Les Toucouleurs (Peuls, Fulani, Foutankobé, Fulbé Fouta Toro) sont une population d'origine et de langue peule en Afrique de l'Ouest, vivant principalement dans le nord du Sénégal, dans le sud de la Mauritanie, au Mali et en Guinée (Dinguiraye).
Ethnonymie Selon les sources, on observe de très nombreuses variantes : Al Pulaar (Haalpulaar, Haal Pulaar, Halpular, Hal Pular, Haalpulaaren), Foutanké (Foutankoré, Futankobé), Futatoro (Futa Toro), Pulaar, Takruri (Tekarir, Tekrourien, Tekrour, Tekruri )Source RAMEAU, BnF .
Le nom « Toucouleur » désignait les habitants du royaume de Tekrour. Dans ce nom « Toucouleur », cette population a trouvé un statut juridique territorial et une identité stable, donnés par l'administration coloniale française de la fin du . Ils se désignent sous le nom de Haalpulaaren (ceux qui parlent le pulaar, au singulier Haalpulaar) ou Foutankobé (ceux qui habitent le Fouta).
Histoire
Selon une théorie de Cheikh Anta Diop depuis lors remise en question, les purs Toucouleurs seraient originaires de la vallée du Nil. Ils sont eux-mêmes à l'origine de l'ancien royaume du Tekrour.
On ignore quand le Tekrour fut créé mais on sait que ce sont les Diawonko (Dia-Ogo) qui furent à l'origine de ce royaume. Selon Cheikh Moussa Camara, les Dia ogo seraient a l'origine des forgerons qui dirigeaient le Tekrour depuis la province du Namandirou. Il dirigèrent jusqu'au en suite le royaume fut annexé par l'empire du Ghana. Selon la légende futanké, c'est autour du que les premiers vague de nomades peuls arrivèrent dans la région.
Vers 1040, la dynastie Soninké des Mannas succéda à celle des Dia Ogo. le fondateur de la Dynastie fut War Diaby, un soninké originaire du Diarra, dans le Wagadou. Avec l'appui des Almoravides ce dernier imposa la religion musulmane au tekrour.thumb|left|upright|Femmes peules du Boundou (gravure de 1890)
Les Tondyons (1300-1400) sont la troisième dynastie du Tekrour, d'origine Sérères.
De 1400-1450, trois familles vont se succéder : les Lam Termès, les Laam Taaga à la tête d'un tribu toucouleur métissée de Maures et enfin les Lamtoro de Eli bana Sall.
Le royaume sera par la suite annexé par les Lemtouna jusqu'en , date à laquelle la tribu Djolof (Wolofs) prit possession du royaume avec l'aide des lamtoro et des Wolofs du Tekrour.
À cette époque, le Tekrour était fortement influencé par la population wolof.
Au début du , le Tekrour fut conquis par Koli Tenguéla Ba, un chef peul venu de Deni en Guinée actuelle, qui mit sur pied une nouvelle dynastie, celle des Denyankobe.
Koli Tenguella s'était donné pour mission de finir ce que son père avait commencé, c'est-à-dire établir l'unité des Peuls. Il réunit ce qui restait de son armée et parcourut les royaumes depuis le Fouta-Djalon, dominé par les Dialonké, en passant par le Badiar, le Kaabu, les royaumes sérères, le Djolof, le Niani, le Wouli, le désert du Ferlo, dans le but de réunir toutes les tribus peules en vue de la guerre.
Avec plus ou moins de succès, il réussit à atteindre le Tekrour et là, après plusieurs tentatives, il parvint à imposer sa dynastie, vers le milieu du jusqu'à l'année 1776, Koli Tenguella imposa sa domination sur un axe sud-nord, allant du Fouta-Djalon jusqu'au Tekrour.
Koli Ténguélla réalisa l’unité Peul de toute la région, qui va désormais s’appeler le Fouta-Toro.
À la fin du , la dynastie denianké n'avait plus le soutien du peuple, face au nombreuses razzias des Maures, le Fouta-Toro était plongé dans une insécurité permanente. Les Maures avaient réussi à soumettre le Fouta à leur autorité, et à lui imposer de lourds tributs.
Au , Souleymane Baal a mené la plus grande révolution du Fouta-Toro, connue sous le nom de Révolution Torodo.
