La basilique des Saints-Jean-et-Paul (connue sous le nom de San Zanìpolo, contraction en vénitien de Santi Giovanni e Paolo) est l'un des édifices médiévaux religieux les plus imposants de Venise. Il fait figure de Panthéon de la Sérénissime en raison du grand nombre de doges et d’autres personnages importants qui y furent enterrés à partir du . L’église est située sur le campo du même nom dans le sestiere de Castello.
Histoire D’après la légende, les origines de la basilique sont liées à une vision du doge Jacopo Tiepolo qui, après avoir rêvé d’un vol de colombes au-dessus d’un espace marécageux, en fit don en 1234 aux dominicains présents dans la ville depuis plus de dix ans. L’église fut alors construite immédiatement. Elle est dédiée à saint Jean et saint Paul, deux obscurs martyrs de l’Église romaine paléochrétienne du .
L’accroissement de l’activité des dominicains imposa rapidement un agrandissement qui fut dirigé par deux frères dominicains, Benvenuto da Bologna et Nicolo da Imola. Le chantier fut achevé en 1343 mais les travaux d’embellissement durèrent encore presque un siècle : le , l’église fut solennellement consacrée. Elle fut ensuite continuellement enrichie de sépultures monumentales, de tableaux et de sculptures réalisés par les plus grands artistes vénitiens jusqu’à ce qu’en 1806, en pleine ère napoléonienne, les dominicains soient éloignés de leur couvent, transformé en hôpital, et l’église dépouillée de nombreuses œuvres d’art. Dans la nuit du 15 au , un incendie détruisit entièrement la chapelle du Rosaire, ainsi que les tableaux qui y étaient conservés. La restauration de cette chapelle ne s’acheva qu’en 1959.
L’extérieur L’église se présente avec une façade très élevée de forme tripartite, ouverte par une rosace centrale et deux oculi sur chacun des côtés. La partie basse est caractérisée par six niches gothiques abritant des tombeaux et par le grand porche, orné de six colonnes en marbre apportées en 1459. Les auteurs en sont Bartolomeo Bon jusqu’aux chapiteaux, Domenico Fiorentino pour la frise et le maître Luce pour le sommet. La façade est couronnée de trois pinacles avec les saints dominicains Thomas d’Aquin, saint Dominique et saint Pierre martyr.
Des tombeaux sont adossés à la façade (de gauche à droite) Les sarcophages des doges Marino Morosini, Jacopo et Lorenzo Tiepolo, puis de l’évêque Marco Michiel et de Daniele et Pietro Bon ce dernier est datée de 1476. Sous le sarcophage de Marco Michiel la tombe du praticien Melchiorre Zeno.
Sur le flanc sud plusieurs sépultures sont visibles dans le mur de la basilique : Notamment les tombes de Franceesco Zen, Giovanni Barisano et Marino Contarini. Du même côté sont adossés plusieurs édifices et chapelles :
la scuola du Saint Nom de Jésus, basse construction rectangulaire ; la chapelle du Saint Nom de Jésus, de style gothique, autour de laquelle le pavement d’origine du campo a été mis au jour ; l’abside semi-circulaire de la chapelle de la Vierge de la Paix ; la chapelle de Saint-Dominique ; le bâtiment actuel du couvent dominicain (depuis 1810) : à l’origine, il s’agissait de la scuola de Saint-Ursule, où l’on pouvait admirer les toiles de Vittore Carpaccio représentant la légende de sainte Ursule, chef-d’œuvre aujourd’hui conservé à l'Accademia; la Statue du Colleone depuis 1483.
À l'est, le chevet est percé de baies gothiques très élancées, expressions du gothique tardif vénitien. La coupole à double calotte, d’une hauteur externe de et interne de , fut ajoutée à la fin du .
L’intérieur
Le plan de la basilique est en croix latine avec un transept et trois nefs, séparées par d’énormes colonnes cylindriques (excepté la quatrième à gauche et à droite qui sont des piliers formés de l’union de trois colonnes cylindriques plus légères). Les très hautes voûtes gothiques sont reliées horizontalement par des poutres en bois.
