Le château de Lunéville est une demeure des ducs de Lorraine depuis le , d’abord occasionnelle puis officielle à partir du . Il est construit pour le duc entre 1703 et 1720 sur des plans de Pierre Bourdict, Nicolas Dorbay et Germain Boffrand sans l’aile nord par faute de moyens, lui laissant sa forme actuelle, dissymétrique.

Quand reprend possession de ses duchés en 1697, il ne peut assumer financièrement la rénovation du palais ducal à Nancy. Lors de la nouvelle occupation du duché par l’armée française, il se retire à Lunéville et fait entièrement reconstruire le château en s'inspirant du château de Versailles. Il en fait sa résidence principale et y meurt en 1729.

Son fils, le duc , est contraint de céder à titre viager ses possessions au roi de Pologne en exil, Stanislas Leszczyński. Celui-ci y meurt accidentellement en . Le duché est alors annexé par la France.

entreprend de détruire un grand nombre de châteaux lorrains, mais Lunéville est conservé et transformé en caserne.

Depuis 2017, le conseil départemental de Meurthe-et-Moselle est propriétaire de l'ensemble du château.

Chef-d'œuvre de l'architecture du , le « Versailles lorrain » a été classé monument historique en 1901 pour sa chapelle et en 1998 dans sa totalité.

Au cours de son histoire, le château a été victime de plusieurs incendies, dont le dernier, en , a déclenché une importante mobilisation pour sa reconstruction.

Histoire Le castrum et le premier château fort médiéval Le château actuel occupe l’emplacement d’une ancienne fortification dont l’origine se situe vers l’an mil. Aucun document ne révèle l’existence d’un établissement humain à cet endroit avant la fin du .

Le site de Lunéville est alors la propriété des puissants comtes épiscopaux de Metz. Le comte Folmar y fait édifier un castrum afin de contrôler le franchissement de la Vezouze sur la précieuse route du sel, allant de Vic-sur-Seille vers Deneuvre et Raon-l'Étape, pour gagner Sélestat et l’Alsace. On ignore tout de l’architecture de ce castrum, qui pouvait n’être qu’une enceinte légère permettant la perception de péages.

Dans la seconde moitié du , la terre de Lunéville passe à une branche cadette des Folmar avec Hugues de Bliescastel, qui prend le titre de . Un véritable château fort succède alors au castrum. Cette construction entreprise par ou par son fils matérialise le pouvoir de cette nouvelle lignée seigneuriale. Ce pouvoir sera de courte durée, puisque dès 1243, la seigneurie de Lunéville entre dans le domaine du duc de Lorraine , qui devient propriétaire du château.

On connaît le parti d’ensemble de l’édifice, qui se trouvait sur la rive gauche de la Vezouze, à proximité d’un pont, à l’emplacement du château actuel. C’était un bâtiment quadrangulaire cantonné de tours, entouré sur trois côtés par un fossé en eau alimenté par la rivière qui coule le long du flanc nord.

C’est dans ce château fort que les ducs de Lorraine séjournent volontiers pendant tout le Moyen Âge. Certains s’y intéressent plus particulièrement et y font d’importants travaux, comme le duc Raoul qui fonde en 1343 une chapelle castrale dédiée à la Vierge Marie et à Saint Antoine ainsi que trois messes qui doivent y être dites chaque semaine, les dimanche, mercredi et samedi..

Le , époque troublée, voit les Bourguignons de Charles le Téméraire occuper Lunéville en 1476 ; les ducs de Lorraine et de Bar, souvent absents du pays, délaissent le château qui se dégrade. Seul (1473-1508) tente à l’extrême fin du siècle de sauver l’édifice de la ruine. Il y fait quelques réparations et agrandissements dans l’esprit nouveau de la Renaissance.

