Pierre Dmitrienko (Paris , - Paris , Acte de décès (avec date et lieu de naissance) à Paris , n° 329, vue 4/31.) est un peintre, graveur et sculpteur françaisEmmanuel Bénézit, Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs de tous les temps et de tous les pays..., Paris, Librairie Gründ, 1976, ..
Il est le père de l'actrice Ludmila Mikaël et le grand-père de la comédienne Marina Hands.
Vie et œuvre Enfance et jeunesse Pierre DmitrienkoLes éléments biographiques sont issus des archives de la famille de Pierre Dmitrienko, citées dans ., né d'une mère grecque pontique de Sébastopol, Marika Yacoustidis, et d'un père soviétique ukrainien Simeon Dmitrienko, ayant fui la guerre civile russe, ne foulera jamais la terre de ses ancêtres, mais sera élevé dans leur culture, leur langue, foi et tradition tout en s'inscrivant totalement dans le paysage français. Très tôt, ce jeune homme aux deux identités fréquente l'école communale de Courbevoie, puis le lycée Pasteur de Neuilly-sur-Seine (où il passe son bac philo en 1943) et, parallèlement, l'école russe d'Asnières. Sa Russie, Dmitrienko l'explore à travers la littérature et la pensée, se créant ainsi un pays mythifié qui l'habitera profondément toute sa vie.
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, Pierre Dmitrienko est étudiant en architecture à l'ENSBA à Paris (1944-1946). Cependant, dès 1944, il commence à peindre dans l'atelier de Conrad Kickert (La Haye, 1882 - Paris, 1965)Site sur Conrad Kickert., un peintre et critique d'art néerlandais au contact duquel il se débarrasse de la tentation du figuratif et à qui il doit sans doute aussi d'utiles leçons de techniques, l'amour du beau métier et son attachement à Piet Mondrian dans les années 1946-1948 ainsi qu'une bonne connaissance des courants de l'art contemporain qui se manifestent dans la France de l'après-guerre : abstraction lyrique, tachisme, expressionnisme, « art autre », école de Paris et nouvelle école de Paris, art informel. Il se lie d'amitié avec des artistes de sa génération tels François Arnal, Bernard Quentin, Robert Lapoujade, François Morellet, Jean Signovert, Jacques Lanzmann, Serge Rezvani (il partage un temps un atelier avec ces deux derniers).
En 1947, Dmitrienko se marie avec Lilliane Carol, pianiste. La même année naît leur fille Ludmila.
Renonçant assez vite à l'architecture et vivant de travaux alimentaires (décorateur-étalagiste au grand magasin du Printemps de 1951 à 1954, où il rencontrera Peter Knapp), il décide de continuer la peinture. À ses débuts, cherchant sa voie, Dmitrienko ne cache pas son admiration pour certains de ses aînés — Delacroix, Géricault et Goya — mais aussi Serge Poliakoff, André Lanskoy ou Nicolas de Staël, ainsi que pour les icônes des églises orthodoxes. En même temps, il « écoute » (car « l'œil écoute », comme l'écrivait Paul Claudel) d'autres parcours, comme celui du Français Albert Gleizes qui lui montre la voie du cubisme ou, surtout, celui du Suisse Paul Klee qui l'éblouit par ses compositions et jeux de couleurs à la fois éclatées et structurées.
Premières œuvres thumb|left|Composition, 1948Huile sur toile, 145 × .. thumb|Broceliande, 1955h/t, 160 × ..
Dans la France des années 1950, la tendance dominante en peinture est à l'abstraction. La nouvelle école de Paris, avec Jean Bazaine comme chef de file, regroupe les peintres Maurice Estève, Charles Lapicque, Jean Le Moal, Alfred Manessier, Pierre Tal Coat, entre autres, et elle est soutenue par deux historiens de l’art, Bernard Dorival et Pierre Francastel. Pierre Dmitrienko s’y insère naturellement. En 1948, il fait partie du groupe Mains éblouies qui réunit la plupart des jeunes artistes abstraits et expose à la galerie Maeght. Au sein du groupe, Dmitrienko apporte quelque chose de personnel, un sens du sacré venu, peut-être, de la religion orthodoxe. Plus tard, il nommera certaines de ses toiles Icônes.
