thumb|Vue satellite du détroit de Messine

Le pont de Messine est un projet de pont suspendu sur le détroit de Messine, en Italie, qui sépare la pointe de la « botte » italienne, en Calabre, et la Sicile, entre Villa San Giovanni, d'une part, et Messine, d'autre part.

D'une portée unique de qui est exactement la distance du détroit et de largeur, il doit battre la plupart des records en matière de ponts, en particulier celui du pont du détroit des Dardanelles. Ouvrage multifonctionnel, il doit permettre de relier les réseaux routier ( attendus par jour) et ferroviaire ( attendus par jour) de part et d'autre du détroit.

Après des premières ébauches de conception initiées en 1981, le projet est retardé ou reporté à plusieurs reprises, et en mai 2026, sa date d'achèvement est annoncée à fin 2034.

Histoire Histoire ancienne Le projet d'établir un lien entre la Sicile et le continent remonte à l'époque romaine. Selon les récits de Strabon et Pline l'ancien, le consul Lucius Caecilius Metellus, victorieux de la bataille de Panormus en 251 av. J.-C., aurait disposé un alignement de barques à travers le détroit pour acheminer vers Rome les éléphants de guerre pris aux Carthaginois.

En l'an 800, lorsque l'empereur Charlemagne arrive en Calabre, il demande à ses hommes de construire une série de ponts flottants.

En 1130, Roger II, roi des Pouilles, Sicile et Calabre, à partir de 1130, ordonne à ses ingénieurs d'étudier une liaison entre les parties de son royaume : en pratique, première étude de faisabilité du pont. Mais le souverain meurt à Palerme en 1154.

XIXe siècle Projet de pont d'Oudry (1852) vignette|260px|Projet d’un pont rigide et sans oscillations destiné à la circulation ordinaire et aux trains à grande vitesse à établir sur le Détroit de Messine : proposé par Alphonse Oudry, ingénieur au sein du Corps impérial des ponts et chaussées de France.

L’une des premières propositions documentées de franchissement permanent du Détroit de Messine fut élaborée en 1852 par l’ingénieur français Alphonse Oudry, membre du Corps impérial des ponts et chaussées de France. Son concept prévoyait un pont à quatre travées reliant la Sicile au continent italien, constituant l’une des premières études internationales d’ingénierie consacrées à une liaison fixe à travers le détroit.

La proposition fut décrite dans la documentation technique française sous le titre Projet d'un pont à quatre travées, proposé pour franchir le détroit de Messine et reflétait l’intérêt croissant du pour les grandes infrastructures de transport et l’expansion du chemin de fer. Le projet d’Oudry visait à assurer à la fois la circulation routière et ferroviaire entre l’île et la péninsule italienne.

En 1862, Oudry développa davantage son concept dans une étude révisée intitulée Projet d'un pont indéformable et sans oscillations pour circulation ordinaire et trains de chemin de fer passant à toute vitesse à établir sur le détroit de Messine. Le projet mettait l’accent sur la rigidité structurelle et la réduction des oscillations, proposant un pont capable de supporter aussi bien le trafic conventionnel que des trains circulant à grande vitesse.

Les études d’Oudry sont considérées comme l’une des premières tentatives modernes d’ingénierie visant à démontrer la faisabilité technique d’un franchissement stable du Détroit de Messine, annonçant les propositions ultérieures développées à la fin du et au cours du .

En 1866, sous le gouvernement de Bettino Ricasoli, le ministre des travaux publics Stefano Jacini confie à l'ingénieur Alfredo Cottrau la tâche d'étudier la construction d'un pont. Mais un autre ingénieur, Carlo Navone, essaie de convaincre le ministre qu'il serait préférable de réaliser une liaison sous-marine. À la fin du , c'est l'idée d'un tunnel qui prévaut.

En 1876, Giuseppe Zanardelli, déclare qu’« au-dessus ou au-dessous des vagues, la Sicile doit être unie au continent »..

