Jules Éric Joseph de Bisschop, dit Éric de Bisschop, né le à Aire-sur-la-Lys (Pas-de-Calais) et mort le sur l'atoll de Rakahanga dans les Îles Cook, est un navigateur français célèbre dans les années 1930 et 1950 du fait de ses voyages transocéaniques, notamment ceux de la double pirogue Kaimiloa (1937-38) et des radeaux Tahiti-Nui (1956-1958)Eric de Bisschop précurseur du catamaran hauturier, voiles-alternatives.com, ..

Il a passé la plus grande partie de sa vie dans l'océan Pacifique, notamment à Honolulu (1935-37 et 1941-47) et en Polynésie française (1947-1956) et a mené des travaux de recherche sur cet océan ainsi que sur l'histoire et les caractéristiques ethniques de ses populations, surtout celles de Polynésie Marston Bates, nytimes.com, August 02, 1959. Peter Woods, Scientists cross Pacific in primitive canoe, Popular Science, September 1937..

Il est mort dans un naufrage en voulant démontrer que dans l'Antiquité les Polynésiens étaient capables de faire des voyages de circumnavigation sur des radeaux à voile« Une stèle érigée à la mémoire d’Éric De Bisschop », La Dépêche de Tahiti .

Avec Joshua Slocum et Alain Gerbault, Éric de Bisschop fait partie du groupe des premiers navigateurs sur petit voilier de la première moitié du Eric de Bisschop and James Wharram - Catamaran pioneers, wharram.com..

Biographie Famille Jules Éric Joseph de Bisschop naît le à Aire-sur-la-Lys (Pas-de-Calais) dans une famille de savonniersSon grand père et son père ont exercé tour à tour cette profession (voir acte de mariage d'Émile Louis Joseph Debisschop le 30 septembre 1882 à Tourcoing). de Tourcoing (Nord). Il est le fils d'Émile Louis Joseph DebisschopOrthographe donnée à l'état-civil dans l'acte de mariage de son père et utilisée par ce dernier en signature. (né le à Tourcoing), fabricant de savon à Tourcoing, et d'Anna Fromentin, mariés le à TourcoingArchives départementales du Nord, État-civil en ligne : ville de Tourcoing, acte de mariage le 30 septembre 1882 d'Émile Louis Joseph Debisschop et Anna Fromentin. qui eurent 8 enfants.

Les notices biographiques affirment qu'il a eu pour parrain Philippe Pétain.

Il épouse, le à Antibes, Simone Paule Jeanne de Couëspel (née le à Wimille), le couple divorce après la naissance d'une fille née en 1923. Il épouse en deuxièmes noces, le à Paris , la princesse américano-polynésienne Constance Virginia Papaleaiaina Constable (1905-1980)Pierre Pierrard, Gens du Nord, Arthaud, 1985, 268 p., p. 61 : , qui avait eu une fille d'un précédent mariage, Yolanda (née en 1932).

Éric de Bisschop est le grand-père de Franck GoddioBernard Genies, Franck Goddio découvreur de villes englouties, 19 septembre 2015 tempsreel.nouvelobs.comEntretien avec le petit-fils d'Éric de Bisschop, l'archéologue Franck Goddio, de passage à Tahiti, Tahiti Presse, 29 janvier 2009 , archéologue sous-marin connu pour ses découvertes archéologiques en Égypte dans le port est d'Alexandrie et en baie d'Aboukir ainsi qu'en mer de Chine.

Jeunesse Éric de Bisschop indique qu'il a passé le cap Horn comme mousse sur le quatre-mâts Dunkerque, sans préciser la date (probablement entre 1905 et 1910) ni la durée de cet engagementKaimiloa, page 193 (la pagination de ce paragraphe correspond à l'édition Hachette, 1953). ; il aurait ensuite suivi les cours d'une école d'hydrographieJean Ollivier, in Les Mascottes du Tahiti-Nui, aurait été breveté lieutenant puis capitaine au long cours (donc dans la marine marchande). Mobilisé, il commande au début de 1915 un patrouilleur dans le pas de CalaisKaimiloa, page 241. puis aurait participé à l'opération des Dardanelles. Il suit une formation de pilote d'avionA Pau. Kaimiloa, page 87. et subit un grave accident aérien au large de Toulon (1917) au cours d'un vol en hydravion où il était simplement observateurKaimiloa, page 245. Il reste hospitalisé pendant très longtemps (probablement jusqu'à la fin de la guerre).