Pierre Dmitrienko, comme ses contemporains, refuse une figuration explicite du quotidien. Tout en en rendant compte, il témoigne d’une difficulté à représenter désormais la figure humaine, travaille une gestualité et une matière expressives, une certaine forme de violence formelle et utilise de manière récurrente la couleur noire.
Les Usines de 1952-1953, les Bras-mort, Crucifixion, Port(s), Mines de bauxiteMines de bauxite, 1954, h/t, 97 × , collection Fonds national d'art contemporain, en dépôt au musée des beaux-arts de Dijon. de 1954, les Inondation(s), Le Grand VentLe Grand Vent, 1955, h/t, 185 × , collection du musée national d'art moderne, centre Georges Pompidou, Paris., BrocéliandeBrocéliande, 1955, h/t, 162 × , coll. privée, Paris, reproduit dans ., Monts d’Arrée et GennevilliersGennevilliers, 1955, h/t, 89 × , coll. privée, Paris, reproduit dans . de 1955 en sont les témoignages. Bénéficiant d'un certain succès, présent dans les revues importantes, Cimaise ou Jardin des Arts, l'artiste enchaîne exposition sur exposition.
En 1950, à Lausanne, la galerie de la Paix lui offre, pour la première fois, tout son espace, et il participe, la même année, au Salon de Mai. En 1953 il fait, chez Lucien Durand, sa première exposition personnelle parisienne ; elle sera suivie de deux autres. C'est lors de cette première exposition qu'il rencontre, le soir du vernissage, l'actrice Christiane Lénier qui deviendra sa seconde femme. Puis la galerie de Jacques Massol, soutenue avec efficacité par Bernard Dorival, prendra le relais jusqu’en 1960.
thumb|left|Golgotha, 1954h/t, 97 × .. thumb|right|Ferrailles, 1957h/t, 130 × 97 cm..
Dmitrienko, alors, voyage. Les « coloris » des lieux, des pays et paysages traversés imprègnent son œuvre. « Peindre n'est pas dépeindre », écrivait Georges Braque et, de fait, dans les œuvres de Dmitrienko, les couleurs prennent le pas sur un réel qu’il déstructure.
Apparaissent les séries des « Forêt », « Forêt en feu », « Forêt pétrifiéeForêt pétrifiée, 1956, h/t, 130 × , coll. de la Tate Gallery, Londres, ref T00325. », de 1956 et 1958, les « Ferraille » de 1957, les « Carrière », les « Auvergne » et La Nuit de maiLa Nuit de mai, 1959, h/t, 180 × , coll. du musée d'art moderne de la ville de Paris. de 1958-1959, les « Givre » où il applique en glacis toutes les nuances du blanc. Viennent, en 1959, les « Espagne », qu'il peint avec des accents rouge feu ou, parfois, des lumières plus nuancées, comme pour le Désert rose.
thumb|left|Pas même un serpent, 1959h/t, 150 × 190 cm..
À cette époque (1954-1962), Dmitrienko vit à la campagne à proximité de Paris, dans différentes maisons de Nerville-la-Forêt, Dieudonné, et Bois Ricard.
Les galeries accueillent une œuvre dont la critique d’art s’est emparée et les acheteurs suivent. Mais le peintre est également conscient de vivre dans un monde tragique. Lorsque, en 1954 et en 1956, il peint GolgothaGolgotha, 1954, h/t, 97 × , coll. privée, Suisse. puis GethsémaniGethsémani, 1956, h/t, 162 × , coll. privée, Allemagne, reproduit dans ., deux œuvres majeures, il inscrit, d’une croix sur la surface de ces deux toiles, sa mystique personnelle. Le Camp de la mortLe Camp de la mort, 1956, h/t, 162 × , coll. privée, Paris., en 1956, montre son besoin de témoigner de la condition humaine. La BarricadeLa Barricade, 1957, h/t, 81 × , coll. privée, Paris., qui est aussi un hommage à Delacroix, Grande banlieueGrande Banlieue, 1958, h/t, 162 × , coll. privée., La VilleLa Ville, 1957, h/t, 162 × , coll. privée, Paris., de 1957, sont des œuvres qui, à la fois, historicisent et politisent le motif du paysage.