À leur tour, les ducs Antoine (1508-1544) et son petit-fils (1545-1608) demeurent fréquemment à Lunéville et entretiennent régulièrement le château. Les transformations les plus importantes ont lieu sous le règne de , rentré dans ses états en 1559, qui remet en état ou crée de nombreuses places fortes en Lorraine. C’est ainsi qu’il fait édifier à Lunéville une nouvelle enceinte au tracé bastionné. Les travaux durent de 1587 à 1591 environ et doublent sur trois côtés le mur médiéval, englobant à l’est le faubourg d’Allemagne. Il en résulte une modification importante dans la topographie de la ville. L’enceinte médiévale dessine un quadrilatère dominé au nord-est par le château fort, qui occupe une place stratégique dans la défense de la cité. La seconde enceinte est entourée de fossés remplis par les eaux de la Vezouze ; à l’intérieur, le château est isolé de la ville par une ligne de défense supplémentaire.

Il semble que le duc se soit davantage intéressé au système défensif qu’au château médiéval, qui apparaît très endommagé à la fin de son règne, une des tours menaçant même de tomber en ruine.

La reconstruction par le duc Le successeur de , , décide de reconstruire entièrement le château pour faire de Lunéville l’une de ses résidences principales. En 1609, l’architecte Nicolas Marchal et le mathématicien Jean-Baptiste Stabili dressent des plans pour un pavillon. Deux ans plus tard, l’architecte Jean Lyot élabore de nouveaux projets ; les travaux sont confiés à Jean La Hiere, architecte des bâtiments ducaux, qui réalise de nombreux édifices à Nancy et ailleurs en Lorraine ducale. Le chantier se termine vers 1620 avec la création par Hector Parent du jardin « au derrière du château ». La construction entraîne la disparition progressive de l’ancien édifice médiéval, dont il ne reste en 1630 qu’ « un vieux corps de logis » et une tour en très mauvais état.

La demeure de est connue par un relevé de 1690 conservé aux archives départementales de Meurthe-et-Moselle. De plan en U, elle se compose d’un corps central flanqué de deux importants pavillons et de deux corps de portique en retour d’équerre se terminant chacun par un petit pavillon rectangulaire. Un mur percé d’un portail ferme la cour. Un escalier en fer à cheval donne accès au jardin. Ce plan reste lisible dans le château actuel, dont le corps central s’élève aujourd’hui sur les fondations de l’ancien, qui occupait, comme aujourd’hui, le point le plus élevé du site.

Ce deuxième château n’est habité que très peu de temps par le duc de Lorraine. Moins de vingt ans après sa construction, il est incendié lors du conflit avec la France, qui entraine en 1638 le siège de Lunéville puis la démolition de ses fortifications. D’ailleurs, la guerre de Trente Ans prive la Lorraine de ses souverains légitimes jusqu’en 1697, date du traité de Ryswick qui restitue enfin au duc Léopold la souveraineté de ses états.

L’œuvre de Germain Boffrand pour le Versailles lorrain thumb|left|Portrait en pied de par Nicolas Dupuy (1703), dépôt du musée des beaux-arts de Nancy au musée Lorrain. Après un siècle de désastres, le règne de Léopold (1697-1729) est une période de prospérité dont bénéficie tout particulièrement Lunéville.

À son arrivée en Lorraine, Léopold, qui s’installe à Nancy, s’intéresse très vite à Lunéville, où il prévoit probablement de séjourner. Ainsi, dès 1698, il fait entreprendre des réparations importantes dans le château construit par . La plupart des pièces sont refaites et on construit un petit bâtiment pour loger les gardes. Parallèlement, Léopold ordonne la reconstruction partielle du palais ducal de Nancy.

Tout cela n’est que le prélude à ce qui va être entrepris à partir de 1702.

À cette date, début de la guerre de Succession d'Espagne, les troupes de occupent les possessions ducales pourtant neutres y compris Nancy et y demeurent jusqu’à la fin du conflit en 1714. Léopold, refusant cette occupation de fait, décide de quitter sa capitale. Son choix se porte naturellement sur sa propriété de Lunéville, dans laquelle il a déjà beaucoup investi.

