Les thermes de Bliesbruck, découverts dans la commune éponyme dans le département français de la Moselle, en région Grand Est, sont un complexe thermal romain ayant fonctionné de la fin du .

Le complexe fait l'objet de travaux, un siècle environ après sa construction, destinés à agrandir les espaces et à les adapter à de nouveaux usages, et de nouvelles modifications ont lieu au , siècle durant lequel le subit de graves déprédations. Après une réutilisation durant l'Antiquité tardive, l'édifice est dépouillé de ses matériaux les plus précieux, mais il est utilisé de manière très partielle vers la fin du Moyen Âge ou le début de la Renaissance par l'installation d'une maison forte sur son site. Les ruines s'effacent dans les siècles qui suivent.

Les fouilles archéologiques sur le site de Bliesbruck débutent de manière scientifique dans les , puis le département de la Moselle acquiert une partie du site en 1982, afin d'y réaliser d'importantes fouilles programmées. Les éléments des thermes sont dégagés entre 1987 et 1993 et sont désormais intégrés au parc archéologique européen de Bliesbruck-Reinheim dans un pavillon muséal destiné à protéger les vestiges.

Localisation vignette|alt=Carte du site archéologique.|Carte des différents éléments du site archéologique de Bliesbruck-Reinheim. Le complexe thermal se situe à Bliesbruck, localité qui tire son nom de la rivière proche, la Blies. La localité se situe de part et d'autre d'une voie romaine structurant le bâti. À l'est se trouvait la voie principale. Les thermes sont situés non loin de la rivière.

Le site est à de Sarreguemines, à l'est de Metz et de Sarrebruck. Il est dominé par la colline du Homerich.

Histoire Histoire du vignette|gauche|Plan des différents quartiers du du parc archéologique européen de Bliesbruck-Reinheim. Le site de Bliesbruck-Reinheim est occupé dès l'époque protohistorique et acquiert une importance au avec un caractère princier celtique.

Le est à son apogée au , situé à proximité d'une vaste à plan axial. Deux quartiers artisanaux ont été identifiés : le quartier ouest a une vocation artisanale nette. Dans le quartier est, les archéologues ont dégagé un certain nombre d'installations destinées à la cuisson des aliments ainsi qu'une structure de peut-être destinée à la .

L'agglomération perd son caractère urbain après les déprédations liées à la crise du , la plupart des édifices étant abandonnés. Le déclin dure jusqu'au milieu du . Le site est cependant occupé par la suite au Moyen Âge, avec une nécropole mérovingienne et une maison forte installée dans les thermes aux , avant que les ruines romaines ne disparaissent aux .

Histoire du complexe thermal Antiquité Les archéologues ont pu déterminer les différentes phases de l'histoire de l'édifice. Malgré les transformations, le complexe thermal a conservé son .

Phase 1 : fin du vignette|alt=Plan d'ensemble du complexe thermal dans son état initial.|Plan d'ensemble à la fin du . La construction du complexe initial est datée de la fin du ou du début du ; elle marque une étape importante dans l'urbanisation de cette agglomération secondaire. Il prend la place d'un espace occupé précédemment par des édifices de terre et de bois. Il se situe le long d'un des côtés d'une place publique et est parallèle à la rue principale.

Des fosses à chaux datant de la construction ont été découvertes par les fouilleurs, ainsi que des zones utilisées pour la taille des pierres nécessaires pour le chantier. La fosse découverte dans la cour possédait un fond et des parois de bois.

L'ensemble, mesurant sur , comporte une succession de trois salles sur un axe est-ouest : , et . Ces deux dernières salles possèdent un système de chauffage au sol. Ces salles sont précédées, à l'est, d'une petite pièce d'accueil. Le se termine par une abside et possède un bassin en brique rempli d'eau froide. Le a également une abside et un bassin rempli d'eau chaude. Le est rectangulaire. Cette pièce est d'un type connu en Campanie, en particulier à Pompéi : la baignoire est localisée sur le mur nord, contigu au foyer, et le mur nord contient une vasque destinée aux aspersions.

