Le Shetland () est une race de poneys originaire des îles Shetland, au nord de l'Écosse. C'est l'une des plus petites races de chevaux au monde, particularité qu'il doit à son adaptation au biotope rigoureux de son île originelle. Le Shetland fait l'objet d'une forte demande comme animal de travail à partir des années 1850 grâce à sa taille réduite et son corps massif, qui lui permettent de se faufiler dans les étroites galeries minières et de transporter en tractant des wagonnets de charbon ou de métaux. Il est exporté partout dans les îles Britanniques. Avec le développement de l'équitation sur poney, il devient un animal de loisir et d'instruction pour les enfants, ce qui lui a valu de gagner le monde entier.
Le Shetland se distingue par son apparence « mignonne », suscitant l'affection et l'attendrissement chez les humains et facilitant d'autant son usage de poney pour les enfants, voire d'animal de compagnie. En dépit de sa petite taille, il est particulièrement robuste, ce qui lui permet de tracter deux fois son propre poids. Le Shetland est aussi un poney rustique, tolérant bien les climats froids et humides. Il est cependant victime de problèmes de santé spécifiques, dont l'obésité et la luxation congénitale de la rotule.
C'est l'une des races de chevaux les mieux diffusées dans le monde, bien que le dénombrement des effectifs totaux soit complexifié par un grand nombre de croisements et de poneys sans documents généalogiques connus. Il est présent dans toute l'Europe, particulièrement aux Pays-Bas, en France et en Allemagne, en plus de son pays natal ; il se retrouve aussi en Amérique centrale, dans l'Amérique du Sud, en Australie et en Afrique du Sud. Son élevage est populaire, car simple à conduire.
Dénomination Cette race de poneys tire son nom des Shetland, un archipel écossais situé au nord de l'île de Grande-Bretagne, à la même latitude que le sud du Groenland. Son nom originel en anglais est Shetland pony. Le Shetland fait partie du groupe des poneys britanniques des montagnes et des landes. Il est également surnommé sheltie.
La race du poney Shetland est très souvent confondue avec tout poney d'une taille d'environ un mètre. Or pour avoir l'appellation officielle de « Shetland », un poney doit être de race Shetland et non pas seulement de petite taille, c’est-à-dire qu’il doit respecter un standard de race.
Sources Le premier ouvrage encyclopédique en langue française consacré au poney Shetland est celui d'Emmanuelle Lepetit, en 2011, qui a pris ses sources dans des ouvrages anglophones.
Histoire vignette|gauche|Lithographie ancienne d'un poney Shetland.|alt=Représentation d'un poney marron aux airs de lion, vu de profil.
Origine Les origines du poney Shetland sont obscures, aucune hypothèse relative à son arrivée sur ces îles ne faisant consensus..
Il a vraisemblablement été amené sur ces îles par des colons celtes, entre 2000 et 1000 .. Il est en effet proche du poney celte primitif. Selon l'auteur britannique Elwyn Hartley Edwards, il a pu évoluer à partir de poneys proches de l'Exmoor et venus de l'île de Grande-Bretagne, au sud des Shetland ; l'hypothèse inverse d'une arrivée à partir du Nord correspond en effet moins à son évolution insulaire. L'autrice tchèque Helena Kholová estime que le Shetland fut introduit vers l'an mille sur l'île par des colons norvégiens, et partage la même origine que le poney des Lofoten. L'autrice Emmanuelle Brengard de Cheval Magazine, sans citer ses sources, date la naissance de la race vers 2500 .
L'autrice Judith Dutson mentionne des origines communes avec les poneys et petits chevaux présents en Islande, en Scandinavie, en Irlande et au pays de Galles. De même que Bonnie Lou Hendricks (université de l'Oklahoma), elle cite une hypothèse qui ferait provenir cette race de Scandinavie, avant la séparation des terres par les eaux aux alentours de 8000 , les poneys ayant ensuite rejoint l'Écosse grâce aux premiers Celtes. Edwards juge cette hypothèse peu crédible ; de plus, rien ne soutient une arrivée aussi précoce (ni l'archéologie, ni la génétique). Les ossements les plus anciens retrouvés sur l'île datent du . Ils sont présumés appartenir à des animaux domestiqués. La race est citée comme remontant à l'âge du bronze. Le Shetland est morphologiquement et génétiquement proche de l'Islandais, ainsi que des races de poneys scandinaves comme le Fjord. Il est possible que cela résulte des échanges commerciaux entre l'Écosse et la Norvège au Moyen Âge.
La sélection naturelle, l'adaptation aux conditions climatiques rigoureuses des îles où les abris sont rares, ont forgé au cours des siècles un petit équidé robuste et très rustique. Sa petite taille lui permet de survivre avec une moindre quantité de nourriture à disposition, les îles Shetland n'offrant pour source de nourriture herbivore que des landes à buissons nains, du lichen et de la bruyère.. Datée du , l'une des pierres de Bressay, l'une des îles Shetland, représente des moines chevauchant des équidés de très petite taille.
Le Shetland reçoit très peu, voire pas d'influences extérieures, à l'exception de celle du poney des Lofoten norvégien et d'éventuels petits chevaux amenés par les Vikings. Il est très peu probable que le Shetland ait été croisé avec l'Arabe. L'auteur autrichien Martin Haller cite des croisements possibles avec des chevaux norvégiens, Highland écossais, et même avec le Mustang, qui n'ont pas laissé de traces.
Une hypothèse peu crédible fait des ancêtres du Shetland des chevaux transportés par l'Invincible Armada ; d'autres sources citent des croisements avec des chevaux espagnols transportés par cette flotte. Tout cela relève très probablement de la légende.