Cet homme, connu pour être amateur des plaisirs de l'existence, féru d’équitation et appréciant les longues marches dans la campagne, dévoile là une spiritualité et une morale qui n'ont rien à voir avec les religions, même si on peut y voir l'influence d'une mystique chrétienne. Ces années-là sont une période heureuse pour l'artiste.
Le tournant de 1960 thumb|Pluie dorée, 1960h/t, 190 × 150 cm.. thumb|left|La Sorcière de la pluie, 1960h/t, 180 × 300 cm..
En 1959, Dmitrienko achète le château abandonné de Nivillers, près de Beauvais dans l’Oise. Il installe son atelier dans les anciennes orangeries. Le paysage autour montre des plaines désolées traversées par des tornades de pluie. Il les peint dans la série des « Pluie » et des « Tornade » : Pluie dorée, Terre de pluie, Ciel de pluie, Pluie fine, Pluie de pierre, Pluie brulée datent tous de 1960. Suivront les Pluies grises et les Fantômes de la pluie où, telles des apparitions, des silhouettes humaines se détacheront des éléments naturels, pour la première fois.
1960 est une année déterminante pour Dmitrienko. Sa technique picturale, aussi, change radicalement. Auparavant il peignait avec des glacis successifs, sur une toile cérusée, ce qui donnait à son œuvre un aspect brillant et lumineux. Dorénavant il travaillera en jus léger, ou en épaisseur au couteau, quasiment sans aucun repentir, sur une toile absorbante, préparée à la colle de peau. La matité des tableaux obtenus par cette technique est foncièrement déterminante pour la suite de son œuvre. L’émergence de l’homme comme sujet de l’œuvre se fait aussi dans le changement radical de sa manière de peindre.
En 1960, aussi, naît son fils Rurik.
En 1961, Dmitrienko est l'un des lauréats de la première biennale de Paris qui s'est tenue en 1959.
Cette période se clôt sur trois très grandes toiles (180 × ) de 1961 : La Ville (sur le quai)La Ville (sur le quai), 1961, h/t, 180 × , coll. privée, Paris, reproduite dans ., La Sorcière de la pluieLa Sorcière de la pluie, 1961, h/t, 180 × , coll. privée, Paris., Tendre est la pluieTendre est la pluie, 1961, h/t, 180 × , coll. privée, Paris. qui sont exposées, l’année suivante, à la galerie Creuzevault. Elles annoncent les « Présence ».
Les « Présence » En 1960, La Sorcière de la pluie est une œuvre « bascule ». Le peintre quitte le paysagisme abstrait — lyrique ou poétique — pour entrer dans celui plus subtil, moins aisé à saisir, des « surfaces d’expectativeSelon l'expression de son fils Rurik, dans . », où au sein d’un vaste bain de peinture noir, gris et blanc, apparaît dans le réseau dense de signes parallèles verticaux noirs, un second réseau, à l’horizontale de la toile, un halo incertain raciné au centre presque du tableau ; une trace, une aura, une présence.
De fait confie Dmitrienko en 1962, Pierre Dmitrienko, lettre à B.N., Nivillers 1961, archives Dmitrienko, reproduit dans ..
Il rejoignait ainsi la pensée de Walter Benjamin qui notait :
Les « Présence » sont des formes d’abord rectangulaires puis plutôt ovales — « Faces sans faces » note Jean-Claude MarcadéJean Claude Marcadé, « Piotr Dmitrienko, témoin du monde, témoin de l'homme », in préface à . — qui se manifestent entre la surface de la toile et celle de la peinture : des trouées qui sont aussi des espaces où les pâtes ont fui et où ne reste qu’une économie subtile du métier, une matière fine, transparente, en jus, riche de ce qu’elle ne recouvre plus mais dévoile et dissocie. Pluie présencePluie présence, 1962, h/t, 146 × , coll. privée, Paris, reproduit dans ; dans . de 1962 et Présence rougePrésence rouge, 1964, h/t, 100 × , coll. privée, Paris, reproduit dans ., de 1964 en sont des exemples.