vignette|L'Empire ayyoubide et ses voisins au . Les Ayyoubides (en arabe : الأيوبيون, al-Ayyūbīyūn ; en kurde : ئەیووبیەکان, Eyûbiyan) étaient une dynastie musulmane d'origine kurde qui régna sur une grande partie du Moyen-Orient, de la fin du jusqu'au milieu du . Fondée par Salah ad-Din (Saladin) après sa conquête de l'Égypte en 1171, elle marque une période significative dans l’histoire islamique par son rôle central dans les Croisades, ses efforts pour unifier le monde musulman sous une seule autorité et par ses réalisations culturelles et architecturales remarquables. Bien que principalement connus pour leurs confrontations militaires avec les États croisés en Terre sainte, les Ayyoubides ont également contribué de manière significative au développement urbain, à l'éducation et aux arts, laissant derrière eux un riche héritage qui a influencé les civilisations postérieures dans la région. Leur capitale fut successivement Damas et Le Caire, deux centres culturels et économiques majeurs de l'époque. La dynastie s'éteint au milieu du , fragmentée par les luttes internes et la montée des Mamelouks en Égypte, mais son influence perdura bien au-delà de son existence politique.
Histoire
Origines familiales et controverse généalogique Le consensus historique établit que la dynastie ayyoubide est d'origine kurde. La famille descend du clan des Rawwadides (ou Rawadiyya), lui-même rattaché à la grande tribu kurde des Hadhabānī. Le fondateur éponyme de la lignée, Najm ad-Din Ayyub, ainsi que son père Shādhī ibn Marwān, étaient établis au dans la ville de Dvin (dans l'actuelle Arménie), un centre important de l'élite politico-militaire locale Cette section reprend partiellement une traduction de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Najm_ad-Din Ayyub »..
Toutefois, après l'accession au pouvoir de Saladin et l'établissement du sultanat en Égypte et en Syrie, des tentatives de rattachement généalogique à des lignées arabes prestigieuses apparaissent. L'historien médiéval Ibn Wāṣil rapporte dans son ouvrage Mufarrij al-kurūb que, face aux critiques sur leur origine non-arabe (ajam), certains membres de la dynastie ont commandité des arbres généalogiques les reliant aux Omeyyades ou à des souches yéménites nobles. Cette démarche visait à renforcer la légitimité politique et religieuse des Ayyoubides auprès des populations arabophones et à unifier le front sunnite face aux Croisés.
Les historiens contemporains qualifient l’ensemble de ces généalogies arabes attribuées aux Ayyoubides de constructions politiques. Cependant, l’orientaliste Vladimir Minorsky avance une hypothèse plus nuancée : les Rawwadides kurdes pourraient descendre, à très long terme, de la famille arabe des Rawwadides (Banū Rawwād), établie dans le Caucase dès le haut Moyen Âge et progressivement « kurdisée » au fil des siècles. Cette assimilation culturelle expliquerait la persistance, au sein de la mémoire familiale, d’un souvenir revendiquant une souche arabe.
Cette théorie, bien que parfois mentionnée, n’est pas considérée comme sérieuse par l’historiographie moderne. Elle demeure largement spéculative et n’est étayée par aucune source médiévale directe ; la majorité des spécialistes du Caucase, du monde kurde médiéval et des dynamiques arabes de Haute-Mésopotamie la rejettent comme une reconstruction tardive reposant sur des rapprochements onomastiques fragiles. Les chercheurs contemporains maintiennent donc que l’ascendance kurde des Ayyoubides est clairement établie, les généalogies arabes relevant essentiellement d’une stratégie de légitimation politique.
Ascension politique : de Tikrit à Damas
Après la déposition du dernier souverain Cheddadides à Dvin en 1130, Shādhi emmène sa famille d'abord à Bagdad puis à Tikrit, où il est nommé gouverneur par Bihruz, commissaire du sultan seldjoukide auprès du calife. À sa mort, son fils Ayyub lui succède comme gouverneur de la villeFoundation for Medieval Genealogy..
