Timothy Francis Leary, né le à Springfield dans le Massachusetts et mort le à Beverly Hills en Californie, est un essayiste américain, psychologue de formation et militant de l'usage des psychédéliques.

Il est le plus célèbre partisan des bienfaits thérapeutiques et spirituels du LSD. Pendant les années 1960, il a inventé et popularisé le slogan Turn on, tune in, drop out (« Vas-y, mets-toi en phase, et décroche »), devise synonyme de libération, de contemplation (méditative) et de contestation.

Biographie Enfance et études Timothy Leary est né à Springfield (Massachusetts) dans une famille catholique irlandaise de la Nouvelle-Angleterre, d'un père dentiste. Après ses études secondaires, il étudie pendant deux ans, de 1938 à 1940, au College of the Holy Cross, à Worcester, Massachusetts, mais réagit mal à la discipline de cet établissement jésuite. Sous la pression de son père, il devient alors cadet de l'académie militaire de West Point, mais en est renvoyé au bout de 18 mois après de nombreux déboires. Il obtient finalement une licence en psychologie à l'université d'Alabama en 1943. Cette même année, il est incorporé dans l'armée des États-Unis dans laquelle il servit en tant que psychologue.

À sa sortie de l'armée, il reprend ses études et passe un doctorat en psychologie à l'université de Californie à Berkeley en 1950. Il devient professeur auxiliaire à Berkeley de 1950 à 1955. Leary, alors aux prises, ainsi que son épouse suicidée en 1955, avec l'alcool, a plus tard décrit ces années avec dédain, se voyant comme :

Il devient ensuite directeur du département de recherche en psychiatrie Kaiser de l'université de Oakland (1955-1958), et enfin, après quelques péripéties, conférencier en psychologie à l'université Harvard (1959-1963). Durant ces années, il développe entre autres le modèle du circomplexe interpersonnel afin de décrire les traits de personnalité qui interviennent dans les relations sociales. Son modèle conçoit les relations selon deux axes: l'amour et la dominance.

Expérience des drogues vignette|Allen Ginsberg, Timothy Leary et John Lilly en 1991. En , Timothy Leary se rend au Mexique à Cuernavaca où il consomme des champignons hallucinogènes contenant de la psilocybine. Une expérience qui, dit-il, change radicalement le cours de sa vie. Dès son retour à Harvard, Leary s'associe avec l'enseignant Richard Alpert (connu plus tard sous le nom de Ram Dass), et certains de ses étudiants pour des projets de recherches pour explorer les effets de la psilocybine puis du LSD, psychotrope de synthèse alors légal fourni par les laboratoires Sandoz. Ils en viennent à affirmer que le LSD, correctement dosé, et pris de préférence sous la supervision d'un professionnel, peut changer radicalement la perception, la conscience, le comportement et la personnalité. Leurs recherches finissent par avoir pour but, grâce à l’« expansion (ou l'élévation) de la conscience » provoquée selon lui par ce produit, de trouver des traitements de l'alcoolisme (dont il a été affecté) et de la psychose, de réhabiliter les criminels et de dynamiser la libido. Plusieurs participants à ces recherches et lui-même disent en outre avoir vécu des expériences mystiques et spirituelles, qui, prétendent-ils, ont changé leur vie d'une façon très positive. L'écrivain beat Allen Ginsberg se joint à eux et participe ainsi au mouvement psychédélique naissant. C'est le début d'une longue amitié dédiée à l'« expansion de la conscience », avec aussi John Cunningham Lilly, autre chercheur américain.

Leary et Alpert sont écartés de Harvard en 1963 à cause de la direction que prennent leurs recherches et parce que certains parents d'étudiants portent plainte auprès de l'administration lorsqu'ils apprennent que des hallucinogènes ont été distribués à leurs enfants dans le cadre de ces recherches. Ils poursuivent alors leurs recherches dans un grand manoir à Millbrook appartenant à trois riches héritiers, par ailleurs aussi amateurs de LSD, Peggy, William et Tommy Hitchcock.

