vignette|284px|L'écurie Salmson, au départ des 'Junior Car Club 200 mile' de Brooklands (1925). La Société des Moteurs Salmson (SMS), ou plus communément Salmson, a été de 1913 à 1962 un des grands constructeurs aéronautiques et automobiles français aux côtés d'Hispano-Suiza, Farman, Voisin, Renault ou Lorraine-Dietrich.
Fondée à Billancourt par Émile Salmson, un ingénieur qui conçoit des moteurs d'avions depuis 1908, la SMS prend son essor durant la Première Guerre mondiale en faisant fabriquer pour la reconnaissance aérienne puis les bombardements trois mille deux cents biplans 2A2, production de tout premier ordre, que ce soit en qualité ou en quantité. D'un rayon d'action alors inégalé, ce sera le premier avion de la future Aéropostale. À partir de 1919, le constructeur, qui emploie déjà plus de six mille salariés, se lance dans la fabrication d'automobiles. Les cyclecars Salmson, des véhicules légers, bénéficient dès 1921 de la technique avant-gardiste du double arbre à cames en tête (2 ACT). Le moteur 2 ACT remporte de très nombreux succès en compétition et les bolides à la calandre au sautoir - marque distinctive des Salmson de l'époque - s'illustrent partout. En 1929, la production est orientée vers des voitures plus confortables que les rugueux cyclecars des débuts. Équipées du très performant moteur quatre cylindres avec 2 ACT, elles offrent la conduite à droite, standard français du luxe de l'époque, destiné surtout à l'exportation.
En 1951 la SMS dépose son bilan. Elle est reprise par les moteurs Bernard. Ceux-ci relancent la production avec une sportive de moyenne cylindrée particulièrement bien dessinée par l'ingénieur Eugène Martin, le coach 2300 sport. Malgré ses qualités, ce coach cher, gourmand et relativement peu confortable ne se vendra pas assez pour sauver l'entreprise. Alors que les Trente Glorieuses culminent, les usines Salmson, incapables avec leurs grandes routières de concurrencer une production automobile de masse subventionnée, cèdent leurs cinq hectares à un ensemble immobilier pour entrer dans la légende des marques automobiles françaises, les Bugatti, Delage, Delahaye, Facel Vega, Hotchkiss, Talbot... Mais au moins Salmson met un terme à sa production automobile sur un dernier chef-d'œuvre.
Histoire Pompes et machines à vapeur vignette|Émile Salmson. La marque tient son nom d'Émile Salmson (1859-1917), fils de Jean-Jules Salmson et petit-fils de Jean-Baptiste Salmson, d'origine suédoise, qui ouvre en 1889 un atelier spécialisé dans le domaine des pompes et des machines à vapeur. La société devient « Emile Salmson et Cie » en 1896 et s'agrandit, avec la fabrication de moteurs.
Aéronautique Dès l'origine de l'aviation, Salmson est un pionnier en matière de moteurs d'aviation. Le motoriste devient également constructeur aéronautique dès la Première Guerre mondiale, inaugure l'Aéropostale, puis équipe de nombreux avions de divers constructeurs à travers l'Europe. Ainsi durant plus de trois décennies, les moteurs d'aviation Salmson, à l'excellente réputation de fiabilité, ont permis d'équiper des milliers d'aéronefs ou encore de remporter de nombreux records : distance, endurance ou altitude.
vignette|redresse|Moteur d'Aviation Salmson à sept cylindres en étoile refroidi par eau.
Salmson se tourne vers l'aéronautique en développant en 1908 un moteur d'aviation, à la demande de Georges Canton et de Pierre Unné, deux ingénieurs de l'Usine Westinghouse de Graville et passionnés d'aviation. Il s'agit du type A, moteur fixe dit « Canton-Unné », à sept cylindres en étoile, de , puissant () et léger (), qui sera suivi de différents modèles ou types, de et plus, puissants ( et ), puis après quelques années, c'est une version à neuf cylindres de qui est présentée, développant puis . Les moteurs Canton-Unné se distinguaient de leurs concurrents par le choix du refroidissement liquide et du moteur en étoile fixe, ce qui autorisait des vitesses de rotation élevées pour l'époque. Contrairement aux moteurs rotatifs à refroidissement par air, plus légers, mais dont l'inertie provoquait un couple rédhibitoire à haut régime.
vignette|Salmson-Moineau S.M.1 A3 -1016.
