La santé publique peut être définie comme Rapport sur l'Institut de santé publique du Québec (1997), ou encore comme des .

Cette définition s'entend sur la population humaine. Une nouvelle conception « one health », « une seule santé », qui s'applique à l'ensemble des populations animales, végétales et leurs interconnexions complexes avec l'environnement, émerge depuis les années 2000 et permet une approche plus globale de la santé notamment publique. Peu de sources en parlent.

C'est aussi l'intitulé d'un diplôme d'études spécialisées de la discipline médicale dont la validation permet aux docteurs en médecine d'obtenir une qualification en santé publique et d'exercer dans ce champ disciplinaire.

La santé publique se démarque de la médecine essentiellement sur deux plans : Elle met davantage l'accent sur la prévention que sur les traitements curatifs ; Elle développe une approche de population, plutôt que de s'intéresser individuellement aux problèmes de santé des personnes, ce qui se traduit notamment par l'adjonction de compétences qui relèvent des sciences humaines et sociales et notamment de la sociologie, du droit, de l'économie et de la psychologie. Cette approche populationnelle peut par ailleurs s'exprimer, selon les pays, par l'expression d'une politique publique spécifique : la politique de santé publique..

Histoire right|thumb|From FLIES and FILTHto FOOD and FEVER En français : Des MOUCHES et de la SALETÉà la NOURRITURE et à la FIÈVRE Affiche publiée par le State Board of Health (Commission d'État sur la Santé) de la Floride en 1916. vignette|Inhumations de masse à Tournai au cours de la seconde pandémie de peste (Peste noire ; 1346-1353). Miniature réalisée à partir des "Chroniques de Gilles Le Muisit" (1272–1352) par l'enlumineur Piérart dou Tielt. Bibliothèque royale de Belgique, MS 13076-77

Dès les premières civilisations, les Hommes ont cherché à vivre sainement et ont combattu les maladies. Les définitions d’un mode de vie « sain » ainsi que les méthodes suivies pour l’atteindre ont évolué avec les cultures médicales, religieuses et philosophiques des communautés, mais aussi en fonction des ressources qui étaient à leur disposition et de l’évolution de leurs conditions de vie. Si certaines sociétés ont aujourd’hui la réputation de ne pas avoir été soucieuses ou attentives à l’hygiène, c’est surtout parce que nos outils modernes (bio-indicateurs, outils immunologiques et statistiques) ne permettent pas l’étude des réponses que ces sociétés ont apporté aux risques sanitaires.

La santé publique n’est en aucun cas née en Europe et n’émerge pas non plus dans le sillage de la révolution industrielle. Des mesures préventives liées aux risques sanitaires sont attestées dans presque toutes les communautés qui ont laissé une trace dans l’histoire. En Asie du Sud-Est par exemple la médecine Ayurvédique, et par la suite le bouddhisme, ont préconisé l’adoption de régimes alimentaires, de conduites sexuelles et de modes d’organisation des activités qui devaient permettre d’atteindre l’équilibre, tant au niveau individuel que communautaire. Cette notion d’équilibre est également très présente dans la médecine traditionnelle chinoiseLeung, Angela Ki Che. “Hygiène et santé publique dans la Chine pré-moderne.” In Les hygiénistes. Enjeux, modèles et practiques. Edited by Patrice Bourdelais, 343-71 (Paris: Belin, 2001). De nombreuses cités établies par les civilisations précolombiennes d’Amérique du Sud (comme les Mayas ou les Aztèques par exemple) ont développé des programmes sanitaires, qui prévoyaient entre autres l’organisation de marchés destinés à la vente d’herbes médicinales. Chez les populations Aborigènes d’Australie, les techniques pour préserver eau et ressources alimentaires, le micro-zonage destiné à réduire la pollution et les risques d’incendie, ainsi que les écrans pour protéger les individus contre les mouches étaient courants, et ce même dans les campements temporaires.