Chaque aile mesure environ sur . À l'est et au sud, une rangée de sept boutiques se trouve le long de la palestre appuyée sur un portique avec des piliers en bois. Des foyers de cuisson ont été découverts sur place.

Un bassin de sur se situe au centre d'une cour située au nord, pour laquelle trois accès ont été reconnus. Cette cour n'est pas destinée aux exercices sportifs car trop petite, avec de côté ; il s'agit d'une à proximité du bassin. Celui-ci est en petit appareil revêtu d'un enduit rouge.

vignette|alt=Vue d'un édifice antique muni de banquettes avec des trous.|Vue des latrines du forum d'Ostie (image d'illustration). Au cours du , des modifications mineures sont entreprises, notamment l'adjonction de latrines au sud du complexe central, alimentées lors de la vidange du et par un autre canal d'écoulement. Ces latrines peuvent accueillir environ et sont accessibles depuis la rue. Un canal long de , large de et profond de est surmonté d'une banquette en bois sur laquelle les personnes peuvent s'installer. Une rigole destinée à rincer les éponges et un lavabo permettent aux usagers de se laver les mains.

Phase 2 : fin du vignette|alt=Plan d'ensemble du complexe thermal au .|Plan d'ensemble dans la seconde moitié du . Dans le dernier tiers ou dernier quart du , l'ensemble subit d'importantes transformations et atteint son apogée.

Le petit édicule qui sert d'accueil laisse la place à un bâtiment nettement plus vaste, le est reconstruit et le bassin de la palestre est comblé. L'aile nord est modifiée, le bâtiment situé tout au nord est relié au complexe, et l'aile sud-est entièrement refaite. Les locaux de l'aile nord sont modifiés et le bâtiment d'ateliers-boutiques est rattaché au complexe thermal, le portique est également modifié. L'aile sud, qui est rasée et reconstruite, comporte désormais des poteaux et une maçonnerie plus puissante laissant supposer l'existence d'un étage. Le portique fait désormais environ de large.

Le bassin est comblé à la fin du , peut-être en raison du coût de fonctionnement d'une installation peu utilisée du fait des températures locales. La palestre, désaffectée et désormais dévolue au service, comporte dans son angle sud-est une salle chauffée accessible depuis le complexe central de sur . Sur la palestre les prospections géophysiques ont mis en évidence un nymphée ou un temple. Non loin de là a été retrouvée une sculpture en ronde-bosse d'un enfant vu de dos tenant un objet. L'espace reste accessible au public.

Phase 3 : milieu du vignette|alt=Plan d'ensemble du complexe thermal au milieu du .|Plan d'ensemble au milieu du . Aux environs de 275, le complexe thermal connaît sa dernière phase d'agrandissement. La taille de l'édifice est alors de sur ou sur .

L'adjonction à l'est de la pièce d'accueil de deux grandes salles chauffées de part et d'autre de la porte centrale modifie notablement la physionomie de l'édifice. Ces pièces sont sans doute des vestiaires et les travaux sont datés du début du par Deru et Petit. Les surfaces et le nombre de salles chauffées augmentent, et ces travaux dénotent .

L'aile nord est encore modifiée et le portique fait place à une galerie fermée. L'aile sud est modifiée également : les deux premières boutiques en contact avec le complexe central font place à une salle plus grande qui déborde et occupe également le début du portique. La pièce au nord du complexe central est équipée d'un hypocauste et comporte une salle de chauffe qui empiète davantage sur la cour. L'édicule situé sur l'ancienne palestre est détruit, et la zone devient un espace de service pourvu de chemins empierrés et d'un puits-latrines destiné uniquement au personnel.

À la fin de ce siècle, l'édifice souffre des invasions barbares que subit l'Empire romain. Les destructions de cette période portent un coup fatal à la fonction balnéaire du complexe.

