Sepphoris (hébreu : , Tsipori ; grec : Σέπφωρις, Sépforis ; arabe : , Ṣaffūrīya) est une ville de Galilée, située au nord de Nazareth. Cette ville est très importante pendant la période du Second Temple et la période romaine. Au moment où éclate la grande révolte juive de 66-73, Tsipori est capitale de la Galilée. La ville a peu à peu décliné durant les siècles suivants. Elle est appelée Saffuriyya pendant les treize siècles suivants.
Tsipori a été l'objet de nombreuses campagnes de fouilles archéologiques, qui enrichissent les études bibliques. Elles révèlent divers aspects de la vie politique, militaire, sociale et culturelle des Juifs et des autres populations de Palestine à l'époque de la rédaction de la Bible.. Elle éclaire notamment de nombreux aspects de la situation sociale, religieuse et politique pendant la vie de Jésus de Nazareth, ce qui explique qu'une route de pèlerinage, le chemin de Jésus, passe par Tsipori.
Toponymie
En français, la ville est appelée Séphorie« Les vestiges de l'église franque de Séphorie », 2006. ou Séphorée.
vignette|230px|gauche|Mosaïque de Tsipori, baptisée « la Vénus » ou « la Mona Lisa de Galilée » : un des 17 panneaux de la « maison de Dionysos » découverte en 1989. vignette|Mosaïque de la maison de la fête du Nil, représentant un chasseur avec sa lance.
Le nom arabe de Saffuriyya vient du syriaque Sefre, oiseau, à cause de la position du village perché sur une hauteur (à d'altitude, il domine la plaine d'une centaine de mètres)« Saffuriyya — صَفُّورِيَّة », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consulté le 9 octobre 2025..
Une étymologie populaire tirée du Talmud relie le nom de la ville Tsipori au mot hébreu « oiseau » (tzipor), parce qu'elle est assise sur une colline, tel un oiseau en vigie dominant la vallée de Beit Netofa. Ce n'est probablement pas le sens réel de son nom, la racine hébraïque ayant plusieurs significations. Dans le cas de Tsipori, la signification semble plutôt être un terme générique désignant une région.
Histoire
Antiquité
Les fouilles archéologiques montrent que le site est occupé dès l'âge du fer..
Il semble prendre de l'importance à partir des périodes perse et hellénistique, notamment sous la dynastie séleucide, dont les rois ou IV y édifient une forteresse..
Tsipori n'apparaît ni dans la Bible hébraïque ni dans la Bible chrétienne. Cette absence peut s'expliquer, comme le rappelle Flavius Josèphe dans ses Antiquités juives, par l'hostilité des Juifs « orthodoxes » à l'encontre des villes jugées trop hellénisées ou romanisées, où la foi judaïque est peu fervente. Durant son ministère public, Jésus a peut-être évité cette ville, d'autant qu'il fuit généralement les grandes agglomérations. Flavius Josèphe mentionne Tsipori pour la première fois sous le règne d'Alexandre Jannée et la considère comme la « perle de la Galilée ».. Elle est alors assiégée par Lathyre, pourtant elle est l'une des rares cités de Galilée capable de résister à l'invasion égyptienne. La ville fait figure de capitale de la Galilée, notamment après l'intervention en Judée du gouverneur de Syrie Aulus Gabinius, vers 55-54 av. J.C.. Après la mort d'Hérode le Grand en 4 av. J.C., elle est le siège de la révolte menée par Judas le Galiléen. Elle est assiégée et brûlée par le général romain Varus, puis à nouveau détruite par le Nabatéen .
Hérode Antipas refonde la ville sous le nom d’Autocratoris. Il en fait le siège royal de sa tétrarchieFlavius Josèphe, Antiquités juives, 18:27. Au , plusieurs familles juives de prêtres y sont établies. Si l'on tient compte de la seule population juive, quatre villes comptent à cette époque : . La ville bénéficie du statut de cité à partir de 67-68 sous le nom d’Irénopolis.
