L'économie de la Tchéquie est une économie sociale de marché développée, tournée vers l'exportation et fondée sur les services, l'industrie manufacturière et l'innovation. Elle préserve un État-providence à revenu élevé et le modèle social européen. La République tchèque participe au marché commun européen en tant que membre de l'Union européenne et fait donc partie intégrante de l'économie de l'Union. Elle utilise sa propre monnaie, la couronne tchèque, au lieu de l'euro. Elle est membre de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). La Tchéquie se classe au rang quant au développement humain ajusté aux inégalités et au rang selon l'indice du capital humain de la Banque mondiale, devant des pays comme les États-Unis, le Royaume-Uni ou la France.
Le secteur industriel représente 37 % de l'économie, tandis que les services en représentent 61 % et l'agriculture 2 %. Les principales industries sont l'ingénierie de haute technologie, l'électronique et la construction mécanique, la production d'acier, les équipements de transport (automobile, ferroviaire et aérospatiale), la chimie, les matériaux avancés et les produits pharmaceutiques. Les principaux services sont la recherche et développement, les technologies de l'information et de la communication (TIC) et le développement de logiciels, les nanotechnologies et les sciences de la vie. Les principaux produits agricoles sont les céréales, les huiles végétales et le houblon.
En 2023, le produit intérieur brut (PIB) tchèque par habitant en parité de pouvoir d'achat était de 50 961 $ et de 698 706 couronnes tchèques (31 368 $) en valeur nominale. En , le taux de chômage en Tchéquie était le plus bas de l'UE à 2,6 %, et le taux de pauvreté est le deuxième plus bas des membres de l'OCDE, après le Danemark. La Tchéquie se classe dans l'indice de liberté économique (derrière le Chili), dans l'indice mondial de l'innovation (derrière les Émirats arabes unis), dans le rapport sur la compétitivité mondiale, dans l'indice de facilité de faire des affaires et dans le rapport mondial sur la facilitation du commerce (derrière le Canada).
Le principal partenaire commercial pour les exportations et les importations est l'Allemagne, suivie par les autres membres de l'UE. La Tchéquie a une économie très diversifiée qui se classe dans l'indice de complexité économique de 2019.
Histoire Histoire économique avant 1990
La petite taille de la Tchéquie et sa discrétion dans l'économie mondiale occultent quelque peu son brillant passé. Dès les années 1850, dans le cadre de l'Autriche-Hongrie, la Bohême accomplit sa révolution industrielle et développe un vaste réseau ferroviaire. Le développement économique de la Tchécoslovaquie est cependant inégal, la Slovaquie restant beaucoup plus rurale et pauvre que la Bohême et la Moravie. Malgré la crise économique de 1929, la Tchécoslovaquie continue de faire partie des pays les plus avancés d'Europe, se classant même septième pays au monde pour le PNB par habitant en 1938.
Cependant l'extermination de la bourgeoisie juive par les nazis, l'expulsion des Allemands des Sudètes (ces deux catégories de la population sont propriétaires de 70 % de l'industrie tchécoslovaque d'avant-guerre) à la suite des décrets Beneš et de l’adoption la plus servile de l’économie planifiée par le Parti communiste tchécoslovaque a étouffé ce dynamisme industriel à tel point que le pays a la plus faible croissance des pays du Comecon entre 1985 et 1988Source : FMI..
Pour sortir le pays de l’ornière communiste, des hommes issus de l’Institut de recherches prospectives tchécoslovaque proposent diverses solutions : les « néolibéraux » à la tête desquels Václav Klaus, sont en faveur d’une rupture radicale et proposent une « thérapie de choc économique » alors que les « gradualistes », à la tête desquels Miloš Zeman sont plus sensibles aux questions sociales. Les premiers l’emportent au début de la décennie post-communiste sur fond de crise nationaliste au niveau politique : la Slovaquie reprend son indépendance.
Les années 1990 et la sortie du communisme thumb|Croissance du PIB tchèque La révolution de Velours en 1989 offre la possibilité d'une réforme économique en profondeur.
Les premiers signes de la croissance apparaissent à la veille de la « thérapie de choc » que le Fonds monétaire international désigne comme un « big bang » en . Dès lors, 95 % des prix sont libérés, l'inflation maintenue dans les 10 %, le taux de chômage bas, la balance des paiements positive, le taux de change de la couronne stable, les exportations réalignées depuis le Bloc de l'Est vers le Marché commun et la dette extérieure parmi les plus basses de la région.
Entre le et le , la Tchéquie et la Slovaquie forment une éphémère union monétaire tchéco-slovaque.
Sous la houlette néolibérale de Václav Klaus, ministre fédéral des Finances avant de devenir Premier ministre, la politique fiscale est stricte et le déficit budgétaire modeste et contrôlé. Après une série de dévaluationsEn 1989, avant la chute du Mur de Berlin, la couronne tchécoslovaque s'échange sur les marchés parallèles à cinq fois son cours officiel., la couronne reste stable vis-à-vis du dollar US et du deutsche Mark. La couronne tchèque atteint la libre convertibilité pour la plupart des transactions à fin 1995.
Outre ces aspects économiques, le gouvernement, pour favoriser les investissements doit mettre en place un « climat » stable et favorable qui comporte des aspects législatifs et infrastructurels (secteur bancaire, télécommunications, transports, etc.) pour rattraper le niveau occidental et attirer les capitaux. Les gouvernements successifs ont favorisé les capitaux en provenance des États-Unis, en particulier pour contrebalancer la puissance économique voisine de l'AllemagneQuoique les convictions atlantiques et eurosceptiques de Václav Klaus n'y soient pas pour rien.. Bien que l'investissement direct à l'étranger (IDE) soit cyclique les États-Unis occupent en moyenne la troisième place avec 12,9 % des IDE totaux entre 1990 et 1998 derrière l'Allemagne et les Pays-Bas.