Les dimensions sont réellement grandioses : de longueur, de largeur dans le transept, de hauteur. Aux parois de la nef sont adossés de nombreux monuments et à droite s’ouvrent plusieurs chapelles. Le transept est également doté de deux chapelles de chaque côté du chœur.
Jusqu’au , la nef principale était divisée transversalement en deux parties (comme on peut encore le voir dans la basilique des Frari) par le chœur des moines, qui fut démoli pour permettre la tenue de célébrations solennelles qui se déroulaient dans l’église, comme les funérailles des doges. L’unique survivance de cette structure monumentale est constituée par les deux autels de sainte Catherine de Sienne et de saint Joseph) qui se trouvent à la croisée de la nef et du transept, respectivement à droite et à gauche.
Contre-façade La majorité de l'espace de la contre-façade est occupé par des monuments de la famille Mocenigo : Au centre au-dessus du porche se trouve le monument du doge Alvise Mocenigo et de son épouse Loredana Marcello, commencé en 1580 par Girolamo Grapigli et achevé en 1646 par Francesco Contin À gauche, le monument au doge Pietro Mocenigo, achevé en 1481 de Pietro et Tullio Lombardo. Il s’agit du premier monument où les Lombardo prirent leurs distances avec la tradition. La principale innovation consiste en une tripartition, suivant le modèle des arcs de triomphe romains. En outre, la position érigée et fière du doge est une innovation : il est représenté après sa résurrection et donc placé dans l’axe de la statue du Christ ressuscité. À droite, le monument au doge Giovanni Mocenigo, chef-d’œuvre de Tullio Lombardo, complété dans la première décennie du . C’est le monument funéraire lombardien dans lequel s’affirment pleinement les principes de l’architecture de la Renaissance. Les surfaces sont lisses et épargnées par les décorations, les proportions sont correctes, les chapiteaux sont une copie parfaite des chapiteaux composites de l’arc de Titus à Rome. À droite du proche, la tombe de Bartolomeo Bragadin par l'atelier de la famille Lombado. Sur le sol, trois grandes dalles funéraires couvrent les restes des doges Alvise I Mocenigo, Alvise II Sebastiano et Alvise IV Giovanni Mocenigo.
Nef droite
À partir de l'entrée : L'urne du doge Renier Zen montrant le Rédempteur soutenu par deux anges, de style byzantin. L'autel Renaissance dédié à saint Thomas d’Aquin et sainte Catherine de Sienne. Le tableau du retable montre une Vierge à l'Enfant avec des Saints d’un artiste du , attribué quelque temps à Giovanni Bellini. Le tableau fut apporté de la Galerie de l’Académie en 1881, après la destruction du retable original, chef-d’œuvre de Bellini, dans l’incendie de la chapelle du Rosaire. Le monument à Marcantonio Bragadin, héros vénitien écorché vif par les Turcs après la prise de Famagouste. Ce qui restait de sa peau fut rapporté ici en 1596 et examiné scientifiquement en 1961. Le dessin est de Scamozzi, le buste d’un élève de Vittoria pendant que le clair-obscur qui représente le Martyre de Bragadin est d’une attribution incertaine. L'autel dédié au dominicain espagnol saint Vincent Ferrier. Il est décoré d’un grandiose polyptyque (1464) de Giovanni Bellini en neuf compartiments : dans le registre central se trouvent les grandes figures de Saint Vincent au centre, de Saint Christophe à gauche et de Saint Sébastien à droite. Dans les compartiments supérieurs sont représentés au centre le Christ mort porté par les anges, et sur les côtés l’Archange Gabriel et la Vierge de l’Annonciation, celle-ci regardant vers le haut, où se trouvait à l’origine une lunette avec l’Éternel. Sur l’estrade sont représentés quelques-uns des miracles de saint Vincent : à gauche, Le Saint sauve une femme du fleuve et protège une femme et un enfant d’un effondrement ; au centre la Prédication de Tolède où le saint ressuscite deux morts pour qu’ils témoignent des vérités qu’il prêche : à droite Le Saint ressuscite un enfant et libère des prisonniers. Sous le polyptyque se trouvent la dépouille du bienheureux Tommaso Caffarini, confesseur et premier biographe de Sainte Catherine de Sienne. Le Monument du sénateur Luigi Michel dont l'épitaphe dit qu'il est mort en 1589 dans sa cinquantième-sixième année en prononçant un discours devant le sénat. Il est représenté par un buste au naturel, flanqué de deux statues la Vérité et la Justice. Ces deux statues sont de l'atelier d'Alessandro Vittoria.