En , le destin de la famille bascule lorsque le calife Al-Mustarchid affronte Zengi, l'atabeg de Mossoul. Zengi, battu et encerclé au bord du fleuve près de Tikrit, ne doit son salut qu'à Ayyub qui lui permet de traverser et de s'enfuir.. Cet acte scelle l'alliance entre les Ayyoubides et les Zengides. Vers , Ayyub et son frère Shirkuh quittent Tikrit pour rejoindre Zengi, qui nomme Ayyub gouverneur de Baalbek et intègre Shirkuh comme officier dans son armée.
L'ascension se poursuit sous le règne de Nur ad-Din (fils de Zengi). En , Ayyub et Shirkuh jouent un rôle clé dans la prise de Damas par Nur ad-Din, unifiant ainsi la Syrie musulmane. Ayyub est alors nommé gouverneur de Damas.
Conquête de l'Égypte De à , Nur ad-Din envoie Shirkuh, accompagné de son neveu Saladin, intervenir en Égypte pour contrer les ambitions franques du roi Amaury . Sorti vainqueur de ces luttes, Shirkuh devient vizir du califat fatimide le . À sa mort brutale deux mois plus tard, le calife Al-Adid nomme Saladin au vizirat, espérant pouvoir manipuler ce jeune homme inexpérimenté, une erreur qui marquera le début de la domination ayyoubide sur l'Égypte, ..
Saladin
Mais, contrairement aux espérances et aux prévisions de l'entourage du calife, Saladin, jusque-là plutôt timide et réservé, prend les choses en main avec énergie. En quelques semaines, il élimine les fonctionnaires fatimides qui lui semblent indignes de confiance et les remplace par ses hommes, écrase une révolte de l'armée égyptienne et repousse en une invasion franque. Mais il cherche également à s'affranchir de la tutelle de Nur ad-Din, tout en affichant des propos de soumission.
En 1171, Nur ad-Din, sunnite convaincu, exige l'abolition du califat fatimide chiite. Saladin hésite, car il tient son pouvoir du calife, et cette abolition le prive de sa légitimité, mais finit par le faire le . Mais Nur ad-Din s'inquiète de plus en plus et Saladin fait venir en Égypte les membres de sa famille, confie les conquêtes de la Nubie du Yémen à un de ses frères afin de disposer d'une terre de refuge et, conseillé par son père, feint de se soumettre. Ayyoub meurt le , Nur ad-Din s'avise qu'il n'a plus homme de confiance en Égypte et prépare une expédition pour soumettre Saladin, quand il meurt, le suivi de peu par le roi Amaury , qui laisse le trône à un fils encore mineur, le roi Baudouin le Lépreux, ..
Cette situation de régence ne permet pas aux Francs d’exploiter les querelles qui secouent l’Empire zengide après la mort de Nur ad-Din, et une tentative d’invasion de l’Égypte par le roi Guillaume de Sicile échoue parce que Miles de Plancy, régent de Jérusalem, n’ordonne pas de diversion par le Sinaï. Durant les années qui suivent la priorité de Saladin, reprenant à son compte la politique de Zengi et de son fils, est d’unifier les musulmans pour ensuite attaquer les États croisés.
Aussi se rend-il avec son armée en Syrie en se présentant comme le protecteur des fils de Nur ad-Din. Damas, qui se souvient du gouvernorat d’Ayyoub, se soumet à Saladin, tandis qu’Alep et Mossoul se retranchent et refusent l’entrée de la ville à Saladin, qui assiège Alep. La diversion de Raymond de Tripoli, qui assiège Homs, oblige Saladin à lever le siège. Peu après, Saif ad-Dîn Ghâzî , atabeg zengide de Mossoul, tente de reprendre Damas à Saladin, mais échoue, ..
Deux ans plus tard, Sayf ad-Dîn Ghâzî tente encore d’éliminer Saladin, mais il est battu à Tell es-Sultan et Saladin impose son protectorat aux deux princes zengides d’Alep et de Mossoul..