XXe siècle En 1908, aux premières lueurs du 28 décembre, un tremblement de terre dévastateur, dont l'épicentre se trouve dans le détroit, détruit Reggio Calabria et Messine, faisant victimes. Le projet de construction d'un pont ne fera plus parler de lui pendant de nombreuses années.

En 1958, la société publique Gruppo Ponte di Messina est créée, une entreprise dont les actionnaires principaux sont Finsider (filiale de l'IRI, Fiat S.p.A., Italcementi et Pirelli, tandis que l'architecte conçoit une structure à plusieurs travées, qui repose sur une île artificielle. En 1969, un concours à projet est organisé par le Ministère des Travaux Publics italien et par l'ANAS S.p.A. pour recueillir des idées sur la manière de réaliser le raccordement. 143 projets sont présentés dont certains très extravagants et 12 d'entre eux sont récompensés.

La société de droit public « Stretto di Messina » a été instituée en 1981 pour réaliser, en tant que maître d'ouvrage, les études et la conception d'un projet de lien fixe entre la Sicile et le continent, la construction de l'ouvrage et sa gestion ultérieure. Ses principaux actionnaires, outre les régions de Sicile et Calabre, étaient des entreprises publiques : Fintecna SpA (Finanziaria per i Settori Industriale e dei Servizi), Rete ferroviaria italiana SpA et ANAS (société gestionnaire des routes nationales et autoroutes italiennes). En 1986, la société Stretto di Messina présente trois études de faisabilité : liaison souterraine, pont à une et deux travées. L'Eni, en revanche, propose la construction d'un tube flottant ancré au fond marin, appelé « pont d'Archimède ». En 1992, Bettino Craxi, Président du Conseil, annonce que le pont sera construit, mais l'opération Mani Pulite bloque la réalisation du projet.

XXIe siècle En 2001, Silvio Berlusconi, Président du Conseil, place la réalisation du pont en tête des priorités de son gouvernement. La société Stretto di Messina actualise le projet préliminaire datant de 1992. Ce projet, dont le coût a été estimé à d'euros (valeur 2002), faisait partie des trente projets prioritaires du réseau transeuropéen de transport (TEN) dont la révision a été approuvée le par le Conseil européen. Il a été retiré des priorités européennes le . En 2004, l'appel d'offres international pour la réalisation du projet en entreprise générale (general contractor) est publié au Journal Officiel italien, cinq groupements se portent candidats. Le marché de la construction du pont a été attribué le , à la suite d'un appel d'offres, à un consortium dirigé par la société Impregilo, numéro un italien des travaux publics pour un montant global de d'euros. Le consortium est ainsi composé : Impregilo (45 %), Sacyr SA (18,70 %), Società Italiana Condotte d'Acqua (15 %), Cooperativa CMC (13 %), Ishikawajma-Harima Heavy Industries Co. (6,30 %) et Aci Consorzio Stabile du groupe Gavio (2 %). Sa mise en service est initialement prévue pour l'année 2012. Mais en 2006, le gouvernement italien de Romano Prodi renonce au projet.

En 2008, le gouvernement Berlusconi promet que le pont sera réalisé et le financement est annoncé comme réglé en 2009. En 2009, le groupement Eurolink est défini comme l'entreprise générale pour la réalisation du projet qui, selon la Cour des Comptes, a coûté 128,6 millions d'euros entre 1982 et 2005. En , le projet graphique est présenté au public Ecco il nostro ponte sullo stretto di Messina!, YouTube.com, vidéo mise en ligne le 3 octobre 2009. Il devait coûter d'euros, dont par la société , le maître d'ouvrage. En , l'Assemblée italienne a voté un amendement, présenté par l'opposition, supprimant le financement prévu pour la réalisation de l'ouvrage.. En , cette même assemblée décide l'abandon du projet pour cause de rigueur budgétaireL'Italie renonce au pont sur le détroit de Messine - article de 20 Minutes du 26 février 2013.. En 2013, le ministère du Patrimoine culturel approuve le projet, mais la société Stretto di Messina est liquidée par le gouvernement d'Enrico Letta. En 2016, le gouvernement présidé par Matteo Renzi déclare qu'après la phase de réformes dont le pays a besoin, il se consacrera aux grands travaux déjà approuvés, à commencer par le pont.