Diocésarée
Vers 120, l'empereur romain Hadrien la renomme Diocésarée. Il y fait construire un Capitole et un temple de la Tyché. D'autres temples sont attestés sous Antonin le Pieux. Les Juifs y sont sans doute majoritaires. Au , c'est le lieu de résidence habituel de rabbi Juda Hanassi, le compilateur de la Mishna . Du au , la ville est entièrement reconstruite après le séisme en 363. Diocésarée est une ville florissante, dans laquelle cohabitent juifs et chrétiens, ces derniers y ayant établi le siège d'un évêché.
Période musulmane
À partir de la conquête arabe, la ville, appelée Saffuriya, décline. Elle est conquise par les Arabes dès 634Khalidi (1992), p. 351.. Un atelier monétaire frappe les pièces pour le Jund al-Urdunn. Un aqueduc en pierre est construit au Aubin (2000), p. 12 . Un aqueduc de pierre est construit au début de la période omeyyadeBerger and Barzilai (2013), Nahal Zippori 23. Saffuriya est en relations commerciales avec le reste de l'empire : ses capes sont vendues à MédineCrone (2004), p. 102 et la ville a une place importante dans l'histoire de la Palestine à l'époque musulmane.
Restée un site stratégique avec l'acropole qui domine la vallée de Beit Nétofa, elle voit la construction par les Croisés dune place forte « latine », comme en témoigne la tour d'observation, reconstruite par le sultan Dahir al-Umar au . Ils y édifient également au une église dédiée à sainte Anne, les fouilles entreprises en 1908 par le franciscain Prosper Viaud mettant au jour cette église qui ne fut jamais terminée.. Après la bataille de Hattin] (1186), Saladin reconquiert Saffuriyya. En 1255, Saffuriyya appartient à l'archevêque de NazarethRöhricht (1893), RRH, pp. 326-327, 1242; cité par Pringle (1998), 210; en 1259, les paysans musulmans se révoltent contre luiRöhricht (1893), RRH, p. 335, No 1280; cited in Pringle (1998), p. 210. Le village est conquis par Baybars entre 1263 et 1266Pringle (1998), pp. 209-210.
Saffuriyya connait un grand développement pendant la période mamelouke aux .
Empire ottoman
En 1596, Saffuriyya compte .
Au , Dahir al-Umar, éphémère souverain de la Galilée, construit une forteresse à Saffuriyya, le sultan y ajoutant un troisième étage quand l'Empire ottoman eut repris le contrôle de la région.
À la fin du , la ville compte et garde une certaine prospérité grâce à son économie agricole et à son riche passé, mis au jour par le travail des archéologues, passé qui attire les touristes..
Période mandataire
vignette|250px|Dépicage des céréales sur aires à Saffuriyya, vers 1940. De 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région de Saffuriyya est conquise en 1918 et la Palestine est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations. Au recensement de la Palestine mandataire de 1922 conduit par les autorités britanniques, Saffuriyeh a , dont 2574 musulmans et 8 chrétiensBarron (1923), Table XI, Sub-district of Nazareth, 38., les chrétiens étant tous catholiquesBarron (1923), Table XVI, 51..
Un conseil local est créé en 1923, dont les dépenses passent de 74 livres palestiniennes à 1217 en 1944, avec un léger déficit.
Au recensement de 1931, la population augmente à dont 3136 musulmans et 11 chrétiens, habitant Mills (1932), 76.. À l'été 1931, Leroy Waterman commence les premières fouilles archéologiques à Saffuriya dans la cour de l'école, site de la forteresse croisée. Il y découvre un amphithéâtre romain.
Lors de la grande révolte arabe contre le mandat britannique (1936-1939), le village s'implique dans la résistance ; une femme, Tharwa Abdoul Karim, est arrêtée par les Britanniques pour avoir caché une arme dans une botte de foinSalam Awad, « EN IMAGES : Les Palestiniennes et la résistance anticoloniale dans les années 1930 », Middle East Eye, 15 mai 2024..