Toutefois, malgré les travaux récents, l’ancien château n’est pas assez vaste pour recevoir la cour nombreuse de Léopold. Sa démolition, alors décidée, va laisser la place à un immense chantier de reconstruction. À travers cette décision se manifestent le désir et la volonté affirmées par Léopold d’affirmer sa légitimité et sa souveraineté comme l'a fait l'occupant avec son château de Versailles.

Raison supplémentaire pour choisir Lunéville : la distance entre cette ville et Nancy coïncide avec les normes de l’époque, soit environ une journée à cheval.

La chronologie des travaux reste difficile à établir. Elle s’échelonne de 1703 à 1723, date d’installation définitive de la cour à Lunéville. Le chantier avance, connaît une grande lenteur avec des périodes d’activité plus ou moins intense, liée aux ressources financières du duc.

La première période des travaux consiste dans la création d’une avant-cour bordée par deux nouveaux bâtiments, dans le prolongement de l’ancienne construction. Elle est menée de 1703 à 1705 par Pierre Bourdict nommé en 1700 « premier architecte et directeur des ouvrages de sculpture » du duc. En 1708, l’architecte Nicolas Dorbay, qui travaille également au château de Commercy, prend la direction du chantier. S’ouvre alors une seconde campagne qui sera très active jusqu’en 1718. Enfin, une troisième campagne, qui comprend les travaux les plus importants, commence après un incendie en janvier 1719. C’est alors le plus grand chantier de Lorraine, dans lequel de nombreux artisans et artistes sont engagés.

Le nom de l'architecte français Germain Boffrand, qui est associé à la construction du château de Lunéville, n’apparaît en réalité qu’à partir de 1709, année où il présente à l’Académie les « plans et élévations qu’il a faits pour le chasteau de Lunéville, que Monsieur le Duc de Lorraine commence à faire rebastir selon ses desseins ». Boffrand, disciple et collaborateur de Jules Hardouin-Mansart, entre au service du duc et devient en 1711 son « premier architecte ». Les plans préparés par lui sont soumis au duc qui choisit le projet définitif. Six projets différents sont aujourd’hui connus ; aucun n’étant daté, il est difficile de les classer chronologiquement de façon certaine. Nous savons cependant que plusieurs d’entre eux furent proposés pour la troisième et dernière campagne de travaux, qui commence en 1719, à la suite d'un accident qui vient interrompre brutalement l’achèvement du chantier : un incendie se déclare dans la nuit du et détruit en quelques heures toute la partie sud-est comprenant les appartements ducaux et une partie du corps central. À la faveur de cet accident, Germain Boffrand prépare de nouveaux plans qu’il doit modifier plusieurs fois avant d’obtenir l’accord du duc. Il faut préciser que , n’ayant pu obtenir les soutiens financiers qu’il espérait, vise à l’économie et souhaite rétablir « l’aile brûlée » telle qu’elle était avant l’incendie, en utilisant les matériaux récupérables.

Le projet définitif de plan en H est, dans son ensemble, celui que présente Germain Boffrand en 1745 dans son Livre d’architecture. Il restera toutefois inachevé puisque l’aile qui devait longer la Vezouze au nord n’a jamais été construite. Faut-il évoquer les difficultés financières du duc Léopold dans cette interruption prématurée de la construction ? Il est évident que Germain Boffrand ait souhaité voir son projet achevé : c’est en effet dans sa totalité qu’il le présente une vingtaine d’années après la fin des travaux dans son Livre d’architecture où il explique du reste que « l’aile gauche du côté de la rivière n’est pas faite et étoit destinnée aux logements des Princes Étrangers ».

Outre la contrainte financière, l’architecte doit vaincre les obstacles naturels. Le terrain offre une dénivellation importante d’est en ouest, tout en dominant la rivière du côté nord, où le sol est très marécageux. De plus, l’emplacement de l’ancien château était trop limité pour une construction d’une telle ampleur, d’où l’obligation d’acheter et de démolir des maisons, notamment pour la réalisation du parc.