thumb|180px|Sidney Sonnino, ministre des Affaires étrangères italien au moment de la signature du pacte de Londres. thumb|180px|Jules Cambon, ambassadeur de France à Londres et signataire du traité.
Le pacte de Londres est un traité secret signé à Londres le par le gouvernement italien et les représentants de la Triple-Entente par lequel l’Italie s’oblige à entrer en guerre contre les empires centraux lors de la Première Guerre mondiale en échange de substantielles compensations territoriales. Il s'agit d'une décision prise par le gouvernement, le roi et la hiérarchie militaire, sans la consultation des représentants du peuple.
Contexte Lorsque débute la Première Guerre mondiale, l’Italie est liée à l’Allemagne et à l’Autriche-Hongrie par la Triple alliance, un pacte militaire strictement défensif signé en 1882 et renouvelé au fil du temps afin de s’opposer à l'alliance anglo-franco-russe dite de la Triple-Entente. Malgré ces liens diplomatiques, il y a encore beaucoup de différends entre l‘Italie et les empires centraux : alors que ces derniers sont des nations militairement et politiquement influentes et avancées du point de vue économique, l’Italie est en grande partie pauvre. Le pays, unifié depuis peu, peine à trouver la reconnaissance des puissances européennes.
En outre, vis-à-vis de la « double monarchie » austro-hongroise, il existe un contentieux latent lié au fait que des populations italophones ( locuteurs en 1911Geographischer Atlas zur Vaterlandskunde an den österreichischen Mittelschulen, bearbeitet von Prof. Rudolf Rothaug, Kartographische Anstalt G. Freytag und Bendt, Wien 1911, Tabelle 2.) restent encore sous domination autrichienne. L’irrédentisme touche de nombreuses classes de l’opinion publique italienne et un nombre croissant de parlementaires. Lorsque l’Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie et déclenche ainsi la Première Guerre mondiale, l’Italie reste neutre, s'appuyant sur le caractère défensif de la Triple alliance. Pendant cette période, le gouvernement engage une série de négociations avec ses partenaires germaniques, mais aussi en secret avec les membres de la Triple-Entente, afin de soupeser les avantages d’une intervention italienne dans la guerre en faveur de l’un ou l’autre camp. Intervenir aux côtés des empires centraux pouvait rapporter la Corse et le comté de Nice mais intervenir aux côtés du Royaume-Uni, de la France et de la Russie pouvait rapporter les pays italophones qui intéressaient l’Italie en Autriche-Hongrie : le Trentin, les environs de Trieste, l'Istrie et la Dalmatie, ainsi que des territoires et des zones d'influence dans l'Empire ottomanTexte du pacte de Londres ..
Signature thumb|Le marquis Guglielmo Imperiali, ambassadeur italien à Londres. Le traité de Londres est établi dans la capitale britannique, le , et signé par le marquis Guglielmo Imperiali di Francavilla, ambassadeur du gouvernement italien à Londres, Sir Edward Grey pour le Royaume-Uni, Jules Cambon pour la France et le comte Alexander von Benckendorff pour l’Empire russe. Le traité est signé dans le plus grand secret par le gouvernement Salandra II sans que les représentants du peuple, pour la plupart partisans de la politique de neutralité établie auparavant, en soient informés, et ce, jusqu’à sa publication le dans le journal Izvestia avec d’autres documents diplomatiques secrets. Il s'agissait, au lendemain de la révolution russe, d’exposer les intrigues de la politique étrangère tsariste.