Ayant écarté la menace zengide, à défaut d’avoir soumis la Syrie musulmane, Saladin commence à s’intéresser aux États croisés. En 1177, les Francs profitent de la venue de l’armée de Philippe d'Alsace, comte de Flandre, pour gagner du terrain sur l’islam. La plus grande partie de l’armée franque est ainsi en train d’assiéger Hama avec les Flamands. Saladin en profite alors pour envahir le royaume de Jérusalem. Baudouin accourt immédiatement avec la garnison de Jérusalem pour défendre Ascalon, que Saladin assiège immédiatement après. Il taille en pièces l’armée de secours convoquée par Baudouin et composée des bourgeois de Jérusalem. Estimant qu’il ne risque plus de rencontrer une résistance, il lève le siège pour reprendre sa progression, mais une partie de son armée mal disciplinée commence le pillage de la campagne. Baudouin, avec l’aide de la garnison templière de Gaza opère un mouvement tournant et surprend à Montgisard l’armée de Saladin et la met en déroute. Mais ce dernier rehausse rapidement son prestige en battant les Francs à Panéas, à Marj Ayoun et au Gué de Jacob ().
Sayf ad-Dîn Ghâzî meurt en et Saladin s'attaque à Izz ad-Din Mas'ud , le nouvel atabeg de Mossoul. Le , il met le siège devant Mossoul, mais la pression des autres princes musulmans, inquiets de ses ambitions hégémoniques, l’oblige à lever rapidement le siège.. Il assiège ensuite Alep en mai et l’émir Imad ad-Din Zengi, moins pugnace que son cousin, livre la ville en échange de Sindjar..
La Syrie et l’Égypte maintenant unifiés sous son autorité, Saladin peut envisager de concentrer ses efforts sur les États francs. L’époque devint favorable, car la maladie de Baudouin le Lépreux s’aggrave. Le , il quitte Damas, traverse le Jourdain le , pénètre dans le royaume de Jérusalem et se dirige vers Bethsan, dont les défenseurs s’étaient repliés sur Tibériade. Saladin pille la ville, puis installe son camp autour des fontaines d’Ain Jalud et de Tubanie. L’armée franque, commandée par Guy de Lusignan, comte de Jaffa et beau-frère du roi, se porte à la rencontre de l’armée de Saladin. Mais les barons, voyant la position défavorable dans laquelle se trouve l’armée, refusent d’engager le combat et Saladin, qui n’est pas en position suffisamment forte pour attaquer, doit battre retraite et retourner à Damas.
La paix est signée entre Baudouin et Saladin, mais elle est régulièrement mise à mal par les actions de Renaud de Châtillon, seigneur d’Outre-Jourdain, qui pille à l’occasion les caravanes qui relient Damas à l’Égypte et qui organise même une expédition de pillage de La Mecque, et Baudouin doit régulièrement mettre au pas son vassal indocile. Baudouin le Lépreux meurt peu après en et son neveu Baudouinet lui succède sous la régence de Raymond de Tripoli, mais meurt à son tour en . Sibylle, sœur de Baudouin , et Guy de Lusignan montent alors sur le trône. Dépourvu de bon sens politique et d’autorité sur ses barons, il est incapable de contenir les exactions de Renaud de Châtillon et Saladin envahit le royaume, rencontre l’armée franque à Hattin, l’anéantit le et prend une par une toutes les places fortes du royaume de Jérusalem, à l’exception de Tyr, défendue par Conrad de Montferrat.
À la nouvelle de la chute de Jérusalem, l'Europe envoie une troisième croisade commandée par Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion. Cette croisade réussit à reprendre des villes du littoral, comme Saint-Jean-d'Acre, Arsouf et Jaffa, mais ne parvient pas à reprendre Jérusalem. Saladin meurt peu après, dans la nuit du 3 au et ..
Succession de Saladin Les fils de Saladin se partagent ses possessions : Al-Afdhal Nûr ad-Dîn Alî reçoit Damas, la Syrie méridionale et la Palestine, El-Malik ed-Zahir Ghazi prend Alep et la Syrie du Nord et Al-`Aziz `Imad ad-Dîn `Uthmân a l'Égypte. Al-Adel, le frère de Saladin, reçoit la Transjordanie et la Djézirat. Des membres de la famille de moindre importance héritent de fiefs mineurs. Les princes zengides de Sinjar et de Mossoul, ainsi que l'émir ortokide de Mardin profitent de la mort de Saladin pour secouer la tutelle ayyoubide, mais leur tentative tourne court à cause de la mort d'Izz ad-Din Mas'ud.