La chapelle du Saint Nom de Jésus, ou du bienheureux Giacomo Salomoni était initialement dédiée à San Alvise (saint Louis de Toulouse) qui apparaît dans le tableau du retable. De style gothique à l’origine, elle est transformée en 1639 dans le style baroque. La voûte peinte par Giambattista Lorenzetti représente Jésus ressuscité, à gauche l'auteur de "l'Ecclésiastique" (Jésus fils de Sirach) à droite le premier Grand Prêtre après l’esclavage de Babylone (Jésus fils de Josedech), et en haut le grand condottiere Josué (Jésus Nave) (huiles sur toile), vers 1641. Le tableau du retable du maître-autel de la chapelle est de Pietro Liberi. Il représente La Crucifixion et Marie-Madeleine et saint Louis de Toulouse . Sur l’autel est conservé le corps du bienheureux Giacomo Salomoni (1231-1314), invoqué contre les tumeurs. Le tableau de l'autel latéral de droite représente la circoncision de Jésus par le peintre d’origine flamande Pietro Mera. Le tableau de l'autel latéral de gauche représente le baptême du Christ par le peintre d’origine flamande Pietro Mera. Sur le sol, face à la chapelle, se trouve la dalle funéraire du decemvir Alvise Diedo qui en 1453 sauva la flotte vénitienne à Constantinople. Canova la considère comme un « vrai joyau artistique » (incrustations de niello).
Le monument de la famille Valier
Dessiné par . Entre quatre colonnes corinthiennes se trouve un drap de marbre jaune, d'où ressortent les statues de marbres du doge Bertuccio Valier par Pietro Baratta ; flanquée de celle du doge Silvestre Valier à gauche par , et de l’épouse de Silvestre, Elisabeth Querini par Giovanni Bonazza. Entre les colonnes à gauche, une statue allégorique de la Sagesse par Pietro Baratta et du côté droit une statue allégorique de l'Abondance par . Au centre, un groupe par Giovanni Bonazza : La vertu couronne le mérite. Les bas-relief de la base du monument. Le groupe de droite représente, La Constance (auteur inconnu) ; La Charité et La Mansuétude par Pietro Baratta. Les bas-relief de la base du monument. Le groupe de gauche représente, La Paix par , La Valeur d'un auteur inconnu, et Le Temps par Giovanni Bonazza.
la chapelle de la Vierge de la Paix On accède par l’arc de droite qui s’ouvre sous le monument de la famille Valier. Sur l’autel se trouve l’icône byzantine Vierge de la Paix, apportée à Venise en 1349. Sur les côtés, deux grandes toiles : à gauche Saint Hyacinthe traverse le Dniepr, œuvre de Leandro Bassano et à droite la Flagellation d’Aliense.
La chapelle de saint Dominique
Construite par Andrea Tirali (1690). Le plafond renferme la peinture de La Gloire de saint Dominique (achevée en 1727), œuvre de Giovanni Battista Piazzetta, une des meilleures réalisations du vénitien. Aux angles du tableau principal, quatre angelots dans un clair-obscur avec les vertus cardinales, toujours de Piazetta. Sur les murs, six bas-reliefs représentent des épisodes de la vie de saint Dominique : du côté gauche trois bas-relief de Giuseppe Mazza (Giambattista Alberghetti fondeur) : Saint Dominique libère un possédé par le diable (1722); La mort de saint Dominique (1722); et Saint Dominique ressuscite Napoléon Orsini tombé de cheval (1722). Du côté droit, deux bas-reliefs en bronze : Le bûché des livres des Albigeois (1722) et Saint Dominique baptisant les hérétiques (1722). Giuseppe Mazza et Giambattista della Meduna une sculpture en bois: Paiement prodige au passeur (1770).