En 1927, il quitte la France et part pour la Chine, où il semble avoir travaillé dans la marine marchande, en particulier en 1931, lorsqu'il rencontre Joseph Tatibouet, dit Tati, à HankouLes Confessions de Tatibouet..

La période des Fou Po Au début de Kaimiloa, il retrace de façon un peu plus détaillée sa vie de 1931 à 1935 : c'est la période des Fou Po I et IIKaimiloa, pages 7-8. La source principale sur les Fou Po est cependant Les Confessions de Tatibouet..

Après sa rencontre avec « Tati »Joseph Jean François Tatibouet, né à La Trinité-sur-Mer le 27 octobre 1903, il construit une première jonque, avec laquelle il remonte le Yangzi Jiang de Shanghai à Hankou ; Tati et lui prennent la mer en , avec trois hommes d'équipage, mais, une fois en mer de Chine, le bateau subit un ouragan et est détruit sur la côte de Formose (Taïwan). Ils reconstruisent très rapidement un Fou Po IIL'audacieuse randonnée de deux français, Le Courrier australien, 12 janvier 1934 trove.nla.gov.au, plus petit, sur lequel ils naviguent à deux de à , dans le sud-ouest du Pacifique et dans l'est de l'océan Indien, étudiant les courants marins et corrigeant les coordonnées de certains îlots et récifs ; de à , ils séjournent sept mois chez les indigènes de la côte sud de Nouvelle-Guinée, dans le Prurari Delta.

En , ils font escale à Jaluit, dans les îles Marshall, contrôlées par le Japon au titre d'un mandat de la SDN. Le gouverneur de Jaluit les accuse d'espionnage ; ils sont mis sous un régime de résidence surveillée et Éric de Bisschop est soumis pendant quinze jours à un interrogatoire quotidien, jusqu'au début août. Les charges sont finalement levées à grand peine, grâce à un officier de marine japonais chargé de la fonction d'interprète ; ils quittent Jaluit sans attendre et prennent la direction des îles Hawaï. Au bout d'un mois, ils découvrent que leurs vivres de réserve sont totalement avariés, à la suite d'une perquisition japonaise effectuée à leur insu. C'est seulement le qu'ils parviennent, quasi morts de faim, à Kalaupapa, dans l'île de Molokai, où ils sont recueillis dans l'hôpital de la léproserie. Mais, le , une tempête anéantit le Fou Po II et la totalité des travaux réalisés pendant les trois années précédentesHenri Danjou , Paris soir, 19 gallica.bnf.fr Cruise of the Fou-Po II, What the French Scientists did, 31 janvier 1934 trove.nla.gov.au.

Le Kaimiloa Immédiatement après cette épreuve, Éric de Bisschop décide de construire un nouveau bateau, non plus une jonque, mais une double pirogueDans Kaimiloa, E. de Bisschop emploie aussi l'expression double canoë ; dans Cap à l'Est, il récuse l'appellation de catamaran qui, selon lui, correspond plutôt à l'idée de radeau. polynésienne de haute mer, un type de bateau qui n'est plus utilisé depuis plusieurs siècles. Hébergé à Honolulu, il effectue des recherches qui ne donnent pas grand chose.

Il commence tout de même sur ses propres plans la construction du Kaimiloa (terme hawaïen signifiant Au-delà des horizons lointains)Il a existé un autre Kaimiloa, un schooner à quatre mâts, qui en 1924, avait effectué une expédition scientifique d'Honolulu à Papeete. Référence : NZETC.org., dont tout le monde dit qu'il ne flottera pas ; c'est un assemblage de deux coques reliées par une plateforme centrale. Les matériaux utilisés sont simples : bois et bambou, sauf le métal des chaînes et ressorts solidarisant les trois éléments du bateau. Pour les voiles, il reprend le modèle de la voilure chinoise. Le Kaimiloa subit un premier essai en , un second, plus long, en novembre ; c'est au cours de celui-ci qu'est prise la décision de rentrer directement en France par le cap de Bonne Espérance au lieu de poursuivre la navigation dans le Pacifique.