Conditions left|thumb|Les territoires (vert clair) et les protectorats (rose) promis à l'Italie par le pacte de Londres de 1915. Le pacte prévoit que l’Italie entrerait en guerre aux côtés de la Triple-Entente dans un délai d’un mois, et en échange recevrait, en cas de victoire, le Trentin, le Tyrol du Sud, la Marche julienne, l’Istrie, le port hongrois de Fiume, une partie de la Dalmatie, de nombreuses îles de l’Adriatique, ainsi que Vlora en Albanie, l’île grecque de Saseno dans le détroit d'Otrante et le bassin houiller d’Antalya en Turquie. De plus, l’Italie voit sa souveraineté sur la Libye et le Dodécanèse confirmée. droite|vignette|Le Tyrol, partitionné en 1918, en orange la zone germanophone offerte à l’Italie par le pacte de Londres. Dans le détail, ces gains territoriaux se définissent ainsi : Le Tyrol méridional jusqu’à la ligne de partage des eaux au col du Brenner, soit la province italienne moderne du Trentin-Haut-Adige ; La province littorale (Küstenland) de l’Autriche, comprenant l’Istrie, le port de Trieste et l’archipel de Cherso-Lussino, mais sans l’île de Veglia / Krk ni le port hongrois de Fiume (aujourd’hui Rijeka) ; La Dalmatie septentrionale, avec Zara, Sebenico et la plupart des îles dalmates, sauf Arbe et Brazza ; Les districts de Vipacco, Idria et Bisterza dans le duché autrichien de Carniole ; Les districts de Pontafel et de Malborgeth-Wolfsbach dans le duché autrichien de Carinthie ; La vingtaine d’îles grecques du Dodécanèse italien (acquises par l’Italie en 1912) ; Le port de Valone et l’établissement d'un protectorat sur l’Albanie (l’Italie devait représenter l’État d’Albanie dans ses relations avec les puissances étrangères) ; Des ajustements frontaliers au profit les colonies italiennes déjà existantes, du côté des colonies britanniques et françaises en Afrique ; En cas de partition de l'Empire ottoman, l’Italie devait obtenir une vaste zone d'influence en Asie mineure, adjacente à la province d’Antalya, attribuée à l’Italie.
Le royaume de Serbie, qui n’était ni représenté, ni présent, ni signataire, devait recevoir la côte dalmate entre le fleuve Cherca / Krka et Stagno / Ston, avec la péninsule de Sabbioncello / Pelješac, le port de Spalato / Split et l’île de Brazza / Brač.
Le royaume du Monténégro, qui n’était ni représenté, ni présent, ni signataire, devait recevoir la côte dalmate entre Budua / Budva et Stagno / Ston, avec Raguse / Dubrovnik) et les bouches de Kotor / Cattaro incluses, mais sans la péninsule de Sabbioncello / Pelješac, et la côte au sud-est de Raguse jusqu’au port albanais de Saint-Jean / San Giovanni di Medua.
Les deux royaumes du Monténégro et de Serbie étaient habilités à s’unir ou à se fédérer, et devaient recevoir, de façon moins précise, les territoires suivants issus de l’Autriche-Hongrie continentale : Bosnie-Herzégovine ; Syrmie ; Bačka : Slavonie ; Banat occidental.
Contre les objections italiennes, il a aussi été envisagé de modifier les frontières albanaises de 1913, au profit du Monténégro au Nord (notamment la ville de Scutari), de la Serbie à l’Est (notamment Debar et le pourtour du lac d'Ohrid) et de la Grèce au Sud (notamment l’Épire septentrionale et le pourtour du lac Prespa).
L’Italie ayant insisté, les Alliés sont convenus que la question de la côte dalmate entre l’Istrie et Zara / Zadar serait suspendue pour être réglée après la guerre. L’Italie a également insisté pour que la Serbie ne soit pas informée de ces accords. Cependant les Alliés n’en tinrent pas compte et envoyèrent à la Serbie une note officielle le , confirmant les droits de la Serbie-Monténégro après la guerre. thumb|380px|La frontière italo-autrichienne en 1914.
Articles 1 à 3 : clauses militaires Les trois premiers articles du pacte de Londres révèlent la nature du pacte militaire. Il est convenu que les états-majors français, britannique, italien et russe, concluraient sans délai un accord militaire pour fixer le minimum de forces armées que la Russie devrait utiliser sur le front autrichien afin d’alléger le front italien et régler, dans le futur, la question des armistices.