Les civilisations byzantines, islamiques et celles d’Europe de l’Ouest, qui ont généralement adopté un système médical Hippocratique, Galénique ou Humoral, ont également mis en place des programmes préventifs. Ceux-ci ont été développés sur la base d’une évaluation de la qualité des climats locaux, et en tenant compte de la topographie, de l’exposition au soleil et au vent, de la qualité et de l’accès à l’eau ainsi qu’à la nourriture disponible pour les Hommes et les animaux. Un grand nombre d’auteurs de manuels médicaux, militaires, d’architecture, ou d’ingénierie ont expliqué comment appliquer ces idées à des groupes d’origines différentes et dans des contextes variésAdil S. Gamal (ed.), Medieval Islamic Medicine: Ibn Ridwan's Treatise "On the Prevention of Bodily Ills in Egypt’' trans. Michael W. Dols, Berkeley, 1984. Les galénistes accordaient beaucoup d’attention à la prise en compte de cette variabilité car Galien considérait que la physiologie de l’individu était liée à l’environnement dans lequel il vivait, dont devait donc dépendre le régime préconiséLuis García-Ballester, ‘On the Origins of the Six Non-Natural Things in Galen’, in Jutta Kollesch and Diethard Nickel (eds.), Galen und das hellenistische Erbe: Verhandlungen des IV. Internationalen Galen-Symposiums veranstaltet vom Institut für Geschichte der Medizin am Bereich Medizin (Charité) der Humboldt-Universität zu Berlin 18-20. September 1989 (Stuttgart, 1993).

Dans les sociétés préindustrielles complexes, un grand nombre d’acteurs pouvaient prendre l’initiative d’intervenir afin de réduire les risques sanitaires. Ainsi dans l’antiquité grecque et romaine, les généraux de l’armée se préoccupaient du bien-être de leurs soldats même lorsque ceux-ci n’étaient plus sur le champ de bataille, en dehors desquels mourraient pourtant la plupart des combattants avant le Israelovich, Ido. “Medical Care in the Roman Army during the High Empire.” In Popular Medicine in Graeco-Roman Antiquity: Explorations. Edited by William V. Harris, 126-46 (Leiden: Brill, 2016). Dans les monastères chrétiens de l’Est de la Méditerranée, et de l’Europe de l’Ouest, les moines et moniales suivaient, au moins depuis le , des régimes alimentaires stricts mais équilibrés, spécifiquement développés pour allonger leur espérance de vie. Par ailleurs, les cours royales, princières et papales, qui étaient souvent mobiles, adaptaient également leur mode de vie aux sites dans lesquels elles s’installaient. Ceux-ci étaient parfois choisis en raison de leur caractère salubre et pouvaient faire l’objet d’aménagementsAgostino Paravicini Bagliani, ‘La Mobilità della Curia romana nel Secolo XIII: Riflessi locali’, in Società e Istituzioni dell’Italia comunale: l’Esempio di Perugia (Secoli XII-XIV), 2 vols. (Perugia, 1988).

En ville, la population était confrontée à de nombreux risques sanitaires bien identifiés, que citadins et gouvernants ont cherché à gérer en prenant des mesures au profit de l’ensemble de la communauté. Ce type d’interventions est le plus documenté pour les sociétés anciennes. Dans de nombreuses régions, l’entretien des infrastructures comme les routes, les canaux et les marchés, ainsi que les restrictions spatiales avaient explicitement pour but de protéger la santé des habitants et de combattre les menaces liées à la pollution, en présentant celle-ci comme le résultat de péchés, de l’intromission et de miasmesHenderson, John. “Public Health, Pollution and the Problem of Waste Disposal in Early Modern Tuscany.” In Le interazioni fra economia e ambiente biologico nell’Europa preindustriale. Secc. XIII-XVIII. Edited by Simonetta Cavaciocchi, 373-82 (Florence: Firenze University Press, 2010).