En 2021, le gouvernement de Mario Draghi va dépoussiérer le projet, en confiant aux Chemins de fer de l'État italien, dont l'ANAS S.p.A. fait maintenant partie, une nouvelle étude de faisabilité. En 2022, après les élections législatives remportées par une coalition de droite, le ministre des Infrastructures et des Transports du gouvernement de Giorgia Meloni, Matteo Salvini proclame son intention de commencer les travaux du pont en 2024. Le 16 mars 2023, le Conseil des ministres du gouvernement de Giorgia Meloni confirme que, « sous réserve d'accords », la société Stretto di Messina, mise en sommeil et maintenant réactivée, fixe un nouveau planning de construction du pont, pour lequel le ministre Matteo Salvini attend l'approbation du projet exécutif avant le 31 juillet 2024.. La société des chemins de fer italiens FS, l'ANAS S.p.A., les régions Sicile et Calabre et, à hauteur d'au moins 51%, le Ministère de l'Économie et des Finances sont appelés à participer au capital de l'entreprise. Le projet devrait rester celui de 2011, avec les actualisations techniques nécessaires, qui prévoit la construction du pont suspendu le plus long au monde avec une travée centrale unique de 3,2 km de longueur, pour une longueur totale de 3,66 km. L'ouvrage est conçu pour résister à un séisme jusqu'à 7,1 degrés sur l'échelle de Richter. Le gouvernement italien relance en 2024 une étude écologique pour étudier la faisabilité du projet et son impact sur les milieux naturels locaux. Le projet est finalement accepté par le ministère de l'Environnement italien, en 2024, sous réserve de modifications. Les travaux devraient commencer en 2025 et se poursuivre pendant six ans. Le 6 août 2025, le gouvernement de Giorgia Meloni valide le projet, malgré de nombreuses oppositions, en considérant que son financement prendra place dans la part non militaire de l'engagement pris par l'Italie vis-à-vis de l'OTAN d'augmenter son budget de défense..

Nouveau décalage en 2026 Selon plusieurs sources institutionnelles et économiques, le projet du pont sur le détroit de Messine se trouverait, au printemps 2026, dans une phase avancée en vue du démarrage des travaux, développement d’une idée que le PDG de Stretto di Messina, Pietro Ciucci, a présentée à la presse le 21 février 2024.

Une première étape formelle a été franchie avec l'adoption de la délibération n° 41 du CIPESS en date du 6 août 2025. Toutefois, le 29 octobre 2025, la Cour des comptes n'a pas apposé son visa sur cette délibération, empêchant ainsi son entrée en vigueur. En l'absence de ce contrôle, la publication au Journal officiel (Gazzetta Ufficiale) n'a pas pu produire ses effets juridiques, ce qui aurait autrement permis un démarrage des travaux dès novembre 2025.

Au cours de l'année 2026, les autorités compétentes, notamment le ministère des Infrastructures et des Transports (MIT), la société Stretto di Messina S.p.A. et le groupe Webuild, ont travaillé à la mise en conformité du projet avec les observations formulées par la Cour des comptes.

Ces observations portaient principalement sur quatre points:

l'actualisation de l'information relative à l'IROPI (Imperative Reasons of Overriding Public Interest, Impératif d'intérêt public majeur), déjà reconnue au niveau de l'Union européenne ; l'acquisition d'un nouvel avis du Conseil supérieur des travaux publics, bien qu'un avis favorable sur le projet préliminaire ait déjà été rendu le 17 octobre 1994 ; la demande d'un avis sur le plan financier auprès de l'Autorité de régulation des transports (ART) ; la clarification de la question relative à une augmentation présumée de 50 % du montant du contrat, en conformité avec l'article 72 de la directive 2014/24/UE sur les marchés publics.