Ces succès économiques font que la Tchéquie est le premier pays postcommuniste à recevoir un crédit d'investissement par les agences de notation financière internationales.
Les privatisations Václav Klaus, suivant le modèle néolibéral de son égérie, Margaret Thatcher, convaincu que l’actionnariat du secteur privé, quel qu'il soit, vaut mieux que le dirigisme étatique (dont il a été l'un des acteurs impuissants sous le communisme), entreprend la privatisation de l'économie tchécoslovaque, alors l'une des plus centralisées d'Europe centrale. Ces privatisations se font en trois vagues : la « petite » privatisation (malá privatizace) débute à fin 1990 et bénéficie d'un large consensus politique, la privatisation par coupons (kupónová privatizace) est engagée au et se finit officiellement en 1996, la troisième vague que l'on pourrait qualifier de « pragmatique », par opposition aux options fortement idéologiques de la précédente, prend alors le relais et se poursuit encore.
La « petite privatisation » La Tchéquie compte alors Les informations de ce chapitre sur la petite privatisation sont issues du site des cultures des pays d'Europe centrale et occidentale du pôle universitaire européen de Lorraine. dans les secteurs tertiaire et secondaire. La petite privatisation a consisté à vendre aux enchères, en général aux managers des petites entreprises (d'où le nom de « petite privatisation ») le capital des unités de productions qu'il géraient. Dans le cadre de cette petite privatisation, engagée à fin 1990 et qui s'étale de 1991 à 1993, ce sont vingt-trois-mille unités de production qui passent en mains privées, représentant pour l'État tchécoslovaque puis tchèque un gain d'environ 32 milliards de couronnes.
Pour ce faire, on utilise la méthode de l’enchère hollandaise ou enchère descendante, dont l'avantage réside dans la rapidité d'exécution. Dans les six premiers mois, presque de production changèrent de main pour 24 milliards de couronnes.
La privatisation par coupons
Sous l'égide de Václav Klaus, alors ministre des Finances, la Tchécoslovaquie met en place une solution originale pour privatiser des pans entiers de l'industrie : la privatisation par coupons. Chaque foyer fiscal peut acheter, pour une somme modiqueMille couronnes tchécoslovaques, soit l'équivalent d'un tiers de salaire mensuel moyen de l'époque., un « carnet de coupons » (kupónová knížka) qui donne un « droit » (un call dans le jargon de la finance) pour acquérir des actions des entreprises à privatiser.
Cette privatisation par coupons tente de transformer les Tchèques en une nation en petits porteurs. Mais on ne s'improvise pas boursicoteur. Et comment même investir quand l'information financière est totalement inexistanteLa loi sur la comptabilité, qui impose les présentations aux normes européennes des bilans et comptes de résultats, date de 1993. ou, quand elle existe, correspond à des normes communistes kafkaïennes qui mélangent endettement et subvention. Comment investir ces coupons quand l'information fait défaut ?
Un escroc apporte une solution miracle à ces questions sans réponse : Viktor Kožený devient rapidement célèbre en fondant le Harvardský investiční fond (Fonds d'investissement Harvard), aux consonances « américaine » et « capitaliste » (toutes notions exclusivement positives en cette sortie de cinquante ans de communisme) qui, via un slogan publicitaire simple, percutant et efficace, offre un retour sur investissement garanti de dix fois la somme initialement investie. Une fois en possession des titres des petits épargnants, c’est-à-dire du contrôle des sociétés privatisées, le Harvardský investiční fond s'est empressé d'en « siphonner » le cash, via des montages financiers plus ou moins transparents via Chypre et autres paradis fiscaux. Signe des temps, le tchèque s'enrichit alors d'un néologisme tunelování à partir de l'anglais « tunnel » pour décrire cette activité de détournement de fonds.
Certaines grandes entreprises se sont ainsi retrouvées à court de liquidités, insolvables. Les petits épargnants, pour leur part, n'ont pas vu le retour sur investissement promis.
Dès , 80 % des entreprises sont privatisées. La privatisation par coupons prend fin officiellement au . Václav Klaus déclare alors, sans doute un peu tôt, que la transition d'une économie dirigée vers une économie de marché est alors terminée.
Le bilan de cet « hapax économique » n'est pas très favorable : en , Radio PragueSource : Radio Prague. note que les sondages révèlent que trois-quarts des citoyens tchèques estiment que la privatisation par coupons ne présente pas un bilan positif. Même les électeurs du Parti démocratique civique de Václav Klaus ne sont pas convaincus que la privatisation par coupons fut une bonne chose. Les économistes de l'OCDE et du FMI, un temps enthousiastes et recommandant la solution aux autres pays ex-communistes, la jugent avec un œil critique.
Les privatisations pragmatiques Au , le ministère pour la Gestion du patrimoine national et la Privatisation est dissous et ses compétences passent au ministère des Finances, qui continue à superviser les activités du Fonds du patrimoine national. Le patrimoine de l'État est alors encore considérable.
Certains monopoles et quelques très grandes entreprises sont encore publiques, que ce soit en vertu d'un nationalisme de bon aloi qui exige de garder certains « joyaux » économiques de crainte qu'ils ne passent sous contrôle étranger (c'est le cas de la célèbre Budweiser) ou, pour des raisons politiques, parce que le gouvernement social-démocrate de Miloš Zeman puis Vladimír Špidla ne fait pas des privatisations une priorité.