Dans les années 1600, les habitants des îles Shetland utilisent les poneys pour le travail dans les fermes et leur font transporter de la tourbe (peat) servant de combustible, ou des algues, dans des paniers en osier nommés kishies. La race est en effet décrite en 1603 dans le Court Book en Shetland, qui en contient la première mention écrite connue. Le Shetland reste d'usage à ces tâches pendant plusieurs siècles.
Les habitants des îles Shetlands utilisent aussi les crins de sa crinière et de sa queue pour confectionner des cannes à pêche et pour rembourrer des matelas. Sur ces îles, couper les crins d'un poney qui appartient à quelqu'un d'autre est alors passible d'une amende.
Le révérend John Brand décrit les poneys locaux dans son œuvre de 1701 Brief description of Orkney, Zetland, Pightland-Firth & Caithness ; il y loue leur force remarquable et leur adaptation au climat local, précisant que des chevaux de plus grande taille ne seraient sans doute pas capables de survivre sur ces îles.
Au , l'élevage de poneys reste totalement centré sur les îles. Seul un très petit nombre de spécimens est exporté et vendu dans différents pays européens.
Les poneys font partie de la vie quotidienne des insulaires. Ils vivent la majeure partie du temps avec des moutons, dans de grandes étendues communales nommées , et sont récupérés au bon vouloir des fermiers. Ces derniers utilisent les poneys pour le bât, pour toutes sortes de charges, des céréales à la tourbe.
vignette|Reconstitution d'un poney des mines de fond au Beamish Museum, en 2011.|alt=Photo d'un homme avec une casquette menant un poney harnaché et à la queue coupée.
Le Parlement du Royaume-Uni interdit le travail des enfants dans les mines de charbon durant les années 1840 ; cela pousse les propriétaires de mines d'Angleterre à utiliser des poneys de petite taille pour leur capacité à accéder aux galeries étroites, et crée une forte demande pour des Shetlands.
L’élevage de poneys devient donc florissant dans les années 1850. Les habitants des îles Shetland exportent des centaines de poneys vers l'île de Grande-Bretagne, jusqu'à 500 par an. Ils sont utilisés comme animaux de trait afin de tirer les chariots dans les mines, à partir de l'âge de . Cela favorise la sélection de poneys de type lourd, à l'ossature très solide. Seuls les sujets mâles sont retenus pour ce travail. Ce choix pratique vise à éviter les tensions mâles-femelles au sein de la mine, mais a une conséquence désastreuse sur l'élevage. Les étalons restés dans les îles pour la reproduction baissent rapidement en qualité. Les couleurs de robe foncées (noir, bai) sont également privilégiées, car moins salissantes pour du travail minier.
Parallèlement, à l'époque victorienne, de nombreux aristocrates britanniques acquièrent des Shetland pour leurs enfants, sous l'influence de la reine Victoria qui en possède plusieurs paires attelées à ses phaétons.
À la fin du siècle et en conséquence des exportations, le nombre de poneys sur les îles Shetland est passé d'environ à environ , voire .
Influence du haras de Bressay vignette|gauche|Paysage de l'île de Noss durant l'été.
En 1873, le propriétaire minier George Vane-Tempest, cinquième marquis de Londonderry, lance son propre élevage de poneys sur les îles Shetland afin de remédier aux difficultés à trouver de bons poneys pour le travail des mines. Le haras de Bressay, installé sur l'île de Noss, devient au fil du temps un important exportateur. Londonderry engage un vétérinaire, Robert Brydon, et un éleveur, Meiklejohn. Ils achètent environ 200 poneys sur toute l'île et sélectionnent six étalons reproducteurs pour démarrer leur élevage.
L'étalon noir nommé Jack 16 devient un ancêtre fondateur important de la race Shetland actuelle, avec 49 descendants. Un autre fondateur est Thule 36, lui aussi de robe noire.
Ses propriétaires ferment le haras en 1899 après avoir échoué à négocier le bail des îles ; son cheptel est alors dispersé entre plusieurs éleveurs, majoritairement en Angleterre.
Structuration de l'élevage Une première tentative de création d'une association a lieu en 1868, mais l'association est dissoute dix ans plus tard faute de soutien. L'idée est relancée quelques années plus tard par le sixième marquis de Londonderry, Charles Vane-Tempest-Stewart, qui a succédé à son père mort en 1884.
En 1890, il crée la Shetland Pony Stud-Book Society. Le premier registre généalogique Stud-Book de la race est publié l'année suivante. Les éleveurs y inscrivent , tous inspectés et validés conformes par un comité, et fixent dans le standard la hauteur maximum au garrot ainsi que les robes autorisées. Les 48 premiers étalons inscrits proviennent tous du haras de Bressay. Cent-onze éleveurs sont répertoriés.
Il existe alors deux types de Shetlands : le lourd issu du travail de sélection minier, dit aussi , et un plus léger populaire pour l'équitation des enfants et la traction légère.
Au vignette|Utilisation traditionnelle du poney Shetland dans les îles en 1900.|alt=Photo en noir et blanc jaunie par le temps représentant deux femmes dans un paysage valloné accompagnées de deux poneys équipés de larges paniers sur le dos. Après la création du registre généalogique de la race, les habitants des îles Shetland perdent l'habitude d'y enregistrer leurs poneys, cette pratique étant nouvelle dans leurs élevages artisanaux. Le stud-book se ferme aux poneys non-descendants d'ancêtres connus en 1905, avant de rouvrir de 1909, afin de permettre l'enregistrement de poneys dont les ancêtres ne sont pas connus. L’impératif d'enregistrement a pour objectif initial de préserver la race de croisements, en particulier avec le Welsh A, très commun lui aussi dans le travail des mines. Les poulains issus de ce croisement sont plus grands et moins typés que le Shetland originel. C'est l'une des motivations pour fixer la limite de taille maximale à .