Ils quittent Honolulu le et arrivent à Cannes le Le Journal des Etrangers, 1938/06/01 ... « Le 21 mai dernier, alors que rien ne pouvait faire prévoir une arrivée si rapide... » gallica.bnf.fr, après des escales à Futuna (14-), Murray Island (23-), Coconut Island (26-), Bali (15-), Surabaya dans l’île de Java (18-), Le Cap (-) et Tanger (-) et de nombreux incidents et avaries en mer (tempêtes, voies d'eau, gréement endommagé, etc.). Les principaux moments difficiles ont été : le passage de la grande barrière de corail puis du détroit de Torres au nord de l'Australie, avec trois zones de récifs à franchir (sans carte) ; l'arrivée au Cap, avec une tempête exceptionnellement forte qui brise un des gouvernails ; la fin du parcours dans l'Atlantique où à trois reprises (Madère, Açores, Lisbonne), du 20 au , ils sont empêchés d'accoster par le mauvais temps, réussissant à grand peine à atteindre Tanger.

Au total, c'est un voyage de plus d'une année ; ils auront passé 250 jours en mer. C'est un véritable exploit dans la mesure où le navire n'est équipé d'aucun des instruments de navigation moderne existant pourtant déjà à l'époque. Nombre d'escales durant cette longue circumnavigation seront utilisées pour réparer le navire des conséquences des tempêtes et divers « coups de tabac ».

Au cours de l'année 1939, les éditions Plon publient Au-delà des horizons lointains, diptyque composé du Kaimiloa d'Éric de Bisschop et des Confessions de Tatibouet de François de PierrefeuLe paragraphe suivant se fonde sur les informations fournies dans Cap à l'Est., François de Pierrefeu est un camarade d'Éric de Bisschop pendant la Première Guerre mondiale ; il a par la suite fait partie de l'entourage de l'architecte-urbaniste Le Corbusier, un ami qu'Éric de Bisschop a retrouvé à Tanger.

Dans une interview à Paris-Soir, Éric de Bisschop déclare qu'après la guerre, pendant dix-huit mois il devint armateur avec un vieux trois-mâts spécialement aménagé pour le transport de bois précieux, avec lequel il fit route pour les petits ports de la côte d'Afrique, cherchant du fret Henri Danjou, Paris Soir, 1938/05/07 gallica.bnf.fr.

Le Kaimiloa-Wakea Le Kaimiloa-Wakea, un trimaran, est construit en 1939 au chantier Pradet à Bègles (Gironde)Williamson, p. 79.. Leur projet est de retourner dans le Pacifique par le canal de Panama. Au début de la guerre, Éric de Bisschop obtient de Georges Mandel, ministre des Colonies, un ordre de missionLettre du 13 août 1942 à l'Ambassadeur de France à Washington. CAD Nantes. concernant les Îles Marquises. Le bateau part de Bordeaux le , mais est détruit dans un accident à Las Palmas de Gran Canaria (probablement en ) ; ils séjournent longtemps aux Canaries, dans l'attente du règlement judiciaire de l'accident. La Polynésie française ayant par ailleurs opté pour la France Libre, Éric et Constance de Bisschop décident de revenir à Honolulu. Le voyage (via les États-Unis) est effectué aux frais du maréchal Pétain. Ils arrivent à Honolulu début .

Agent consulaire à Honolulu et soutien au maréchal Pétain Sur le plan politique, il fait alors preuve d'un soutien sans faille au maréchal Pétain et d'une hostilité catégorique à la France libre, de même que son épouse, qui intervient à plusieurs reprises dans la presse de Honolulu et auprès du Secrétaire d'État américain (Sumner Welles).

Nommé agent consulaire à Honolulu par le régime de Vichy en Collectif, Dominique Auzias, Jean-Paul Labourdette, Tahiti - Polynésie française 2012-2013, Éric de Bisschop nommé consul de France à Hawaï par le régime de Vichy... GGbooks Pierre Pierrard, Gens du Nord, Arthaud, 1985, 268 p., p. 61 : , il voit son accréditation supprimée le , peu après l'attaque japonaise de Pearl Harbour. Il est incarcéré trois jours en par la Sécurité militaire (Military Intelligence)CAD Nantes..

Il semble qu'il ait passé les années 1942-1946 sans occupation précise, toujours à Honolulu.

La Polynésie française