Les corporations de métiers étaient des acteurs importants de la gestion des déchets et tentaient de réduire les risques en encourageant leurs membres à l’honnêteté et au respect des règles de sécurité au travail. Les professionnels de santéNutton, Vivian. “Continuity or Rediscovery? The City Physician in Classical Antiquity and Mediaeval Italy.” In The Town and State Physician in Europe. Edited by Andrew W. Russell, 9-46. Wolfenbüttel: Herzog August Bibliothek, 1981, collaboraient avec les gouvernements municipaux afin de prédire et prévenir les problèmes, mais aussi afin d’identifier et d’isoler les individus potentiellement atteint de lèpre, une maladie moralement très connotée. Les organisations de quartiers jouaient également un rôle dans la protection de la santé des habitants, en surveillant les sites à risques ainsi qu’en prenant des sanctions contre les artisans pollueurs et les propriétaires d’animaux négligents. Institutions religieuses, individus et organisations charitables en Islam tout comme dans la Chrétienté ont cherché à améliorer le bien-être physique et moral des individus en investissant dans des équipements urbains, tels que les puits, les fontaines, les écoles et les ponts, qu’utilisaient également les pèlerins. Dans l’Europe de l’Ouest et l’empire byzantin, des processions religieuses étaient régulièrement organisées afin de protéger mais aussi éventuellement guérir la communauté tout entière.

Différentes communautés, et en particulier les communautés urbaines ont également pris des mesures pour prévenir les catastrophes telles que la guerre, les famines, les inondations ou les épidémies. Pendant et après la peste noire (1346-53) par exemple, les habitants de l’Est de la Méditerranée et de l’Europe de l’Ouest ont puisé dans les théories et les protocoles médicaux existants des solutions (concernant la consommation de viande et les pratiques funéraires par exemple) qui leur ont permis de contenir le déclin massif de population. De nouvelles solutions ont alors également été élaborées comme celle qui consistait à mettre en place des établissements de quarantaine ainsi que des comités consacrés aux questions de santé, dont certains sont devenus par la suite des conseils municipaux (et plus tard nationaux) permanents.

Parmi les mesures alors prises pour protéger les villes et leurs alentours figurait l’instauration de passeports de santé pour les voyageurs, ainsi que le déploiement de gardes chargés de créer des cordons sanitaires pour protéger les habitants, et le recueil d’informations sur les taux de mortalité et de natalité.

En 1485, la république de Venise établit une Cour permanente de , consacrée particulièrement à la prévention d'épidémies en provenance de l'étranger. Initialement les trois surveillants sont nommés par le Sénat vénitien. En 1537, il est assumé par le Grand Conseil ; en 1556, il compte, au nom de la République, deux magistrats de plus consacrés au contrôle des efforts déployés par les superviseurs.

En Europe, l'organisation des soins est restée jusqu'au très majoritairement dépendante d'initiatives privées et d'œuvres caritatives : le rôle des institutions religieuses a été longtemps prédominant, l'assistance aux malades étant considérée comme une œuvre de charité. Cependant, en Flandre par exemple, des mesures de salubritéAlexandre Faidherbe fils, Les médecins des pauvres et la santé publique en Flandre, et particulièrement à Roubaix, 1889. sont prises par les magistrats (équivalent du maire) de différentes villes : l'Ordonnance de Bruges de 1464 impose le nettoyage des rues une ou deux fois par semaine. Et tous les jours dès 1632, ainsi que l'obligation de dégager les égouts, l'Ordonnance de Lille de 1470 demande que les immondices soient dégagées des chemins encerclant Lille (cette tâche sera prise en charge par la ville en 1668) et le magistrat de Bruges fait démolir des maisons pour cause d'insalubrité en 1485. En France, les cimetières étant source de miasmes et d'infection, prend un édit le qui défend d'enterrer dans les églises et les chapelles.