Leary écrit plus tard :

Ennuis judiciaires vignette|Timothy Leary lors de son arrestation par la DEA en 1972. Leary fut d'abord inquiété pour importation de marijuana lors du retour d'un voyage au Mexique en . Par ailleurs, le LSD étant devenu illégal en 1966, des incursions répétées du FBI entraînent la fin de l'ère Millbrook. Il finit par être considéré comme l'homme le plus dangereux des États-Unis. Il est arrêté une deuxième fois pour possession de marijuana, en , et à l'issue d'un procès fleuve en 1969, il est condamné en à un total de vingt ans de prison et incarcéré. Il subit à son entrée en prison les tests psychologiques standards assignés aux détenus pour l'attribution des tâches. Ayant lui-même créé ces tests, il donne des réponses qui le prédisposent à travailler dans le jardin de la prison, d'où en , la Weather Underground Organization, mouvement de gauche radicale, le fait s'évader.

Avec son épouse Rosemary, il quitte alors clandestinement les États-Unis pour l'Algérie. Son plan est de s'y réfugier en compagnie du black panther Eldridge Cleaver, ce qui s'avère une mauvaise idée lorsque celui-ci tente de le prendre en otage. Le couple parvient à s'enfuir en Suisse où un ami leur prête un chalet à Villars-sur-Ollon. Leary est placé sous contrôle judiciaire par les autorités locales mais, en définitive, la Suisse refuse l’extradition demandée par les États-Unis et accorde une autorisation provisoire de résidenceFeuille d’avis de Lausanne, 14-15 août 1971 ; « Il y a cinquante ans L’apôtre du LSD arrêté à Villars et écroué à Lausanne », 24 Heures 16 août 2021.. Ils quittent ensuite ce pays pour l’Autriche puis, séparé de Rosemary, Leary se rend en Afghanistan. Il y est arrêté par des agents du gouvernement américain et extradé aux États-Unis en 1974. Il coopère avec le FBI aux enquêtes menées sur le Weather Underground et est libéré le par le gouverneur Jerry Brown.

À la recherche de voies nouvelles Par la suite, il travaille à un modèle qui suppose que l'esprit humain est composé de « huit circuits de conscience ». Selon lui, la plupart des gens n'accèdent qu'à quatre de ces circuits au cours de leur vie. Les quatre autres seraient des ramifications révolutionnaires des quatre premiers et devraient permettre d'accéder à la vie dans l'espace et à " l'élargissement de conscience nécessaire au progrès scientifique et social. Selon Leary, certains peuvent accéder à ces quatre autres circuits par la méditation ou par d'autres voies spirituelles. Il cite comme preuve de l'existence de ces quatre circuits « plus élevés » le sentiment de mouvement sans inhibitions éprouvé par l'utilisateur de marijuana. Dans ce modèle de huit circuits de la conscience, l'une des fonctions premières du cinquième circuit, le premier à se manifester pendant la vie dans l'espace extra-atmosphérique, permettrait aux humains de s'acclimater à un environnement sans air et à faible pesanteur...

À plusieurs occasions, Leary s'est intéressé à l'occultisme et il était membre de l'ordre magique, les Illuminés de Thanatéros. Un mois avant de mourir d'un cancer de la prostate, Leary a écrit un livre intitulé Design for Dying, qui tentait de montrer une nouvelle manière d'envisager la mort.

En 1964, il a coécrit un livre avec Ralph Metzner et Richard Alpert,The Psychedelic Experience, basé sur le Livre des morts tibétain dans lequel ils écrivaient :

Ce type d'expérience évoque celles de voyage astral ou d'expériences de sorties du corps ; c'est ainsi que, partant de recherches psychologiques, Leary est passé à des recherches physiques en s'intéressant aux voyages stellaires et à la colonisation de l'espace.