Installée fin 1912 au rue Saint-Lazare et au n° 3 avenue des Moulineaux à Billancourt, la Société des moteurs Salmson (SMS) est créée début 1913. Elle travaille pour l'État en fabriquant dans ses ateliers de construction mécanique, des moteurs d'avion durant la Première Guerre mondiale, puis elle s'engage également dans la fabrication d'avions : fin 1915 vole le premier aéroplane de la marque. Salmson s'associe avec l'ingénieur René Moineau en créant le Salmson-Moineau SM.1, un avion biplan triplace qui équipera l'armée française dans des escadrilles de reconnaissance, puis produit le Salmson 2A2 pour des escadrilles de bombardement à compter de 1917. En 1918, dans ses ateliers d'une superficie de , la production de la SMS est considérable, et atteint chaque mois, 200 avions complets, 650 moteurs d'avion et d'aviation. En 1915, le moteur type R9 atteint 160ch et en 1917 le moteur type 9Z, présente une puissance de 250 ch. Avec l'usine de Villeurbanne qui produit également des moteurs et des magnétos, la SMS est alors l'une des plus importantes sociétés françaises d'aviation.
Des moteurs reconnus pour leur fiabilité Pendant plus d'une décennie, et donc au cours de la Première Guerre mondiale, les moteurs Salmson en étoile à sept cylindres (1908 à 1913) puis les 9-cylindres (1912 à 1917), ainsi que des 14 et 18 cylindres en double étoile (1913), utilisent la même technique et sont refroidis par eau. Les premiers modèles sont montés sur des avions par Farman, Hanriot, Breguet et VoisinL'industrie aéronautique et spatiale française, tome 1 (1907-1947), édité par le groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales. et les progrès techniques sont rapides en raison des commandes des Armées. Citons par exemple : En 1914, un des premiers biplans de reconnaissance et bombardement, le Farman HF27, construit avec un moteur arrière et une hélice propulsive autour d'une structure métallique avec une mitrailleuse en poste avant, est capable de voler quatre heures grâce au moteur Salmson de 140 ou et d'emporter de surcroît, une charge de bombes de . Le Voisin type III (LA) avec des ailes d'envergures inégales et propulsé par le moteur Salmson 9 M de constitue un avion de bombardement apprécié de par sa résistance aux intempéries et lors des combats, avec 800 exemplaires. En 1915, les vingt-cinq premiers bombardiers biplans Breguet-Michelin BM I, capables d'emporter de bombes sont livrés avec un moteur Salmson M9 de . Mais c'est surtout le Voisin type V (LA. S) avec un moteur Salmson de et produit à 350 exemplaires qui est remarquable. Il fut utilisé pour l'expédition de Ludwigshafen, qualifiée par la presse de plus bel exploit aérien. Le Maréchal Joffre a cité le à l'Ordre de l'Armée, les dix-huit avions, pilotes et bombardiers du groupe de bombardement qui ont effectué avec succès un bombardement sur d'importantes usines, accomplissant un trajet de plus de au-dessus du territoire ennemi. En 1916, c'est le Breguet-Michelin IV, qui parcourt à avec une charge de grâce au moteur Salmson 2M7, à quatorze cylindres, de . Ces deux appareils seront aussi équipés par Michelin de moteurs d'aviation Renault et nommés alors B-M II et BM IV-BLM. La même année est fabriquée une forteresse volante, le Voisin triplan, bombardier lourd, mastodonte d'une envergure de , long de , haut de , d'un poids à vide de et en charge de . Pour la motorisation de ce modèle unique ce ne sont pas moins de quatre moteurs Salmson de qui sont sélectionnés pour leur puissance et fiabilité et montés sur l'aile médiane, en deux tandems latéraux. En 1917, l'avion de chasse Hanriot HD 3 qui vole à est équipé du puissant Salmson 9Za (9 cylindres), de .
