l'ennemi.. Les deux autres stratégies ont peu de chances d'aboutir à un échec de la dissuasion car elles impliqueraient une faible probabilité de succès, accompagnée de coûts élevés (guerre d'usure) ou de gains limités et de la possibilité que le conflit se transforme en guerre d'usure (objectifs limités). En revanche, si l'attaquant dispose d'une stratégie cohérente de blitzkrieg, il est probable qu'une attaque s'ensuive, car ses avantages potentiels l'emportent sur les coûts et les risques liés au déclenchement d'une guerre.. Outre l'analyse des cas issus de la Seconde Guerre mondiale et du conflit israélo-arabe, Mearsheimer extrapole les implications de sa théorie pour les perspectives de dissuasion conventionnelle en Europe centrale à la fin de la guerre froide. Il affirme qu'une attaque soviétique est peu probable parce que l'armée soviétique serait incapable de mettre en œuvre avec succès une stratégie de blitzkrieg. L'équilibre des forces, la difficulté d'avancer rapidement avec des forces mécanisées à travers l'Europe centrale et les formidables forces de l'OTAN qui s'opposeraient à une telle attaque soviétique font qu'il considère que les chances que les Soviétiques déclenchent une guerre conventionnelle en Europe sont faibles. En résumé, Mearsheimer explique qu’une dissuasion efficace dépend de la stratégie adoptée par l’ennemi (guerre d’usure, stratégie d’objectifs limités ou Blitzkrieg), et que seule l’hypothèse d’une Blitzkrieg efficace rend la dissuasion inefficace. Dans les deux autres cas, les pertes sont trop importantes par rapport aux gains, ce qui rend la dissuasion efficace. Liddell Hart Le deuxième livre de Mearsheimer, Liddell Hart and the Weight of History., réévalue l'héritage intellectuel du théoricien militaire B. H. Liddell Hart. Tout en reconnaissant que ses propres recherches ont « grandement bénéficié de ses écrits passionnants » et que les travaux de Liddell Hart devraient toujours être considérés comme « une lecture essentielle pour les étudiants sérieux en stratégie et en guerre » (p. x), Mearsheimer soutient qu'une grande partie des idées reçues sur les contributions de Liddell Hart à la pensée militaire moderne étaient erronées. En particulier, la théorie de l'approche indirecte, que Liddell Hart développe dans les années 1930, est si vague et si tautologique que « pratiquement toutes les victoires militaires peuvent lui être attribuées ». (p. 87). De plus, les tentatives limitées de Hart pour rendre la théorie opérationnelle indiquent clairement que ce qu'il avait principalement en tête était de vaincre « indirectement » un adversaire continental en « brisant le moral de la population civile de l'ennemi, et non en détruisant ses forces militaires, ce qui est bien sûr l'objectif de la Blitzkrieg ["guerre éclair" en français] » (p. 88). La pratique courante consistant à faire remonter les origines intellectuelles de Blitzkrieg à l'approche indirecte est donc erronée puisqu'il n'y a « aucune preuve... que Liddell Hart ait compris l'importance de la pénétration stratégique profonde [qui caractérise la Blitzkrieg] avant la Seconde Guerre mondiale » (p. 43). Comme on pouvait s'y attendre, Liddell Hart s'est avéré totalement faux sur les questions militaires fondamentales de l'entre-deux-guerres (il a écarté la possibilité d'une offensive allemande décisive sur le front occidental, bataille de France de mai- où la France, les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg sont envahis) et est tombé en disgrâce dans l'immédiat après-guerre. Mearsheimer montre que Liddell Hart réussit à sauver sa stature intellectuelle en convainquant d'anciens généraux de la Wehrmacht de lui attribuer les idées qui ont conduit au développement de la stratégie allemande de la guerre éclair. Désireux de rétablir leurs propres réputations ternie après la guerre, des généraux allemands à la retraite comme Guderian, surnommé « Heinz le Rapide » (Schneller Heinz) en raison de son application très réussie de la guerre éclair, lors des invasions de la France (1940) et de l’Union soviétique (1941). Cela a permis à Liddell Hart d'exagérer son influence sur la guerre éclair dans leurs mémoires en échange de leur aide pour promouvoir une image d'eux-mêmes comme ayant été avant tout des innovateurs militaires plutôt que des sbires nazis. Dans le cas de Guderian, Liddell Hart a effectivement agi comme son "agent littéraire" pour le monde anglophone (p. 185). Fritz Bayerlein, chef d'état-major pendant la campagne d'Afrique du Nord, du maréchal Erwin Rommel, le , a également aidé Liddell Hart à manipuler les archives historiques en présentant faussement Rommel comme son « élève » (pp. 193-201). Mearsheimer conclut en soulignant l'importance d'une communauté intellectuelle robuste qui peut demander des comptes aux « ntellectuels de la défense » :