Il s'implique également dans des spéculations sur l'acide ribonucléique (ARN), dans ses livres, faisant l'hypothèse qu'il est une réplique microscopique au sein des cellules des « trous noirs » astrophysiques. Il y voyait une clef de l'élargissement possible des consciences, ainsi qu'il le suggérait dans ses conférences, piste à l'évidence qui ne retient pas l'attention des milieux scientifiquesExcepté dans ses livres, il est quasiment impossible de trouver de la documentation sur ces hypothèses. Sauf, en creux, chez Rupert Sheldrake, moins catégorique, et plus statistique..

Ses expérimentations collectives de psychédéliques à l'université de Berkeley et de Harvard, ont une influence prépondérante dans le domaine artistique (cf. Pop-Art, etc.), avant que ses théories ne trouvent magistralement des incidences dans l'informatique balbutiantehttp://www.fargonebooks.com/leary.html : It's no accident that the people who popularized the personal computer were Steve Jobs and Steve Wozniak, both barefoot, longhaired acid-freaks. It's no accident that most of the people in the software computer industry have had very thoughtful, very profitable and creative psychedelic experiences. Bill Gates, rumor has it, was a very active psychedelic proponent when he was at Harvard, before he, uhh...., lorsque l'ordinateur devint individuel (cf. Personal Computer) en dehors des monopoles industriels de gros systèmesChaos et Cyberculture Ed. du Lézard, paru en France en 1996 ; ainsi que « Techniques du Chaos »..

Acteur de la révolution informatique Il fut l'un des premiers théoriciens de la cyberculture, militant dans cette mouvance depuis l'apparition des microprocesseurs jusqu'à la fin de sa vie quand le cyber-impact dans la société était devenu patent (cf. son livre Chaos et Cyberculture Ed. du Lézard, paru en France en 1996 ; ainsi que Techniques du Chaos).

Mort Atteint d'un cancer de la prostate irrémédiable, Timothy Leary a demandé que sa mort soit enregistrée sur vidéo. Il décède des suites de son cancer le à Beverly Hills en Californie. Dans son délire final, il répète les mots Why not (« Pourquoi pas »). Sa dernière parole, selon son fils Zach Leary, est Beautiful (« Superbe »). Un film intitulé Le Dernier Voyage de Timothy Leary en a été tiré mais a suscité des controverses en raison d'une scène qui aurait été truquée.

Pendant plusieurs années, Timothy Leary avait été fasciné par les possibilités de la cryonie. Il ne croyait pas qu'il serait lui-même ressuscité, mais il croyait en l'importance de la cryonie. Il s'agissait pour lui d'un « devoir en tant que futurologue ». Timothy Leary a été en relation avec deux organismes de cryonie, l'ALCOR et sa filiale CRYOCARE, mais il demanda finalement que son corps soit incinéré, à l'exception de sa tête qui fut conservée ; ses cendres furent distribuées à ses amis et à sa famille.

Sept grammes des cendres de Timothy Leary furent transmis par un ami à l'entreprise pour être envoyés dans l'espace à bord d'une fusée portant les restes de personnes, dont Gene Roddenberry, créateur de Star Trek, Gerard O'Neill, physicien de l'espace, et Krafft Ehricke, scientifique spécialisé dans les fusées.

Influences De son vivant, Leary, en tant que chantre de la liberté de conscience et de son expansion, a souvent côtoyé Allen Ginsberg, Aldous Huxley, Carlos Castaneda, John Cunningham Lilly et John Lennon. Son slogan de campagne pour le poste de gouverneur de Californie en 1969 (Come Together, join the party) est à l'origine de la chanson Come Together des Beatles. Il a été le sujet d'une chanson des Moody Blues Legend of a Mind, qui a rendu célèbre l'expression : Timothy Leary's dead. No, no, he's outside looking in (« Timothy Leary est mort. Non, non, il nous regarde depuis l'extérieur »). À peu près à la même époque, une chanson des Who, The Seeker, fait allusion à lui. Le protagoniste, recherchant une certaine vérité universelle, déclare : I asked Timothy Leary, but he couldn't help me either (« J'ai demandé à Timothy Leary, mais il ne pouvait pas m'aider non plus »). En 1972, il s'associe au groupe de space rock allemand Ash Ra Tempel pour l'album Seven Up.