Souleymane Baal (de son vrai nom Souleymane Ba) était un peul du clan des Wodaabé, il portait initialement le patronyme Ba, il changea son nom de famille « Ba » et le remplaça par « Baal » pour se démarquer des membres de la dynastie des Peuls Denianke. Souleymane Baal renversa la dynastie peule Denianke aux côtés de Abdoul Kader Kane (Abdul Kaadiri Kan), mit fin au régime de monarchie absolue qu’avait instauré Koly Tenguela et abolit l’esclavage et toute forme de commerce humain. Malgré tout, l’esclavage domestique subsistait. Peu de temps après, Souleymane Baal mourût en partant combattre les Maures. Abdoul Kader Kane lui succéda.
Abdoul Kader connut une grande défaite militaire à Bankhoye contre les troupes wolofs Tiédos dirigées par le damel (roi) du Cayor, Amary Ngoné Ndella Coumba, allié au brack (roi) du Waalo, Fara Peinda Tégue Rella Mbodj. Il fut retenu captif à la cour du Damel pendant de nombreux mois avant d'être relâché. Abdul Kader, considéré comme le premier almamy (roi) du Fouta-Toro, délivrera cet État du joug des Maures, qui razziaient les villages de wolofs , à la recherche d'esclaves.
L'Empire Toucouleur
Oumar Tall, de son vrai nom Omar Foutiyou Tall (ou Oumar Seydou Tall) est né à Halwar dans le Fouta-Toro, dans l’actuel Sénégal, entre 1794 et 1797, il fonda un empire toucouleur musulman sur le territoire de ce qui est aujourd'hui la Guinée, le Sénégal et le Mali.
C’est vers 1848 que Oumar Tall prépara le djihad (une guerre sainte), à Dinguiraye. Oumar Tall acquiert une réputation de saint et rassemble de nombreux disciples qui formeront les cadres de son armée. Son armée, équipée d’armes légères européennes reçues de Britanniques de Sierra Leone, s’attaque à plusieurs régions malinkées à partir de 1850. Il occupe sans difficulté les territoires Païens du Mandingue et du Bambouk (1853), puis attaque les Bambaras Massassi dont il prend la capitale Nioro (1854). En 1856, il annexe le royaume bambara du Kaarta et réprime sévèrement les révoltes.
Luttant contre l’armée coloniale française, il fait construire un tata (une fortification) à Koniakary ( à l’ouest de Kayes). En avril 1857, il déclare la guerre contre le royaume du Khasso et assiège le fort de Médine, qui sera libéré par les troupes de Louis Faidherbe le .
Entre 1858 et 1861, El Hadj Oumar Tall s’attaque aux royaumes bambaras de Kaarta et de Ségou (bataille de Ngano).
El Hadj Omar Tall était principalement contre les Bambaras païens et animistes mais aussi contre les Peuls du Macina qui, bien que musulmans, avaient refusé de lui prêter main-forte contre les « ennemis de la foi ».
Le , il conquiert Ségou qu’il confie un an plus tard à son fils Ahmadou pour partir à la conquête d’Hamdallaye, capitale de l’empire peul du Macina. Après trois batailles, l’empire peul du Macina tombera le .
Obligé de se réfugier dans les grottes de Deguembéré, près de Bandiagara,
Son neveu Tidiani Tall sera son successeur et installera la capitale de l’empire Toucouleur à Bandiagara. Son fils Ahmadou Tall règne à Ségou, Nioro et commande le Niger de Sansading à Nyamina, une partie des Bambaras du Beledougou, le Bakhounou, le Kaarta jusqu’à la conquête française.
Au milieu du , Maba Diakhou Bâ du royaume du Saloum, sous les recommandations de Oumar Tall, mena une guerre sainte au Saloum, et réussit à en annexer quelques provinces. Il prit par la suite le titre d'almamy du Rip, sa province d'origine, où il renomma la capitale du Rip en Nioro du Rip. Il meurt en allant combattre les Sérères du Sine, dirigés par le Maad a Sinig, Coumba Ndofféne Famak Diouf.
Les Toucouleurs ont aussi créé le royaume du Boundou au Sénégal, et sont à l'origine de l'empire peul de Sokoto au Nigeria actuel fondé par Usman dan Fodio, dit Torodo.
On trouve également quelques familles Toucouleur au Mali dans le cercle de Nioro et au Fouta-Djalon.
Les Toucouleurs sont majoritairement Peuls.
Également, au fil des siècles, de nombreuses familles Peules venues du Djolof et du Macina se sont intégrées à cet ensemble culturel et se définissent aujourd'hui comme Toucouleurs.
Population
thumb|Femmes Toucouleurs du Fouta-Toro
La langue parlée est le peul du Fouta-Toro.
Les Toucouleurs sont presque tous musulmans et sont à l’origine de l’islamisation de l’Afrique de l’ouest.