C'est dans les années 1920 que la technique évolue et la production s'oriente vers des moteurs refroidis par l'air, plus simples de fabrication et plus légers. Dans les années 1930, les différents moteurs de la gamme Salmson, équipent toutes les catégories d'avions et d'hydravions, notamment des Caudron, Morane-Saulnier et Potez pour ne citer que les plus connus. Il s'agit de moteurs à 3, 6, 7 ou 9 cylindres. À partir de 1933, des moteurs d'avions à cylindres disposés en ligne et en « V » sont aussi fabriqués.
À titre d'exemples, sont mentionnés ci-après quelques aéronefs équipés des réputés moteurs en étoile à neuf cylindres Salmson, développant 40, 120 ou . vignette|Moteur d'aviation Salmson AD9, 9 cylindres en étoile refroidi par air L'emblématique moteur AD9, à l'origine d'une puissance de à , homologué en 1925, motorise l'avion monoplace léger d'entraînement Morane-Saulnier MS180, l'avion de tourisme Caudron C109, l'avion de tourisme biplan Potez 8, le Farman 230, l'avion biplace d'école et de sport Klemm (Allemagne), l'avion et l'hydravion Aeromarine-Klemm AKL-25A (New-Jersey/États-Unis), l'avion American Eaglet 231 ( /États-Unis), le British-Klemm L-25c (Grande-Bretagne) ou encore l'avion d'estafette et d'entraînement Albert. La version intermédiaire AC9 à (homologué en 1924), est quant à elle, montée sur l'hydravion d'école Caudron C168, l'hydravion de submersible et de perfectionnement Besson MB35, l'avion de tourisme et d'école Hanriot H36, l'hydravion d'école Hanriot H41, l'hydravion d'école Lioré et Olivier LeO H-180, le dirigeable vedette Zodiac de la Marine française, de même que l'appareil biplan Caudron C128 du Raid Paris-Le Cap-Paris. Le modèle 9Ne de pour l'original autogire Lioré et Olivier LeO C-30. Le puissant modèle AB9 à , (homologué en 1924) équipe alors l'avion de transport biplan Farman Goliath, l'avion de transport biplan Blériot B135, ainsi que les Potez 32 (avion de transport transcontinental) et Potez 33 (avion de liaison commandé par l'armée de l'air française), mais encore les Caudron C140 (avion de liaison), Caudron C159 (avion d'école et d'entraînement) et aussi les avions d'entraînement Morane-Saulnier 130 et 120ET2.
Des moteurs performants, détenteurs de records historiques et mondiaux Dès à Monaco, la SMS s'est engagée avec réussite dans la compétition. En effet, si les rapides hydravions monocoques Deperdussin Hydrocorsa à moteur Gnome gagnent les épreuves de vitesse, les machines équipées de moteur Salmson remportent toutes les épreuves de fond grâce à leur fiabilité : Le premier prix de l'International Sporting Club de Monaco : Louis Gaubert sur biplan Farman, Salmson 2M7, 14 cylindres en double étoile, de , La course Monaco-Beaulieu-San Rémo-Monaco : René Moineau vainqueur sur biplan Breguet H-U3 à flotteur central, Salmson de , devant Henri Brégi sur biplan Breguet H-U2 à double flotteur, Salmson M7 de .
Le , la première victoire aérienne de l'histoire de l'aviation est remportée par Joseph Frantz et Louis Quenault de l'escadrille V24, sur un biplan Voisin type III (LA) propulsé par un moteur Salmson 9M de 120 ch. vignette|Salmson 2A2 1918. Le , c'est à bord d'un aéronef Salmson 2A2 que Pierre-Georges Latécoère effectue le vol inaugural de la légendaire Aéropostale : l'avion Salmson 2A2, après ses succès pendant la Première Guerre mondiale, est rentré dans l'histoire de l'aviation.
Dans les années 1930, c'est toute la gamme des moteurs d'aviation de 40 à retenus par différents constructeurs d'avions, qui permettent à la SMS de détenir quinze records du monde d'aviation, et pour un bon nombre, par des femmes.