Antiquité tardive vignette|alt=Plan d'ensemble au .|Plan d'ensemble au . Après les déprédations de la fin du , une partie de l'édifice est réhabilitée mais sans but balnéaire ; les salles ne sont progressivement plus chauffées. Des constructions en matériaux légers sont installées le long de la voie dans la première moitié du .

Au , un atelier de bronzier s'installe dans la partie sud-est du complexe, et les boutiques situées au sud sont réutilisées. Le est également réemployé.

Après l'Antiquité vignette|gauche|alt=Vue de ruines d'une pièce semi-circulaire avec une construction à l'intérieur.|Vue des vestiges du avec ceux du four du , construit au niveau du bassin de la salle. Au Moyen Âge, une partie du sol du est réutilisée et devient la pièce principale. Les murs de cette époque sont encore d'une épaisseur de . Un passage de est prévu pour accéder à la pièce voisine. Le chemin d'accès au est muré. Au sud, l'ancienne pièce chauffée est également réutilisée. Les matériaux, en particulier le plomb, sont récupérés, les murs sont même détruits pour récupérer les canalisations, dont subsistent toutefois des traces dans le mortier du . vignette|alt=Plan d'ensemble aux .|Plan d'ensemble aux . Au , le village appartient à la famille luxembourgeoise de Raville lors du mariage de Dietrich de Varsberg avec Lore de Brücken. La famille s'installe alors dans le château dénommé Altes Schloss. La dernière période d'occupation du a pu être reconstituée à partir des murs mesurant de hauteur.

Le complexe thermal, en particulier le , sur une longueur de sur , fait l'objet de réaménagements au cours des alors que le village appartient toujours à la famille de Raville. Les murs gallo-romains sont retouchés. Une petite maison forte est bâtie sur les ruines des thermes selon les sources du .

Sources, fouilles archéologiques et mise en valeur du site Sources anciennes Les thermes sont mentionnés dans un rapport daté de 1500.

Fouilles archéologiques La localité romaine secondaire est fouillée à partir de 1979. De nouvelles fouilles menées entre 1987 et 1990 permettent de mettre au jour un complexe thermal d'une taille importante sur le site.

Le matériel retrouvé lors des fouilles a été publié soigneusement. Le site a livré des artefacts datant de l'époque médiévale qui ont été découverts dans le , comme des tessons de poterie et des fragments de fer à cheval, des objets en fer et quelques monnaies en argent.

Des pièces de monnaie de la fin du ont été mises au jour. Les fouilles ont également permis de retrouver des éléments de parure très divers ayant appartenu aux usagers des thermes : bagues, perles, épingles à cheveux et fibules. Beaucoup de ces éléments de parure sont des accessoires féminins, et les différents types de fibules trouvés sont difficiles à attribuer à une partie précise de la population. Les boutiques ont livré des vestiges d'ustensiles de cuisine et des ossements liés à la transformation alimentaire. Beaucoup d'éléments liés à l'artisanat textile ont aussi été découverts dans les thermes, sans que l'on puisse en tirer des déductions précises sur une activité réalisée sur place. Les fouilles ont permis de retrouver également des éléments liés au commerce, comme des stylets.

Les fouilles ont permis de mettre au jour des sculptures fragmentaires, des , dont une stèle figurant un Génie, , qui devait tenir d'une main une corne d'abondance et de l'autre une patère. Ces fragments ont été découverts en réemploi dans des maçonneries datables du . Des fragments de Génies ou de ont été découverts dans le remblai de la palestre, ainsi que des fragments de statuettes de terre cuite.

Évocation et mise en valeur patrimoniale vignette|left|alt=Vue d'un grand bâtiment en bois, verre et pierre abritant un musée.|Le pavillon muséal abritant les vestiges des thermes. Un important travail pédagogique a été réalisé, et permet de restituer l'état de l'édifice à différents moments de son histoire.