Dans les statistiques de Village de 1945, la population est de , dont 4320 musulmans et 10 chrétiensDepartment of Statistics (1945), 8. La superficie totale était de ()Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April 1945., cité par Hadawi (1970), 63, dont de terres incultes. étaient propriété privée d'Arabes, le reste étant des terres publiques. En 1948, Saffuriya était le plus grand village de Galilée, que ce soit par la superficie ou par la populationIIED (1994), 95..
Batailles pendant la guerre d'indépendance d'Israël en 1948
vignette|Saffuriya en 1949 après l'expulsion de ses 5000 habitants.
Selon Ilan Pappé, historien israélien controversé, le village est la cible d'une première opération de "nettoyage ethnique" lors de l'opération Hametz fin avril ou début maiIlan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique éditions, 2024 ( édition en français). , 184..
La ville subit un premier bombardement aérien le . À la mi-juin, un bataillon de la brigade blindée Sheva et deux bataillons de la brigade Carmeli occupent une première fois Saffuriyya.
Le , plusieurs milliers d'habitants de Shefa Amr, expulsés par l'armée israélienne, se réfugient à Saffuriyya. Cette arrivée porte atteinte au moral des habitants, d'autant plus que la ville est la cible d'un bombardement aérien le , doublé d'un bombardement d'artillerie. Les avions n'ont pas largué des bombes classiques, mais des barils remplis de clous, morceaux de métal et de verre, ce qui cause plusieurs morts et blessés dans la population. Les habitants évacuent, se réfugiant dans les vergers, les ravins et les grottes. Quand les soldats israéliens les découvrent, ils les font fuir. Une femme est tuée quand elle tentait de se réfugier dans l'égliseI. Pappé, 2024, 197-199.. La milice réussit à résister et détruit quelques véhicules blindés dans une embuscadeO'Ballance, Edgar (1956) The Arab-Israeli War. 1948. Faber & Faber, London. 157., bien que le bombardement ait désorganisé la résistance et que les défenseurs luttent chacun de leur côté. Aucune aide de l'armée de sauvegarde arabe n'arrivant, les hommes de la milice locale évacuèrent le , seuls une centaine d'habitants âgés restant sur place. Les habitants se réfugient au Liban. L'armée israélienne détruit une trentaine de maisons, puis procède à une seconde expulsion en septembre. Petit à petit, certains de ces réfugiés réussissent à passer les lignes et à revenir : on compte 450 de ces infiltrés palestiniens réinstallés en décembre, 550 en janvierMorris (2004), 417, 418.. Certains reviennent car ils ont tout laissé, afin de récupérer quelques affaires, vêtements ou autres : plusieurs sont abattus par l'armée israélienne. Les terres de Saffuriyya étant convoitées par les colons israéliens du voisinage, ces infiltrés sont à nouveau expulsés en : charges sur des camions, 14 sont dirigés vers le Liban, le reste vers Illut, al-Rayna et Kafr Bana, mais la plupart choisirent d'aller à Nazareth516–517. Certains se réfugient à Dayr al-Qassi, qu'ils défendent sous le commandement d'Abou Hammoud.
Dès le , le moshav de Tzippori ou Zipori est créé au sud-est de Saffuriyya. Les plantations de grenadiers ont été remplacées par des cultures destinées au bétailBenvenisti (2002), 216. et des terres sont données au kibboutz de Hasolelim. Sde Nachum et Cheftzi-Bah obtinrent aussi des terres de Saffuriyya.
Les réfugiés de Saffuriyya sont présents dans les camps de réfugiés d'Ain al-Hilweh et de Shatila et dans le quartier de Sabra.
Les réfugiés de Saffuriyya à Nazareth se regroupèrent dans un quartier qui a pris le nom d'al-Safafira ou Safafra : de là où ils étaient, ils ont pu voir les colons israéliens piller leurs maisons, s'y installer et créer leur moshav. Le gouvernement israélien les considérant comme des présents absents, ils n'ont jamais eu le droit de revenir dans leurs maisons et n'ont aucun recours légal pour recouvrir leur propriétéKacowicz and Lutomski (2007), 140..