Pour sa part, l’Italie est tenue, par l’article 2, c’est-à-dire déclarer la guerre à l’Autriche-Hongrie. L’article suivant garantit à la Regia marina italienne le » des marines militaires française et britannique en Adriatique jusqu’à la fin de la guerre ou la destruction de la marine austro-hongroise, renvoyant les détails à une convention navale à trois que les puissances devraient signer plus tard. Dans les dispositions finales du traité (article 16), avec une référence spécifique aux trois premiers articles, l’Italie s’engage enfin à entrer en guerre au plus tard dans un délai d’un mois à compter de la signature.
Article 4 : frontière dans le Trentin et en Marche julienne À l’article 4 du traité, évoquant la question des compensations territoriales italiennes, établit que l’Italie aurait obtenu par le traité de paix
La frontière, définie de manière peu précise, aurait suivi la ligne de partage des eaux alpines du col du Stelvio jusqu’aux Alpes juliennes. Ici, en particulier, elle aurait suivi la ligne de partage des eaux par le col du Predil, le mont Mangart, le mont Triglav et les cols Podberdò, Podlansco et Idria. De là, la frontière serait tracée vers le sud-est, vers le mont Nevoso incluant dans le territoire italien Castua, Mattuglie et Volosca.
De cette façon, l’Italie obtiendrait, par une frontière naturelle facilement défendable, tout l’actuel Trentin-Haut-Adige (y compris les villes actuelles de Cortina d’Ampezzo, Colle Santa Lucia et Livinallongo), la Marche julienne soit le littoral autrichien avec une partie de la Carniole) et l’Istrie, et les villes de Trente, Bolzano, Gorizia, Trieste et Pola. Sauf quelques exceptions au principe de la frontière sur la ligne de partage des eaux alpine (toutes en faveur de l’Italie, dans le bassin de Dobbiaco et celui du Val Canale), l’article 4 du traité de Londres sera respecté au moment de la signature des traités de paix.
Par contre, la ville de Fiume, corpus separatum de la couronne hongroise, ne fait pas partie de la cession. Le renoncement à cette ville en majorité italophone, imposé à l’Italie, se fondait sur l’hypothèse qu’après le conflit, le royaume de Hongrie en union avec celui de Croatie aurait poursuivi sa propre existence et qu’il était nécessaire de lui laisser un port maritime.
Article 5 : frontière en Dalmatie L’article 5 du pacte de Londres établit que l’Italie aurait reçu une partie de la Dalmatie austro-hongroise, à partir de la frontière nord près de Lisarica et Tribanj jusqu’à une limite méridionale constituée par une ligne allant de Punta Planca (juste au sud de Rogoznica) et suivant la ligne de séparation des eaux vers l’est, aurait laissé en territoire italien . Il s’agit essentiellement de la Dalmatie septentrionale avec les villes de Zara, Sebenico et Canino.
L’Italie aurait également reçu . Il s’agit en particulier des îles dalmates septentrionales (à l’exception de Veglia et Arbe et des îles curzolanes, ces dernières en particulier, se trouvent face à la côte dalmate destinée à la Serbie.
Le même article ajoute également des dispositions relatives à la neutralisation de la côte : en premier lieu, la bande immédiatement au sud de la nouvelle frontière italienne en Dalmatie, à partir de Punta Planca jusqu’à la partie sud de la péninsule (à mi-chemin vers Trogir) (Traù), en second lieu, toutes les îles non attribuées à l’Italie, et finalement tout le tronçon côtier méridional dalmate de Cavtat exclus jusqu’à la rivière Voiussa en Albanie. Cette dernière disposition sauvegarde les droits du Monténégro le long de ses côtes actuelles, mais en même temps maintient les restrictions concernant le port de Bar (Antivari), que le royaume balkanique avait acceptées en 1909. La côte septentrionale croate reste fortifiable avec la base navale de Buccari et la ville de Fiume.