Au Sénégal, ils sont très nombreux, il y a également une grosse communauté au Mali mais surtout en Mauritanie dans les wilayas du Gorgol et du Brakna.
Les Toucouleurs parlent tous le Peul, la distinction entre Peuls et Toucouleurs est principalement présente au Sénégal, contrairement à la Mauritanie où beaucoup d'entre eux rejettent le terme "Toucouleur'", qu'ils jugent péjoratif, ils préfèrent être appelés les Foutankés ou bien les Peul-Tooro, car ils estiment qu’ils n’y a aucune différence entre Peuls et Toucouleurs, comme le dit l'adage « Le Peul demeurera toujours Peul, peu importe sa région. » (Fulbe fof ko gotum).
Aujourd’hui, un nombre important de Foutankobé ont émigré vers l’Afrique centrale et la France.
Système de castes Liste des castes thumb|290px|right|La maison dite des Toucouleurs à Bandiagara au Mali. La société Peulh Toro est la plus hiérarchisée d'Afrique, de type patriarcal, elle est hiérarchisée en treize castes réparties en trois classes.
Les nobles : [Rimbes, Dimo au singulier] Les Tooroɓɓe (Toorodo) : Les Torodos (ou Torobbe au singulier Torodo) forment une classe sociale et religieuse noble de la société haalpulaar (toucouleur) dans la vallée du Fouta-Toro (entre le Sénégal et la Mauritanie), ils représentent le pouvoir religieux, les patronymes Ba, Kane, Anne, Ly et Tall sont très représentés. Les Subalbe (Cuballo) : Ces pêcheurs sont reconnus comme maîtres des eaux, le chef des Subalbe porte le titre de Diagodin-teen. Il est probable, comme le laissent à penser les anthroponymes, qu'ils soient d'origine Sérère et Peul [Sarr, Sy et Maal sont très représentés].
Les Fulbe (Pullo) : Déniyanké, Yallalbé, Diawbé, Woodaabé etc., ce sont ceux dont l'élevage est le métier, c’est aussi la caste du souverain Koly Tenguela. Ils comptent quatre patronymes: Bâ, Sow, Diallo et Barry, ayant donné des dérivés [Ba et Sow sont très représentés]. Les Jaawanbe (Jaawando) : Conseillers et courtisans des rois et numériquement le plus faible groupe parmi les nobles, ils sont reconnaissables aux patronymes de : Bassoum, Bocoum, Daff, Kaam, Lah, Ndiade, Ndjim, Niane, Sam, Thiène. (Daff est très représenté). Les Sebbe (Ceddo) : Ce sont les guerriers, ils étaient à l'origine au plus haut dans la hiérarchie, mais c’est après la prise du pouvoir par les Toorobé, qu’ils ont régressé, leur patronymes sont majoritairement d'origine Wolof ou Peul, [ N’diaye et Dia sont très représentés].
Les Nyenybe [Nyenyo au singulier] Libres cependant ils restent dépendants politiquement et économiquement des nobles ; Artisans ou laudateurs, de nombreux interdits les touchent. Ils pratiquant l'endogamie stricte. Il n'y a pas de véritable hiérarchie entre eux, chaque catégorie a ses croyances et ses rites liées au métier. Ils sont divisés selon leur métier : il existe à l'intérieur de ces castes des sous-castes : Les Wayilbe (Baylo) : Forgerons et bijoutiers,(les patronymes Thiam, Kanté et Mbow sont très représenté). Les Laobés (Labbo) : Ce sont les artisans du bois, ils sont très indépendants, à tel point qu'on les considère souvent comme une ethnie distincte, certains d’entre eux sont devenus les griots des Sebbe (Laobés gumbala), ils ont majoritairement le patronyme Sow.
Les Maabube (Maabo) : Tisserands à l'origine, d’autres sont devenus les griots des Jaawambe (Maabube Jaawambe) et griots des Subalbe (Maabube Suudu Paate), les patronymes Kassé et Guissé sont très représentés ici. Les Sakkeebe (Sakke) : La classe des travailleurs du cuir, les patronymes Sy et Gakou sont très représentés. Les Buurnabe (Burnaajo) : La classe des potiers et des céramistes, le nom Wade est très présent ici, ils sont tous originaires du Waalo, et sont en fait d’anciens guerriers devenus artisans et griots. Les Waambaabe (Bambado) : Griots et généalogistes des Fulbe, ils ont majoritairement le patronyme Ba. Les Awlube (Gawlo) : Griots et généalogistes des Toroobbe, ils ont majoritairement les patronymes Sam et Seck.